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Chronique   

Grey Daze – Amends


Grey Daze n’a jamais connu la notoriété internationale qu’on aurait pu lui promettre et a fini par être oublié, éclipsé par l’ascension fulgurante d’un groupe de Los Angeles nommé Xero, devenu par la suite Linkin Park. Pourtant Grey Daze est véritablement le point de départ de la carrière du regretté Chester Bennington avant que la formation ne s’arrête en 1998 et que ce dernier ne rejoigne justement Xero. En 2017, Chester ressent le besoin de retourner à ses racines rock et envisage la reformation de Grey Daze, ayant renoué des liens des années auparavant avec le batteur Sean Dowdell. Le projet était simple : réenregistrer des anciens morceaux en les modernisant. Le suicide de Chester a évidemment empêché cette réunion d’aboutir. Sean n’a pas pour autant abandonné Grey Daze : Amends utilise les enregistrements de Chester disponibles (datant de plus vingt ans, pour certains inédits), Sean décide de terminer le travail de réarrangement à l’aide d’une pléthore d’invités notables (Head et Munky de Korn, le guitariste de Bush, la chanteuse LP et le fils de Chester, Jaime, entre autres). Amends est un pont authentique entre la fin de la décennie 1990, fin de la période grunge prête à accueillir l’avènement du néo-metal, et l’année 2017. Il est aussi l’une des dernières prouesses de Chester avant sa disparition.

Ceux qui se sont intéressés aux deux albums précédents Wake Me (1994) et …No Sun Today (1997) peuvent se trouver dépaysés. Grey Daze a délaissé son identité grunge et post-grunge pour embrasser davantage d’effets électro qui modifient considérablement l’atmosphère de certains morceaux et les assimilent plus facilement à ce que l’on a connu de Chester dans Linkin Park. C’est le cas de « B12 » qui accueille la participation de Brian « Head » Welsh et James « Munky » Shaffer ». « B12 » délaisse la basse slappée présente sur l’original et offre une relecture totale centrée sur une ambiance vaporeuse, envoûtante et tout aussi pertinente. Il est l’un des exemples les plus frappants du travail colossal de Sean Dowdell. Il suffit également de comparer la première version à celle proposée sur Amends pour constater que le chant de Chester traverse facilement les époques et comprendre à quel point il était, il y a vingt ans déjà, un chanteur moderne et accompli. Grey Daze a ce cachet particulier : s’il y a bel et bien revisite, Sean Dowell n’a pas cherché à totalement supprimer l’essence rock un poil poussiéreuse des premières œuvres. Les distorsions de « Sickness » jouent sur ce grain très nineties, contrebalancé par des arrangements léchés, et « Sometimes » provoque une nostalgie pour l’ère musicale de Seattle. Même constat pour « What’s In The Eye » qui donne encore plus de puissance à son riffing rugueux et ainsi appuie les contrastes de la chanson.

Amends doit aussi, et surtout, sa puissance à ce que propose Chester. Les hurlements parfaitement maîtrisés de l’outro de « She Shines » ont de quoi donner des frissons. L’introduction « Soul Song » laisse apprécier la clarté d’un timbre prêt à s’approprier les ondes FM. Quelque part, oui, l’album a du mal à ne pas s’apparenter à un amalgame, mais la sincérité de ce qu’il propose persiste et la part de cachet old-school d’Amends joue en sa faveur. Le piano cheesy de « Soul Song » fonctionne (les chœurs sont chantés par le fils de Chester, Jaime, qui est d’ailleurs plus vieux que son père lorsque celui-ci a chanté cette chanson, le symbole est fort), tout comme la pop musclée de « Just Like Heroin ». Sean a pris soin de ne pas trafiquer à outrance la voix de Chester, quitte à laisser certains passages un peu crus, à l’instar du refrain catchy de « What’s In The Eye » ou de celui particulièrement émotionnel de « The Syndrome ». Si Amends contient son lot de passages anecdotiques, en particulier lorsque le travail de modernisation tombe dans des clichés électro-pop-variété (« In Time », « Shouting Out » inoffensif et sans grand caractère), il propose quantité d’accroches qui font mouche. Grey Daze est très loin d’être désuet.

Quelque part, Amends est une preuve d’affection très forte envers Chester Bennington. Bien sûr, certains n’y verront qu’une entreprise commerciale renforcée par la notoriété de l’ex-frontman de Linkin Park. Pourtant, Grey Daze est l’acte de naissance d’un des chanteurs les plus influents de ces deux dernières décennies, qu’on l’aime ou qu’on le déteste. Ce qui compte, au-delà de tous les aspects techniques de la réalisation, c’est de redonner sa place à Grey Daze dans l’histoire, en (re)découvrant l’œuvre de ce groupe qui – que ce soit les originaux ou ces réécritures – ne manque pas de charme, et de réentendre la voix de Chester sur de « nouvelles » musiques. Ce qui ne se produira sans doute plus une fois la parenthèse close (Sean Dowdell a prévu un voire deux autres albums dans cette lignée). C’est finalement aussi ce qui a dû motiver Grey Daze : retarder un silence inéluctable.

Clip vidéo de la chanson « B12 » :

Clip vidéo de la chanson « Soul Song » :

Clip vidéo de la chanson « Sickness » :

Clip vidéo de la chanson « What’s In The Eye » :

Album Amends, sortie le 26 juin 2020 via Loma Vista Recordings. Disponible à l’achat ici



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