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Chronique   

Grief Collector – En Delirium


Avec quelques années d’existence seulement et un EP derrière lui – From Dissension To Avowal, sorti en 2019 –, Grief Collector est un nouveau venu dans le monde du doom, mais ne manque pas d’expérience pour autant. Et pour cause : originaires de Minneapolis aux États-Unis, Brad Miller (batterie) et Matt Johnson (basse et guitare) n’en sont pas à leur premier projet, et ils ont été rejoints par rien de moins que l’un des chanteurs de doom épique au CV le plus spectaculaire (Tyrant, Solitude Aeturnus, Candlemass), Robert Lowe. De quoi former un power trio de poids et susciter pas mal d’attente et d’enthousiasme chez les fans du genre. From Dissension To Avowal se proposait de retracer les cinq étapes du deuil – à défaut d’être très original, on ne fait guère plus doom – et posait les bases d’un doom sobre, sombre, et relevé par un Lowe en grande forme. Après une signature sur le label Petrichor, le groupe est passé à la vitesse supérieure, et propose enfin son premier album, En Delirium, qui sort avec une réédition de l’EP en supplément. Précédé par un « Wintersick » sinistre à souhait, En Delirium semble avoir suffisamment de riffs plombants et de complaintes mélancoliques pour prolonger l’hiver pendant quelque temps…

Dès les premiers riffs de « Corridors », invitations au headbanging vrombissantes et irrésistibles, il est évident que le groupe reprend où on l’avait laissé, mais avec un atout supplémentaire : une production qui donne aux guitares le poids qu’elles méritent – très lourd, évidemment – et fait de la section rythmique une toile de fond de choix pour les vocalises de Lowe, ce qui faisait défaut à l’EP précédent. Tout au long des neuf titres d’En Delirium, on retrouve les incontournables du doom traditionnel, la lenteur, les ambiances inquiétantes, le mid-tempo parfait pour s’exercer les cervicales, les solos mélancoliques très années 80, et évidemment les riffs qui font mouche. Le trio ne déroge jamais vraiment à la formule, mais lui donne un éclairage différent à chaque chanson, comme pour peindre un nouveau paysage de désolation. La fin de « Wintersick » combine groove redoutable et vent glacé, « When Sanity Eludes Me » propose un solo particulièrement menaçant interrompu par l’incontournable glas, et « 10 Days (Of Disbelief) » avec ses arpèges a une longue ouverture presque folk et offre à la basse de nombreuses opportunités de briller, tout comme le début de « Scorned Heart », qui referme l’album sur une touche heavy et une amertume feutrée.

Bref, le groupe promet « tristesse et tragédie » et offre exactement cela : des histoires de folie et de désarroi délivrées par un Robert Lowe inspiré. Tantôt grandiloquent, tantôt dans la retenue, parfois un peu désuet mais toujours impeccable, il délivre ses paroles avec maîtrise et passion. À un tel point qu’il est parfois tentant de voir Grief Collector avant tout comme un écrin finement ouvragé par des artisans méticuleux et doués – Miller et Johnson – et destiné à mettre en valeur l’une des voix les plus iconiques du genre. On pense souvent à d’autres projets du chanteur – Solitude Aeturnus notamment – et le groupe, comme souvent lorsqu’il s’agit de ce style, peine un peu à se singulariser. Il ne s’agirait pas pour autant de bouder son plaisir, et il est d’ailleurs paradoxal pour un album aux tonalités aussi lugubres d’être aussi attachant. À la joie manifeste du trio de forger ses chansons sombres et désespérées répond le plaisir de l’auditeur : connivence, nostalgie et satisfaction de voir que malgré le nombre de décennies qu’il affiche au compteur, le doom continue d’inspirer des musiciens de talent et de parler aux amateurs de riffs comme aux âmes éplorées.

Chanson « Knee Deep In Devils » :

Lyric vidéo de la chanson « Wintersick » :

Album En Delirium, sortie le 11 juin 2021 via Petrichor. Disponible à l’achat ici



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