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Interview   

Grief Collector soigne l’esprit du doom


Depuis son départ forcé de Candlemass en 2012, après trois remarquables albums, on n’avait plus eu beaucoup de nouvelles de Robert Lowe, par ailleurs chanteur emblématique de Solitude Aeturnus. Il y avait bien le projet Gathered In Darkness qui avait commencé à faire parler de lui en 2014, mais qui est au point mort depuis. Ce n’est finalement que récemment que le légendaire chanteur de doom s’est fait réentendre sur disque, avec From Dissension To Avowal (2019), premier disque de Grief Collector, et Hereafter (2020), album du retour après vingt-quatre ans d’absence du groupe de heavy metal Tyrant que Lowe a intégré pour l’occasion trois ans plus tôt. Mais c’est bien Grief Collector qui nous intéresse aujourd’hui, puisque ce dernier sort En Delirium, son second disque et premier véritable album réalisé en tant que groupe.

Grief Collector représente le genre d’entité idéale pour que s’épanouisse la voix puissante et expressive de Robert Lowe. Il faut dire que le guitariste-bassiste Matt Johnson et le batteur-parolier Brad Miller lui ont soigneusement préparé le terrain avec des compositions doom traditionnelles et inspirées comme on les aime. Ci-après, Brad et Robert font les présentations. On en profite pour parler doom et revenir sur certains points de la carrière de Robert Lowe, que ce soit son départ de Candlemass ou les trente ans du premier album de Solitude Aeturnus, Into The Depths Of Sorrow.

« Grief Collector ne réinvente pas la roue, [mais] nous ne nous contentons pas de jouer deux riffs pendant dix minutes et nous ne nous arrêtons pas à un seul style de composition, mais malgré tout ça rentre dans la catégorie doom metal. »

Radio Metal : Comment Grief Collector a-t-il été formé ? Je crois que Matt et toi, Brad, êtes à l’origine de ce groupe, mais comment vous êtes-vous tous les trois rencontrés ?

Brad Miller (batterie) : Matt et moi nous sommes rencontrés il y a de nombreuses années. Nous avons joué de la musique ensemble, mais nous n’en avons jamais vraiment composé. Nous ne faisons que jammer et jouer des reprises, et nous aimons le même type de musique, mais rien n’en est jamais réellement sorti musicalement. Nous jammions et ensuite, nous ne nous parlions plus pendant un certain temps, et ce genre de chose. Après la séparation de mon dernier groupe, Among The Serpents, je cherchais à rejouer de la musique, je n’étais pas encore prêt à arrêter et j’avais l’impression d’avoir encore des idées à mettre en œuvre. Seulement, je ne voulais pas remonter tout un groupe, essayer de réunir cinq autres gars, faire en sorte qu’ils soient tous sur la même longueur d’onde, etc. Pour moi, c’est vraiment la partie la plus difficile : avoir des gens qui soient d’accord, qui aient une connexion et qui essayent de bien s’entendre. J’ai donc eu l’idée de ce groupe, avec le nom, le concept et tout. Puis j’ai appelé Matt et je lui ai demandé si ça l’intéressait de faire un projet d’enregistrement. Nous n’avions pas vraiment l’intention de faire quoi que ce soit d’autre qu’un album pour nous-mêmes. Nous n’avons même jamais vraiment eu l’intention de le sortir. J’ai juste dit : « Je jouerai la batterie. Tu joueras tout le reste », car Matt est un bon musicien sur à peu près tous les instruments. Ensuite, nous avons composé les cinq chansons du premier album et nous les avons vraiment trouvées super. Nous nous disions qu’elles avaient beaucoup de potentiel, mais nous ne connaissions personne capable de leur rendre justice vocalement. C’est un peu comme ça que Rob est entré en scène. Un jour, j’ai réalisé que j’étais ami avec lui sur Facebook et je lui ai envoyé un message pour lui demander si ça l’intéresserait d’écouter ce que nous avions. Deux semaines sont passées sans aucun retour de sa part. Je me suis dit : « Bon sang, peut-être qu’on n’est pas si bons que ça. » C’était un coup de pied aux fesses. J’ai donc renvoyé un message à Rob pour lui demander ce qu’il en pensait et il a répondu : « Allez, on le fait ! » C’était vraiment tout. Il n’y a pas d’histoire vraiment fantastique. Nous en avons parlé et quelques mois plus tard, nous l’avons fait venir en avion dans le Minnesota et nous avons enregistré le premier album.

Rob, tu as récemment rejoint deux groupes : Tyrant, avec qui tu as sorti l’album Hereafter l’an dernier, et Grief Collector. En dehors de quelques infos de projets ici et là, tu as été assez discret depuis ton départ de Candlemass en 2012. Comment ça se fait ?

Robert Lowe (chant) : Après les dix ans passés avec Candlemass, en gros la vie a suivi son cours et il s’est passé plein de choses. J’ai bougé ici et là et je me suis retrouvé à Houston où j’ai essayé de monter un autre projet qui a été enregistré mais qui n’est pas encore sorti. Et il n’y avait pas grand-chose à dire. Durant cette période, je suis resté silencieux parce qu’à moins d’avoir quelque chose à dire, je ne parle pas. Je ne m’exprime de toute façon pas beaucoup sur internet, sur Facebook ou quoi que ce soit. Donc généralement je me tais, sauf quand il y a quelque chose à dire.

Après ton départ de Candlemass, on se serait attendu à ce que tu reviennes avec Solitude Aeturnus ou même Concept Of God. Du coup, pourquoi revenir avec une toute nouvelle entité telle que Grief Collector ?

D’abord, SA n’allait pas se faire parce que tout le monde est éparpillé aux quatre coins de la planète. Ceci étant dit, c’était aussi impossible de faire quoi que ce soit avec Concept Of God vu que ce groupe est constitué des quatre cinquièmes de Solitude Aeturnus. Ça restait les mêmes personnes qui ont déménagé un peu partout, l’un est en Californie… Ce n’était tout simplement pas à l’ordre du jour à l’époque. Pour autant, je n’exclurais pas complètement un retour de SA un jour…

Brad : Moi-même j’adorerais que ça arrive ! C’est le fan qui parle. Si je peux faire quoi que ce soit pour favoriser ça, dis-moi comment je peux aider, et si vous avez besoin d’un batteur, vous connaissez plus ou moins un gars !

Robert : Oui, vaguement… Donc je ne dirais pas non à Solitude. Nous n’avons jamais officiellement arrêté le groupe. Il y a eu quelques échanges ces deux derniers mois, donc je n’exclurais pas encore cette possibilité.

« Il y a un côté cathartique. Peut-être que c’est une manière d’évacuer et de lâcher prise. Peut-être que le public est un genre de psychothérapeute et qu’on déballe tout auprès de lui pour se sortir ça de l’esprit. »

Evidemment on connaît le CV de Robert mais qu’en est-il de toi, Brad, ainsi que Matt ? Peux-tu nous en dire un peu plus sur votre histoire musicale ?

Brad : Je ne peux pas énormément en dire sur Matt. Matt n’a pas fait partie de beaucoup de vrais groupes. Il a fait beaucoup de groupes de reprises. Il a joué la musique d’autres artistes jusqu’à ce qu’il a fait avec Signs Of Reign. Il a aussi eu un groupe qui s’appelait Scream At The Sun il y a quelques années. Les deux étaient de super projets, mais c’était plus dans une veine power metal. Moi, je suis parti un peu dans tous les sens musicalement. J’ai toujours aimé plein de genres de musique différents. J’ai été dans un groupe qui s’appelait Opaque pendant dix ou douze ans et je dirais que ça ressemblait pas mal à un mélange de Meshuggah et Pantera, comme si les deux avaient eu un bébé. J’aime beaucoup ce style de musique. Le groupe le plus récent que j’ai eu avant Grief Collector était Among The Serpents, qui était un petit peu plus sludge, dans la veine de Corrosion Of Conformity, Crowbar et Down, mais je pense que nous avons encore quelques-uns de ces éléments dans Grief Collector. J’aime plein de choses différentes, donc j’ai tendance à faire des projets pour satisfaire le besoin du moment, que ce soit la colère ou la frustration dans la musique plus heavy ou le côté plus sombre et triste dans le doom. J’aime pouvoir exprimer tout ça.

Comme tu l’as dit, Matt et toi avez joué dans des genres musicaux assez différents : sludge, groove metal, power metal… Comment vous êtes-vous retrouvés à converger sur le doom metal traditionnel ?

Ça n’a pas demandé un gros effort. Matt et moi venons tous les deux du metal classique, avec les très vieux Judas Priest, Metal Church et ce genre de chose. Je pense qu’on retrouve de toute façon pas mal d’éléments de ces groupes dans le doom metal. Le doom metal n’est pas très éloigné du style traditionnel du heavy metal. Quand Matt et moi nous sommes réunis, nous savions plus ou moins ce que nous voulions faire. Nous savions que nous n’allions pas faire du power metal ni des trucs vraiment heavy, mais nous voulions composer des choses qui nous paraissaient naturelles et fraîches. Grief Collector ne réinvente pas la roue, nous ne sommes pas en train d’essayer de lancer un nouveau genre musical. Rien de ce que nous faisons n’est complètement neuf, mais je pense que c’est clairement différent de certains groupes. Nous ne nous contentons pas de jouer deux riffs pendant dix minutes et nous ne nous arrêtons pas à un seul style de composition, mais malgré tout ça rentre dans la catégorie doom metal.

Vos premières musiques avec Grief Collector sont sorties sous la forme d’une sorte d’EP ou d’un album intitulé From Dissension To Avowal – que vous incluez désormais en disque bonus avec le nouvel album En Derlirium. Ce premier disque raconte les cinq étapes du deuil. Brad, tu as déclaré que le concept de ce disque allait de pair avec la raison pour laquelle le groupe a été formé. Peux-tu nous en dire plus ?

Quand j’étais en train de penser à faire un projet et à contacter Matt, je cherchais un nom pour le groupe et en fait, je me suis tourné vers King Of The Grey Islands de Candlemass, qui est un album extraordinaire sur lequel Robert chante et qui représente la première fois où je l’ai entendu dans Candlemass, et pour moi, ça reste leur meilleur album. J’étais en train de lire les paroles pour voir si je pouvais trouver quelque chose qui touchait un point sensible chez moi. L’une des chansons s’appelait « Man Of Shadows » et elle dit quelque chose à propos d’un collectionneur de deuils. J’ai alors pensé que Grief Collector serait un nom vraiment sympa. Ensuite, j’ai tapé « grief » dans Google et la première chose qui est apparue était les cinq étapes du deuil. Je me suis dit que ce serait plutôt cool d’écrire une chanson sur ces cinq étapes et de faire que ça tourne autour de ça. Voilà à peu près comment ça s’est fait.

Rob, comment abordes-tu l’expression du deuil en tant que chanteur ?

Robert : C’est très simple. Je puise dans mes expériences personnelles, dans les choses qui me sont arrivées, dans ce que j’ai vécu et dans ce qui ressort de mon âme. Ça fait essentiellement partie de moi, donc ce n’est pas du tout difficile à exprimer.

« Nous sentions que nous allions toujours être comparés à tout ce que Rob avait fait, et nous le savions dès le début. Nous n’étions pas naïfs, mais nous sommes de bons musiciens, nous savons ce que nous faisons. »

Le doom est un genre musical qui communique pas mal de désespoir, de tristesse et d’angoisse existentielle. Pour quelqu’un qui ne connaît pas cette musique, ça peut paraître très négatif et déprimant. Mais à quel point cette musique a-t-elle un effet positif sur vous ?

je suppose qu’il y a un côté cathartique. Peut-être que c’est une manière d’évacuer et de lâcher prise. Peut-être que le public est un genre de psychothérapeute et qu’on déballe tout auprès de lui pour se sortir ça de l’esprit.

Brad : Absolument. Le deuil est quelque chose qu’on peut avoir vécu lors d’une séparation, avec la perte d’un enfant ou le décès d’un parent. Il y a un large éventail de choses qui font remonter ces émotions. Être musicien et avoir la possibilité de mettre ça dans sa musique et de l’exprimer, comme Rob l’a dit, c’est très cathartique. C’est très curatif parce qu’on peut exprimer les choses d’une manière qu’on sait faire, plutôt que d’essayer de dire à ses amis comment on se sent, car parfois ça ne sort pas comme ça.

Robert : Exactement. Tu ne t’assois pas avec ton pote autour d’une bière pour pleurer. Tu l’évacues et c’est fini.

C’est vrai. Après, je ne dis pas non plus que ça n’est pas arrivé [rires]. Je dis juste que ce n’est pas ce que nous choisissons de faire. La musique, c’est tout pour moi. Ça soigne tellement de blessures et c’est toujours là. La musique est le remède pour tout, car il y a énormément de styles musicaux qui peuvent nous accompagner à travers toutes les humeurs possibles. Si je suis vraiment en colère, j’écoute Pantera et je commence à frapper des murs. Si j’ai envie d’écouter des trucs tristes, j’écoute Solitude et Candlemass. Il y a donc de la musique pour chaque sentiment et je trouve que c’est incroyable d’avoir ça.

Robert : Je suis d’accord. C’est la raison pour laquelle je ne m’enferme pas dans un seul style de musique avec ce que j’écoute, car la musique est capable de susciter les humeurs. On peut même changer d’humeur en changeant de musique. Souvent, je choisis d’écouter quelque chose parce que ça correspond déjà à mon humeur, et parfois j’évite certaines choses parce que je n’ai pas envie d’être dans cet état d’esprit.

Absolument. La musique a un côté transcendantal. Je peux me souvenir quand j’avais huit ans et où j’étais quand j’étais assis avec mes amis pour écouter le premier album de Kiss. Ces souvenirs reviennent à chaque écoute. Je suppose qu’à en juger ta collection de disques derrière toi que tu ressens probablement la même chose [rires].

Rob, te souviens-tu de chansons passées à toi qui ont été particulièrement thérapeutiques ?

Robert : Chaque chanson de l’album Alone [petits rires]. C’était probablement une période assez moche de ma vie – un changement majeur de vie, la perte du domicile, nulle part où aller, fauché, et la vie est crainte [rires]. Une chanson comme « Fires Of Life » dans l’album de Concept Of God aussi. Concept Of God et l’album Alone contenaient pas mal de paroles introspectives de ma part. J’ai écrit plein de choses pour SA, mais pour moi, ce n’était pas pareil que ces deux albums, même si Alone est un album de SA. Quand j’ai fait Concept Of God, c’est là que j’ai vraiment commencé à rentrer dans mes sentiments personnels profonds. Pas mal de choses chez SA sont personnelles, mais probablement pas de manière aussi poussée que dans les paroles d’Alone et de Concept Of God.

From Dissension To Avowal a été écrit avant même que vous ne songiez à contacter Robert. Du coup, comment votre approche a-t-elle évolué sur En Delirium quand vous l’aviez dans le groupe et composiez avec sa voix en tête ?

Brad : Nous avons clairement gagné en confiance par rapport à notre aptitude à la composition. Quand nous avons composé le premier album From Dissension To Avowal, nous ne savions pas que Robert allait chanter dessus, donc nous ne savions pas ce que ça allait devenir, mais quand nous avons entendu Rob chanter sur le premier album, nous avons su que nous tenions quelque chose de bon. Je suppose que ça nous a donné un boost de confiance. Nous ne sommes pas des musiciens connus, personne ne nous connaît ni d’Eve ni d’Adam. Nous sentions que nous allions toujours être comparés à tout ce que Rob avait fait, et nous le savions dès le début. Nous n’étions pas naïfs, mais nous sommes de bons musiciens, nous savons ce que nous faisons. Nous savons que nous sommes capables d’écrire des chansons et nous le faisons en ayant Rob en tête, en tenant compte des choses sur lesquelles nous savons qu’il va exceller, et c’est exactement ce qui s’est passé. Le nouvel album s’avère bien meilleur que ce à quoi je m’attendais.

« Rob et moi avons beaucoup en commun, pas mal de tragédies et d’épreuves dans la vie. Ça nous lie d’une certaine façon. L’esprit peut être un endroit très sombre et affreux à arpenter. Lui et moi en avons tous les deux fait l’expérience. »

Rob, abordes-tu différemment Grief Collector de tes groupes doom passés ?

Robert : C’est dur de répondre à cette question parce qu’avec ce genre musical et avec ce que je fais… L’une des raisons pour lesquelles je suis totalement tombé amoureux de ces gars au départ, par opposition aux amis que nous sommes aujourd’hui, c’était parce que ce qu’ils composaient – la musique et les extraits qu’ils m’avaient envoyés – je le ressentais ! J’ai déjà reçu des extraits d’autres groupes et je ne les sentais pas, donc quand c’est le cas, tu refuses ces projets. C’est comme un acteur : telle partie est bonne pour moi, telle partie ne l’est pas. C’est parce que je pouvais ressentir la musique, je pouvais ressentir les émotions, et les textes de Brad sont extraordinaires, donc c’est facile pour moi d’internaliser ces mots et ensuite de les exprimer comme je le fais. Des sons sortent de ma bouche, c’est à peu près tout ce que je sais.

Comment fonctionne votre dynamique à tous les deux, l’un étant le parolier et l’autre le chanteur qui chante les paroles ?

Brad : C’était vraiment plus facile que je ne l’aurais imaginé. J’écris les mots, comme je l’ai fait pour le premier album… Rob était en plein en train de faire l’album de Tyrant quand nous l’avons contacté pour faire From Dissension To Avowal. C’est comme ça que j’ai endossé le rôle de parolier, car Rob avait autre chose sur le feu. C’était ce qu’il fallait faire pour tous les deux. Que ce fût par choix ou autre, j’ai choisi d’écrire aussi les textes de l’album suivant. Nous allons en studio, je lui montre les paroles de telle chanson et Rob fait juste ce qu’il fait. C’est vraiment aussi simple que ça. Ce n’est pas du tout un processus compliqué. Nous n’analysons ou ne décortiquons pas les choses. Nous ne faisons pas beaucoup de préproduction pour savoir comment ça va être chanté ou comment vont être les refrains. C’est super frais.

Robert : C’est très organique. Comme Brad vient de le dire, il n’y a pas eu beaucoup de préproduction et c’est parce que ce qu’il a écrit… Je déteste dire la phrase « ça me touche », mais je peux le ressentir. C’est une association de deux choses qui fonctionnent, tout simplement, comme le beurre de cacahuète et la confiture, ça ne se change pas, ça fonctionne.

Brad : Et je sais ce que je veux pour Grief Collector et je pense savoir ce que Rob veux quand il doit apposer son nom sur quelque chose. Nous n’allons pas écrire à propos de donjons, de dragons, d’épées, etc.

Robert : Ce ne sont pas des histoires fantastiques !

Brad : Non. Donc c’était très facile. Nous nous asseyions là, trois gars en train de boire de la bière et écrire un album. Rob chantait et nous disions : « Ça sonne super. » Puis il rechantait et Rob disait : « Je n’aimais pas trop cette note. » C’était super facile et spontané, et pour moi, c’est ce qu’il y a de plus cool avec ce projet. Parfois, quand t’es au studio de répétition, t’es là pendant des heures à essayer de faire un tas de trucs, ça finit par t’oppresser. Ça retire cette expression artistique qu’on a quand il n’y a rien… Rob n’avait même jamais entendu les paroles avant de les avoir sous les yeux et d’être prêt à chanter, et alors il fait ce qu’il fait. C’est assez extraordinaire.

Robert : C’est ce qui s’est passé avec En Delirium. Je suis allé dans le Minnesota et c’est genre : « Voilà les paroles. » « D’accord. » Je les regarde : « Bien. » Comme il le disait, on peut répéter deux ou trois fois par semaine, jouer sans arrêt une chanson, et on finit par sur-analyser. C’était comme ça avec SA aussi, nous ne sur-analysions pas tout. Nous prenions ce qui venait naturellement et de manière organique. Evidemment, nous faisions des changements, des ajouts et des retraits ou nous disions que tel truc était nul et nous nous en débarrassions. C’était simple. C’était comme ce projet. Maintenant, je ne sais pas ce qu’ils ont fait avant que je chante, pour ce qui est de composer la musique et tout. Je ne peux pas parler à leur place parce qu’évidemment, je n’étais pas là, mais quand il s’agissait de tout assembler, c’était trois potes dans une pièce avec une bière bien fraîche disant : « On y va ! »

Comme l’album s’intitule En Delirium, ça laisse entendre un thème sur la santé mentale…

Brad : J’imagine que l’on peut voir ce titre de plein de façons différentes. Rob a pris l’avion pour le Minnesota en janvier 2019, je crois, pour le premier album durant l’hiver le plus froid qu’on ait connu dans le Minnesota, il faisait moins trente-cinq degrés.

Robert : Oui, c’était dingue ! Et je venais de Phoenix où il faisait cinquante et un degrés !

« Mes albums préférés en tant que musicien et simplement en tant que fan sont des albums de doom. C’était déjà le cas avant que je rencontre Rob, et même par rapport aux vieux Judas Priest, Iron Maiden et Black Sabbath. Certains albums de Solitude Aeturnus sont mes préférés dans tout le metal point barre. »

Brad : C’était comme passer des portes de l’enfer à… C’était assez absurde. C’était la toute première fois que je rencontrais Rob ; nous ne nous étions jamais vus en personne. Pour apprendre à connaître Rob à sa descente d’avion, nous sommes directement allés au bar. Après quelques bières, à parler de de la vie et de trucs fous, ce titre a surgi de cette situation. Nous avions donc déjà pensé au titre En Delirium avant même de savoir que nous allions faire un autre album ensemble. Car après le premier album, nous ne savions pas si ça allait être un projet que Rob voudrait continuer à faire. Nous n’en avions aucune idée. Nous étions simplement contents que cette musique sorte et que les gens puissent l’entendre, mais nous avons eu de très bonnes critiques. Nous en avons aussi eu de mauvaises, mais c’est comme ça. Je pense que Rob et moi avons beaucoup en commun, pas mal de tragédies et d’épreuves dans la vie. Ça nous lie d’une certaine façon. L’esprit peut être un endroit très sombre et affreux à arpenter. Lui et moi en avons tous les deux fait l’expérience. Mais notre esprit peut aussi être ce qui peut nous sortir de ça. Ça peut être quelque chose de très positif, tout dépend. L’idée de cet album est donc d’essayer de sortir de cette obscurité. Si tu regardes la pochette de l’album, on voit un gars qui monte des escaliers dans son propre esprit pour voir s’il peut trouver une issue tout en gardant sa raison. C’est la base de l’album. Ce n’est pas un album conceptuel, mais de nombreux sujets sur ce thème se répètent dans cet album.

Robert : Je suis totalement d’accord avec ce que Brad a dit. L’esprit est un bon et mauvais endroit, et ça dépend vraiment de ce qu’on en fait, mais parfois tu te retrouves quelque part et tu dois essayer de trouver le moyen d’en sortir, peu importe comment.

La production a un côté très épuré et brut. Avez-vous délibérément cherché à avoir un son réduit à l’essentiel ?

Brad : Nous ne surproduisons pas les choses. Je crois que quelqu’un dans une des interviews ou chroniques a dit qu’il aimait beaucoup les synthétiseurs et autre chose au début de « Knee Deep In Devils », ce qui est comique car nous n’avons jamais utilisé de synthétiseur ou de clavier. Au début de « Knee Deep In Devil », ce sont juste des voix superposées, ce qui donne un côté chœur, mais il n’y a pas de synthétiseur ou de clavier là-dedans [rires]. Nous aimons que ce soit épuré. Mettre des fioritures dans notre musique, ce n’est pas notre truc, nous aimons que ça reste tel quel, car le doom est un style musical très épuré. Je trouve que c’est plus naturel. C’est simplement ainsi que nous composons. Nous ne nous sommes jamais posés pour composer en ayant quoi que ce soit en tête, genre : « Il faut que ce soit comme ça ou faisons ceci ainsi. » Matt compose des riffs et me les envoie, et ensuite je fais des trucs où je chante la guitare avec ma bouche, et je lui renvoie ça. Ensuite il transpose ça en riff de guitare et nous assemblons le tout. Je n’ai même jamais joué la moindre de ces chansons avant de les enregistrer. Je ne savais même pas comment j’allais jouer les chansons avant que Matt n’appuie sur le bouton d’enregistrement, et à ce moment-là j’ai inventé des rythmes de batterie sur le vif pour l’album. Donc même cette partie est très spontanée [rires].

C’est une autoproduction ?

Pour le premier album, nous avons tout fait chez Matt, dans son sous-sol, tous les enregistrements, tout le mixage, etc. et nous avons ensuite envoyé ça en Irlande pour que ce soit masterisé. Nous avons également tout fait pour En Delirium chez Matt, sauf que nous avons envoyé ça au studio Toneshed aux Pays-Bas pour être masterisé pour Petrichor et Hammerheart.

Grief Collector est actuellement un trio, mais vous avez un guitariste rythmique et un bassiste en plus lors des concerts. Est-ce que le line-up studio va évoluer ou allez-vous rester en trio ?

Robert : Je pense que le noyau dur de Grief Collector restera probablement nous trois. Honnêtement, je vois probablement les autres musiciens aller et venir parce que nous ne sommes pas un groupe qui tourne énormément, donc ce sera dur de garder un autre guitariste ou musicien dans le groupe, vu ce que nous faisons et comment nous devons le faire. Disons que nous avons un concert le mois prochain, nous devrons trouver quelqu’un d’autre pour jouer et pour nous aider, et ça pourrait être n’importe qui dans nos connaissances.

Brad : Rob, Matt et moi en avons discuté. Tu connais l’adage : trop de chefs en cuisine. Nous aimons comment nous composons ensemble tous les trois, nous ne ressentons pas le besoin d’intégrer une autre personne dans le processus d’écriture. Nous ne sommes pas vraiment un groupe actif non plus. Nous voulons faire des concerts et tout, mais Rob est au Texas et nous sommes dans le Minnesota, donc ce n’est pas comme si nous pouvions nous réunir et faire un concert au pied levé. Nous avons des musiciens live avec qui nous travaillons, mais Grief Collector restera nous trois en tant que noyau dur et ensuite nous embauchons des gens pour les concerts. Nous avons deux ou trois très bons gars qui seront nos musiciens live pour l’instant.

« J’ai toujours envie de voir des groupes essayer de se développer, mais parfois on en fait trop ou on rajoute trop de choses et ça fait perdre l’essence du doom. Pour moi, le doom c’est épuré, c’est brut et c’est la philosophie du moins c’est plus. Il n’y a pas de fioriture. Ça touche directement l’âme et le cœur. »

Rob, Grief Collector est clairement le genre de groupe de doom dans lequel tes fans adorent t’entendre, mais quelle est ton ambition avec ce groupe ?

Robert : Mon ambition, c’est qu’il reste tel qu’il est et évidemment que nous progressions, ce qui se fera naturellement, mais nous ne prévoyons pas de grands changements ou le fait d’ajouter des trompettes, des synthétiseurs ou quoi que ce soit. Je suis content de la manière dont ce groupe fonctionne, mais il évoluera naturellement.

Quel est votre sentiment sur la place du doom metal dans la scène metal actuelle ? Je veux dire qu’il y a quelques années, ça semblait être un genre musical marginal dans la scène alors que maintenant on a des festivals qui le mettent vraiment en avant. Pensez-vous que ce soit mieux compris ou que les gens s’identifient mieux à ses tonalités désespérées ?

Brad : Je pense que peu importe dans quel type de metal on est, on est toujours un marginal. Quand Black Sabbath est apparu, personne ne comprenait ce qui se passait. Ils ne savaient pas à quoi s’attendre en entendant Ozzy chanter dans Black Sabbath. Le metal en général fait partie de ces trucs marginalisés. Ça n’a jamais été pris au sérieux musicalement parlant au sein de la population globale, mais je pense qu’on y trouve certains des fans les plus dévoués parmi tous les genres musicaux. Le doom n’est qu’un autre de ces sous-genres… C’est une bonne chose car j’aime bien que le doom soit un genre d’outsider et que ce ne soit pas super mainstream, mais il est à l’épreuve du temps grâce à certains albums qui sont sortis. Mes albums préférés en tant que musicien et simplement en tant que fan sont des albums de doom. C’était déjà le cas avant que je rencontre Rob, et même par rapport aux vieux Judas Priest, Iron Maiden et Black Sabbath. Certains albums de Solitude Aeturnus sont mes préférés dans tout le metal point barre, sans conteste. Je ne dis pas ça en étant partial. C’est vraiment ce que je ressens. Beyond The Crimson Horizon, c’était la première fois que j’entendais la voix de Rob. Après ça, j’étais accro, et ensuite Though The Darkest Hour est sorti et ça, pour moi, c’est le meilleur album de doom point barre, il a la meilleure production, les chansons sont extraordinaires, il est tellement bon. Plein de gens disent : « J’aime le premier Iron Maiden » ou « le premier untel ». Je ne sais pas. Peut-être parce que c’est plus épuré, c’est un peu plus organique ou peu importe, mais je trouve que les groupes doivent parfois se trouver. Ces deux albums sont intouchables pour moi, en particulier Through The Darknest Hour.

Rob, après avoir passé trente ans dans la scène doom, comment analyses-tu son évolution ?

Robert : Honnêtement, je n’y ai pas beaucoup réfléchi. Je n’écoute pas énormément de choses. Des fois je tombe sur quelque chose et si j’aime, j’aime, et si je n’aime pas, je n’aime pas.

Brad : Encore une fois, le doom étant un sous-genre du metal, il y a maintenant le funeral doom, le doom épique, etc. Il y a toujours une évolution, il y a toujours quelqu’un qui essaye de faire un nouveau sous-genre d’un sous-genre. J’ai toujours envie de voir des groupes essayer de se développer, mais parfois on en fait trop ou on rajoute trop de choses et ça fait perdre l’essence du doom. Pour moi, le doom c’est épuré, c’est brut et c’est la philosophie du moins c’est plus. Il n’y a pas de fioriture. Ça touche directement l’âme et le cœur, ce n’est pas sophistiqué, mais ça vient directement à nous. C’est ce que j’aime dans ce style de musique.

On dit que pour un batteur c’est beaucoup plus dur de jouer lentement que de jouer vite. Es-tu d’accord avec ça ?

Je ne pourrais pas être plus d’accord. Jouer lentement est beaucoup plus dur parce qu’il faut être décontracté. Quand on est batteur, on entend toujours : « Eh, ralentis ! » Le tempo s’emballe toujours, surtout sur scène parce que tu ressens l’adrénaline. Jouer lentement c’est beaucoup plus difficile. Je suppose que pour n’importe quel batteur, peu importe le style, mais surtout dans le doom, jouer avec une piste de click ou un genre de métronome c’est la clé car ça te pousse à être bien en place, mais c’est dur. J’ai eu beaucoup de mal en studio avec l’album précédent à essayer de jouer aussi lentement. J’avais toujours un train d’avance et c’était à 60 BPM, j’étais là : « Ouah, c’est vraiment lent ! » Ça prend du temps. Tu dois lever le pied et te retenir. Dans le doom, il ne s’agit pas d’en mettre plein la vue, à moins d’être Bill Ward, mais c’est autre chose. A certains moments, j’ai dû me dire que je n’étais pas celui qui devait briller, mais sur le nouvel album, je me suis un peu plus mis en avant et j’ai voulu avoir quelques passages où les gens pouvaient dire : « Ouah, ce batteur est très bon sur cette chanson. » Mais c’est clair que jouer lentement, c’est plus dur.

« Je préfère les tempos plus lents. Ça permet d’être plus expressif avec ton style vocal et d’avoir un éventail d’expressions plus ouvert. Ça me permet en tant que chanteur d’utiliser ma voix plus comme un instrument que comme quelqu’un qui prononce des mots. »

Qu’en est-il du chant ? Est-ce plus facile sur un tempo rapide ou sur un tempo lent ?

Robert : Avec les tempos plus lents, ça me donne plus l’occasion d’exprimer mes émotions et d’être expressif de façon générale avec les phrasés des paroles. Il y a des fois où ça accélère et le chant va un peu plus vite. Il y a des fois avec Candlemass et même SA où les tempos sont plus rapides et tu dois mitrailler les paroles, mais je préfère les tempos plus lents. Ça permet d’être plus expressif avec ton style vocal et d’avoir un éventail d’expressions plus ouvert. Ça me permet en tant que chanteur d’utiliser ma voix plus comme un instrument que comme quelqu’un qui prononce des mots.

Tu es l’une des voix du doom, mais comment t’es-tu intéressé à ce genre musical au départ ?

Je suppose que tout a commencé avec Sabbath. La première fois que j’ai entendu ça, j’étais chez un pote. Nous avions dix ou onze ans et son père écoutait l’album et je m’étais dit : « Putain, mais c’est quoi ça ? » J’ai demandé à son père : « Je peux vous emprunter cet album ? » Je l’ai pris chez moi pendant deux ou trois semaines. C’était l’album Master Of Reality. Mon pote était là : « Eh, mon père veut que tu lui rendes l’album. » Je lui disais : « Je vais le ramener, je vais le ramener… » J’ai dû le faire tourner quatre cent cinquante fois. Ça m’a scotché. Enfin, évidemment, j’écoutais Judas Priest, Iron Maiden, Saxon et tout à cette époque aussi, mais cet album m’a vraiment marqué. Ensuite est arrivé le milieu des années 80, Trouble a débarqué et j’étais là : « C’est ça le truc. C’est ça que je ressens. » J’aurais facilement pu faire quelque chose à la Iron Maiden parce qu’en tant que guitariste, je jouais du Maiden, je jouais du Judas Priest, je jouais tous ces trucs, mais ça, ça m’a simplement parlé, je n’ai pas de meilleur mot. C’était ça. C’est ce que je ressentais.

Quand tu as rejoint Candlemass en 2006, vous étiez faits l’un pour l’autre, mais trois albums plus tard, tout s’est effondré. Maintenant que de l’eau a coulé sous les ponts, comment analyses-tu ce qui s’est passé ?

Je ne sais pas. Honnêtement, on m’a viré sans le moindre avertissement. Quand nous étions en train de faire le dernier album, nous parlions de tous les concerts et du reste que nous allions faire. Personne n’a dit le moindre mot à ce sujet. Nous venions de faire le 70,000 Tons Of Metal. Donc je suis revenu au Texas en avion depuis la Floride et deux ou trois mois plus tard, j’étais supposé repartir. J’étais en train de parler à notre photographe et il était là : « Mec, j’ai trop hâte que tu reviennes à Stockholm, bla, bla, bla. C’est quel jour que tu débarques ? Tu peux dormir chez moi si tu veux. » Et rien. Olé Bang est un manageur incroyable, il assure, mais j’étais là : « Pourquoi je n’ai pas encore mes billets d’avion ? Pourquoi je n’ai pas mon avance ? Qu’est-ce qu’il se passe ? » Rien, rien, rien. Je n’ai eu des nouvelles de personne. Deux jours avant le moment où j’étais censé prendre l’avion, ils m’ont finalement envoyé une lettre de rupture. Comme je l’ai dit c’est venu complètement de nulle part. Je n’en ai aucune idée, je n’en ai pas discuté. Honnêtement, je ne sais toujours pas pourquoi.

J’ai eu un échange avec Mats Björkman il y a quelques années et il a dit qu’ils trouvaient que tu étais un chouette type, un super chanteur, un super pote et tout, mais ils étaient dans une situation où ils faisaient de mauvais concerts et tu n’étais pas dans ton assiette. Il a mentionné un problème d’alcoolisme et le fait que tu n’apprenais pas tes textes. Admets-tu ces problèmes à l’époque ?

Oui, moi avec les paroles, ce n’est pas un secret. C’est quelque chose avec lequel j’ai toujours eu du mal. J’imagine qu’au départ c’était une béquille, car je ne voulais pas merder. Quand nous avons commencé à faire nos premiers concerts et que je devais chanter leurs morceaux, nous venions juste de terminer l’album de Solitude, Solitude était encore en activité, j’avais cinq cent mille textes dans la tête et je ne voulais pas merder. Donc j’avais des notes sur scène, ce n’est pas un secret. C’est devenu une béquille et c’était plus facile d’avoir des notes que d’apprendre. Il arrivait aussi souvent avec les concerts que Leif [Edling] dise : « On va changer la setlist et on va ajouter ce morceau. » « D’accord, cool. On ne l’a pas joué depuis six semaines. Pas de problème. » Alors je mettais des notes par terre pour ne pas foirer. Quand t’es face à autant de gens, si tu chantes les mauvaises paroles, ils vont le remarquer. Et l’alcoolisme… Ne me lance pas là-dessus. Tout ce que je peux dire…

Brad : On aime nos bières, laissez-nous tranquilles ! [Rires]

Robert : Oui, c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité là-dessus. Il y a des histoires que je pourrais te raconter et des choses que je pourrais dire, mais je ne vais pas le faire. Si je dois porter le chapeau là-dessus et s’ils veulent utiliser ça comme une excuse, qu’ils le fassent.

« Honnêtement, je ne sais toujours pas pourquoi [j’ai été viré de Candlemass]. Il n’y avait jamais la moindre dispute, de ressentiment ou quoi que ce soit. C’était super. Donc ça a été une vraie gifle pour moi. »

Quel regard as-tu, avec le recul, sur ton temps passé au sein de Candlemass ?

Je n’ai absolument rien de mal à dire sur ce groupe. C’était de super gars. Les tournées étaient super. Nous nous entendions bien. Le temps que nous avons passé en studio, c’était comme avec Grief Collector et Solitude, c’était très organique, nous y allions, nous faisions les choses, nous passions un moment agréable. Tout le monde s’entendait. C’est l’une des raisons pour lesquelles je ne l’ai pas vu venir. Nous passions beaucoup de temps ensemble. Quand tu vis avec quelqu’un dans un tour bus pendant des semaines et des mois d’affilée, et que vous êtes toujours ensemble… Il n’y avait jamais la moindre dispute, de ressentiment ou quoi que ce soit. C’était super. Donc ça a été une vraie gifle pour moi.

Cette année marque les trente ans du premier album de Solitude Aeturnus, Into The Depths Of Sorrow. Quels sont tes souvenirs de cette époque et qu’est-ce que cet album représente pour toi trente ans plus tard ?

Je suis toujours fier de tout ce que nous avons fait sur cet album. J’y repense et je me dis : « Bordel de merde ! » Nous avions dix-neuf et vingt ans, nous venions de nous former et ensuite nous avons sorti ça. C’était une œuvre solide, si je puis dire moi-même. Encore une fois, c’était un truc organique, une poignée de gars qui se sont réunis à l’improviste et ça a marché, ça reste de la bonne musique. Mes premiers souvenirs, ce sont les répétitions chez ma grand-mère, les fêtes tous les weekends et les répétitions le mardi et jeudi à sept heures pétantes…

Brad : [Rires] C’est le temps fort, n’est-ce pas ? C’est la vie de rock-star, les répétitions chez la grand-mère et un couvre-feu pour être là à sept heures sous peine de se faire gueuler dessus par John Perez !

Robert : [Rires] Oui. Mais non, c’était super. C’était une super époque. Nous jouions tous les weekends partout à Dallas. Une chose en particulier qui me vient en tête, c’est que quand nous avons commencé, il y avait dix personnes, puis le weekend suivant vingt, six semaines après quarante, un mois après cent. Ensuite, nous avons joué dans une salle qui s’appelait Dallas City Limits et qui n’existe plus, nous étions un peu devenus groupe de résidence là-bas, mais sans l’être. C’est juste parce que nous remplissions la salle, deux ou trois cents personnes tous les samedis. C’était super de voir le public grandir parce que nous travaillions dur, comme je l’ai dit : mardi, jeudi, sept heures, nous étions là jusqu’à dix, onze, douze heures chaque semaine. C’était sympa de passer de vingt à deux cents personnes en seulement quelques mois. C’était un plaisir. C’est un bon retour pour ce qu’on fait en tant que musicien, parce que ce que nous faisions en 1990, honnêtement, personne ne le faisait. Pense à ce qu’on entendait à la radio en 1990. Nous étions clairement le vilain petit canard à l’époque. Même à Dallas, tous les groupes qui jouaient là-bas à l’époque, c’était Poison ou Savage, les groupes typique de rock n’ roll du milieu à la fin des années 80. Nous devions ouvrir pour ce genre de groupe. Nous ouvrions pour des groupes de hair metal, mais nous débarquions tout de noir vêtus, les cheveux raides, avec de la musique sludgy, et ensuite ils arrivaient avec des trucs à la « Girls, Girls, Girls » [rires]. La juxtaposition entre nous et ceux avec qui nous jouions à l’époque était très bizarre, mais nous avions notre public, nous remplissions la salle et quand nous avions fini, ça se vidait.

Tu as déclaré que « l’histoire de Solitude Aeturnus a toujours été aléatoire ». Regrettes-tu que ça n’ait pas été plus constant ?

Nous étions constants pendant un temps au tout début. Je suppose qu’après autant d’années… Je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé. C’était juste l’évolution des choses.

Brad : Je pense c’est le genre de chose qui soit a des conséquences négatives, soit finit par s’épuiser. La seule fois que j’ai pu voir Solitude Aeturnus, c’était en 95 à Minneapolis en ouverture de Mercyful Fate. Ça, pour moi, ça aurait été l’apogée de… C’est ça le succès, suivant comment on le mesure. Voir Solitude Aeturnus ouvrir pour King Diamond et Mercyful Fate, c’est une sacrée réussite. Même si on prend des groupes qui sont super populaires, de nouveaux groupes commencent à arriver, donc ils se font simplement remplacer et soit les gens en ont marre, soit ils trouvent de nouvelles choses, mais je pense que c’est ainsi que ça se passe dans la musique.

« [Au début de Solitude Aeturnus] nous ouvrions pour des groupes de hair metal, mais nous débarquions tout de noir vêtus, les cheveux raides, avec de la musique sludgy, et ensuite ils arrivaient avec des trucs à la ‘Girls, Girls, Girls’ [rires]. La juxtaposition entre nous et ceux avec qui nous jouions à l’époque était très bizarre. »

Te souviens-tu de cette tournée avec Mercyful Fate, Rob ?

Robert : Bien sûr. C’était extraordinaire. Bon sang, j’étais un fan boy tous les soirs ! J’étais là : « Mon Dieu ! On joue avec ces gars ? Attends, il nous reste encore trois semaines de tournée. Bordel, mec ! » C’était vraiment cool. Encore une fois, nous étions une poignée de metalleux qui traînaient ensemble et nous nous entendions bien. Nous n’avions jamais rencontré les gars avant. Nous les avons rencontrés dans le New Jersey. Nous nous y sommes rendus en avion, ils nous avaient loué une salle de répétition dans le New Jersey. Donc nous y sommes allés et ensuite nous avons traîné et – oh mon Dieu, est-ce que je peux le dire ? – nous avons bu quelques bières. Le lendemain nous étions en tournée et nous avons fait notre premier concert à New York. Je crois que cette tournée a duré quatre ou six semaines. C’était vraiment quelque chose.

Comme je l’ai mentionné, tu as rejoint Tyrant en 2017 avec qui tu as sorti l’an dernier l’album Hereafter – le premier en vingt-quatre ans. Comment c’est arrivé ?

Greg [May] et son frère se sont séparés, et Greg et Rocky [Rockwell] avaient encore de la musique qu’ils voulaient sortir. Il savait qu’à l’époque je ne faisais rien. Donc, un peu comme Brad l’a fait, il m’a envoyé un message pour dire : « Eh, on est en train de réfléchir à faire un nouvel album, ça t’intéresserait ? » J’étais assis sur le canapé à regarder la télé et j’ai dit : « Hmm, est-ce que ça m’intéresse ? Oui, allez fait chier, je le fais ! » [Rires]

Quelle a été ton histoire avec ce groupe, qui est assez vieux, avant d’en faire partie ?

J’en reviens à quelque chose de très drôle. Nous étions chez ma grand-mère pour répéter. Solitude était tout juste en train de se former et à chaque fois, avant de répéter, en tant que passionnés de musique nous partagions toujours ce que nous avions acheté et ce qui était nouveau, nous faisions tourner quelques albums avant de nous y mettre. John Perez avait justement apporté l’un des nouveaux Tyrant. Honnêtement, je ne me souviens plus lequel il s’agit – c’était le premier ou le second album, il venait juste de sortir. Donc nous étions assis là à écouter Tyrant et à dire : « Putain, ouais ! Ça tue ! » Et ensuite : « OK, allez, on répète. » Cinquante ans plus tard, me voilà en train de chanter pour Tyrant ! [Rires]

En 2014 on entendait parler de Gathered In Darkness. A l’époque, ce projet était en train de boucler la phase de composition et avait planifié de rentrer en studio. Où ça en est ?

Avec Gathered In Darkness, nous avons passé peut-être six mois par intermittence, environ toutes les deux semaines à aller au studio et à travailler sur ce projet d’album, qui est à quatre-vingt-quinze pour cent terminé. J’ai fait toutes mes parties. Je suis parti parce que j’avais fini, tout était bouclé de mon côté. Nous avions le chant qui était posé et enregistré. Ce n’était plus nécessaire que je sois là. Il nous restait encore des parties de batterie à terminer. De ce que j’en sais, c’est toujours là, à attendre. Je n’ai aucun contrôle là-dessus. Le projet était dirigé par un pote à moi. C’était vraiment à lui de le terminer. Ça fait une éternité que je n’ai pas eu de ses nouvelles, donc je ne sais pas ce qui se passe avec ça. En ce qui me concerne, c’est fini. Nous avions même suscité l’intérêt de Warner Bros. pendant un temps et, comme je l’ai dit, je n’ai pas eu de ses nouvelles depuis quelques années, donc je n’ai pas de réponse honnête à cette question.

C’est tout pour moi, je vous remercie d’avoir pris le temps de nous parler !

Brad : Nous apprécions beaucoup. C’est un honneur.

Robert : Effectivement, nous apprécions que vous ayez ne serait-ce qu’envie d’en savoir plus sur…

Brad : Un alcoolique, tu veux dire ?

Robert : Oui, malheureusement, je ne suis pas bourré là tout de suite. Donc ça n’a probablement pas été une très bonne interview.

Brad : On reviendra une fois l’album sorti. Nous serons complètement bourrés et vous aurez une interview très différente [rires].

Interview réalisée par téléphone le 4 juin 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Facebook officiel de Grief Collector : www.facebook.com/GriefCollector

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