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Interview   

Gronibard : l’album de l’immaturité


Quatorze ans après, les fans sont rassurés : Gronibard n’a pas choisi d’élever le niveau et reste en dessous de la ceinture. Tout cela était d’ailleurs annoncé avec élégance par le titre du troisième album, Regarde Les Hommes Sucer. Ainsi, ceux qui se marraient avec le groupe depuis plus de vingt ans continueront à se fendre la poire, tandis que les hermétiques qui passaient autrefois leur chemin râleront peut-être de manière plus véhémente sur les réseaux sociaux… Car c’est une fatalité, l’époque évolue et par conséquent la société et l’humour aussi. Peu importe pour le groupe français qui n’a jamais eu vocation qu’à se faire rire lui-même, et même si la blague « tire sur mon doigt » avait vocation à disparaître, ainsi soit-il, le groupe tirerait sa révérence. Pour l’heure, le réveil de Gronibard fait des heureux chez les amateurs de metal gras et de blagues potaches, surtout que le groupe revient avec un attirail bien différent qu’à l’époque de ses premiers méfaits, avec une production massive, une signature chez Season Of Mist, un bel objet avec un artwork poussé ainsi que des photos promo bien travaillées.

Leur troisième offrande n’est en effet pas qu’une histoire de farce. En réalité, le nouvel album marque un changement dans la démarche du combo, comme nous le confie Albatard, puisque la musique a été pensée avant les textes et le chant. L’intention de produire sérieusement un grindcore old school était telle que l’album aurait pu sortir sous un autre nom que Gronibard, pour séparer clairement les démarches. Mais finalement la bonne combinaison entre la musique peaufinée et les textes salaces d’Anal Capone a eu raison du groupe qui gagne en maturité tout en restant profondément puéril. Preuve en est que la subtilité est de mise derrière l’apparente débilité du projet, l’entretien réalisé avec le bassiste s’est avéré relativement studieux, passant par le recul sur leur propre sens de l’humour à l’hommage rendu aux pointures du death metal. Cependant ne nous y trompons pas, Gronibard reste dans sa ligne de conduite et quelques vannes se glissent entre les évocations régulières de l’appareil génital.

« Quand We Are French Fukk You est sorti, s’il avait mieux marché, cela nous aurait poussés à faire plus de dates, mais au moment de la sortie, il n’y avait pas beaucoup de bonnes réactions. A la limite, ça nous a libérés d’un poids : les réactions ne sont pas terribles, et faire des dates pour faire des dates, c’est bien, mais autant faire des concerts pour se faire plaisir, donc nous avons changé de rythme. »

Radio Metal : D’abord, es-tu seulement bassiste ou est-ce que tu occupes d’autres fonctions ?

Albatard (bassiste) : Je pense que je suis le plus sexy du groupe, mais je ne sais pas si c’est une fonction. Sinon, je suis bassiste et les intros tirées de films de boule c’est moi. C’est mon job à plein temps de mater des films de cul. Ça demande un travail de recherche, ça prend du temps et beaucoup de Kleenex.

La première question que nous nous posons lors d’une interview avec Gronibard, c’est : quel est votre avis sur la guerre en Ukraine et l’élection présidentielle ?

Oh putain. Je pense qu’on peut dire merci à Ultra Vomit pour avoir eu Macron au deuxième tour, c’est clairement à cause d’eux. L’Ukraine… C’est de l’actu un peu particulière, depuis déjà pas mal de temps. J’ai l’impression qu’on cumule. Dès qu’un truc de merde s’arrête, il y en a un autre qui débarque. En ce moment, c’est gratiné quand même. Et je rigole pour Ultra Vomit, je leur fais des bisous.

Est-ce que vous auriez joué à l’Elysée si on vous l’avait proposé ?

Cette question nous a déjà été posée une paire de fois. Ça n’aurait jamais pu nous arriver. C’est un peu comme si je te posais la question d’aller faire ton émission de radio à l’Elysée. Même dans un univers parallèle, il y a zéro chance pour que nous nous retrouvions dans ce cas de figure. Quand tu vois tous les gens qui disent qu’ils n’y seraient pas allés… On ne peut pas être à la place d’Ultra Vomit. Eux, on leur a proposé et je pense qu’il a dû y avoir de sacrés dilemmes dans l’équipe sur le fait d’y aller ou non. D’un côté, si tu le fais, on a bien vu la tempête de merde qu’ils se sont prise dans la gueule. D’un autre côté, si tu ne le fais pas, toute ta vie tu regrettes de ne pas avoir saisi l’occasion de jouer un morceau de deux minutes avec du blast dans le jardin de l’Elysée face au président. Je ne peux vraiment pas te dire si je l’aurais fait ou pas, mais en tout cas, ce qui leur est arrivé est quand même un truc de dingue.

Après, est-ce que ça a vraiment un impact sur le vote des gens, comme tout le monde l’a écrit à l’époque ? Je n’en sais rien. Est-ce que tu es obligé d’être en phase avec le président pour aller jouer dans le jardin de l’Elysée ? Je n’en sais rien. Personnellement, quand j’ai vu la vidéo, ça m’a fait sourire. C’est marrant et improbable de voir ces gars que j’ai croisés des centaines de fois se retrouver face à Macron. A la limite, ce qui m’a fait plaisir, c’est qu’ils ont quand même joué un vieux morceau d’Ultra Vomit avec du blast, alors que s’ils étaient allés faire une chanson comme « Je Collectionne Des Canards (Vivants) », ça m’aurait moins fait sourire. Je ne peux pas dire que je sois à cent pour cent en phase avec ce qu’ils font niveau musical, je n’écoute pas forcément, mais je trouve que des fois, ils ont quand même des trucs… Comme jouer à l’Olympia et qu’il y ait une faute dans le nom de leur groupe sur le devant la salle, c’est du génie ! C’est très drôle ! Et c’était drôle aussi de jouer « Une Souris Verte » face à Macron. De note côté, je ne sais pas devant qui nous pourrions faire « Regarde Les Hommes Sucer », peut-être Jean Lassalle, à la limite.

J’ai cru remarquer un changement, au moins dans les pseudos. Rassurez-nous, il n’y a pas eu de changement de line-up chez Gronibard ?

Beaucoup de gens se posent des questions là-dessus : tu peux remarquer qu’il y a toujours quatre mêmes pseudos et qu’il y en a un qui change à chaque fois. Concrètement il n’y a pas eu de changement de line-up depuis une vingtaine d’années. Ce sont toujours les cinq mêmes : les quatre du premier album et un deuxième guitariste qui est arrivé en même temps que Satanic Tuning Club. Comme il est arrivé après tout le monde, il n’est toujours pas très bien intégré dans le groupe, donc à chaque disque, nous lui changeons son pseudo sans lui demander son avis. Souvent il le découvre à la sortie du disque – cette fois il a triché, il l’avait déjà vu. A son entrée dans le groupe, dans Satanic Tuning Club, il devait s’appeler Gros Con Qui Pue La Merde, sur l’album d’après c’était Mongolito et maintenant il s’appelle Merdic, mais c’est bien toujours le même. Il s’appelle Cédric, mais il se fait appeler Medric, je ne sais pas pourquoi, donc nous avons changé et c’est devenu Merdic. Nous commençons à ne plus avoir trop d’inspiration, ça devient difficile !

« Nous avons songé à faire du grind un peu plus sérieux, quitte à ne pas le sortir sous le nom de Gronibard. C’était sympa mais ça ne nous éclatait pas plus que ça. »

Qu’est-ce qu’il s’est passé après We Are French Fukk You de 2008 ? Pourquoi ne plus avoir eu de nouvelles de vous pendant presque quatorze ans ? Mis à part les quelques concerts et nouvelles sur Bandcamp ?

Nous n’avons jamais arrêté. Le rythme était très poussé au début des années 2000, à l’époque du premier album, où nous étions sur la route tous les week-ends, à voyager en van jusqu’en République tchèque pour jouer à une heure du matin et repartir, etc. Nous étions peut-être un peu fatigués de tout ça, des concerts tous les weekends, etc. Ça nous fait toujours marrer de faire des dates, mais nous avions besoin ralentir un peu tout ça. Quand We Are French Fukk You est sorti, s’il avait mieux marché, cela nous aurait poussés à faire plus de dates, mais au moment de la sortie, il n’y avait pas beaucoup de bonnes réactions. A la limite, ça nous a libérés d’un poids : les réactions ne sont pas terribles, et faire des dates pour faire des dates, c’est bien, mais autant faire des concerts pour se faire plaisir, donc nous avons changé de rythme. Nous faisons deux ou trois concerts par an, si possible dans des endroits où nous n’avons pas déjà joué, car ce n’est pas drôle de faire les mêmes choses deux fois. Depuis l’album, nous avons joué pas mal à l’étranger, en République tchèque et en Hollande, par exemple.

Ensuite, je pense que dès 2009 nous travaillions déjà sur un autre truc, mais nous n’aimons pas partir deux fois dans la même direction musicale et refaire le même disque. Après We Are French Fukk, nous nous sommes beaucoup cherchés. Nous sommes même allés jusqu’à acheter des synthés en nous disant que le prochain album serait de la synth-pop, de la wave années 80, mais toujours avec des paroles qui parlent de cul. Nous avons essayé ça pendant un petit moment, mais c’était trop compliqué, donc nous avons abandonné. Ensuite, nous avons songé à faire du grind un peu plus sérieux, quitte à ne pas le sortir sous le nom de Gronibard. C’était sympa mais ça ne nous éclatait pas plus que ça. Il y a cinq ou six ans, nous avons bossé à expérimenter beaucoup de choses à deux ou à trois, juste batterie, guitare et basse, et au final, nous avons trouvé la direction de l’album, un peu plus death metal et avec des choses que nous n’avions jamais faites par le passé. Nous nous sommes demandé si nous avions le droit de faire ça, si nous arriverions à rendre ça drôle, etc. C’était un peu le challenge.

Le batteur étant sur Paris et nous dans le Nord, même si ce n’est pas si loin que ça, nous n’avons pas l’occasion de répéter la semaine. Comme il ne remonte pas souvent sur Lille, nous répétons peut-être quatre fois par an, dont deux pour préparer les concerts. Faire un album avec deux répétitions par an, ce n’est pas simple. Nous avons donc dû aussi trouver une nouvelle manière de bosser, composer à distance, se partager des trucs, faire des démos, etc. Ce sont des choses que nous n’avions jamais faites avant. Nous avons donc été très lents et nous avons juste accéléré sur la fin. Puis il y a eu le Covid-19 qui n’a rien arrangé. L’album est enregistré depuis quasiment deux ans – il me semble que nous l’avons enregistré en été 2020. Nous avons eu beaucoup de mal à finir le mixage et le mastering. L’étape finale a été ultra longue, car il n’y avait pas moyen de se rendre en studio. Tout cela mis bout à bout, ça fait quatorze ans – le temps passe vite !

L’album sonne bien, comme un album de deathgrind d’un groupe des années 2010-2020. Même si vous faites les débiles avec des textes qui racontent n’importe quoi, il y a quand même une démarche musicale sérieuse.

Peut-être pas dans les débuts du groupe. Si tu prends nos premières démos, c’était du noise en répétition, nous faisions n’importe quoi. Le premier album, c’est un peu le cumul de toutes nos blagues d’adolescents ou de jeunes adultes débiles et musicalement, ça ne cassait pas des briques. C’est celui que les gens préfèrent et j’ai beaucoup d’affection pour lui, mais c’est souvent des riffs à quatre notes et des morceaux ultra courts. Ce qui a changé, c’est que désormais nous bossons la musique avant même de penser à la blague. Nous étions persuadés que cet album ne serait pas du Gronibard. Nous avons bossé toute la musique pendant des années et ce n’est que sur la fin que nous avons rajouté les paroles et le chant, et nous étions rassurés, c’était bien débile. Pour montrer à quel point nous bossons la musique et nous en sommes fiers, nous avons même songé à une époque à sortir un double CD, avec d’un côté l’album en version débile comme on peut l’écouter aujourd’hui, et de l’autre, en version gros chant pitché, gore-grind classique, car nous sommes persuadés que ça peut être très bien aussi. Ça reste Gronibard, donc les gens attendent de la blague et nous, ça nous fait plaisir, mais nous pourrions aussi être plus sérieux et il y a vraiment des titres qui rendraient super bien sans les blagues pipi-caca.

« Nous avons bossé toute la musique pendant des années et ce n’est que sur la fin que nous avons rajouté les paroles et le chant, et nous étions rassurés, c’était bien débile. »

C’est quoi votre secret pour avoir un tel sens de l’accroche derrière tous vos textes débiles ?

Les groupes « blagues » qui me plaisent bien, derrière tu as la musique qui assure vraiment. Si tu prends une grosse influence du groupe, qui est S.O.D., c’est du pur thrash-crossover vraiment bien. Le live de 92 est mortel ! Après, ils ont eu la chance d’avoir un chanteur complètement débile qui est venu rajouter des paroles à la con et tout le fun autour. S.O.D., c’est drôle, mais la musique est ultra efficace. Au final, notre secret, c’est que nous bossons la musique que nous aurions envie d’écouter et ensuite nous essayons de rajouter la blague par-dessus, pas l’inverse. Je pense que soixante-dix de l’album a été fait d’abord musicalement sans même que le chanteur soit impliqué pour poser des lignes de chant. A la base, c’était un album classique, plutôt sérieux et que nous avions envie d’écouter.

C’est quoi le cœur de la composition chez vous ? Comment fonctionnez-vous ?

Ça a changé avec le temps. Les paroles sont la seule responsabilité de notre chanteur Anal Capone, tandis que la musique se bosse en amont : les gens amènent des riffs et nous bossons la structure en répétition. Ce n’est pas : « Tiens, j’arrive avec un morceau tout fait » et on le prend tel quel. Nous essayons plutôt de trouver ensemble une structuration que nous trouvons tous efficace à partir des riffs qui sont là. La base c’est : la musique dans un premier temps et Anal Capone qui débarque après, et qui s’est surpassé encore une fois pour les concepts à la con et nous a tout massacré ! A chaque fois, nous nous disons : « Ce morceau va déchirer ! » et lui arrive avec ses histoires de siamois ou je ne sais pas quoi et un chant improbable [rires]. A chaque fois que nous écoutions les morceaux en studio, d’un côté nous étions morts de rire et de l’autre nous nous disions : « Putain, ce n’est pas possible… » Enfin, c’est la patte Gronibard !

Tous les jeux de mots viennent d’Anal Capone ?

Les morceaux avec paroles, ça vient de lui, mais nous avons aussi des morceaux sans paroles où c’est du grind un peu plus classique et les noms des morceaux sont souvent des jeux de mots pourris. Dans ce cas, nous nous partageons un peu plus le travail. Ça dépend de qui a de l’inspiration à ce moment-là. Souvent, nous galérons, nous avons beau avoir enregistré l’album, il nous reste deux ou trois titres à la fin qui n’ont toujours pas de nom, et c’est un jeu de mots pourri qui sort trois jours avant la deadline. Donc les paroles, ça vient vraiment d’Anal Capone, mais les jeux de mots, c’est un peu tout le monde. Je pense que chacun dans le groupe est responsable d’un ou deux jeux de mots pourris dans l’album.

Au niveau de la composition musicale, est-ce qu’il y a des gimmicks que vous vouliez particulièrement parodier sur cet album-là ?

Ce n’est pas tellement de la parodie, mais plutôt de l’hommage. Comme je te disais, nous sommes tous dans le même groupe depuis vingt ans, et il y a un truc qui est chiant quand on vieillit : au début, nous étions des metalleux qui écoutaient absolument tout et avaient plein de trucs en commun, alors qu’aujourd’hui, nous partons tous dans des directions complètement improbables. Notre point commun, c’est globalement le goregrind, et encore… Il y a des gens qui écoutent de l’électro, du hip-hop et autre. Donc ça devient de plus en plus difficile de trouver un terrain d’entente dans la musique. Tout à l’heure je te parlais d’un déclic qu’il y a eu pour partir dans une direction, et pour nous, au niveau de la musique, c’est clairement un hommage à Necrophagia. Nous sommes tous des gros fans de Necrophagia, époque Phil Anselmo à la guitare ; nous avions d’ailleurs déjà fait une reprise sur notre album précédent. Il y a zéro fan de Pantera ou des autres groupes de Phil Anselmo dans groupe – Down, nous n’en avons rien à battre –, par contre à la gratte sur Holocausto De La Morte, il joue les meilleurs riffs de death metal de tous les temps. Il y a un côté dissonant, pas accordé et pas carré que nous adorons, et ça a été clairement la référence pendant toute la période de composition de l’album. Pour ceux qui ne connaissent pas, je ne peux que vous encourager à essayer de chopper la vidéo de clips de leur album Holocausto De La Morte qui s’appelait Through Eyes Of The Dead. Non seulement visuellement c’est génial, mais en plus musicalement, ça bute ! C’est le meilleur groupe de death metal de tous les temps.

« Ce n’est pas tellement de la parodie, mais plutôt de l’hommage. »

Cet album possède un thème central : la pratique de fellation et, par conséquent, le goût de l’éjaculat. Regarde Les Hommes Sucer est-il un album concept ?

Je ne l’ai jamais vu comme ça, mais nous nous sommes rendu compte qu’effectivement ça tournait toujours autour du même thème, donc oui, peut-être qu’on peut le prendre comme un album concept autour du foutre. C’est une drôle de manière de voir les choses, mais peut-être [rires]. Je m’étais dit qu’un jour je compterais le nombre de fois où l’on dit « sperme » ou « foutre » dans l’album parce que je pense qu’il y en a quand même une belle quantité. C’est un peu obsessionnel. Ne me demande pas d’expliquer pourquoi, s’il te plaît, je ne suis pas responsable !

Tu parlais des intros au tout début : ce ne sont que des samples de films pornos ou il y a des choses que vous avez-vous-mêmes enregistrées ? Les dialogues paraissent fous…

Il n’y a rien d’enregistré de nous-mêmes ! [Rires] Il y a des trucs complètement improbables, oui. Nous avions fait une démo en 1999, que nous avons fini par mettre sur Bandcamp. A l’époque, nous faisions du noise en répétition, nous faisions un peu n’importe quoi. Le principe est qu’à chaque fois, il y avait une intro avec un sample tiré d’un film comme ça ou de trucs débiles comme South Park, Les Simpsons ou autre, suivi de noise pendant quelques secondes. A l’époque, nous voulions être signés chez Bones Brigade, un label du Pas-de-Calais, dont le numéro de département est le 62. Nous, nous sommes du 59 dans le Nord, et il y a beaucoup de guéguerres entre les deux sur plein de sujets. Nous voulions faire la « 62 Tape » et le principe de cette cassette était de faire soixante-deux titres, avec donc soixante-deux intros, que nous devions vendre six francs vingt. Nous espérions signer avec ça. Après l’avoir enregistrée, nous avons eu honte du résultat, nous n’avons jamais trouvé soixante-deux intros, donc la chose n’est pas sortie.

Malgré tout, avec le temps, maintenant c’est un enregistrement qui nous fait marrer et c’est devenu culte auprès des potes qui avaient eu l’occasion de l’écouter. Du coup, depuis plus de quinze ans maintenant, nous cherchons toujours désespérément à trouver soixante-deux intros. Donc régulièrement, nous piochons dans plein de choses, des boulards, des films d’action, des trucs à deux balles et tout. Si nous tombons sur quelque chose où nous nous disons que ça rendrait bien sans les images, nous le récupérons, extrayons l’audio et le mettons de côté. Donc pour cet album, il y a des choses que nous avons en stock depuis au moins douze ans. Il y a même des trucs que nous n’avions pas mis sur l’album d’avant et que, pourtant, nous devions avoir. C’est clairement la crème de la crème de ce que nous avons pu chopper. Pour moi, ce sont les meilleures intros que nous trouverons jamais.

Concernant l’aspect visuel, vous avez bien œuvré pour avoir un bel objet vinyle, il y a une réelle recherche esthétique derrière, très différente des albums précédents…

C’est lié à ce que je disais : nous avions vraiment l’impression de bosser sur un projet sérieux avant que les paroles n’arrivent, donc nous ne nous imaginions pas repartir sur une pochette aux couleurs pétantes. Nous avions vraiment l’impression de pondre un album « evil », nous nous disions : « Ça y est, on est devenus des méchants, enfin ! » L’idée que nous avions était que quand tu fouilles un bac à vinyles et que tu passes dessus, à première vue, tu n’as pas l’impression que ce soit un album de Gronibard, que tu as plus l’impression que ça doit se ranger au milieu de vinyles de Beherit ou d’Archgoat. D’ailleurs, nous avons demandé à Chris Moyen s’il ne voulait pas nous faire une pochette à la Beherit, mais au lieu que ses squelettes soient alignés, ils se sucent… Bon, ça ne l’a pas fait rire, il n’a pas voulu, mais nous avons tenté. Et même la personne qui a fait la pochette [Mat Coppin] a eu du mal à comprendre ce que nous avions en tête, qui est qu’elle devait ressembler à celle d’un groupe de black standard, jusqu’au moment où tu regardes de plus près et réalises qu’il y a des centaines de détails à deux balles.

Ce qui est un peu con, c’est que nous adorons le visuel extérieur, mais nous sommes tous encore plus fans de celui à l’intérieur du gatefold. Ce dernier a été fait après, donc nous n’aurions pas pu changer et l’utiliser comme visuel principal, parce que la manière dont il est découpé ne collait pas du tout, mais là, le mec qui a fait la pochette avait enfin vraiment compris ce que nous avions en tête et il s’est lâché à cent pour cent. Si je peux donner un conseil : si vous avez l’occasion, regardez la version vinyle, parce que je pense que ça ne rendra pas sur CD, ce sera petit. Si vous vous êtes marrés à chercher les petits détails cachés de partout sur la pochette du premier album… C’est la même personne qui a réalisé la pochette du premier album et celle-ci. Elle a repris le même concept, avec une pochette plutôt « evil » et des centaines de détails complètement débiles. Il y a une télé qui passe un concert de Def Leppard, il y a PPDA qui est caché dans un coin, il y a du fromage, il y a des bites bien sûr, il y a un chien, il y a un chat… Il y a des trucs vraiment partout. Nous aimons bien toujours soigner les visuels. Il y a plein de productions gore-grind voire grind qui sont dégueulasses, avec une pauvre photo d’un truc gore ou porno sur internet et un logo par-dessus. Nous aimons quand même nous prendre la tête un minimum là-dessus et là, nous sommes super fiers du résultat.

« L’idée que nous avions était que quand tu fouilles un bac à vinyles et que tu passes dessus, à première vue, tu n’as pas l’impression que ce soit un album de Gronibard, que tu as plus l’impression que ça doit se ranger au milieu de vinyles de Beherit ou d’Archgoat. »

Il y a ça et aussi la session photo : c’est la première fois que nous nous prenons autant la tête pour des photos. Nous n’avions jamais fait de session studio avant. Les gens nous disaient sans arrêt : « Maintenant vous êtes sur Season Of Mist, du coup vous avez dû changer des trucs… » L’album était à cent pour cent prêt avant que nous soyons sur le label, rien n’a changé à cause d’eux. Par contre, ce qui a changé par rapport au groupe, c’est le niveau d’exigence et leurs attentes. Ils nous ont forcés à nous sortir les doigts du cul et à faire des choses plus qualitatives, comme la session photo, là où, sur l’album précédent, nous avions pris un pauvre appareil photo jetable et nous étions allés sur un tracteur, et nous avions osé envoyer ça à la presse.

Le clin d’œil au groupe Regarde Les Hommes Tomber est évident. Comment êtes-vous arrivés à vouloir parodier le black metal moderne capuchonné, pour la séance photo notamment ?

Si tu regardes nos visuels sur scène avant, souvent, nous avions des déguisements à deux balles : infirmière, tortue ninja, etc. Au moment où nous nous sommes dit qu’il allait falloir que nous fassions une session photo, nous nous sommes imaginés en studio avec nos pauvres déguisements et nous nous sommes dit que nous allions avoir l’air d’abrutis. Quand nous avions vingt ans, ça nous faisait marrer, nous avons fait des trucs complètement débiles, c’était drôle, mais maintenant nous sommes vieux, gros, chauves… Tu vois une photo de ça dans un magazine, ça ne donne pas envie. Il a donc fallu trouver l’astuce. Nous nous imaginions plus des capuches comme Regarde Les Hommes Tomber en rose, avec pourquoi pas des motifs de licorne ou autres, mais nous n’avons jamais trouvé, donc nous avons dû faire fabriquer les tenues de moine. Ça a pris un temps de dingue. Nous avons trouvé une couturière et nous avons dû faire des choses que nous ne nous imaginions jamais faire, comme aller acheter le tissu. Il y a tellement de groupes à capuche que c’était facile de rentrer là-dedans et d’apporter un peu autre chose. Nous sommes contents du résultat. En plus, nous avons passé une super journée – nous avons fait une journée entière de photo, nous nous sommes bien marrés, c’était chouette.

Vous avez gardé les costumes pour la scène ?

Oui, nous avons déjà fait une date depuis la session photos et nous les avons utilisés. Ce n’est pas pratique ! Je ne sais pas comment les autres font : la capuche se met sur ta tronche, tu ne vois plus rien, tu as vite chaud… Il y a peut-être des astuces. Mais oui, nous les réutiliserons sur les prochaines dates.

Tu as parlé de la signature chez Season of Mist, comment est-ce que ça s’est fait ? C’est assez osé de leur part. Même s’ils avaient déjà Cannabis Corpse, ils n’ont pas énormément de groupes parodiques. En général, ce sont des groupes plutôt conceptuels et fouillés musicalement.

En fait, nous avions déjà quelques labels de copains qui étaient intéressés avant même que le produit final soit prêt. Il y avait un label italien, qui s’appelle Spikerot Records ; il n’est pas très connu mais j’adore ce qu’ils font. Ils mélangent des sorties grind voire metal au sens plus large et des BO de films italiens des années 70. Ils font vraiment de très belles sorties. Nous étions à deux doigts de signer chez eux, parce qu’en plus, le courant passait super bien. Nous nous sommes demandé – parce que là, c’était facile, c’était des copains – si nous n’essaierions pas d’envoyer notre album à un label que nous ne connaissions pas ou très peu – je pense que nous avons dû croiser Michael [Berberian] en 2005 sur un festival, mais c’est tout – et de voir comment il réagit, sans plus de pression.

Nous n’avons envoyé l’album, qui n’était pas encore fini, qu’à Season Of Mist en leur demandant leur avis. Michael a vite montré de l’intérêt, ce qui nous a énormément surpris. Nous étions tellement persuadés qu’il allait nous envoyer chier que nous nous sommes demandé : « Qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on a notre place sur un gros label comme celui-là ? Comment est-ce que ça peut se passer ? » Nous nous sommes posés plein de questions. Après, c’est un label que nous aimons bien. Ils sortent beaucoup de choses, donc je ne peux pas dire que j’adore tout ce qu’ils sortent. Par contre, il y a quelques sorties cultes que nous sommes nombreux à adorer dans le groupe, comme le dernier album d’Oxiplegatz sorti dans les années 90, plusieurs Necrophagia, Grand Declaration Of War de Mayhem. Nous nous sommes dit que si nous arrivions à sortir un disque sur le même label que ces disques, ce serait méga classe. Nous avons donc tenté. Par rapport au risque de leur côté, Michael est derrière nous à cent pour cent. Nous nous sommes nous-mêmes posé quelques petites questions d’autocensure parfois, par rapport au monde d’aujourd’hui, le fait qu’on n’a plus le droit de rien dire, etc. mais il nous a clairement empêchés de le faire. Il était à fond derrière nous. Tu avais un peu l’impression que ça lui faisait plaisir de faire un gros « fuck » à toute cette bienséance et toute cette pensée qui circule aujourd’hui. C’est chouette !

« Les gens nous disaient sans arrêt : ‘Maintenant vous êtes sur Season Of Mist, du coup vous avez dû changer des trucs…’ L’album était à cent pour cent prêt avant que nous soyons sur le label, rien n’a changé à cause d’eux. Par contre, ce qui a changé par rapport au groupe, c’est le niveau d’exigence et leurs attentes. »

Justement, entre 2008 et aujourd’hui, l’humour a beaucoup changé. On est entrés dans une ère plus puritaine, comme tu l’as dit, qui touche aussi la communauté du metal. Vous aviez donc cette crainte d’être jugés trop insultants ?

C’est toujours délicat. Oui, nous nous sommes posé plein de questions. Si tu prends le principe qu’aujourd’hui les minorités sont beaucoup plus défendues… Par exemple, on ne se moque plus des gros au collège. J’aurais tellement aimé que ça se passe comme ça à l’époque où j’y étais, car tout le monde se foutait de ma gueule. Il y a plein de choses positives derrière tous ces changements de la société, c’est très bien, mais effectivement, il y a peut-être de la dérive. D’un autre côté, j’ai fait une interview dernièrement avec un gars qui me disait faire partie d’associations qui protègent des minorités, féministes, etc. En fait, le mec me dit qu’à aucun moment il n’a cru que ce que nous faisions était autre chose que de la blague et qu’heureusement que nous sommes encore capables de faire ça, car à force de rien s’autoriser, on arrive sur des choses ultra-lisses et chiantes. Peut-être que nous aurons des soucis, peut-être que nous n’en aurons pas, peut-être que les gens qui vont, à un moment, s’offusquer d’un truc vont se demander s’il y a vraiment de quoi s’offusquer.

Après, nous ne sommes pas forcément fiers des débuts où il y a des choses nettement plus misogynes. Nous avons clairement arrêté ce trip-là dans l’album. Si nous tombons sur des siamois qui ont un problème avec notre morceau, ce ne serait vraiment pas de bol, mais globalement, c’est de l’humour à deux balles, c’est sous la ceinture. Souvent on nous parle de Bigard, pour dire que comme lui, nous aimons bien les blagues de cul et tout, mais personnellement, quand je vois Bigard, il ne me fait pas vraiment rire, je ne peux pas dire qu’il y ait des fans de Bigard dans le groupe. Je ne pense pas que nous soyons dans le côté gras et graveleux d’un Bigard. Nous sommes plutôt proches d’un Groland qui n’hésite pas à montrer des nichons, de la bite et des gens qui picolent. Personnellement, je n’ai jamais capté de truc malsain derrière, ça m’a toujours fait marrer et je me retrouve bien là-dedans. Donc, oui, la société a changé, mais si on ne peut plus s’autoriser à faire quoi que ce soit… Au pire, nous arrêtons, ce n’est pas la mort non plus. Pour moi, ce n’est pas un vrai problème, ce n’est que de la blague à deux balles. Si tu n’adhères pas, tant mieux pour toi, c’est sûrement que tu as un meilleur humour que nous [rires]. Ce n’est pas un problème de ne pas aimer ce que nous faisons, mais de là à s’offusquer, il ne faut peut-être pas exagérer.

Vous avez été assez discrets ces dernières années sur les réseaux sociaux. Comment percevez-vous les réactions pour votre grand retour ?

Les réseaux sociaux, nous n’y comprenons rien : nous sommes complètement à la ramasse, nous ne sommes pas doués pour ça ! Avec les premières réactions, je me suis dit que les gens qui n’avaient pas aimé We Are French Fukk avaient oublié et qu’ils étaient plus dans : « Tiens, c’est le groupe que j’écoutais au collège, qui parlait de pipi-caca-prout et qui me faisait rire. » C’est lorsque nous avons été annoncés pour le Motocultor en 2019 que nous avons halluciné sur le nombre de gens qui avaient l’air d’être contents de nous voir. Bon, après ils étaient moins contents, vu qu’ils nous ont jeté de la boue à la gueule, mais ça nous avait beaucoup surpris à l’époque. Maintenant, c’est un peu pareil : globalement, nous voyons plus de retours positifs que de gens mécontents, donc ça fait plaisir. Mais nous surveillons ça d’un peu loin. Nous essayons d’être un peu actifs, au moins pendant la promotion de l’album, mais ce n’est clairement pas notre truc d’aller poster des photos – nous ne sommes même pas sur Instagram ou quoi que ce soit, nous sommes à chier là-dessus et nous le savons.

Vous répondez malgré tout, notamment chez nous : il y avait une personne qui s’était offusquée sur Facebook. Je ne sais pas lequel d’entre vous a répondu, mais il l’a fait avec beaucoup de dérision en disant qu’elle avait raison de trouver que c’est de la merde et que si lui-même ne jouait pas dedans, il n’écouterait pas [rires]. Ce type de réactions vous amuse, non ?

Si nous voyons passer et que nous sommes inspirés à ce moment-là, nous lâchons un petit commentaire. Je suppose que c’était pour la sortie du premier extrait de l’album, donc nous étions un petit peu au taquet pour voir comment les gens réagissaient. Aujourd’hui, quand un titre sort, tu vas regarder les commentaires YouTube et ce qui se passe sur Facebook, mais je ne vais pas non plus y passer longtemps, et s’il y a des gens qui n’aiment pas, je pense que je ne m’embêterais même pas de mettre un petit message. Mais effectivement, ça me dit quelque chose, c’était peut-être moi cette fois-là. A la fois, c’est vrai : pour nous, ce groupe est une blague entre potes qui n’a jamais eu vocation de faire marrer d’autres personnes que nous. Donc, clairement, si je n’en faisais pas partie, j’aurais peut-être fait partie des râleurs qui crachent dessus. Ce n’est pas grave, il n’aime pas, il trouve que c’est de la merde, tant mieux, c’est très bien. De toute façon, si tout le monde aimait, nous arrêterions, parce que ce n’est pas possible. C’est très bien qu’il y ait des gens qui ne nous aiment pas.

« Pour nous, ce groupe est une blague entre potes qui n’a jamais eu vocation de faire marrer d’autres personnes que nous. Donc, clairement, si je n’en faisais pas partie, j’aurais peut-être fait partie des râleurs qui crachent dessus. »

Tu as mentionné le Motocultor : qu’est-ce qui s’est passé ?

Comme je te l’ai dit, nous faisons deux ou trois dates par an. Nous ne sommes pas du genre à arriver, à jouer et à repartir tout de suite après. S’il y a moyen de vivre un bon moment entre potes, nous allons le vivre à fond. Au Motocultor, nous étions sur place tous les jours du festival ; pas au camping avec tout le monde, nous campions derrière au milieu des arbres. Quand nous sommes ensemble, nous n’avons pas tendance à faire les choses dans la demi-mesure. Nous avons picolé… En plus, c’est un festival qui a la mauvaise idée de servir de la 8,6 à boire – ce n’est pas la pils du Hellfest. Nous n’étions déjà pas très bien la veille au soir, le matin non plus, alors quand nous sommes montés sur scène… Il y a un membre du groupe qui a une photo de nous juste avant de monter sur scène, tu regardes nos gueules, à part notre batteur qui est toujours sérieux, les quatre autres, nous avons l’air complètement détruits ! Nous avons donc fait le concert. En plus, pour une fois, nous n’avions pas un son dégueulasse, d’après les retours que nous avons pu avoir, et ça se passait plutôt bien.

Nous avions devant nous un public de débiles, qui avaient passé des nuits pourries sous la flotte – c’était un festival assez violent niveau pluie et conditions de merde, nous n’avions vraiment pas été gâtés – et qui se jetaient entre eux de la boue à la gueule. C’était rigolo à regarder. Sauf qu’à un moment, l’un d’eux a visé notre chanteur. Ensuite, tout s’est fait en une phrase, il s’est arrêté et il a dit : « Arrêtez, ça fait mal. Ne me visez pas moi, visez plutôt le batteur derrière, c’est un connard. » A partir de là, tout le public s’est dit qu’ils avaient eu l’accord du chanteur, donc ils ont visé le batteur. Déjà, ils visaient mal, et puis ça ne s’est pas arrêté. Et plutôt que de calmer le jeu, il y en a certains qui ont jeté un peu de l’huile sur le feu. A partir du moment où tu avais de la boue sur ton instrument, c’était difficile de terminer le concert.

Ça reste un très bon souvenir ! Un peu moins pour ceux qui ont prêté le matos et ceux qui ont dû nettoyer la scène. Il y avait Krisiun qui jouait juste après nous et ils n’étaient pas contents. En plus, ils sont bien baraqués, alors nous nous sommes barrés discrètement… C’était un carnage. Ce qui était drôle est qu’après, tu allais voir les autres groupes du festival, Napalm Death, Mgla ou Marduk, et tu apercevais les taches de boue de partout sur la scène, parce que c’est resté tout le weekend. Nous nous excusons encore ! En tout cas, l’orga du Motocultor ne nous en veut pas. Nous nous sommes arrangés avec ceux qui nous avaient prêté le matos, nous leur avons envoyé des bières, du whisky et du saucisson, et a priori, ça a l’air d’être à peu près pardonné.

Parlons un peu du futur de Gronibard. Tu disais que l’album a été conçu sur le long terme : est-ce que vous ouvrez un nouveau cycle de création ou est-ce que vous y allez tranquillement avec la reprise des concerts et la réception du disque ?

C’est compliqué. Si nous voulons vraiment redémarrer, nous devons trouver une manière de le faire. Nous n’en avons pas trop parlé, mais nous avons changé de studio : avant nous enregistrions toujours au même endroit. Le mec qui nous enregistrait était fort sympathique, mais comme nous avions enregistré dans des conditions super à l’arrache pour notre premier album, lui avait gardé la même méthode pour tout ce que nous avons pu faire par la suite. La méthode c’était : il y a des fausses notes et des pains, ce n’est pas grave, on laisse, on ne refait pas les prises. Nous faisions un peu tout en prise live, batterie-basse-guitare, et il y a même des moments où nous ne sommes pas accordés. Ça nous correspondait bien : tu arrivais au studio avec ton pack de bières, tu rigolais entre copains, tu jouais et puis voilà. Cette fois-ci, nous avons enregistré dans un studio avec un ingé son plus exigeant. Concrètement, nous en avons chié [rires]. Tu as Godemichel à la batterie qui fait ses premières prises, il termine et nous l’applaudissons tous, en faisant : « Ouais, c’est bon, au suivant ! » Tu as l’ingé son qui fait : « T’étais pas à fond là. Je pense que tu peux la refaire. » Et là, nous nous sommes tous regardés, c’était l’angoisse ! Alors, oui, il a eu raison, ça se sent sur le résultat et nous en sommes fiers, mais nous en avons vraiment chié ! A part notre batteur, nous ne sommes pas de vrais musiciens et, clairement, ça a été une souffrance. Donc nous n’avons pas redémarré directement après. Comme en plus le mixage et la finalisation ont traîné, ça ne nous a pas remis dans une dynamique où on se dit que c’est fini et qu’on passe à autre chose.

Aujourd’hui, nous attendons que ça sorte, et de voir comment les choses se passent. Je ne sais pas à quel point nous arriverons à réembarquer tout le monde. Tu as aussi la vie perso à côté. Nous nous sommes beaucoup donnés pour le groupe dernièrement. Je ne sais pas ce que nous pourrons faire après. Je sais que Necronembourg ne perd pas l’ambition de faire un album de synth-pop, avec des synthés et tout ça, donc peut-être que nous allons réessayer, peut-être que nous serons meilleurs qu’il y a dix ans – j’en doute. Aujourd’hui, franchement, je n’en sais rien. Je sais que nous n’allons pas faire beaucoup de dates. Ce n’est pas parce que nous sortons un album sur un gros label que nous allons partir en tournée pendant je ne sais pas combien de temps. Nous allons continuer à nous faire plaisir en faisant quelques dates, mais le but n’est pas de partir un peu partout en France et à l’étranger. Nous allons peut-être accélérer un tout petit peu le rythme, mais ça ne va pas changer radicalement. Ensuite, nous verrons selon les motivations de chacun. Je ne pense pas que nous referons un album dans la même veine. Nous aurions vite l’impression de l’avoir déjà fait, donc ça ne nous plaira pas. Si nous voulons faire quelque chose, il faut que nous trouvions une nouvelle voie, mais pour l’instant, il n’y a pas de piste.

Interview réalisée par téléphone le 19 avril 2022 par Jean-Florian Garel.
Retranscription : Maxime Tabuteau.
Photos : Thomas.

Facebook officiel de Gronibard : www.facebook.com/gronibard

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  • Nick Tonku dit :

    Dommage qu’il tombe dans le cliché « on peut plus rien dire », parce que sa réponse suivante est bien plus nuancée. J’avoue que je n’aurais pas imaginé lire de la part de Gronibard « nous ne sommes pas forcément fiers des débuts où il y a des choses nettement plus misogynes ». Mais c’est honnête de le reconnaitre, et de souligner le positif dans ces évolutions sociales!

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  • Effectivement Spikerot Records est un très bon label, je suis très client de leurs prods, RUINAS, quelle découverte ! Cool de voir que vous êtes toujours actifs, je garde un très bon souvenir du groupe, des mecs adorables. Ils avaient répondu à notre invitation pour jouer aux pêcheurs, soirée mémorable.

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