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Interview    Tribune   

Le Gros 4 veut tout péter


Remplir plusieurs Zénith avec une affiche 100% française ? Le challenge est de taille. Mass Hysteria, Tagada Jones, Ultra Vomit et No One Is Innocent se produiront ainsi dans huit villes à partir du 15 janvier prochain, dans le cadre d’une tournée baptisée non sans humour, Le Gros 4. Nous avons évoqué avec Niko et Mouss, respectivement chanteurs de Tagada Jones et Mass Hysteria, les racines du projet et leurs rapport avec les autres groupes présents.

Note : Tribune parue initialement dans le numéro 7 du magazine Radio Metal actuellement disponible aux points de distribution et en commande dans notre shop.

« La solidarité est le leitmotiv de cette tournée. Passer à l’étape concrète était donc possible parce que tout le monde a joué le jeu. »

Niko : Le projet du Gros 4 remonte à quelques années. À la base, c’est Yann Heurtaux, le guitariste de Mass Hysteria, qui m’en a parlé il y a cinq ou six ans. J’ai immédiatement trouvé cette idée géniale. À l’époque, avec Rage Tour, on faisait déjà pas mal de tournées avec des groupes en commun donc c’est vrai que l’idée m’a plu, d’autant plus qu’elle était familière. On a donc commencé à bosser sur le projet et c’est vrai que l’emploi du temps des groupes fait que c’est hyper compliqué de faire coïncider quatre plannings d’artistes pour jouer en même temps. À l’époque, le fait qu’il y ait trois tourneurs dans la danse rendait la chose forcément plus complexe à organiser. À chaque fois que nous discutions du projet, c’était en conséquence sans cesse repousser. Le Covid nous a donc permis de nous organiser, de mettre nos plannings en phase et de proposer cette tournée.

Mouss : En fait, le Gros 4 était dans les tuyaux depuis plusieurs années mais caler des dates aux Zénith ne pouvait être fait que récemment. En effet, tous les groupes présents sur cette affiche sont devenus un peu plus “gros” ces dernières années. Du coup, si nous avions mis en place ce projet autour de 2015, comme c’était prévu de base, il n’est pas impossible que nous ayons fait le tour de salles importantes mais qui ont des jauges plus réduites que des Zénith. Ou alors on aurait peut-être fait des “petits” Zénith, ce qui aurait déjà été grandiose ! De toute façon, ce qui est cool avec les Zénith, c’est que ce sont des salles modulables. Même si elle aurait dû démarrer en novembre de cette année, nous sommes donc très heureux de proposer cette tournée à partir de janvier prochain.

LE COVID EN POSITIF

Niko : Mon travail, sur ce projet, a avant tout été de mettre en place la tournée sur le plan de la structuration logistique. Le plus compliqué est de mettre les groupes d’accord. Mais, à partir du moment où tout le monde fait un pas en avant, les choses sont plus simples. C’est ce qui s’est passé et c’est le leitmotiv de cette tournée, la solidarité. Ce terme représente bien cette tournée-là. Passer à l’étape concrète était donc possible parce que tout le monde a joué le jeu. Des choix forts ont été faits : pas de headliners, tous les jours un tirage au sort sera fait pour savoir qui jouera à quel moment et tous les groupes vont se produire le même temps sur scène, à savoir une heure.

Mouss : Cela fait tout de même deux ans que le projet s’organise à fond et, comme le souligne Niko, la crise sanitaire a accéléré l’histoire de façon positive car, sans concerts, nous avons pris le temps de nous projeter pour organiser l’événement. Le fait de jouer dans des Zenith est une satisfaction fraternelle pour tous les groupes qui vont le faire. Ça va être très rock’n’roll avec deux tours bus et deux groupes dans chaque bus. On a tous besoin de passer du bon temps et je suis sûr que tout ça va se ressentir sur scène. L’expérience va être cathartique. On a d’ailleurs senti un vrai engouement des fans dès l’annonce. On a tous hâte de retrouver le public. Par ailleurs, cela n’a pas trop été dit, mais ce projet a été pensé avant qu’Ultra Vomit connaisse son incroyable succès. Et, dans le cadre du Gros 4, il faut reconnaître qu’Ultra Vomit pèse dans la balance et rend cette affiche encore plus attractive.

« En France, les musiques extrêmes sont sous proportionnées en comparaison de ce qui se passe dans d’autres pays. On espère que le Gros 4 participera à tirer cette scène vers le haut. »

NEC PLUS ULTRA

Niko : C’est clair qu’Ultra Vomit a vraiment explosé et il y a eu un vrai level franchi par le groupe. Après, l’audience des quatre groupes à continuer de grandir. Et, même sans ce plateau réunissant ces quatre groupes, on s’est retrouvé à avoir des audiences incroyables ! Par exemple, lorsque nous avons organisé l’événement “Rage Tour fait son Zénith”, on a quand même joué devant 5 000 personnes, à Paris, avec un événement qui était sold-out un mois avant. On avait aussi joué au Zénith de Nantes avec Mass, Ultra et Tagada dans le cadre de la soirée Hellfest avec, de mémoire, 6 800 entrées payantes. Ces scores sont complètement astronomiques et n’étaient pas envisageables il y a cinq ans. En France, le Hellfest tire toutes les musiques extrêmes vers le haut en attirant la lumière des projecteurs. Idem pour Gojira. J’espère donc que Le Gros 4 participera à tirer la scène vers le haut car, en France, les musiques extrêmes sont sous proportionnées en comparaison de ce qui peut se passer dans d’autres pays.

Mouss : C’est vrai que du côté de No One, Tagada Jones et Mass, on a vu ces dernières années que les salles se remplissaient encore plus. Donc si tu rajoutes Ultra Vomit dans la boucle, ça permet la mise en place de l’ensemble. Car un groupe qui fait disque d’or en France représente une énorme communauté de fans. Au départ, quand ce projet avait été pensé il y a quelques années, l’optique était plus de faire Mass, Tagada et No One avec un groupe local. Cela aurait été très bien mais l’impact aurait probablement été plus faible en termes d’adhésion du public. Donc le fait qu’Ultra Vomit soit là rend les choses plus aisées et puis, en plus, c’est plus marrant ! Mentalement, philosophiquement et sur le plan économique, c’est plus facile de mettre en place un projet pareil avec Ultra Vomit.

FRENCH FLAIR

Niko : La particularité de cette tournée est aussi que les quatre groupes chantent en français. C’est pour ça que l’on a ces petits clins d’oeil un peu rigolo avec l’appellation “Le Gros 4”, la présence du coq sur l’affiche, etc. Je pense que cette légèreté et cette dérision parlent au public. Dans les musiques un peu dures, il n’y en a pas tant que cela des groupes qui chantent en français. Et c’est sûrement aussi pour ça que le public s’est intéressé à tous ces groupes : on est pas des centaines de milliers à chanter en français.

Mouss : Et puis, plus globalement, je pense que les gens sentent la sincérité et que l’on s’entend bien. Sur l’affiche, le groupe que je connais depuis le plus longtemps est No One Is Innocent. Ils avaient fait un carton avec leur premier album en 1994. Je me rappelle très bien qu’on avait été en contact avec eux pour notre premier album, Le Bien-Être Et La Paix, et qu’on avait ouvert pour eux. On avait fait de grosses salles blindées en leur compagnie et franchement, à l’époque, le groupe avait déjà cette puissance de feu en live. J’ai repris une claque quand je les ai revus au Hellfest 2019 lors de la journée spéciale groupes français. Et c’est marrant car, quand je faisais encore des plans road il y a quelques années, ils avaient fait la première partie d’AC/DC au Stade de France et ce sont mes potes et moi qui montions leur matos sur scène ! C’était bien drôle de faire ça pour des potes. Et là pareil, même avec un tout petit son, ils ont grave assuré, dans un petit espace et sans lights. No One a toujours eu le feu sacré.

« La particularité, c’est que les quatre groupes chantent en français. Dans les musiques dures,
on n’est pas des milliers à le faire. »

GROS SOUVENIRS

Niko : Le groupe qu’on a rencontré en premier était Mass. Car on organisait leur concert pour Contraddiction, à Rennes en 2001, et nous on sortait au même moment le disque Manipulé. On avait joué le même soir et, c’est quelque chose que je dis souvent, ce concert-là était particulier. En effet, les Mass nous avaient demandé de jouer après eux car ils avaient beaucoup de dates. Du coup, ils nous avaient demandé d’inverser. Et nous, on n’était pas trop chauds car, Mass à l’époque de Contraddiction, c’était même plus un bulldozer mais c’était déjà un tank ! Ils ont tout défoncé sur scène, une sacrée claque et une grosse déculottée. Conséquence, on est passé derrière et, comme on était beaucoup moins connu, tu as la moitié de la salle qui est partie. Notre concert s’était bien passé mais ce qui était intéressant, c’est que la claque qu’avait mis Mass nous a servi d’exemple. On s’est dit qu’on avait vraiment du boulot car Mass proposait un show ultra carré, avec un gros son et des lumières travaillées. On venait de la vague alternative sans se poser de questions et on s’est rendu compte du chemin qu’il nous restait à parcourir pour être pro, gérer des enchaînements, etc. Donc je les ai beaucoup remerciés pour ça… Même si le soir-même, on était quand même un peu vexés !

Mouss : Avec les Mass, Tagada Jones est le deuxième groupe que j’ai rencontré. Les Tagada se sont toujours auto-managés, auto-financés. Ils produisaient déjà des concerts et, en 2001, ils nous avaient en effet fait jouer à La Cité de Rennes. Ils s’étaient mis en première partie (même s’ils avaient accepté de jouer derrière nous), assuraient la billetterie et produisaient le concert. C’est un truc de fou quand même, tout cela, car on se connaît depuis de longues années et maintenant on est au même niveau ! Ce concert avec Tagada fut vraiment un très grand moment. La salle était bondée et c’est vraiment l’une des soirées les plus folles que j’ai connues dans cette salle. Et ce grâce à Niko et Tagada. En ce qui concerne Ultra Vomit, je les ai découverts par Internet grâce à un pote qui me disait : “Vas voir, tu vas halluciner !” Et en fait, j’ai vu des vidéos d’Ultra Vomit avec comme première partie Passe-Partout. Mon pote était un vieux keupon hardcore et il m’avait bien conseillé ! En regardant ces vidéos, j’avais trouvé le tout d’une drôlerie incroyable. Ce qui est marrant, c’est que maintenant ils sont chez la même maison de disques que nous, Verycords.

AUTHENTICITÉ ET SIMPLICITÉ

Mouss : Chez tous ces groupes, j’ai toujours vu beaucoup d’authenticité et de simplicité. C’est d’ailleurs le cas dans beaucoup de groupes de metal français. Avant même de rencontrer No One, on avait par exemple fait des premières parties de Lofofora dans les années 90. C’était énorme. Et franchement, c’est Lofofora qui nous a appris les rudiments du “métier”. Quand tu arrives dans une salle, tu dis “bonjour” à tout le monde, aux gens qui t’accueille, toujours avec le sourire. Ça parait évident dit comme ça, mais parfois tu peux arriver dans des salles et si tu n’as pas les codes, tu peux aller directement dans ta loge et te replier un peu dans ta coquille… Et même si tu es très bon sur scène, tu as loupé un truc en n’allant pas vers les gens qui t’ont accueilli. D’autant plus que beaucoup sont bénévoles et que ça fait des mois qu’ils bossent sur la date. Les Lofo avaient un protocole, une sorte de charte de conduite. Et ce avec tout le monde, y compris les premières parties dont on faisait partie. Et ça m’a marqué.

Niko : Dans la vie, c’est souvent une question d’accroche humaine. Ultra Vomit nous a tout de suite séduit car, au-delà de jouer hyper bien et d’être hyper pro, ils proposaient un côté fun qui, sans doute, n’existait pas. C’est ce qui nous a donné envie de travailler avec eux. Il y avait ce côté léger que tu ne trouvais pas souvent dans le metal en France. Beaucoup, à l’époque, ont dû passer à côté de leur côté pro mais nous, on a tout de suite flashé… No One, je les avais vu plein de fois sur scène quand j’étais jeune. Comme Lofo, ils nous ont donné envie de faire des concerts. Mais si No One et Tagada étaient régulièrement présents sur les mêmes affiches de festivals, ils n’avaient jamais joué ensemble sur la même scène. Du coup, on avait calé une tournée commune que l’on a appelé “Du Bruit dans l’hexagone” et qui était très cool. De toute façon, tu ne peux pas avoir cette franche camaraderie si ce n’est pas avec des copains. On parlait de pas en avant plus haut mais tu feras toujours plus facilement un pas en avant pour un copain que pour des gens que tu n’aimes pas… On joue tous ensemble depuis des années, Fred Duquesne (le guitariste de Mass) a produit notre album, etc. Donc on se connaît tous très bien et il y a beaucoup de ponts entre nous tous. L’amitié dans un projet comme Le Gros 4 est la clé de tout.

Propos recueillis et retranscrits par Amaury Blanc.



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