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Chronique   

Gus G – Fearless


Tout le monde a entendu parler de Gus G, pourtant tout le monde ne l’a pas entendu jouer. En effet, la réputation de Gus G a plus de visibilité que son jeu de guitare dans l’hexagone. Gus G n’est autre que le guitar-hero qui s’est illustré sur les plus grandes scènes du monde auprès d’Ozzy Osbourne entre 2009 et 2017, ayant participé à l’album Scream (2010). En outre, c’est le fondateur de la formation de power metal Firewind qui compte huit albums studio pour une vingtaine d’années d’existence à ce jour. Tout cela se conjugue avec son activité de musicien solo avec deux disques à son actif : I Am The Fire (2014) et Brand New Revolution (2015). Gus G fait partie de ces musiciens surdoués qui n’arrivent pas à étancher leur soif, en témoigne sa troisième œuvre solo, Fearless, qui prend la forme d’un supergroupe avec Dennis Ward (Pink Cream 69, Unisonic) à la basse, au chant et à la production et Will Hunt (Evanescence, ex-Black Label Society) à la batterie. Du beau monde certes, ce qui n’est pas une garantie pour autant.

Gus G a l’habitude de collaborer avec Dennis Ward qui a déjà produit le dernier album de Firewind, Immortals (2017). De fait, la production n’a rien de surprenant : tout sonne net, sans bavures, prérequis pour rendre justice au jeu de guitare exubérant de Gus G qui prend un malin plaisir à effectuer des soli homériques à l’image du déluge de notes de « Don’t Tread On Me ». Fearless n’est pas une copie conforme de ce que le guitar-hero livre habituellement avec Firewind cependant. On retrouve des influences plus variées, allant du power metal classique tel l’ouverture « Letting Go » et son riff à la Mark Tremonti, se livrant au même exercice du refrain mélodique presque langoureux qui laisse apprécier le timbre de Dennis Ward à l’aise dans l’exercice. Réalisant un mimétisme avec Ozzy Osbourne sur les premiers instants de l’album, celui-ci arpente même des terres plus agressives sur « Don’t Tread On Me ». Même lorsque Gus G propose des riffs plus groovy tel « Mr. Manson », Dennis Ward parvient à donner du cachet aux refrains en se rapprochant d’un Alice In Chains et ce malgré les arrangements électroniques anecdotiques si ce n’est désuets. Évidemment, Gus G s’adonne à l’exercice de la power ballade avec la très hard FM « Nothing To Say », son break de guitare acoustique et son solo empreint de bends langoureux.

Au final, Fearless a été conçu avec le souci de l’accessibilité malgré la réputation de technicien de Gus G. Nul doute que le chant très modulé de Dennis Ward se prête davantage aux refrains accrocheurs à la King’s X (« Big City » se serait très bien acquitté du timbre de Doug Pinnick). Fearless a toutefois pris le soin de répondre aux velléités des fans qui souhaitaient davantage de prouesses instrumentales à travers le titre éponyme et « Thrill Of The Chase ». Si cette dernière composition évoque indéniablement les prouesses guitaristiques de la fin des années 80, Satriani et Scorpions en tête, il faut attendre l’accélération de tempo de la deuxième partie pour se sentir un tant soit peu concerné par les envolées de Gus G. « Fearless » est davantage convaincant, en démarrant par des arpèges classiques exécutés à toute vitesse. Quitte à démontrer l’aisance guitaristique de Gus G, « Fearless » est probant, y compris sur les mélodies du pseudo-refrain bien plus accrocheuses et épiques dans la veine de ce que la NWOBHM a fait de mieux, ce sous amphétamines. Cette facilité, on la retrouve sur la reprise de Dire Straits « Money For Nothing », très proche de l’original avec cette introduction aux toms avant de s’en démarquer par une approche plus… énergique, que ce soit dans le son de guitare frisant le stoner ou les lignes vocales de Dennis Ward, qui respecte même jusqu’aux aboiements. Là où Gus G se démarque, c’est inévitablement par un solo complètement débridé qui vient conclure le classique.

Le problème de Fearless, ce n’est ni le talent indéniable des musiciens, ni la production. C’est qu’il a le charisme d’un tupperware. Outre les deux prouesses instrumentales, Fearless livre du réchauffé, entendu des centaines de fois et sans spécificité particulière pour marquer l’auditeur et insuffler une bride d’identité. À ce titre le jeu de batterie de Will Hunt est symptomatique. Si ce dernier bénéficie d’un minimum de cachet derrière les riffs de Black Label Society sur Order Of The Black (2010), il se trouve ici réduit à exécuter des parties stéréotypes, à l’instar des compositions. Le break de l’introduction de « Chances » est un poncif que l’on peut faire remonter à Papa Roach. Certes, Will Hunt n’est jamais hors de propos. Il en est justement bien trop près. On pourrait argumenter que cela permet à Gus G de parcourir son autoroute sans ajouts superflus, seulement, en dehors des titres instrumentaux justement, les soli de ce dernier ont tendance à rajouter une dimension démonstrative à des titres qui n’en ont pas besoin et qui privilégiait justement le groove auparavant. Si « Chances » bénéficie d’un refrain convaincant et d’une intervention de guitare heavy bienvenue, le solo qui vient conclure le titre prouve un léger excès dans la démarche de Gus G qui tend furieusement à l’ingérence incessante.

Fearless est bien produit, bien joué, mais composé avec un classicisme latent. On se retrouve ainsi plus proche d’un exercice de style. Il y a une maîtrise indéniable, un charisme quasi inexistant. L’auditeur peut voir dans Fearless un album « passade », que l’on écoute soit par curiosité, soit parce qu’on est avide d’un florilège de notes et de prouesses guitaristiques. L’écouter par entrain est en revanche plus difficile. Fearless porte ainsi très bien son nom : aucune raison d’avoir peur tant le terrain est connu.

Clip vidéo de la chanson « Mr. Manson » :

Clip vidéo de la chanson « Letting Go » :

Album Fearless, sortie le 20 avril 2018 via AFM Records. Disponible à l’achat ici



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