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Interview   

Gutalax : se soulager sans forcer


La scène gore-grind est bien obscure et peut en repousser plus d’un. Mais il est le milieu d’une grande réunion d’amateurs du genre se réunissant pour s’amuser comme des enfants décomplexés lors de concerts. Grands barbus viriles habillés en tutu rose ou papier toilette volant au dessus du public, l’expérience du gore-grind est à faire au moins une fois dans sa vie d’amoureux de la musique extrême. Et les meilleures du genre se font très certainement lors des concerts du groupe Gutalax. Référence de la scène, on a pu les accueillir en France pour la tournée du Gorecrusher tour, l’une des rares tournées du genre que le pays peut accueillir.

Pour la cinquième édition du Metaldays, ce fameux festival en Slovénie, celui-ci a accueilli de nouveau Gutalax sur scène, mais cette fois sur la MainStage. Le groupe nous servira l’un des concerts les plus mémorables de ce Metaldays pendant une heure de fête. À base de confettis, de danse, de frites, de pénis gonflables et de papier toilette. Tout ce qu’il y a d’habituel chez Gutalax, en somme. Le festival étant pour nous l’occasion de nous entretenir pendant quinze minutes avec Maty, le chanteur de ce groupe unique à l’imagerie bien particulière. Car Gutalax utilise dans ses albums et sur scène tout une imagerie liée aux matières fécales et tout ce qu’il y a de plus profond en nous.

« L’idée du ‘caca’ remonte à bien huit ans. Nous voulions faire un groupe, mais nous ne sommes pas de très bons musiciens, alors nous nous sommes dit ‘allez ! Faisons du punk ou du gore-grind’. »

Radio Metal : Tout d’abord j’aimerais parler du Gorecrusher tour que vous avez fait avec Spasm, Guineapig et Squirtophobic. Notamment en comptant le fait que vous veniez juste de sortir le split avec Spasm.

Maty (voix) : C’était en avril de cette année. Et si je me rappelle bien nous avons fait trois dates en France : Paris, Strasbourg et Lille, c’était vraiment super. Première fois pour nous, d’être en tête d’affiche d’une tournée, comme un rêve qui devenait réalité. Les trois concerts en France étaient très bons. Entouré de personnes très gentilles, j’ai revu d’anciens amis, et je m’en suis fait de nouveaux. Et avec Spasm nous avons tourné pour la première fois en 2012. Nous sommes de très bons amis, surtout que nous sommes tous les deux tchèques. La tournée de 2012 était vraiment bonne, et nous nous rencontrions souvent durant d’autres concerts, et riions beaucoup ensemble. Alors en tant qu’amis, quoi de mieux que de faire un split ensemble ? Alors nous l’avons sorti et en plus nous avons le même label et manager !

Surement une question que l’on vous pose souvent, mais pourquoi dans votre imagerie et vos thèmes « lyriques » une telle importance pour les matières fécales, ou comme on dit en France « le caca » ?

Ça ressemble un peu à la langue tchèque, « le caca » [rires]. Nous n’avons pas vraiment de paroles, seulement dans de rares morceaux. C’est plus simple déjà pour nous car nous n’avons pas à écrire de textes. L’idée du « caca » remonte à bien huit ans. Nous voulions faire un groupe, mais nous ne sommes pas de très bons musiciens, alors nous nous sommes dit « allez ! Faisons du punk ou du gore-grind », nous avions deux choix. Et dans le metal, nous aimions bien le gore-grind et nous sommes partis là-dessus. L’idée des matières fécales vient de… je ne m’en souviens pas vraiment en fait. En premier, nous voulions jouer sur une image de fast-food. Fast-food était même le nom du groupe. Nous jouions avec des masques d’animaux, mais en République Tchèque on a un groupe légendaire qui joue du ska et il s’appelle The Fast Food Orchestra. Et le premier concert que nous avons joué était devant quatre mille personnes, mais tout le monde était là pour The Fast Food Orchestra. Nous avons commencé à jouer et le public était vraiment mécontent, en se disant « mais qu’est-ce que c’est que ce groupe ? » Alors nous nous sommes tous dit que l’idée du fast-food n’était pas bonne et nous avons changé pour Gutalax, à parler de merde et tout ça.

Et par toute cette imagerie vous n’aviez jamais peur de repousser les gens ou de les effrayer ?

Non. Je n’ai jamais rencontré de personnes effrayées dans des concerts. La scène gore-grind est une seule et même famille. Une famille où on ne rencontre que des personnes agréables. Des fois, évidemment, il y a des personnes bourrées, mais même comme ça, ils restent sympas. Je n’ai jamais rencontré d’enfoirés durant nos concerts, et je n’en rencontrerai jamais.

Là vous jouez au Metaldays, mais vous n’avez pas joué à l’Obscene Extreme cette année, où vous y êtes très appréciés pourtant.

Non, nous avons joué l’année dernière, mais pas sur la mainstage. Il y a eu des discussions avec le manager du site, et nous avons joué dans la zone « Toi Toi » (une scène installée à côté des toilettes spécialement pour l’occasion, NDLR). Nous voulions y enregistrer un DVD là-bas, mais la scène était vieille, pas très grande, et au milieu du concert elle a cassé. Cette année je suis allé à l’Obscene Extreme juste pour m’amuser, en festivalier. J’y vais tous les ans, et là c’était ma dixième fois. Peut-être que Gutalax y jouera l’année prochaine, j’espère car ce sont les vingt ans du festival ! On verra bien.

Peut-être un show spécial de Gutalax pour les vingt ans de l’Obscene Extreme ?

J’espère mais il faudra voir ça avec le manager du festival !

Ce n’est pas un peu étrange pour Gutalax de jouer sur la mainstage pour le Metaldays ? Tandis que Spasm jouera demain sur la scène deux, où il y a bien plus de boue.

Oh oui ! Je suis allé voir la scène, elle est putain de grande ! Nous en parlions avec le groupe en se disant « mais on va y faire quoi là-dessus ? ». Il faudra tout le temps bouger car rester sur la même place là-dessus paraîtra assez chiant. J’attends vraiment de voir ce que donnera le concert, voir la réaction des gens, parce que elle est vraiment grande comme scène. Peut-être même la plus grande scène sur laquelle nous jouerons de notre vie. Nous allons essayer d’y faire quelque chose de spécial. Attendons de voir comment ça se passe. L’année dernière nous avons joué sur la scène deux, c’était génial. Nous espérons avoir le même ressenti aujourd’hui.

Mais vous préférez quoi ? Jouer dans une salle ou dans un festival ?

C’est très différent. Mais j’aime bien l’été parce que c’est la saison des festivals et c’est une toute autre ambiance. Il y a de l’air frais, on a plus d’espace. Jouer dans des salles c’est vraiment super aussi, mais je ne pourrais pas dire ce que je préfère réellement. Je préfère les deux.

« Nous ne cherchons pas à aller plus loin, seulement que les fans s’amusent. Qu’ils dansent, se sentent bien. »

On a pu voir votre manager dans le festival depuis le début, est-ce que vous aussi êtes arrivés plus tôt ?

Nous sommes arrivés aujourd’hui, il y a tout juste deux heures, et nous devons repartir demain matin. Mais après le concert nous viendrons prendre quelques verres dans le festival. J’aime surtout la zone de la plage. J’ai un très bon souvenir d’une soirée d’après concert là-bas. Ça sera peut-être la même chose cette année, on verra. Si on veut nous trouver, ça sera là-bas.

À boire de la bière ?

Évidemment [rires]. Vous savez le sponsor du festival, Budweiser, est une marque de bière, et c’est ma ville natale.

Vous attendez quoi du public à un de vos concerts ?

De prendre du plaisir, voilà tout. Nous ne cherchons pas à aller plus loin, seulement que les fans s’amusent. Qu’ils dansent, se sentent bien. Même s’il pleut, comme depuis le début du festival. S’il pleut, et bien soit, ça ne changera rien.

Vous jouez juste avant Abbath, qui est sûrement l’une des icônes les plus amusantes de la musique et du black metal. Vous n’avez jamais été tenté de faire quelque chose d’autre que du gore-grind ?

Nous sommes très loin du black metal. Nous ne faisons pas de la musique déprimante mais de la musique amusante. Nous sommes des personnes marrantes, avec des fans marrants. Mais j’aime bien le black metal et certains des groupes de la scène. Et comme tu le disais, Abbath est une des icônes les plus importantes de la scène black metal. Cela serait peut-être amusant de partager une scène avec lui un jour.

Vous jouez sur la mainstage portant le nom de Lemmy Kilmister, peut-on s’attendre à une cover gore-grind de Motörhead ?

Non, nous ne sommes pas très portés sur les reprises d’autres groupes. La première que nous ayons eue était sur un morceau de Spasm. Ils faisaient une reprise de Gutalax et inversement. Puis nous en avions fait une autre pour un album tribute. Seulement deux de notre part. Peut-être bien parce que nous sommes des rednecks tchèques très paresseux. Apprendre quelque chose de quelqu’un d’autre, c’est trop difficile pour nous.

C’est quoi l’avenir de Gutalax maintenant ?

Le prochain arrêt est le Brutal Assault en République Tchèque et ça sera notre dernier festival pour l’été, puis nous avons quelques festivals en septembre. Après nous avons quatre concerts en Angleterre en octobre, plusieurs en République Tchèque, en Allemagne, et on vient de confirmer qu’en février de l’année prochaine, nous seront en Amérique du Sud : Mexique, Chili, Brésil et Colombie.

On voit que beaucoup de groupes comme Steel Panther viennent toujours à parler des mêmes choses, comme le sexe et les femmes. Alestorm aussi a toujours parlé d’alcool et de pirates. Vous n’avez jamais eu peur de devenir un peu la parodie de vous-mêmes ?

Tout Gutalax se base sur le fait d’être une parodie, alors ça ne me gêne pas. Je suis ouvert pour tous les genres d’humour, notamment l’humour noir, alors il n’y a aucun souci. Il ne faut jamais avoir peur d’une blague.

Une anecdote en particulier ?

Nous en avons tellement avec Gutalax maintenant. Je pourrais dire que la tournée du Gorecrusher était vraiment fantastique. Quatre groupes de grind, d’amis, réunis pour une même tournée, partageant les mêmes choses, c’était vraiment unique. Mais je ne pourrais pas dire quel était le meilleur souvenir de tout cela.

On vous verra de nouveau en France ?

Ça, je ne sais pas du tout. Nous n’avons rien de prévu encore, alors nous verrons bien cela. Peut-être que l’année prochaine nous reviendrons, je l’espère en tout cas, la date à Paris était vraiment sauvage. Un de nos rêves serait de jouer au Hellfest, un des plus gros festivals en Europe, ça serait pour nous un rêve devenu réalité.

(une guêpe se pose sur la lèvre de Maty. Il lui fait des doigts d’honneurs pendant qu’elle s’envole autour de lui)

Interview réalisée en face à face le 26 juillet 2017 par Matthis Van Der Meulen.
Retranscription et traduction : Matthis Van Der Meulen.



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