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Interview   

Gutterdämmerung : le choc des titans


Il est parfois des personnages passionnés qui sacrifieraient tout pour donner vie à l’oeuvre qu’ils ont imaginée, rêvée, fantasmée. Björn Tagemose est l’un de ceux-là. Photographe et réalisateur, il a quitté son domaine habituel du luxe pour mettre les mains dans le cambouis du rock’n’roll, avec un casting prestigieux, et ambitieux : Lemmy, Iggy Pop, Josh Homme, Grace Jones ou encore Tom Araya pour ne nommer que ceux-là.

Son oeuvre, Gutterdämmerung, est un film engagé sans être militant, ambitieux sans être orgueilleux, muet et bruyant à la fois, pour paraphraser le slogan choisi. Projeté en ciné-concert, avec notamment Volbeat et Nina Hagen pour ce qui concerne la date française (le 10 février prochain à l’Elysée Montmartre de Paris), le film a séduit les plus grands, de Henry Rollins qui l’a co-écrit, aux acteurs qui ont accepté les différents rôles, aux producteurs et partenaires de l’événement. Et pour cause : Björn Tagemose, un homme aussi passionné que cultivé, arrive là avec un concept novateur et fascinant, dont il nous a parlé lors du long et riche entretien que nous avons eu avec lui, en décembre dernier au Studio St-Louis à Paris, qui a d’ailleurs réalisé la post-production du film.

« Il y a différentes sortes de personnes, avec des visions sur le monde très différentes, de gauche à droite, de très religieux à athée à même antireligieux, mais c’est le rock qui les réunifie. Et le film ne prend pas le parti de l’un ou de l’autre, c’est plutôt une bataille entre les forces révolutionnaires qui détruisent le monde, et il y a un nouveau monde qui naît de ça. »

Radio Metal : La musique rock, l’art visuel et la mode sont les thèmes principaux de toute ta carrière. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ta passion pour ces arts-là et comment tu les as développés dans ta carrière ?

Björn Tagemose : Je crois que chez moi, la musique a toujours été présente, et la musique rock en particulier, parce que je suis suédois et j’ai vécu longtemps en Suède mais j’ai aussi vécu longtemps en Belgique, et je crois que l’intérêt pour tout ce qui est noir, c’est une fascination très nordique. Mais en même temps, je crois que j’ai découvert les autres choses parce qu’il y avait beaucoup de connexions entre elles et la musique, avec l’art qui allait avec les groupes. J’étais très intéressé par Gustave Doré, par exemple, qui était un esthète. Et en venant en Belgique aussi, tu avais tous les grands peintres des Primitifs Flamands qui faisaient de l’art déviant, qui faisaient des choses spéciales comme Doré, qui était un peu l’Edgar Allan Poe du dessin. Et je crois que ça, ça m’a toujours intéressé, j’ai toujours vu les deux ensemble. J’aimais bien les clips aussi, j’aimais bien le mélange de Mad Max et Lemmy, et comment ils s’habillaient, etc. C’est fascinant. Et je crois que ça revient dans plein de formes d’arts, dans plein de films aussi, les gens se sont beaucoup inspirés du rock.

Et les gens qui se sont vraiment inspirés du rock, ce sont les gens de la mode. Je ne crois pas que ce soit l’inverse. Les gens dans la mode ont l’arrogance de dire que ce sont eux qui ont inventé [ces styles] mais moi, j’ai beaucoup vu l’inverse. J’ai vu Raf Simons qui fait Dior maintenant et qui habite à Neuville [dans la province de Namur, en Belgique], qui est super, c’est un génie dans la mode, mais quand même, il a très bien regardé Kraftwerk pour ses premiers défilés [rires], et David Bowie, etc. Et ce qui est cool, parce que c’est ça qui fait la mode. Ils regardent, ils s’inspirent et ils créent autre chose. Et je crois que la mode et le rock sont fortement liés. Quelqu’un comme Lemmy était très intéressé par la mode. C’était de la mode militaire, mais quand même, il avait un gout spécifique qui était vraiment lié à ça. J’ai eu une interview avec lui et Henry Rollins, et Rollins, qui est quand même dans un univers très, très gauchiste [petits rires], lui demandait : « Pourquoi est-ce que tu t’habille en R.A.F (Royal Air Force) ? » « Parce que ça fait de l’effet auprès des filles ! » [Rires] Je crois que c’est lié, c’est très lié. Même parfois lorsqu’il y a des rockeurs qui disent que ce n’est pas vrai, parce qu’il y a aussi le snobisme à l’envers, c’est énormément lié. Si on regarde la Greaser Culture, Turbonegro avec ses vestes Turbojugend, c’est quand même très fortement lié à la mode et c’est inspiré par des mouvements de mode différents, je crois. Et c’est comme, inversement, par exemple, avec le punk, Vivienne Westwood a créé [la mode] punk. Il y a beaucoup de grands débats sur l’origine du punk, mais pour moi le vrai punk, c’est le CBGB, ça vient d’Amérique, c’étaient de vrais accros à l’héroïne, des mecs vraiment graves [petits rires], qui venaient en Europe et ça devenait des trucs comme les Sex Pistols qui étaient quand même plus des fashionistas, et c’est intéressant comme c’est devenu un mouvement de mode à la fin. Et tout ça, tu le retrouves dans le film.

Dans notre film, il y a tous ces genres de Youth Culture, il y a les mods, il y a les rockers, il y a les metalleux, il y a Justice… Il y a tout ! Il y a un mélange de tout. Il y a toujours un clin d’œil vers ces différentes formes d’art. Et surtout le grotesque, qui est très présent dans les opéras de Wagner, mais qui est aussi très présent dans le rock, avec la façon de bouger d’Ozzy Osbourne, c’est très proche du personnage principal de Metropolis de Fritz Lang, c’est presque les mêmes personnes si tu les regardes, physiquement, c’est presque des frères. Et je trouve ça fascinant. J’ai toujours aimé le romantisme des vieux films et en même temps, le grotesque qu’il y a dedans, l’idée qu’on peut être… C’est aussi lié aux films suédois. Si tu regardes Ingmar Bergman qui fait jouer la mort blanche aux échecs [petits rires] (Le Septième Sceau, film de 1957, NDLR), ce sont des choses qui ne sont pas très françaises ou très belges, c’est très scandinave de pouvoir faire presque un cliché comme ça et s’en tirer sans problème. C’est très fortement lié au cinéma scandinave, je crois. Häxan (La Sorcellerie À Travers Les Âges, film d’horreur suédois de 1922, NDLR) aussi. Les premiers films d’horreur, ça vient de l’Allemagne du Nord, Hambourg, et de Scandinavie. Je crois que c’est lié au temps noir que nous avons là-bas [rires], pour se faire des « dark fantasies »

Tu es connu en Europe comme le réalisateur rock’n’roll…

Boh, oui… [Rires] Ce n’est pas moi qui ai inventé ça.

Comment en es-tu arrivé à ce statut ?

Je crois que c’est surtout la musique que [j’écoute sur place quand je travaille]. Même si c’est une publicité pour Vuitton, ça sera quand même une musique rock, je m’en fous [rires]. J’ai fait du headbanging avec Grace Jones sur Slayer lors de notre [avant-première] au Forum de Londres, le premier show. Elle est venue voir par surprise, elle était là deux minutes avant, et elle est même venue sur scène, et après nous avons joué du Slayer. Elle était là dans sa robe dessinée par Tim Van Steenbergen, un créateur Flamand qui travaille beaucoup pour La Scala à Milan, qui fait de la haute couture, et elle était en train de danser sur du Slayer avec ! Elle disait : « C’est de la musique tribale ! » Je disais : « Oui, c’est la même chose que la musique africaine, en effet ! C’est tribal ! » Même si je suis sur des lieux de mode, des gens qui n’aiment pas Motörhead commencent à aimer quand même lorsque tu le joues, parce qu’ils se rendent compte que peut-être ce n’est pas si mal ! [Rires] Et Lemmy m’a aussi dit ça : « Ton film va énerver beaucoup de monde. » Il disait : « Il y a des critiques qui vont t’aimer et il y en a d’autres qui vont essayer de te détruire, parce que tu joues du Motörhead dans un opéra. » Car les gens de l’opéra pensent que la beauté leur est réservée. Mais ce n’est pas réservé aux gens riches, c’est pour tout le monde ! Il y a de la beauté dans des choses très marginales. Il y a des artistes géniaux, comme Van Gogh qui était un paria. Je crois qu’il y a eu plus d’artistes parias que d’artistes nés dans des environnements très riches. Et ça, c’est Gutterdämmerung. Gutterdämmerung, c’est le caniveau (“gutter” en Anglais se traduit par “caniveau” en Français, NDLR).

« Le son de Rick Rubin avec Slayer, le son de Motörhead, c’est un mur de son, c’est grand ! C’est grotesque ! C’est grandiloquent comme un opéra de Wagner ! »

Nos deux grands mécènes belges, ce ne sont pas des gens du rock, ce sont des gens de l’art, qui soutiennent Jan Fabre, Panamarenko, de grands artistes comme ça, et qui ont pu grandir grâce à ces gens-là, comme Grace Jones qui est devenue une icône post-moderne. Et ils ont aidé notre film parce qu’ils ont dit : « Ah, mais tu as Iggy Pop qui est connecté à [Andy] Warhol et qui est une œuvre d’art vivante. Et tu as Grace Jones qui est une œuvre d’art vivante post-moderne. » Et c’est pour ça je crois que Lemmy a eu très raison de dire ça, parce que c’est vrai que ce « thrash » se retrouve aussi dans les musées [rires], et le « thrash », c’est très beau, on aime bien le « thrash » [rires]. C’est ça qui est chouette, c’est ça que j’aime bien. J’aime bien aussi le fait que tu puisses voir Nina Hagen au MoMA (le Musée d’Art Moderne de New York, NDLR). Nina Hagen, c’est une œuvre d’art ! Je pense que Nina Hagen représente le plus ce que notre film représente. C’est l’idée qu’elle soit venue d’un environnement communiste où elle était un peu marginalisée, son père était un clown, un vrai, en tant que profession, sa mère était chanteuse d’opéra, je crois, et elle ne s’entendait pas avec le régime et elle s’est échappée, et elle est devenue la marraine du punk. Toute cette façon de vivre, c’est exactement Gutterdämmerung. C’est Wagner connecté au caniveau. Et ça, ça représente beaucoup.

Et Nina Hagen et Grace Jones, c’est aussi le féminisme dans le rock, mais aussi la libération du mouvement noir, du côté de Grace, le fait d’être une fille rebelle. C’est une enfant d’un prêtre [petits rires], comme Ingmar Bergman qui était quand même aussi un peu un rebelle [petits rires], avec un père qui était un prêtre très religieux. Et je crois que ça, ce sont des choses qui sont présentes dans le film. Il y a différentes sortes de personnes, avec des visions sur le monde très différentes, de gauche à droite, de très religieux à athée à même antireligieux, mais c’est le rock qui les réunifie. Et le film ne prend pas le parti de l’un ou de l’autre, c’est plutôt une bataille entre les forces révolutionnaires qui détruisent le monde, et il y a un nouveau monde qui naît de ça. Et ça c’est le Ragnarök, c’est l’histoire de Wagner, c’est l’histoire de Götterdämmerung, c’est de là que vient le titre du film (Götterdämmerung, Le Crépuscule Des Dieux en Français, dont le titre est une traduction du terme nordique Ragnarök, est le quatrième opéra de Richard Wagner dans le cycle de L’Anneau Du Nibelung, NDLR).

Est-ce que tu as toujours essayé de faire coexister tous ces univers dans ta carrière ?

Oui. Ce qui est intéressant dans notre projet, c’est que c’est un projet de génération. Si on regarde dans notre public, il y a des gars de quatorze ans, et il y a des grands-pères de soixante-dix ans. C’est vrai ! Ils sont là dans le public ! Et je crois que la différence entre ces générations… Par exemple, c’est Lemmy qui me disait au sujet du mod qui apparaît dans le film : « Est-ce qu’il représente Paul Weller ? » Et je disais : « Non, ce n’est pas Paul Weller mais nous l’avons dessiné comme Paul Weller. » « Paul Weller est un connard ! » [Explose de rire] Et ça vient de l’époque des mods et rockers ! Lemmy est de cette époque-là ! Tu es un mod ou tu es un rocker mais tu n’es pas les deux ! Et à cette époque, il y avait des séparations, des mouvements de jeunes, mais les jeunes maintenant, ceux qui viennent voir notre show, ils comprennent très bien notre show ; ce sont surtout les jeunes qui comprennent bien. Nous avons du mal parfois avec des promoteurs plus vieux qui ne comprennent pas pourquoi nous mettons ce spectacle sur scène [petits rires], parce qu’ils n’ont pas encore vu que les jeunes comprennent tout de suite. Et c’est pour ça que nous vivons beaucoup sur internet, nous avons un grand mouvement sur internet, parce que ce sont des jeunes gens qui n’ont plus cette mentalité de dire : « Ah, je n’écoute que du Slayer ! » Non, il y a des jeunes qui écoutent le premier disque de Justice, qui est très grandiloquent, et qui écoutent Slayer. Et ce n’est pas une honte de le faire, ça ne l’est même pas de le dire. Cette jeunesse, c’est un nouveau mouvement. C’est ce que j’adore, ils ont un univers beaucoup plus vaste à cause de leur monde digital, et ils n’ont pas de problème à avoir une héroïne, ou une femme pour incarner Dieu ou le diable [petits rires], il n’y a pas de problème avec ça, c’est très chouette. Et dans notre public, on voit que les gens comprennent bien, et ils comprennent le vieux romantisme mais aussi la technologie, parce que la manière dont nous avons tourné est aussi assez technologique, et l’idée qu’on puisse avoir tous ces gens mélangés dans un show. J’ai adoré voir que ce n’est pas pour un seul type de fan. C’est toute sorte de fans unifiés qui chantent ensemble. C’est très beau à voir

Du coup, est-ce que Gutterdämmerung serait un peu le résumé de ta carrière ?

Certainement. Je crois qu’il y a des éléments venant de la mode, il y a des créateurs comme Tim dedans, il y a des icônes de mode comme Grace Jones… J’ai connu Grace en travaillant sur deux de ses shows. J’ai travaillé comme directeur créatif sur ses projets, en tant que photographe, j’ai fait les visuels, et nous travaillions par exemple sur le show d’Eiko [Ishioka], qui était une créatrice japonaise incroyable – qui est morte maintenant – qui a fait ses masques. Et en même temps, j’ai fait beaucoup de clips pour des gens dans le rock, j’ai fait beaucoup de mise en scène pour les musiciens. C’est certainement un mélange de tout ça. J’ai fait des films pour des grandes marques de mode et j’ai travaillé pour des rockeurs qui sont totalement opposés… Mais c’est vrai que c’est tout lié, c’est tout mélangé sur la scène, c’est un grand mix !

Est-ce que tu peux nous parler un peu de l’origine du projet ?

Ça a commencé je crois en regardant Le Cuirassé Potemkine de [Sergueï] Eisenstein, un film sur la révolution russe, je crois, et il y a la grande scène avec les escaliers où il y a le bébé qui roule ; c’est très dramatique, c’est très grotesque aussi. Je l’ai vu avec un orchestre classique de cent musiciens et je me suis dit : « Mais c’est un mur de son ! C’est Rick Rubin et Phil Spector ! » Ce sont beaucoup d’instruments, c’est très grandiloquent, c’est grand, et je m’imaginais les vieux films qui étaient tout le temps joués comme ça, c’était intéressant à voir. Ce n’était pas avec juste du piano… Parfois c’était avec juste du piano mais c’était quand même souvent avec de grands orchestres. Et je crois que les groupes de rock ont cette même mentalité. Le son de Rick Rubin avec Slayer, le son de Motörhead, c’est un mur de son, c’est grand ! C’est grotesque ! C’est grandiloquent comme un opéra de Wagner ! Et je crois que ça m’a donné le déclic. Et je suis allé faire des recherches parce que je me disais : « Mais personne n’a fait ça ?! » Parce que c’est si simple, n’importe qui peut l’inventer ! Mais ce n’est apparemment pas si simple pour tout le monde car personne n’avait pensé à le faire [rires]. Il y avait des liens, des inspirations dans des clips, des connexions avec de vieux films d’horreur dans des clips de metal, etc. Cette connexion était là mais connecter ça à Fritz Lang et à l’opéra, je ne crois pas que j’ai… Ce mélange, je ne l’avais jamais vu. Et c’est comme ça que je me suis dit que j’allais essayer de le faire. C’était un peu ma crise de la quarantaine [rires]. Je me disais : « Qu’est-ce que je vais encore faire ? J’ai quarante ans… Je vais faire quelque chose d’impossible parce que je ne vais jamais réussir à avoir toutes ces stars. » Et j’ai eu quand même quatre-vingt pour cent des noms que je voulais avoir dedans. C’est étonnant. Et c’est parce qu’ils ont aimé. Ils voyaient que j’avais de la passion mais pas beaucoup d’argent, et ils se sont présentés l’un après l’autre. C’est comme ça que ça s’est fait. C’est eux le groupe [petits rires].

« J’ai déjà eu trop de divas, et les rockeurs ne sont pas des divas. Les créateurs de modes sont des divas. […] J’ai quand même eu des expériences avec des caractères très difficiles, et je dois avouer que les musiciens, dès qu’ils te font confiance et qu’ils voient que tu as du talent, ils te laissent faire. »

Comme tu disais, le rock a ce côté très grandiloquent et grotesque, c’est censé être joué fort, etc. Ça a dû être un défi d’associer ça à un film muet…

Oui. C’est vraiment quelque chose à voir en live. Le montage qui est très rythmé et, en même temps, les gens qui jouent la BO, c’est exceptionnel, car ils ne jouent pas avec une piste de clic, il n’y a que le batteur qui a le clic dans les oreilles et tous les autres jouent avec l’image. Et c’est très organique. Ils jouent chaque note parfaitement et, en même temps, ils improvisent là-dessus. Ça, c’est exceptionnel. Car j’ai vu des projets similaires mais c’est presque uniquement des backing track ou bien au clic, mais le fait d’avoir des musiciens qui savent jouer ça, simplement en regardant les images, c’est hallucinant. Kevin Armstrong (le guitariste qui mène le groupe, NDLR), les gens qui jouent, c’est exceptionnel de les voir jouer. On ne peut pas le voir de la même manière dans un cinéma. C’est ça qui fait que ça vaut la peine de voir le show en live. Ce sera peut-être un jour dans un cinéma mais ce ne sera jamais la même chose, car on n’a pas la puissance et l’énergie live de ce groupe.

Dans le rock et le metal, la dimension visuelle et l’imagerie sont presque aussi importantes que la musique elle-même. Est-ce que tu penses que c’est pour ça que ça marche aussi bien dans ce genre de projet ?

Oui, je savais que j’aurais des gens comme moi… Et je le savais juste de mes amis qui adorent aussi le metal, je vais beaucoup au Wacken, au Hellfest aussi maintenant, et tu vois que cette culture est complètement entourée de ces choses-là. Cette année, j’ai vu Rob Zombie – j’adore Rob Zombie – et toute l’idée visuelle de Rob Zombie, comment il arrive à faire du « camp », ce n’est pas du kitsch, c’est du « camp », c’est moche et beau en même temps. C’est fascinant. Et c’est génial ! C’est un “performance artist”. Pour moi dans ce genre, c’est le plus grand. C’est génial comment il joue avec tout ça ! Et des groupes comme Rammstein aussi qui mélangent tout ça visuellement. Et des confrères comme Jonas Åkerlund en Suède qui fait des supers clips, qui fait partie d’une génération plus vieille que moi mais qui, en même temps, est une inspiration, c’est un révolutionnaire du visuel, c’est une personne que j’adore, et c’est un vieux metalhead aussi [petits rires].

Tu as non seulement réalisé le film mais tu l’as aussi filmé…

Henry Rollins l’a écrit avec moi aussi, nous l’avons écrit à deux.

Est-ce que tu as eu besoin d’avoir un contrôle maximal sur ce projet ?

C’était dans les deux sens. D’un côté, toute l’énergie que j’ai eue pour faire tout ça en même temps, ça venait du fait que je n’avais pas de sous [petits rires]. J’avais un budget correct pour faire un beau film, il y a de la super 3D dedans… Il y a beaucoup de gens dans le monde qui disent : « Ça c’est un film d’Hollywood, tu as un méga-budget ! » Mais ce n’est pas vrai parce que les artistes ont travaillé pour rien [petits rires] et le Studio St-Louis ici à Paris (où se déroulait l’interview, NDLR), tous ceux de la post-production qui sont géniaux, ce sont des Gustave Doré français, c’est Youri, qui était là (le créateur de tous les effets visuels du film, présent ce jour-là, NDLR), ce sont des génies. Ils ont fait ça après leurs heures, pendant des heures et des heures et des heures, en écoutant du Slayer après leur travail. Et c’est quand même exceptionnel toute cette « fan power », tous ces gens qui font ça par passion. Du coup, j’ai pu faire tout ça en ayant le contrôle tout en gérant le budget. Mais j’aime bien manier la caméra. C’est comme David Lynch qui manie sa caméra ou certainement Spielberg qui décide de tous les plans, c’est lui qui filme même s’il a un DP (Directeur de la Photographie, NDLR), parce que c’est un langage visuel très important. David Lynch aussi c’est que du visuel, c’est un photographe aussi, qui utilise la musique et le visuel pour parler, peut-être parce qu’il y arrive moins en parlant avec des mots. Comme moi, je ne suis pas un écrivain génial. Et c’est pour ça que j’ai fait appel à Rollins. J’étais très peu sûr de moi pour écrire, parce que je viens de Scandinavie, je suis visuel, je me sens très à l’aise avec le visuel, mais je vis en partie en Belgique et en France où les gens sont très malins, supers forts en dialogue, des écrivains géniaux, et écrire quelque chose dans ces pays, ça me fait peur. C’est pour ça que j’ai demandé à Rollins, parce que Rollins, c’est l’écrivain du rock, c’est la voix du rock. Il peut représenter ces gens-là parce que c’est une star du rock lui-même. Et je ne voulais pas le faire, c’était trop sacré pour moi [rires]. Il a fait un super boulot ! C’est un génie. C’est devenu un très bon ami et c’est une personne géniale Henry Rollins, avec un grand cœur.

Ce projet, ce n’est ni un film normal, ni un concert normal. C’est un mélange des deux. Quels ont été les plus gros défis ?

C’était le financement. C’est extrêmement dur quand on a toute cette pression, surtout maintenant, parce que le film est beau quand on peut le voir en live mais c’est un projet cher à mettre en place en tournée, car c’est une grosse machine, il faut les projecteurs, beaucoup de musiciens, etc. C’est directement une grosse production. Quand on est un petit groupe de rock, avec pas grand-chose, on peut déjà faire un show. Nous, il nous faut tout ce bazar pour pouvoir faire la représentation. Et je suis très content que nous ayons des gens comme Gérard Drouot, des promoteurs qui ont dit : « On adore ! On va t’aider quand même ! On va mettre ce truc sur scène et ça va marcher ! » Sans ces promoteurs, nous serions morts. Car ils comprennent l’art du truc et ce sont des fans de rock eux-mêmes. C’est comme John Giddings, notre agent, c’est l’agent de U2, des Rolling Stones, de Lady Gaga, de tous les grands, et il a vu le projet et disait : « Mais c’est le rock’n’roll tel que je le connaissais et tel qu’il ne sera plus jamais ! Et c’est la toute dernière génération qui peut être immortalisée dans un film comme ça. Après ça, plus personne ne pourra faire de film comme celui-ci. » Et puis, moi, j’étais là et je pensais « il va me jeter dehors, c’est Dieu ! » Ca m’a pris un quart d’heure et il a dit oui ! Et je l’ai au téléphone chaque jour parce qu’il me soutient, et pas parce qu’il va devenir riche avec ce projet, mais parce que c’est un projet artistique, c’est culte, ce n’est pas pour les sous, on ne gagne pas d’argent avec des films en noir et blanc [rires]. C’est comme pour plein de musiciens, beaucoup de gens pensent que les musiciens de metal [se font plein d’argent]. Il y a des très grands qui sont très riches mais c’est rare ! La plupart marchent à la passion. Ça, c’est le plus grand défi. Ma femme qui est productrice, qui a produit tout le film, c’est une grande force derrière moi. D’être en famille comme ça, et d’avoir la pression financière de la production en même temps, c’est du boulot ! [Rires]

« Nous entrons dans la loge et là, il y a Grace [Jones], totalement nue, totalement peinte en Keith Haring. […] Et elle est allée sur scène comme ça ! Ça c’est brutal ! Il faut le faire ! Il faut une sacrée force pour faire ça à cet âge et dire : ‘Ok, ‘bam’, maintenant c’est un show tribal africain !’ C’est rock’n’roll ! C’est Sepultura ! »

Comme tu l’as dit, tu as pu obtenir la participation de personnalités incroyables. Tu as voulu ça dès le départ ?

Je voulais essayer mais je pensais au départ que ça n’allait jamais se faire. Mais j’avais déjà travaillé avec quelques stars. J’avais pas mal travaillé en tant que directeur créatif en coulisse, pour des défilés de mode mais aussi pour des musiciens très connus, comme Grace mais aussi des gens comme Tiësto qui font de grands shows EDM, qui aimaient bien que ce soit rock’n’roll [rires] ; ce sont des clients pour moi, ce n’est pas mon genre de musique mais, ok, pourquoi pas ? J’ai travaillé avec Juliette Lewis pour des films d’art, pour des films de danse ; ils ont bien aimé mes films de danse et ils m’ont demandé de faire des films d’art. Et ce sont ces gens-là qui m’ont connecté aux autres. Je pensais que probablement j’allais en convaincre quelques-uns mais d’en avoir autant, c’est quand même hallucinant. Et il y a des choses très bizarres. Par exemple, je parlais tout le temps aux gens d’Iggy Pop de Josh Homme, parce que j’adore Queens Of The Stone Age et j’adore Josh Homme, et un jour, il y a le manager qui me dit : « Dis, tu ne peux pas me filer le contact de Josh Homme ? » Et six mois plus tard, on a Post Pop Depression ! « C’est pas vrai ! C’était pour ça le numéro de téléphone ? » « Oui c’était ça ! » Et puis il y a des histoires assez marrantes, des situations très spéciales.

Et diriger autant de stars sur le tournage, ça a dû être quelque chose…

C’est spécial mais je peux prendre du recul à rapport à ça, parce que je crois que j’ai déjà eu trop de divas, et les rockeurs ne sont pas des divas. Les créateurs de modes sont des divas. Les DA (directeurs artistiques, NDLR) sont parfois des divas, pas toujours, il y en a qui sont très gentils. Mais j’ai quand même eu des expériences avec des caractères très difficiles, et je dois avouer que les musiciens, dès qu’ils te font confiance et qu’ils voient que tu as du talent, ils te laissent faire. Et ça, c’est spécial avec les musiciens, ils disent : « Ok, toi tu es sur le visuel, j’ai vu ce que tu fais… » D’abord ils t’examinent totalement, ils vont regarder exactement ce que tu fais, et quand ils sont sûrs, ils se mettent à ta disposition, ils disent : « Ok, dis-moi ce que je dois faire. » Et ça, c’est très chouette avec les musiciens. Même sur scène, ils sont ouverts à la conversation, ce ne sont pas des despotes. Si ça avait été avec de la musique, oui, mais pas avec le visuel, c’est plutôt une coopération.

Le féminisme et l’antiracisme sont discrètement présents en toile de fond dans le film. Ça n’a pas été compliqué d’inclure ces thèmes assez lourds sans sacrifier la nature assez directe de l’histoire ?

Non, c’était assez naturel parce que, par exemple, j’adore l’Afrique, j’ai beaucoup voyagé en Afrique, j’adore les Africains. Et l’Afrique, pour moi, c’est aussi le continent de la femme forte. L’icône absolue de ça, c’est Grace Jones. Grace, c’est un copain, ce n’est pas une copine, nous faisons des blagues comme des copains, et en même temps, elle est féminine. C’est facile pour moi parce que ça vient peut-être de ma mère et de ma sœur. Ma mère est une grande féministe hardcore qui s’est mariée à deux scandinaves ; elle est Flamande mais elle s’est mariée à des Scandinaves parce que les Scandinaves et les femmes fortes vont bien ensemble. Et pour moi, c’était assez naturel d’avoir ces thèmes là-dedans. C’est comme dans les productions, beaucoup de femmes travaillent avec moi. Je préfère les producteurs femmes parce que je trouve qu’elles sont plus polyvalentes et elles nuancent mieux. En même temps, moi, je suis très masculin, comme Lemmy [il fait une vocalise grave]. Lemmy adorait les femmes, il a beaucoup aidé de groupes féminins, et il avait des femmes très fortes autour de lui, comme son PR (agent de relations publiques, NDLR) en Allemagne Ute Kromrey qui était toujours avec lui. C’est une Allemande mais c’est une femme qui parle presque comme une Danoise, comme une femme Viking [rires]. Et c’est cool. En Scandinavie, c’est spécial, dans le sens où presque tous les Scandinaves, presque tous les mecs, chez moi en Suède, savent démarrer le moteur d’une moto ou ils savent couper un arbre, mais beaucoup de femmes savent aussi faire ça. Et ce n’est pas macho, et ce n’est pas « pas féminin » de pouvoir le faire. Ça peut être très féminin pour une femme de savoir bien conduire une voiture sur la glace, et en même temps ce n’est pas « pas masculin » pour un macho barbu qui joue du metal d’avoir son bébé dans les bras et de changer les Pampers. Ce n’est pas vu comme être stupide ou pas macho. Les machos, parmi ces mecs-là, et ça existe vraiment en suède, ce sont les Vikings, les mecs qui sont dans les bateaux sur la glace chez moi à Stockholm en hiver, dans le froid, et en même temps, tu as des femmes qui viennent sur les bateaux quand la mer est gelée avec un bébé dans les bras. Quand je parle de ça à des femmes belges, elles sont étonnées ! [Petits rires] Mais dans ce pays, c’est normal. Et donc je crois que c’est normal pour moi d’inclure ça.

Mais ce sont des thèmes importants pour moi, parce que le monde est dans une situation très dangereuse et c’est certainement les révolutionnaires qui doivent réagir contre cette période dangereuse. Et le plus grand danger, je crois, c’est certainement le racisme qui devient très présent de nouveau, à cause des conflits qu’on a connus, et en même temps, le féminisme est oppressé à cause de certaines influences. Et c’est une grande bataille qui est livrée en Europe maintenant, avec la Gauche qui doit se battre parfois contre des éléments homophobes venant d’une culture qu’en même temps, ils essaient d’embrasser, et ils doivent embrasser. Ça, c’est le conflit qui a lieu dans la tête des gens. Ils ne savent plus s’ils sont de Gauche ou de Droite. Ils sont perdus dans toutes ces discussions. Et c’est pour ça que je crois que c’est très important d’aider tout ça. C’est pour ça que j’adore Grace et j’adore ma banquière à Anvers, c’est la patronne de la banque, c’est une femme marocaine, elle est super forte, elle est féministe et elle est musulmane ! J’adore ! Parce que ça, c’est le nouveau monde ! J’adore cette femme. Elle a dépassé tous les mecs dans la banque, jusqu’à arriver tout en haut ! [Petits rires] Ca, c’est le monde pour moi : tout le monde vit ensemble et tout le monde est égal, une société égalitaire. C’est très Scandinave, je crois. Mais même en Scandinavie où il y a ces grands fronts pour l’humanité, ils sont parfois un peu confus [petits rires]. Je crois, par exemple, que dans chaque culture, tu as des femmes fortes. Quand je vois les images d’Alep… Là, les femmes doivent se battre comme des lions, de tous les côtés ! C’est hallucinant, dans les campements des réfugiés, tu imagines Angela Merkel se battre [rires]. Je ne suis pas très politique mais quand même, ce sont des trucs… Le monde a quand même besoin de femmes avec une vision.

« [Henry Rollins] me disait : ‘C’est le parfait endroit pour moi parce que je peux être seul. Los Angeles est l’endroit le plus désolé du monde pour quelqu’un comme moi.’ [Rires] c’est marrant ! C’est beau ! C’est poétique et ça en dit long sur Henry. »

Tu parlais de Grace Jones et elle joue le rôle de la Mort, qui est un personnage généralement réservé à des hommes blancs. Est-ce que c’était important de renverser ce cliché ?

Oui. C’était une blague entre moi et Grace… Par exemple, Lemmy, son musicien favori, c’était Little Richard, et ce que Lemmy et Grace avaient en commun, c’est qu’ils disaient qu’en effet, tout est venu de la musique noire. Et à l’époque de Congo Square à la Nouvelle Orléans, les blancs ont volé la musique noire en se peignant le visage en noir et en allant faire des tournées, parce que les blacks n’avaient pas le droit de jouer leur propre musique, c’était les blancs qui ont récupéré le succès [petits rires]. Maintenant, ce n’est plus comme ça, mais nous jouions avec cet élément-là. Nous disions que ce serait chouette si nous [prenions le contre-pied de ça, car] l’homme qui joue Dieu ou celui qui joue la Mort, c’est toujours un homme blanc, surtout très Scandinave. Et la blague, c’est que nous avons pris Grace, qui est black, et nous l’avons peinte en blanc [rires], et nous avons une fille blanche qui est brûlée par des blacks [rires]. C’est une blague, quoi ! Ce sont des blagues croisées, ce sont des références au Ku Klux Klan, ce sont des références à la libération black, ce sont aussi des références à la Scandinavie, les peintures, ce sont des peintures Massaï mais dans un style black metal/death metal, et aussi dans les mouvements très dark… Là, il y a toutes les forces, il y a des forces très à droite, il y a des forces très gauchistes, il y a des forces antiracistes et il y a des forces racistes. C’est tout mélangé, c’est “crossover”. C’est ça le rock, c’est “crossover”. Les gens sont confus, ils disent : « Mais quel camp je dois choisir ? » C’est comme le public de Rammstein, tu vas voir des gens gays, tu vas voir des gens fascistes, tu vas voir des gens gauchistes, tu vas voir des gens homos, tu vas voir des filles blondes… [Rires] Tu vas voir tout le monde ! Et tout le monde est confus [rires]. « Qu’est-ce qu’ils essaient de nous dire ? » Et tout le monde essaie de dire “c’est à nous.” C’est très rock’n’roll, j’adore. Parce que ça remet les choses en question de manière pacifiste. Et ça, c’est l’idée derrière tout [le film]. Rollins, c’est le roi du « crossover ». Il sait parfaitement bien jouer avec ça. Il joue beaucoup avec l’homophobie parfois aussi, et c’est super comment il le fait de manière machiste. Et tout le monde se demande : « Mais Henry Rollins, il est de quel côté ? » [Petits rires] Et c’est un jeu parce qu’il essaie de faire réfléchir les gens. C’est génial !

Toujours à propos de Grace, tu as une connexion artistique assez forte avec elle. Est-ce que tu peux nous parler de votre relation ?

Mon peintre préféré, c’est Francis Bacon, et mon photographe préféré, c’est Peter Beard, et j’ai compris grâce à Grace qu’ils se connaissaient, et ils s’envoyaient même des lettres. Je ne le savais pas ! [Rires] Et Grace est raffinée et en même temps brutale. C’est comme le metal, c’est brutal, c’est hard, et Francis Bacon c’est pareil. Et Peter Beard aussi, qui se cache dans le corps d’un crocodile mort, c’est brutal et en même temps, c’est beau. Grace, pour moi, c’est ça. Le truc que nous avons fait récemment, nous parlions de la musique, c’était surtout de la musique africaine et tout, et je disais qu’il fallait faire l’inverse de ce que nous avons fait avec Eiko. Sur la tournée précédente, avec Eiko, nous avons fait des trucs très esthétiques où j’ai fait des photos où elle danse avec la lune et son propre portrait. Et je disais : « Maintenant, il faut faire quelque chose de brutal ! Il faut redevenir une peinture comme avec Keith Haring. » Et je viens avec mon investisseur sur le site, à Bruges, le premier show que nous allons voir, genre je me demande ce qu’elle a fait de ce dont nous avons parlé, et je vois son fils Paul qui vient, il est déjà peint en Keith Haring, et je me dis : « C’est pas vrai ! » Nous entrons dans la loge et là, il y a Grace, totalement nue, totalement peinte en Keith Haring. Et elle est quand même bien dans la soixantaine [petits rires] et super belle, elle est là toute peinte en Keith Haring, et mon investisseur est à deux doigts de tomber dans les pommes [rires], car il dit : « Mais là j’ai Grace Jones, l’icône du post-modernisme, et elle est peinte en Keith Haring ! » Et elle est allée sur scène comme ça ! Ça c’est brutal ! Il faut le faire ! Il faut une sacrée force pour faire ça à cet âge et dire : « Ok, ‘bam’, maintenant c’est un show tribal africain ! » C’est rock’n’roll ! C’est Sepultura ! [Rires] C’est ça notre relation : nous aimons des choses passionnées. S’il n’y a pas de passion, c’est mort. Ça ne m’intéresse pas s’il n’y a pas de passion.

Est-ce que tu peux nous parler un peu plus de cette collaboration avec Henry Rollins qui a écrit le film avec toi ?

Rollins et moi, c’est comme cette interview, je continue à parler et lui il continue à parler, nous parlons beaucoup tous les deux. Mais ce qui est marrant, c’est que lorsqu’il fait son show parlé, il est très méticuleux dans sa façon de se préparer, comme moi. Je suis un maniaque du contrôle, j’ai tout en tête, je sais exactement au préalable ce que je vais faire, etc. Lui aussi fait ça. Et tu imagines deux maniaques du contrôle ensemble qui parlent ! Et il me dit : « Ok, tu peux me voir mais j’ai un concert, tu as un quart d’heure. » Et j’y vais, c’est en Belgique, et c’était la première fois que je le voyais, et j’ai un quart d’heure. Je commence avec mes croquis, à lui montrer [mon projet]. Je le regarde et je vois qu’il est amoureux, ça prend cinq minutes pour qu’il tombe totalement amoureux du projet [petits rires]. Et là, nous avons parlé pendant cinq heures ! Jusqu’à un quart d’heure avant son show, et puis il panique et dit : « Putain ! Je devais préparer mon show ! » [Rires]

Après, j’ai beaucoup été dans sa maison à Los Angeles, et il est très solitaire. Un jour quand j’étais là, il me disait : « Il n’y a que vingt personnes qui ont été dans cette maison ! » [Rires] J’étais étonné. Mais dès que nous sommes ensemble, nous parlons des heures et des heures, et nous devons partir pour ne pas continuer à parler, car nous parlons de politique, de musique, de tout ! Et nous aimons les mêmes choses ! C’est ça qui est très spécial avec Henry, nous aimons exactement les mêmes choses, nous avons une vision politique similaire, etc. C’est marrant de trouver quelqu’un comme ça qui est à la fois très différent de moi et avec qui je partage autant d’intérêts. Ce que je trouve fascinant avec Rollins, c’est qu’il est exceptionnellement intellectuel. Dans l’environnement où il évolue, il rencontre toutes sortes de gens, mais il a une intellectualité exceptionnelle et je crois que ça le rend un peu solitaire en habitant à Los Angeles, par exemple. Il me disait aussi : « C’est le parfait endroit pour moi parce que je peux être seul. Los Angeles est l’endroit le plus désolé du monde pour quelqu’un comme moi. » [Rires] C’est marrant ! C’est beau ! C’est poétique et ça en dit long sur Henry. Et je crois qu’Henry, tout comme Grace, comme moi, est fasciné par la brutalité, par la violence, mais il peut y voir de belles choses. Il peut voir de la beauté dans quelque chose de brut, et ça, c’est spécial, ce n’est pas tout le monde qui aime ça. Lui-même est un symbole de ça : Henry Rollins, c’est de la violence intellectuelle. Et c’est ça son monde, c’est un révolutionnaire, un vrai ! Et il adore la révolution, il adore l’idée révolutionnaire dans le film. C’est ça qui l’a immédiatement séduit, je crois. Ca et la qualité visuelle, c’est ce qui l’a fait dire : « Je dois faire ça ! » [Petits rires]

Interview réalisée en face à face le 16 décembre 2016 par Aline Meyer.
Fiche de questions : Philippe Sliwa.
Retranscription : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Gutterdämmerung : www.gutterdammerung.com
Site officiel de Bjorn Tagemose : www.bjorntagemose.com



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  • Pas encore lu, j’en suis qu’à la 1ère phrase :
    « la musique a toujours été présente, et la musique rock en particulier, parce que je suis suédois  »
    et du coup je ne peux m’empêcher de me dire ABBA, The Roxettes, Ace of Base, Björk, Avicii, Aqua, A-ha … « rock »

    (ils ont un soucis avec les noms en A ? j’avais jamais fait gaffe)

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