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Interview   

Hacktivist casse le quatrième mur


Hacktivist

Être proche de son public a toujours été important pour Hacktivist. Très tôt dans leur carrière, les Anglais se sont lancés à corps perdu dans d’intensives tournées pour rencontrer leur public. Une densité de concerts qu’ils ne regrettent pas mais qui, ils l’avouent, n’est pas sans inconvénients.

C’est donc avec une légère frustration qu’Hacktivist s’est mis un peu en retrait afin de finaliser ce premier album qui, lui aussi, témoigne de l’envie de la formation d’établir un lien avec l’auditeur. Le disque s’adresse directement à nous, cherche à créer le débat ou au moins la discussion quant à notre futur et, plus généralement, incite à penser par soi-même. Il cherche aussi, par ses textes mais aussi par sa musique – mélange à priori osé mais qui s’avère cohérent entre rap, djent et metal avec trois chanteurs – à encourager l’ouverture d’esprit.

A l’occasion de la sortie de Outside The Box, découvrez notre interview du batteur Rich Hawking.

Hacktivist

« Il existe beaucoup de similarités [entre le rap et le metal] dont les gens ne semblent pas se rendre compte »

Radio Metal : Outside The Box est votre premier album. Alors, qu’est-ce que ça fait de le sortir ?

Richard Hawking (batterie) : C’est incroyable ! Nous nous y préparions depuis près de quatre ans maintenant, depuis les tout débuts du groupe. Alors ouais, c’est génial de pouvoir enfin proposer un premier album en version intégrale. Ça va être super de pouvoir le jouer en live devant un public et aussi de voir la réaction des gens quand ils l’achèteront et l’écouteront.

De nos jours, les groupes se reposent davantage sur les tournées que sur les ventes d’albums pour gagner leur vie. En dépit de cela, est-ce que sortir un album vous stimule quand même ?

Oui carrément, surtout étant donné que c’est notre tout premier album en version intégrale. Oui, c’est toujours palpitant, qu’il s’agisse d’une nouvelle chanson, d’un nouveau single ou d’une nouvelle vidéo, chaque sortie nous stimule toujours autant.

Dans une interview, tu as déclaré que vous aviez « pu faire des tournées géniales et des concerts d’enfer, mais que ça [vous avait] laissé peu de temps pour l’écriture et l’évolution du groupe ». Considères-tu que c’était une erreur d’avoir autant tourné ?

Je n’irais pas jusqu’à dire que c’était une erreur. C’est vrai que ça a fini par constituer un peu un obstacle vers la fin de notre tournée. Mais en ce qui concerne l’évolution du groupe, je pense que c’était vraiment bénéfique. Pour cet album et ce qui va suivre, je pense que plutôt que faire moins de dates, nous ferons probablement des dates moins rapprochées et nous serons probablement un peu plus raisonnables afin de nous laisser du temps pour écrire pendant les tournées.

Tu as aussi déclaré que « cette année a été plus calme car [vous avez] décidé de décliner de nombreuses dates afin de consacrer plus de temps à l’album et pouvoir cravacher dessus ». Décliner ces dates n’a pas été trop frustrant ?

Si carrément ! Surtout quand il s’agissait de festivals et autres représentations auxquels nous avions participé l’année d’avant, et que nous voyions le nom de nos potes sur les affiches ou bien des groupes que nous adorions sur ces affiches, en nous remémorant : « Ah, l’année dernière à cette époque nous y étions ! » Tout ça quoi. C’est clair que nous étions un peu tiraillés, sachant que nous y avions participé et que là nous n’y étions pas, mais nous espérons y retourner !

Musicalement parlant, cet album est très dynamique. Il contient des moments intenses et d’autres plus calmes, une intro, des interludes et une outro. Est-ce que cette diversité était intentionnelle ?

Oui, tout à fait, parce qu’un album est bien sûr plus long qu’un EP. Nous voulions vraiment qu’il aille dans différentes directions et qu’il ne reste pas au même niveau tout du long. Je pense que notre façon de faire correspond vraiment à une sorte de cheminement et c’est cool parce qu’une fois encore, un album est plus long. Il y avait l’espace nécessaire pour pouvoir aller dans différentes directions.

Cette approche presque cinématographique avec un début, un développement et une fin, était-ce voulu ?

Je ne sais pas à quel point nous étions conscients de la tournure que prenait l’album, mais plus nous écrivions, plus nous envisagions l’album comme un tout. Alors, je dirais que c’était plus spontané qu’intentionnel.

J’ai lu dans une interview que vous plaisantiez à propos du solo de guitare à la fin de l’album. En réalité, pour un genre musical comme le vôtre, les solos de guitare sont plutôt rares, alors quelle est l’histoire derrière ce solo de guitare ?

Je ne sais pas vraiment ! Je crois que c’est vraiment quelque chose qui est venu de nulle part. La chanson est un peu plus courte [que les autres] et c’est une de ces chansons un peu planantes. Alors pour pouvoir inclure une outro dans cette chanson, je pense qu’il était assez logique d’inclure un solo. Je pense que si ça n’avait pas été un solo, ça aurait été une autre forme de refrain ou autre, mais nous trouvions que la chanson n’avait pas besoin de plus de paroles ou de chant. Alors oui, ça passait bien et c’est vraiment venu de manière très spontanée !

Hacktivist - Outside The Box

« Le but c’est bien sûr d’encourager les gens à être plus ouverts […] pour qu’ils laissent éventuellement une chance à un style qu’ils n’ont jamais vraiment essayé […] et bien sûr également de les inciter à penser différemment. »

Le chant sur l’album est très varié puisqu’il y a du rap, du chant clair et du chant hurlé. Comment parvenez-vous à mêler ces trois différents types de chant et à rendre l’ensemble cohérent sur l’album ?

Je pense que nous sommes chanceux car trois des cinq membres du groupe ont eu une expérience de chant dans des univers différents. Par exemple, Ben [Marvin] dans son premier groupe Heart Of A Coward qui était aussi un groupe de tech-metal, ne faisait presque que du chant heavy. Tim [« Timfy James » Beazley] était dans le même groupe et il n’interprétait que du chant clair et de la guitare. J [Jermaine Hurley] a toujours été un rappeur. Alors je pense que le fait que ces trois gars-là soient réunis dans un groupe, et qu’ils aient de tels atouts et que ces atouts soient aussi différents, ça nous permet de piocher chez chacun.

N’est-il pas difficile d’écrire de la musique pour que chaque chanteur soit satisfait et ait sa partie de chant ?

[Petits rires] Dans une certaine mesure. Bien que je ne sois pas sûr que chacune de nos chansons ait du chant clair, sur un refrain par exemple. Nous en incluons seulement si c’est nécessaire ou si nous avons besoin d’un refrain ou d’un chant vraiment clair et exaltant. Autrement, nous réalisons en général deux couplets avec un couplet chacun pour Ben et J ou bien deux couplets dont ils se partagent les paroles. Alors ce n’est pas trop difficile, il suffit de faire un peu de jonglage, mais une fois encore, tout se fait en général très naturellement.

Votre musique est un mélange de rap, de metal et d’influences djent. En réalité, le djent et le rap sont des genres connus pour mettre en avant le groove et des rythmes de batterie créatifs et accrocheurs. Penses-tu que ces genres ont plus de points communs qu’on ne le pense ?

Oui, complètement ! Je suis vraiment content que tu le dises parce que c’est quelque chose que je suis toujours obligé de faire remarquer, de dire aux gens et de leur expliquer. Parce qu’en effet, comme tu l’as dit, le groove est vraiment similaire et s’harmonise si bien avec les deux genres. L’autre truc important, c’est le tempo. Le tempo du rap, du hip-hop, et de certains types de metal technique et de genres comme le drum’n’bass, le dubstep et beaucoup de musiques électroniques, tous ces styles peuvent être joués entre 130 et 140, voire 150 battements par minute. Du coup, grâce à toutes ces influences communes, au groove et au tempo, ça laisse vraiment pas mal d’amplitude pour inclure beaucoup de sons différents provenant de tous ces genres différents. Alors oui, en effet, il existe beaucoup de similarités dont les gens ne semblent pas se rendre compte.

Quand des groupes ont commencé à mélanger le rock avec du rap, comme Anthrax l’a fait avec Public Enemy ou même Run DMC avec sa version de « Walk This Way » d’Aerosmith, c’était considéré comme assez audacieux. Penses-tu qu’aujourd’hui ce soit toujours aussi subversif de mélanger différents styles musicaux ou bien considères-tu que les gens sont plus habitués et réceptifs à ce mélange des genres ?

Oui, en effet, je pense que les gens y sont plus réceptifs. Bon, il est clair que quoi que vous fassiez, il y aura toujours des puristes, et généralement, ce sont des gens qui sont en quelque sorte fermés à certaines choses. Mais oui, tu sais, je pense que grâce à cette fusion des styles qui s’est produite il y a tellement longtemps, il y a vingt ans maintenant, les gens sont clairement plus accoutumés à cette idée de fusion des genres. C’est quelque chose qu’on trouvait déjà dans les années soixante et soixante-dix, quand à l’époque on fusionnait du funk et du jazz ou de la musique latine et du jazz. Alors je crois que cela fait cinquante ans maintenant que nous fusionnons plusieurs styles musicaux d’une manière ou d’une autre. Du coup, je crois que les gens ont eu beaucoup de temps pour s’habituer à l’idée de mélanger les influences.

L’album s’intitule Outside The Box. L’expression « thinking outside the box » signifie penser différemment. Est-ce une métaphore qui exprime ta propre envie de vouloir rester en permanence en dehors de ta zone de confort ou bien est-ce une formule destinée à encourager les gens à le faire ? Ou bien peut-être est-ce les deux ?

Oui, il y a un peu des deux. Ça fait aussi référence au fait que les gens semblent considérer le genre de musique que nous faisons, cette fusion des styles, comme étant un peu en dehors des clous également ; c’est un autre niveau de sens de ce titre. Et évidemment, c’est aussi un extrait de paroles d’une chanson. Voilà les quatre principales raisons pour lesquelles nous avons choisi ce nom d’album. Mais oui, le but c’est bien sûr d’encourager les gens à être plus ouverts, en matière de musique en général et pour qu’ils laissent éventuellement une chance à un style qu’ils n’ont jamais vraiment essayé, que ce soit du metal, du rap ou autre ; et bien sûr également de les inciter à penser différemment pour ne plus considérer les choses telles qu’elles paraissent, selon les propos d’untel ou untel, et juste penser par soi-même.

Hacktivist

« Bien sûr, nous faisons de la musique pour nous-mêmes mais aussi pour être en contact avec les gens. »

Au début de l’album, le chanteur s’adresse directement aux personnes qui l’écoutent. Est-ce que c’est important pour vous d’échanger directement avec votre public ?

Oui, je crois. Bien sûr, nous faisons de la musique pour nous-mêmes, mais aussi pour être en contact avec les gens. Mais au-delà de ça, sur un autre plan, c’est bien de s’adresser directement aux gens qui nous écoutent. Ça rend cette écoute vraiment plus personnelle, surtout pour les gens qui nous suivent depuis la sortie de notre EP. C’est aussi un peu comme si nous nous adressions à certains d’entre eux. Ça permet d’inclure les fans, pour qu’en plus d’être des observateurs, ils aient l’impression de faire partie de l’aventure.

La pochette de l’album dépeint une sorte de robot qui se tient dans une ville post-apocalyptique, avec un ours en peluche en main. Peux-tu nous en dire plus sur la signification de cette pochette ?

Nous voulions que la pochette soit futuriste. Nous l’avons fait faire par un ami artiste et en gros, voilà comment nous avons procédé : nous sommes allés le voir, nous lui avons parlé des thèmes que nous abordions dans l’album et voilà l’une des images dont il a eu l’idée d’après les thèmes que nous avions évoqués. Du coup, c’est vraiment censé refléter les différents thèmes [de l’album] et ce qui pourrait se produire, cette histoire de dystopie, avec une atmosphère futuriste, un peu sinistre, mais aussi cette idée de résistance et d’espoir. C’est donc un concept très vaste, mais oui voilà du moins un aperçu de l’histoire derrière cela.

En fait, ces thèmes post-apocalyptiques et dystopiques sont très populaires de nos jours. Crois-tu que les gens se soucient davantage de l’avenir qu’auparavant ?

[Il réfléchit] Peut-être, c’est difficile à dire. Bon, c’est clair que les gens se soucient de l’avenir. Je ne sais pas s’ils sont plus inquiets maintenant qu’auparavant. Il est certain qu’ils sont plus sensibles à l’état de la planète, je pense, et en particulier de la nature. Mais bon, même si c’est ce qui nous préoccupe aujourd’hui, dans les années soixante il y a eu la guerre froide pendant laquelle les gens craignaient que le monde ne soit détruit par une guerre nucléaire et avant ça ce sont les deux guerres mondiales qui inquiétaient les gens. Alors voilà, je ne sais pas si les gens sont nécessairement plus soucieux de l’avenir qu’auparavant. Peut-être sont-ils préoccupés par d’autres choses. Je dirais que les mentalités ont changé, plutôt.

Dans une récente interview, Stephen Hawking a déclaré que l’Intelligence Artificielle précipiterait la fin du monde. Que penses-tu de ses propos ?

[Petits rires] Je ne sais pas. J’imagine que ça a du sens. Je dois avouer que je ne suis pas vraiment calé sur ce sujet. Je sais qu’on essaie actuellement de développer des robots qui se comportent et interagissent comme des humains et tout. Espérons que ça ne finisse pas comme dans Terminator [petits rires] et qu’ils ne deviennent pas conscients d’eux-mêmes, etc. Mais j’imagine que si un jour l’humanité venait à disparaître, il ne resterait en théorie que les robots. Je ne sais pas si [Hawking] s’exprime en décennies, en siècles ou quoi. Mais j’imagine que les espèces finiront par disparaître, que ce soit une question de siècles ou non.

Le nom de votre groupe est la combinaison de deux mots : « activism » et « hacking » [ndt : « activisme » et « piratage », en français]. Quelle est l’idée derrière ce nom ? Cela veut-il dire qu’au lieu d’utiliser la force pour vous battre, vous préférez le faire de façon plus subtile grâce à vos talents et votre intelligence ?

À l’origine, c’est Tim, notre guitariste qui a choisi ce nom. Avant, il était dans un groupe qu’il a quitté et [à l’époque] il écrivait quelques riffs et compos et les postait sur son Soundcloud et c’est le nom qu’il a donné à son compte. Il a utilisé le nom « Hacktivist » parce qu’évidemment il postait ses trucs sur Internet et tout. Mais oui, c’est clairement un clin d’œil à tout ce mouvement Anonymous, au monde du piratage, parce que nous croyons vraiment que c’est une bonne chose que les gens utilisent leurs talents et leur intelligence pour résoudre des problèmes, en particulier pour des bonnes raisons, plutôt que de recourir à la violence, au pouvoir et ce genre de choses. Oui, indirectement c’est un petit clin d’œil à tout ça, mais au tout début, l’intention n’était pas si profonde.

Estimes-tu qu’il incombe aux artistes d’employer leur musique et leurs paroles pour défendre des causes comme vous le faites et de ne pas simplement parler des filles et de faire la fête ?

[Petits rires] Oui, il faut un peu des deux. Ça dépend de l’intention de chacun. Évidemment, nous voulons tous nous éclater et parler de simplement sortir, de s’amuser, de profiter de la vie, ça joue un rôle important émotionnellement parce que c’est plutôt cathartique, mais c’est clair qu’il faut trouver un certain équilibre. Je pense que ça dépend un peu du genre de musique que tu fais et du type d’art en général. Alors si tu t’inscris dans un genre qui s’est toujours illustré par ses textes et son engagement politique ou social, alors oui j’imagine que c’est un peu de ton devoir de perpétuer cela. La musique en particulier, est un très bon moyen de faire passer des messages parce que ça permet de communiquer verbalement avec les gens sans avoir à leur faire la leçon, à leur imposer des choses de force. Parvenir à faire passer des messages par sa musique, c’est vraiment puissant. Alors oui, je pense vraiment que ça relève un peu du devoir [de chacun] d’essayer d’accomplir quelque chose grâce à ses talents.

Interview réalisée par téléphone le 19 février 2016 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Céline Hern.
Traduction : Daphnée Wilmann.

Site internet officiel d’Hacktivist : www.hacktivist.uk.com



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