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Chronique   

Haken – Affinity


Haken - AffinityHaken avait clairement frappé un coup retentissant à la grande porte du progressif fin 2013 en sortant The Mountain, un troisième album incroyablement riche, musicalement situé entre les années 70 et 2000, qui voyait le groupe résolument passer un cap. En écoutant « Initiate », premier titre de ce Affinity, on aurait pu penser que la tendance de ce nouvel opus irait clairement dans la continuité, sorte de prolongement du monde sophistiqué et complexe développé dans The Mountain. Erreur. « Initiate » n’était au final presque qu’un leurre. Il suffira d’un « 1985 » au nom éloquent pour s’apercevoir que les britanniques ont cette fois-ci fait appel à un intérêt certain pour les années 80 pour accoucher de ce nouvel effort discographique et ont poussé le bouchon un peu plus loin dans bien des directions différentes, pas forcément tournées vers le passé.

Car Haken ne fait pas dans le revival. Ross Jennings et ses compères innovent, dans une pure tradition progressive, avec des éléments d’autres époques : de manière intense, ils superposent les couches, les influences, les genres, les contretemps, les intermèdes inattendus, les frasques vocales, la déraison mélodique, plaçant solos et exploits techniques à toutes les entournures d’un album épique. Dans tous les formats (les titres vont de quatre à quinze minutes pour « The Architect »), le groupe suit ses instincts pour fournir des morceaux peu classables, laissant chacun des musiciens apporter ses influences.

Il y a en fait deux types de titres dans Affinity. D’un côté, des morceaux aux longueurs réduites, qui pourront séduire n’importe quel adepte de bons riffs et de jolies vocalises (« Initiate », « Earthrise », « Red Giant ») dans un cadre tout de même techniquement et rythmiquement exigeant. De l’autre, de longues tribulations dans des mondes tantôt éthérés, tantôt brutaux, ponctuées de breaks suffocants, d’harmonies tarabiscotées, dans un jeu d’opposition où se succèdent montées frénétiques, batteries démentielles et arpèges calmes ou nappes de synthé aériennes (« The Architect », « 1985 », « Lapse »). Between The Buried And Me ou Tesseract semblent parfois pointer le bout de leur nez, dans les velléités les plus offensives du combo, ou Anathema pour l’aspect aérien (« Bound By Gravity ») mais l’ensemble d’Affinity est beaucoup trop singulier pour pouvoir raccrocher le monde actuel du groupe au travail d’un groupe en particulier.

Haken n’a en tout cas définitivement pas perdu sa capacité à surprendre : quand Ross Jennings détonnait en nous jouant avec brio les Freddie Mercury sur The Mountain (sur « The Cockroach », par exemple), le groupe nous a réservé cette fois-ci un aller simple pour les 80’s avec cet ahurissant « 1985 » qui ravira les nostalgiques de l’époque et bien d’autres. En mode générique de K2000, cet OVNI musical balance des synthés ultra-typés et des batteries électroniques bourrées de reverb sur fond de riffs à la Toto ou Van Halen et de double-pédale folle. Attention, chef d’œuvre. Le rythme est étourdissant, les couplets éthérés à la Tool font littéralement décoller, avant que l’on replonge avec maestria trente ans en arrière, d’une manière kitschissime mais classieuse à souhait. Sans parler des interventions de riffs sous-accordés qui viennent arracher l’ancrage des années 80. Sophistication, puissance et écriture musicale de l’époque remise au goût du jour sublimé par une production ultra-moderne : tout est réuni ici pour un titre grandiose.

« The Architect », morceau central de l’album, permettra le même type d’éloges, la surprise en moins, puisqu’on évolue là dans les sphères les mieux connues du groupe, déjà utilisées sur The Mountain ou Visions. Dans ce pavé de quinze minutes, Haken offre, avant toute chose, un refrain exceptionnel des plus accrocheurs, ce qui n’est pas un mince exploit pour un groupe qu’on catalogue dans le monde souvent confidentiel du progressif. Beaucoup de contrastes font vivre le morceau et c’est l’occasion de tendre une oreille au jeu du nouveau bassiste Conner Green arrivé en 2014, dont on ne décèle pas toujours aisément le travail sur le reste de l’album au vu des nombreuses strates sonores présentes : il offre un subtil solo tout en toucher au milieu du morceau qui laisse une idée sans équivoque du niveau technique du bonhomme.

Preuve de la grande diversité de ce Affinity, on découvre même, non sans un certain plaisir, le retour d’un chant growlé sur « The Architect » réalisé par l’excellent Einar Solberg (Leprous), une forme d’expression vocale qui avait été abandonnée depuis l’époque Aquarius. Haken nous emmène aussi dans des directions parfois complètement électroniques aux confins du dubstep (« The Endless Knot ») sans que cela ne fasse forcément tâche : leur univers est désormais tellement ouvert que peuvent s’y glisser bien des éléments sans nécessairement perdre en cohérence, la voix de Jennings étant le fil directeur de l’univers des Britanniques. Jens Bogren veille au grain pour le mix, assurant à l’opus un son épatant comme pour The Mountain, agréable à l’oreille du néophyte comme du mélomane pointilleux.

Ceux qui pensaient qu’Haken avait atteint son maximum avec The Mountain devront revoir leur copie : Affinity, notamment grâce à un univers synthétique plus vaste et complet, continue de faire évoluer le groupe dans des perspectives différentes, tout en gardant ses forces de base. Le versant accessible du groupe est toujours présent et bien exploité, tandis que les expérimentations prennent une tournure toujours plus excentrique sans pour autant verser dans la cacophonie incompréhensible du quidam. En 2016, les Haken n’attendent plus à la porte : ils siègent sans conteste au banquet des groupes de progressif qui comptent désormais, à l’instar des Dream Theater qui les inspirent.

Clip vidéo de la chanson « Lapse » :

La chanson « The Endless Knot » :

Le clip vidéo pour la chanson « Initiate » :

Album Affinity, sortie le 29 avril 2016 via Inside Out.



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