ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Haken : la psychologie progressive


A n’en pas douter, Haken fait aujourd’hui partie du nouveau fleuron de la scène metal progressive. Mike Portnoy lui-même ne s’y est pas trompé en faisant appel au groupe comme backing band pour sa tournée Shattered Fortress – tournée centrée sur l’interprétation en intégralité de la Twelve-Step Suite, un concept de cinq chansons sorties par Dream Theater de 2002 à 2009 sur le combat du célèbre batteur contre l’alcoolisme. Un défi majeur et une expérience unique pour Haken qui ne serait pas là aujourd’hui sans l’impact qu’ont eu les maîtres historiques du metal prog sur Richard Henshall, guitariste et fondateur du combo (majoritairement) britannique, comme il nous l’explique lui-même ci-après.

Haken revient aujourd’hui avec son cinquième opus, Vector, sur lequel la tournée Shattered Fortress a semble-t-il déteint, à en juger la direction ouvertement plus heavy où les riffs de guitare mènent la dense. Ainsi, Henshall nous parle des dessous de Vector, de sa conception collaborative à l’impact du producteur Adam « Nolly » Getgood, sans toutefois en livrer tous les secrets, car laissant volontairement une part de mystère autour du concept psychologique sur lequel l’œuvre s’érige.

« Nous avons tous grandi en écoutant du metal, et quand j’étais adolescent, j’adorais les groupes comme Hatebreed, le hardcore anglais comme Stamping Ground, et puis toute la scène du metal moderne comme Machine Head, Soulfly, tous ces gars. Ils ont, en gros, formé mon histoire musicale, ainsi que celle des autres gars. Donc ça a toujours été en nous, et j’imagine que ce style a choisi de ressortir aujourd’hui dans Vector. »

Radio Metal : Vous prenez une direction clairement plus heavy avec Vector, et d’après Charlie Griffiths, « c’était évident, très tôt dans le processus de composition, d’après les riffs qui [vous] venaient naturellement, que ce serait un album metal. L’album contient certaines des chansons les plus orientées riff que [vous ayez] jamais écrites. » Sais-tu pourquoi vous avez naturellement été attirés par des chansons plus orientées riff cette fois ?

Richard Henshall (guitare) : Charlie et moi vivons relativement à proximité, il est environ à dix minutes de chez moi, en bas de la rue. Durant le processus de composition, nous nous sommes très souvent retrouvés, Ray [Hearne] venait aussi, et nous jammions sur de nouvelles idées, et naturellement, vu que nous jouons tous les deux de la guitare, plein d’idées que nous trouvions étaient basées sur des riffs et davantage centrées sur les guitares que nos musiques précédentes. Ceci a posé les bases des idées qui au final allaient devenir les chansons qu’on peut maintenant entendre dans l’album. Mais je suppose qu’on ne cherche jamais consciemment à faire qu’un album sonne d’une manière particulière, ça se produit naturellement. Nous avons tous grandi en écoutant du metal, et quand j’étais adolescent, j’adorais les groupes comme Hatebreed, le hardcore anglais comme Stamping Ground, et puis toute la scène du metal moderne comme Machine Head, Soulfly, tous ces gars. Ils ont, en gros, formé mon histoire musicale, ainsi que celle des autres gars. Donc ça a toujours été en nous, et j’imagine que ce style a choisi de ressortir aujourd’hui dans Vector.

Je sais qu’Affinity avait été créé de façon plus collaborative, si on compare aux albums passés où tu étais responsable de la majorité de la musique. Est-ce que ça signifie que pour Vector, toi et Charlie, en tant que guitaristes, avez pris les rênes, compte tenu de la direction plus orientée riff ?

Non, nous avons assurément conservé le même esprit qu’Affinity et avons procédé de façon aussi collaborative que nous le pouvions ; c’est même l’album le plus collaboratif que nous ayons jamais fait. Affinity, c’était la première fois que nous essayions cette nouvelle approche de la composition, et j’ai l’impression que nous étions encore en train de chercher de nouvelles façons de travailler ensemble avec cet album. Mais avec Vector, j’ai le sentiment que nous nous sommes vraiment améliorés de ce point de vue, et nous sommes plus efficaces que jamais. Nous avons fait tout le processus de composition en environ quatre mois, et puis l’enregistrement n’a pris que quelques mois également, donc tout le truc, dans l’ensemble, a pris environ six mois. Ce n’était pas juste Charlie et moi qui composions. Je veux dire qu’il y a plein d’idées que Diego [Tejeida] a amenées, et Conner [Green] et moi avons écrit les bases de deux chansons durant la tournée Shattered Fortress, car nous partagions une chambre d’hôtel tous les deux. Nous avons initié quelques-unes de ces chansons, et ça a tracé les contours de ces deux chansons. Ensuite, Ray et moi avons aussi jammé sur quelques chansons ensemble. Je crois que tout le truc est probablement notre effort le plus unifié, et ce qu’on entend est une représentation de notre vision à tous. Je suis très content du résultat.

Tu as mentionné la tournée Shattered Fortress de Mike Portnoy, où vous avez joué avec lui l’intégralité de la Twelve-Step Suite. Ces chansons sont parmi les plus heavy que Mike Portnoy et Dream Theater ont jamais faites. Est-ce que ça aurait pu être le déclencheur pour vous jeter à l’eau et vraiment faire un album heavy ?

Ouais, le fait de jouer ces musiques était génial, et jouer les parties de dingue de John [Petrucci] était vraiment un rêve devenu réalité, car j’ai grandi avec ça, et pour moi, ils sont une énorme influence et inspiration. Ils sont la raison principale pour laquelle je me suis mis à composer de la musique et j’ai formé Haken. Donc, avoir la chance de jouer certaines de mes musiques préférées avec un de mes héros était extraordinaire. Et je suppose que, naturellement, quand tu écris de la musique, si tu essayes d’être aussi honnête que possible, ça sera un reflet de ce que tu vis à ce moment donné. Durant toute l’année dernière, nous avons joué les musiques de Shattered Fortress, donc j’imagine que c’était complètement naturel que ça finisse par influencer notre son. Mais ce n’était pas vraiment quelque chose de conscient, c’était juste parce que nous jouions un tas de riffs pendant toute une année, et c’est ressorti dans la musique que nous étions en train de composer. C’était tellement plaisant à jouer que j’espère que les nouvelles musiques de Vector auront cette même énergie sur scène, et que ce sera vraiment amusant à jouer en tournée.

Compte tenu du mode de fonctionnement plus collaboratif que vous avez désormais, que ce soit avec Vector ou Affinity, est-ce un soulagement pour toi que la composition ne repose plus entièrement sur tes épaules ?

Pour être honnête, j’adore composer de la musique, donc j’étais content dans tous les cas. Je suis assez content de la nouvelle façon de composer parce que je trouve que c’est un reflet plus fidèle du groupe au complet, mais il est certain que ça m’a libéré du temps. Là, il y a quelques années – enfin, il y a trois ans désormais –, j’ai monté un groupe avec Dan Briggs de Between The Buried And Me qui s’appelle Nova Collective, et je compose beaucoup dans ce groupe aussi, donc ça m’a libéré du temps pour me concentrer sur d’autres choses. Et j’ai aussi un projet solo sur lequel je travaille depuis ces dernières années. Je mets donc lentement en place ces idées. Mais pour ce qui est de Haken, ouais, j’adopte pleinement cette nouvelle façon de composer. J’adore l’esprit de groupe quand on compose ensemble, je trouve que c’est la bonne façon de faire les choses quand on est dans un groupe. Tout le monde dans le groupe a du talent, ils ont leurs propres idées, ils ont leur propre voix et ils ont vraiment des choses à dire, donc c’est super d’en faire partie.

« Dans le groupe, nous avons une grande variété d’influences ; nous écoutons une quantité astronomique de musique – il y a beaucoup de jazz, de musique indé, de pop, de thrash, etc. –, donc quand on réunit tout ça, ça pourrait vite devenir un sacré foutoir. »

Ross Jennings a qualifié les premières étapes du processus de « grand puzzle ». Est-ce que le fait de mettre en place les premières pièces de ce puzzle est la partie la plus dure dans la confection d’un album de Haken ?

Il est clair que c’est épineux, car on retrouve beaucoup d’idées dans l’album. Tout le monde a beaucoup de choses pour contribuer, donc tout le monde veut y intégrer ses idées. Donc même si l’album est plus court, on pourrait soutenir qu’il est peut-être plus condensé en termes de qualité. Nous avons donc essayé de tout dégraisser, mettre de côté toute forme d’excès et faire un produit final aussi qualitatif que possible. Mais je suppose que dans tous les cas, composer quelque chose revient toujours à assembler un puzzle, car personnellement, quand j’écris quelque chose, je peux avoir une idée et passer des mois à essayer de trouver comment ça va s’enchaîner, où ça va aller à partir de là, comment ça va s’intégrer au reste, etc. Ensuite, tu reviens dessus peut-être un an plus tard, et tu penses : « Oh, d’accord, maintenant je comprends, peut-être que je pourrais associer ça à cette idée et voir comment ça fonctionne. » Je suppose donc que c’est juste un exercice de jonglerie avec plein d’idées différentes. Mais pour être honnête, cet album, parce que nous l’avons composé dans une période tellement condensée, semblait se constituer de façon très fluide, et j’ai l’impression que toutes les idées s’interconnectent vraiment bien. J’ai donc hâte de jouer certaines de ces idées sur scène.

Aussi, étant donné les capacités techniques de chaque membre du groupe, je suppose qu’il y a énormément de directions que vous pourriez suivre. Il faut donc peut-être canaliser toute cette inspiration afin de choisir une direction donnée et de ne pas s’éparpiller, pour obtenir un album cohérent…

Exactement, je suis totalement d’accord avec ça. Dans le groupe, nous avons une grande variété d’influences ; nous écoutons une quantité astronomique de musique – il y a beaucoup de jazz, de musique indé, de pop, de thrash, etc. –, donc quand on réunit tout ça, ça pourrait vite devenir un sacré foutoir. C’est donc important d’essayer de tout faire passer à travers le prisme de Haken. C’est ce que nous avons essayé de faire sur cet album, et nous avons essayé de le rendre aussi cohérent et concis que possible. Je sais que plein de gens ont dit : « Pourquoi créez-vous un album aussi court ? On adore vos longues chansons », et ce genre de choses. Nous avons toujours quelques chansons longues sur l’album, mais l’idée était plus de trouver les parties dans les chansons que nous trouvions être les plus qualitatives et essayer de nous concentrer dessus et les mettre au premier plan de la composition.

En fait, il y a un soupçon de jazz dans l’album, en particulier avec le son d’une trompette sur « Host ». Est-ce que ça donne une idée de ce à quoi on pourrait s’attendre dans le futur de la part de Haken, c’est-à-dire une approche plus jazzy ?

Sur cette chanson en particulier, en fait c’est un bugle, qui est joué par un ami de Ray. Tout le monde ne le sait pas mais Ray est un incroyable joueur de tuba aussi, il a étudié au Guildhall Of Music à Londres, qui est l’une des musicologies les plus prestigieuses au Royaume-Uni. Il a donc étudié le tuba là-bas, donc il a un vaste éventail d’amis qui jouent des cuivres, et là c’est un de ses très talentueux amis avec qui il joue dans un octuor. Il est venu au studio et a enregistré environ huit prises différentes d’un solo. Toutes ces prises étaient aussi géniales les unes que les autres, nous avons juste choisi la meilleure, et c’était tout. Nous avions assurément beaucoup d’influence jazz par le passé, mais peut-être que là c’était la tentative la plus naturelle et organique que nous ayons faite. Nous sommes tous complètement ouverts à n’importe quoi. Nous ne voulons pas vraiment nous restreindre de quelque façon que ce soit en termes de composition. Si une section ou une chanson nécessite un feeling ou une action particulière, nous le ferons. J’imagine qu’à l’avenir il y aura assurément d’autres trucs jazzy.

Dans l’album, on retrouve une instrumentale intitulée « Nil By Mouth ». Vous n’avez pas tant de morceaux instrumentaux dans votre répertoire pour un groupe de metal progressif. Vous en avez deux sur Visions mais c’est à peu près tout…

Ouais, tu as raison, c’est vraiment la première depuis « Portals ». Nous nous sommes écartés de ce type d’exercice sur les derniers albums, mais ça n’était pas vraiment une décision consciente d’en faire une dans cet album. Nous avons juste commencé à écrire une chanson, et quand est venu le moment de mettre sur papier des idées pour les paroles, il était évident qu’elle n’avait pas une atmosphère adéquate pour chanter par-dessus, parce qu’il y a beaucoup de riffs qui sont très techniques, les rythmes partent pas mal dans tous les sens. Donc, à mi-chemin dans le processus de composition, nous avons simplement décidé d’en faire une instrumentale et nous nous sommes lâchés, et nous avons mis le paquet sur les trucs rythmiques de dingue. Mais ouais, celle-ci possède une intro très intéressante, lors de la première minute, environ, c’est un riffing plutôt intense, ce qui en fait probablement la chose la plus purement heavy que nous ayons jamais faite. Ce morceau a clairement un côté un peu à la Obsolete de Fear Factory. J’ai donc vraiment hâte de l’amener sur scène et de vraiment écraser tout le monde avec ces riffs !

« Avec la beauté de la révolution digitale et ce qui peut désormais être accompli en ligne, nous sommes parvenus à rendre ça aussi organique que possible et à presque créer une atmosphère de salle de répétition via internet. »

Très tôt, avant même que vous ayez fini les démos, vous avez demandé à Adam « Nolly » Getgood – qui s’est construit une belle réputation notamment en travaillant avec Periphery – de travailler avec vous sur la production de cet album. Qu’est-ce qui vous a fait dire que, cette fois, vous aviez besoin de la contribution d’une personne supplémentaire pour la production, et plus spécifiquement de la part d’Adam ?

Adam est un chouette type, très humble, très terre-à-terre. Nous l’avons rencontré sur la croisière Prog Nation en 2014, et nous avons discuté. C’est un mec très cool. Je sais qu’au cours de ces dernières années il s’est vraiment fait un nom en tant que producteur, et pas seulement en tant qu’incroyable musicien. Donc, nous avons écouté les albums de Sikth et Devin Townsend qu’il a faits, et nous avons été scotchés par leur énorme son. Dès les premiers jours du processus de composition, nous savions plus ou moins que l’album prenait une direction plus heavy, donc son nom était constamment dans nos têtes. Donc nous sommes rentrés en contact. Nous ne pourrions pas être plus heureux de la façon dont les choses se sont goupillées, car il vit à côté de chez nous, et nous avons pu superviser une bonne partie du processus de mixage, et être assis là avec lui pour expliquer différentes idées. Nous avons travaillé sur des sons de guitare avec lui, or c’est quelque chose que nous n’avions pas fait avant sur nos albums précédents. Donc tout était bien plus collaboratif, je dirais, avec Adam. Et aussi au niveau de la batterie, car il a sa propre application et logiciel qui s’appelle Getgood Drums. Nous savions qu’il était passé maître dans l’art de produire la batterie, donc nous pensions que ce serait vraiment cool de profiter de cette sagesse. Il a été au studio avec Ray – les Crypt Studios à Londres –, je crois qu’il a fourni à Ray ses propres peaux, de ce que j’en sais, et a réglé chaque peau pour obtenir une résonance particulière qui fonctionnait avec nos accordages sur les chansons. Ça a vraiment amené tout le son de la batterie à un autre niveau. C’est un mec super, c’est génial de travailler avec lui. Je suis sûr que nous allons faire d’autres choses avec lui à l’avenir.

Crois-tu que le groupe avait atteint une limite dans l’autoproduction ?

Oh, non, nous produisons toujours tout nous-mêmes, en majeure partie. Pour ce qui est de l’instrumentation, la composition, le son global que la plupart d’entre nous produisent, c’est le groupe qui décide, nous discutons des choses. Diego faisait tous ses sons de clavier. La majorité des sons de guitare, en dehors des trucs heavy, la plupart nous les créions nous-mêmes, donc je fais personnellement la plupart de mes sons avec mon unité d’effet Axe, ainsi que certains de nos simulateurs d’amplis. J’aime beaucoup la liberté que j’ai dans mon propre studio, à confectionner ces sons, ajuster les choses jusqu’à ce que je sois content du produit final. Mais pour ce qui est de la partie plus heavy du son, les riffs crunchy, graves à la huit-cordes, nous avons en gros fait du re-amping via un paquet d’amplis différents dans le studio de Nolly, et c’est quelque chose que nous avons toujours fait avant. Nous avons toujours fait du re-amping, mais nous ne nous étions jamais vraiment posés en studio pour choisir les amplis que nous voulions. C’était super, il y avait presque comme une relation symbiotique entre nous. Nous nous nourrissions les uns les autres, il partageait ses idées avec nous, nous partagions nos idées avec lui, et tout s’est déroulé à merveille.

Vous êtes devenus un groupe transatlantique, puisque Diego vit à Mexico et Conner aux Etats-Unis dans l’Indiana, alors que le reste du groupe est en Angleterre. Donc vous devez travailler en échangeant des fichiers musicaux à travers internet. Un processus plus organique et physique ne vous manque pas ?

Ouais, il est clair que c’est différent. Quand nous avons démarré le groupe, nous étions tous basés à Londres, et nous avons auditionné Diego qui lui-même vivait à Londres à l’époque. Depuis, il est reparti à Mexico City, et nous avons aussi intégré Conner à la basse. Au départ, nous pensions : « Bon sang, ça ne va pas marcher. C’est vraiment délicat, car nous sommes tous éparpillés. Comment allons-nous échanger des idées ? » Mais avec la beauté de la révolution digitale et ce qui peut désormais être accompli en ligne, nous sommes parvenus à rendre ça aussi organique que possible et à presque créer une atmosphère de salle de répétition via internet. Nous avions donc un espace en ligne, nous avions un projet maître, et en gros, nous uploadions sans arrêt dessus, quelqu’un le prenait, travaillait un peu dessus, l’uploadait à nouveau et quelqu’un d’autre pouvait se mettre dessus. C’était, en résumé, notre principal processus. Mais afin de concrétiser certaines de ces super idées, il a quand même fallu que nous nous retrouvions. Donc Charlie, Ray et moi, nous vivons assez proches les uns des autres, donc nous jammions sur les idées de manière organique, c’est-à-dire que Ray était assis derrière la batterie et nous jouions les guitares. Au final, ça pouvait amener une idée, qui ensuite pouvait évoluer pour devenir autre chose. Donc ouais, il est certain que c’est différent mais c’est possible d’écrire un album comme ça, et avec un peu de chance, on parvient à se réunir pour jouer les musiques avant de vraiment les enregistrer. Nous avons fait ça sur celui-ci et il me semble pour Affinity également. Il y a donc une combinaison de différentes approches durant le processus d’écriture.

Il y a un thème sous-jacent dans les chansons. Le contexte est posé avec « The Good Doctor », qui parle d’un médecin qui s’intéresse à un patient catatonique particulier, et ensuite l’histoire rentre dans le point de vue du patient. Est-ce que cette relation médecin-patient est la base de tout l’album ?

Oui. Il est traité par ce sinistre médecin avec une thérapie par électrochocs. Durant tout ce processus, il déterre plein de mauvais souvenirs, de forces obscures, et un tas de problèmes refont surface. Sur le fond, l’album parle de lui essayant de surmonter ces problèmes. Mais il y a aussi un thème plus général sur la psychothérapie dans l’album, donc il y a plein de références dans les paroles à certaines étudies psychiatriques qui ont eu lieu dans les années 50 et 60 et ne seraient pas forcément possibles aujourd’hui. Aussi, les plus malins de nos auditeurs pourront découvrir certaines références dans la musique, ainsi que dans les paroles, à nos œuvres précédentes. Je ne veux pas être trop explicite à ce sujet, car c’est bien de donner un peu de liberté aux auditeurs quand ils écoutent l’album afin de découvrir par eux-mêmes ce genre de choses.

Est-ce votre façon de faire que la musique ne soit pas juste une expérience passive pour l’auditeur mais qu’il soit intellectuellement actif pendant qu’il écoute ?

C’est quelque chose que nous avons toujours aimé faire, le fait d’avoir un genre de concept ou d’idée qui relie les musiques. Comme The Mountain, ce n’était pas un récit, mais ça parlait plus de surmonter des obstacles et d’atteindre le sommet de notre montagne personnelle. Toutes les chansons avaient ce fil conducteur qui les reliait. Là, c’est plus une idée basée sur un récit, et c’est probablement l’album le plus proche d’un opéra rock que nous ayons fait, je suppose qu’on pourrait dire ça. Et c’est assez amusant à faire, ça confère à la musique un sens dramatique différent, et j’espère qu’on le retrouvera dans nos concerts. Une chose que nous avons vraiment voulu développer par le passé est notre production live, donc nous allons essayer de le faire cette fois, et j’espère qu’un jour nous aurons des visuels qui iront avec les idées d’un concept.

« Je me suis préparé [à la tournée Shattered Fortress] en ne quittant plus ma maison pendant environ un an ! [Rires] Car la musique est très, très technique, et évidemment, vu que je jouais avec Mike [Portnoy], qui est un immense héros pour moi, je ne voulais pas le décevoir. »

Avec ces indices que vous avez semés dans l’album en référence à votre répertoire passé, est-ce que le but était de relier tous vos albums précédents à celui-ci ?

Ce n’était pas une question de tout mettre là-dedans, comme si on faisait une étude globale de toutes nos œuvres. C’était plus spécifique que ça. Je dirais que ces indices et pistes musicaux sont très subtils. Je pense qu’une fois que les gens auront saisi le concept et toute l’idée qui parcourent la musique, ils pourront comprendre pourquoi nous avons renvoyé vers certaines idées du passé. Encore une fois, je ne peux pas être trop explicite, car c’est très amusant pour les gens d’écouter par eux-mêmes et de dire : « Ah ça c’est cool, bla, bla, bla… » C’est plus comme des œufs de Pâques : peut-être que des gens les découvriront, et peut-être que d’autres pas.

En ce qui concerne le concept, on dirait que c’est un album à la fois psychologique et cinématographique. Etaient-ce les deux sources principales d’inspiration ?

Oui. Je suis un énorme passionné de cinéma, et j’ai même une sorte de grand écran – je suis actuellement assis devant. Bon, il n’est pas si grand que ça, mais c’est un genre de mini-écran de cinéma déroulant. Je suis donc un énorme fan de cinéma et j’adore la musique qui va avec. Lorsque j’écris de la musique, personnellement, j’adore avoir ces images qui me viennent en tête, et j’essaye de visualiser le côté dramatique de la musique pendant que je la compose. C’est quelque chose que nous avons un peu incorporé par le passé, principalement sur les deux premiers albums, en fait ; avec Aquarius et Visions, nous avons eu recours à ce feeling plus cinématographique. Alors qu’avec celui-ci, il y a assurément un côté plus vrai que nature dans la musique, mais ce n’est peut-être pas aussi cinématographique que nos travaux passés pour ce qui est des paysages sonores qu’on y retrouve. Il y a moins de trucs orchestraux et plus des synthés années 80. J’estime que c’est un joli amalgame de différents styles.

Diego a révélé qu’il a depuis longtemps une passion pour la psychanalyse. La partages-tu ?

Oui. Peut-être pas au même niveau que Diego, mais c’est un sujet vraiment fascinant. Je savais que la petite amie de Diego est psychologue, et ça a très certainement aidé à déclencher son enthousiasme. Mais ouais, c’était une époque fascinante, les années 50 et 60. Certaines expériences qui ont eu lieu ne seraient pas possibles aujourd’hui. J’imagine que c’était une époque très importante pour les psychiatres afin de découvrir comment notre cerveau fonctionne. De nos jours, pour des raisons éthiques, les gens ne peuvent pas faire certaines choses, et peut-être qu’en conséquence, le développement de la psychothérapie n’est plus aussi rapide que par le passé. C’est vraiment fascinant, et nous tirons notre chapeau à bon nombre de ces gars via les paroles, et je suis sûr que les gens pourront les identifier.

As-tu déjà fait de la psychanalyse ?

Oh, non. Enfin, ça serait marrant, ce serait un processus intéressant, mais je n’y ai personnellement pas eu recours. J’ai étudié la psychologie pour le bac à l’école, c’est-à-dire avant l’université. Durant cette étape de mon éducation, j’ai appris un tas de choses incroyables. L’esprit est une chose fascinante, et on ne comprend pas complètement pourquoi on pense certaines choses et on se comporte d’une certaine façon dans certaines situations. C’est comme une grille de fils électriques, et si certains fils sont mal branchés, certaines choses se produisent. C’est fascinant, mais je n’ai personnellement pas fait l’expérience de la psychanalyse, mais qui sait ? Si je tourne suffisamment, peut-être que j’en aurai besoin ! [Petits rires]

Votre musique est très réfléchie, voire analytique. Dirais-tu que vous exercez l’équivalent d’une psychanalyse mais en musique, d’une certaine façon ?

Il est clair que, d’après moi, si on veut faire un album honnête, il faut regarder en soi afin d’exprimer dans un format musical comment on se sent. Même si ça se fait à un niveau subconscient, c’est ce que nous faisons constamment. Donc la meilleure des musiques, pour moi, quand je l’écoute, est une musique émotionnelle qui t’attrape et met dans le mille. Cette musique est essentiellement écrite par des gens qui se montrent honnêtes ; c’est écrit avec le cœur. Je dirais que c’est ce que nous essayons également de faire, mais nous essayons aussi de l’orchestrer d’une certaine façon qui est intéressante, et nous pensons à plein de choses différentes en même temps. Initialement, nous pensons à une idée sincère et passionnée, mais ensuite nous réfléchissons à comment ça s’insère dans le tableau global de la structure de l’album. Tout le processus de composition est dur à définir et identifier, mais j’imagine que je l’ai un petit peu abordé en disant ça.

Si on devait établir un parallèle étrange entre la relation médecin-patient et celle groupe-public, qui serait le médecin et qui serait le patient, d’après toi ?

J’imagine que nous serions le médecin, vraiment, pour être honnête, car nous relâchons le poison, on pourrait dire [petits rires]. Bon, je suppose que notre musique n’est pas empoisonnée mais nous injectons quelque chose dans le public, et ça provoque une réaction. C’est une question épineuse [rires], mais je dirais que Haken est le médecin.

Et au sein du groupe lui-même, qui pourrait être considéré comme un « docteur » ?

[Rires] Très bon. Vu que Ross est le chanteur et qu’il est celui qui concentre l’attention, je dirais que c’est lui. J’imagine qu’il pourrait probablement bien s’en sortir en docteur.

Au fait, à propos de la chanson « The Good Doctor », est-ce que ça pourrait être lié à la série télé de même nom ?

Oh, je n’en ai même pas entendu parler ! Il faut que j’aille jeter un œil à ça. Donc il n’y a clairement aucune… Tout du moins, j’espère qu’il n’y a aucune connexion avec ça. Simplement, ça évoque plus explicitement le médecin du concept que nous avons écrit.

« La musique de Dream Theater était la plus importante pour moi pendant que je grandissais. Quand j’ai eu environ quinze ans, j’étais à fond dans ce qu’ils faisaient. Rien que le fait d’entendre ce qui pouvait être accompli avec cinq gars sur une scène était époustouflant, et c’est vraiment ce qui m’a inspiré à former Haken et proposer de la musique. »

L’illustration inspirée de Rorschach s’associe évidemment parfaitement avec le thème psychologique, mais comment avez-vous choisi ce motif en particulier parmi les vingt qui vous étaient proposés? Qu’est-ce que celui-ci vous évoquait qui faisait de lui le meilleur pour l’album ?

C’était délicat parce que, comme tu l’as dit, il y avait un paquet de designs différents parmi lesquels choisir. Blacklake, les gars qui ont réalisé ce travail sur cet album, ainsi que sur nos précédents albums depuis The Mountain, ce sont vraiment de super gars avec qui travailler, ils sont basés en Pologne. Donc nous leur avons donné cette idée, « pouvez-vous créer une image de Rorschach pour nous ? », et ils en ont créé une vingtaine, et c’était difficile de choisir. Je suppose qu’en gros, nous avons pris celle qui, selon nous, fonctionnait le mieux sur une pochette d’album, et celle qui était la plus saisissante. Nous avons tous vu un insecte dans cette image. Donc nous avons un peu relié ça, au moins, à ce dont nous parlons dans le concept. Car un « vecteur » est grosso modo un genre d’organisme, ou un insecte, qui nous mord pour injecter son poison. Donc si on regarde la pochette, on pourrait voir un insecte qui rôde tapi dans l’ombre, or c’est une idée cruciale derrière tout le concept. Mais je trouve que c’est cool d’avoir ce type de pochette parce que tout le monde verra quelque chose de différent. C’est un peu ce que nous disons avec le concept également : tout le monde peut avoir sa propre interprétation de ce qu’est la musique ou le concept, pareil pour la pochette, parce que différentes choses ont différentes significations pour différentes personnes.

Affinity avait ce visuel et parfois cette thématique musicale rétro sous-jacents. Cette fois, la musique n’a pas grand-chose de rétro, si ce n’est peut-être certains sons de clavier, mais rien de semblable à une chanson comme « 1985 ». Pourtant, vous avez conservé ce côté rétro, avec une couleur flashy dans l’illustration…

Avec Affinity, la musique n’était probablement pas aussi heavy et sombre que sur Vector, donc cette production un peu années 80, presque pop, pour laquelle nous avons opté à l’époque collait assez bien au feeling de la musique, alors que celui-ci est un album plus heavy, plus porté sur les guitares, qui sonne plus métallique, et si nous étions partis à fond sur ce même genre d’approche années 80 sur tout l’album, ça n’aurait pas aussi bien marché. Donc nous avons opté pour un son plus franchement metal. Ceci étant dit, Diego s’est lâché sur les sons de clavier, et il est parti sur du synthé plus rétro, alors que dans le passé, nous faisions beaucoup de trucs orchestraux. Donc cette fois, il a pris certaines de ces idées que nous aurions normalement arrangées de manière orchestrale mais les a appliquées à un esprit plus analogique. Et de ce que je sais, il a fait passer une bonne partie des sons dans un enregistreur à bandes magnétiques afin de retrouver un son plus authentique dans l’esprit de cette époque. Il est donc clair que c’est là, même si ce n’est pas aussi explicite que ça l’était sur Affinity, mais ça bouillonne en dessous. Pour ce qui est de l’illustration, ouais, je pense que c’est très… Parfois les gens surchargent les pochettes d’album et on se retrouve avec trop de trucs, alors que les illustrations rétro du passé, souvent, c’étaient des idées très simples mais saisissantes, elles te frappaient et ressortaient quand on les voyait, par exemple, sur une page de magazine. Nous avons donc plus ou moins suivi cette même voie avec cet album et avons essayé de l’épurer afin que la pochette soit la moins chargée possible et de faire en sorte que la musique soit le centre de l’attention.

Maintenant, je voudrais revenir sur votre expérience sur la tournée Shattered Fortress de Mike Portnoy : comment vous êtes-vous préparés pour ça ?

Je me suis préparé en ne quittant plus ma maison pendant environ un an ! [Rires] Car la musique est très, très technique, et évidemment, vu que je jouais avec Mike, qui est un immense héros pour moi, je ne voulais pas le décevoir. Il nous faisait confiance avec sa précieuse musique que Dream Theater a composée. Nous avons ressenti beaucoup de pression afin d’assurer le boulot. Les autres gars, eux aussi, ont consacré des heures et des heures à s’exercer. Initialement, le fait d’apprendre les chansons a pris quelques mois, et ensuite ce n’était qu’une question de les répéter encore et encore jusqu’à ce qu’elles soient programmées dans nos doigts, et ensuite la mémoire musculaire prend le relais et joue la musique à notre place. Ça prend du temps pour en arriver là, mais nous avons fini par y parvenir. C’était un processus tellement agréable, le fait de jouer ça tous les soirs. Nous l’avons fait pendant environ un an, à tourner partout dans le monde et à jouer certaines de nos musiques favorites. Je ne l’oublierai jamais. C’était génial de la part de Mike d’avoir pensé à nous pour endosser un rôle aussi important.

Est-ce que Mike vous a donné des instructions particulières ?

Pas pour nous. En gros, il savait de quoi il voulait que tout ça ait l’air en termes de lumières et de visuels à l’arrière. Il était très précis sur l’allure que devait avoir la scène, ce qui était très inspirant, pour être honnête. C’est extraordinaire de voir quelqu’un qui est en total contrôle de tous les aspects du show. Il a aussi créé une playlist qui tournait pendant que les gens entraient dans la salle, et elle contenait plein de chansons et de démos que personne n’avait entendues avant, issues des premières années de Dream Theater. Donc toute l’expérience était géniale pour les gens qui se rendaient aux concerts. Et au fond, derrière la scène où nous jouions, il y avait plein de visuels représentant l’époque de la musique que nous jouions. Tout le truc était très réfléchi, mais pour ce qui est de ce que nous faisions, il nous a grosso modo juste demandé de nous faire plaisir et de profiter du moment. Avant que nous ne montions sur scène chaque jour, nous nous rassemblions en cercle et motivions l’équipe, et il disait juste : « Ecoutez, faites-vous plaisir. Ces gars dans le public adorent la musique autant que vous, donc éclatez-vous. » C’était tout. Il ne nous donnait pas d’ordre, il ne disait pas que nous devions jouer les choses d’une certaine façon, il était très cool, très relax et terre-à-terre par rapport à tout ça, ce qui a rendu l’expérience d’autant plus amusante pour nous.

Vous êtes évidemment tous d’incroyables techniciens, mais comme celles-ci n’étaient pas vos chansons, est-ce qu’il y a des parties qui vous ont vraiment donné du fil à retordre avant de les maîtriser ?

Ouais, je crois que naturellement, quand on écrit nos propres riffs et solos, on écrira des choses qui passent bien sous nos doigts. J’y réfléchis beaucoup : quand on apprend la musique de quelqu’un d’autre, est-ce qu’il faut plus de temps pour certaines personnes que pour d’autres ? J’imagine que tout dépend vraiment de ce sur quoi on s’est exercé par le passé. Mais ouais, il y a eu plein de passages délicats. « The Glass Prison », l’intégralité de ce morceau était un cauchemar, parce que c’est blindé de riffs tout du long de la chanson et la main droite n’arrête pas de chauffer pendant douze minutes. La majorité de cette chanson était difficile. Mais tout le set, pour être honnête, était très orienté riff et il y avait plein de choses techniques. John Petrucci est un animal et d’une façon ou d’une autre il fait tout lui-même. Apprendre ses plans est vraiment épineux, mais très gratifiant également, parce qu’à mesure qu’on avance dans la vie, on ne s’exerce plus autant qu’avant, car avant on avait plus de temps. Donc le fait de se poser et de consacrer presque une année à ne faire qu’apprendre des riffs et idées était super pour notre technique. C’était comme revenir à la case départ et bûcher comme des dingues. Donc tout le processus était vraiment amusant.

« Je suis totalement d’accord avec le fait que la musique simple est généralement celle qui t’attrape et tape dans le mille. […] Mais avec Haken, nous essayons d’incorporer un peu de ça avec les idées plus techniques, en essayant de créer une sorte d’équilibre. »

A quel point le jeu de John Petrucci a-t-il façonné ton propre jeu ?

Il est clair que c’est une énorme influence. Je veux dire que je me souviens quand j’apprenais, j’avais Rock Discipline sur une VHS, c’était même avant les DVD. C’était vraiment inspirant. Le premier album que j’ai entendu de Dream Theater était Awake. Je me souviens quand je l’ai mis sur la platine, je suis arrivé à « Erotomania » et je n’arrivais littéralement pas à croire que c’était réel ! Je n’avais jamais entendu une guitare jouer avec autant de précision, aussi vite et de façon aussi heavy que sur ce morceau. Ça m’a fait regarder la guitare d’une toute nouvelle façon et il a clairement influencé mon jeu. Depuis, j’ai évidemment découvert d’autres musiciens. Je pense que, naturellement, tu empruntes des choses à différents musiciens au fil des années et c’est ce qui te donne ton son. John Petrucci était assurément une de ces personnes qui m’ont énormément inspiré. C’est dur à dire qui était le plus important, mais je sais à coup sûr que la musique de Dream Theater était la plus importante pour moi pendant que je grandissais. Quand j’ai eu environ quinze ans, j’étais à fond dans ce qu’ils faisaient. Rien que le fait d’entendre ce qui pouvait être accompli avec cinq gars sur une scène était époustouflant, et c’est vraiment ce qui m’a inspiré à former Haken et proposer de la musique. J’ai donc une immense admiration pour ces gars. Il est certain que leur musique m’a inspiré et ça a eu une énorme influence sur ce que je fais maintenant, et évidemment, John Petrucci a une énorme responsabilité par rapport à ça, la façon dont il compose la musique, ses riffs sont géniaux, et la façon dont tout s’emboîte comme il faut est extraordinaire. Scenes From A Memory, pour moi, est l’incarnation de Dream Theater. Cet album, c’est là où les planètes se sont alignées et tout convergeait. Le jeu de guitare, évidemment, le jeu de claviers, tout était parfait sur cet album. Mais il y a plein d’autres guitaristes : Robert Fripp est un autre gars dont je suis un énorme fan et nous avons incorporé pas mal de son style dans notre son, surtout avec nos deux guitares. Donc King Crimson est une influence. Et aussi Guthrie Govan est une autre énorme influence sur mon jeu. C’est un autre gars qui regardait la guitare d’une toute nouvelle façon, avec la manière dont il peut incorporer tellement d’idées et techniques différentes dans tout ce qu’il fait et pourtant en faisant en sorte que ça sonne homogène et naturel. Il existe tellement d’incroyables musiciens aujourd’hui qui sont vraiment stupéfiants.

Que penses-tu du dernier Dream Theater qui tend à diviser les fans ?

Je suis fan de tout ce qu’ils font et je pense qu’il faut apprécier la musique qu’apporte un groupe, parce que c’est leur vision à un moment donné et c’est leur choix, c’est leur musique. C’est marrant quand on lit des commentaires qui disent « vous auriez dû écrire un album comme ci » ou « vous auriez dû le faire comme ça à l’époque ». Mais genre, non ils n’auraient pas dû, parce qu’ils évoluent en tant que groupe, voilà ce qu’ils ont écrit à l’époque. Quand on écrit de la musique, c’est un reflet de ce qu’on a vécu, et c’est de toute évidence ce qu’ils voulaient dire à ce moment-là, et je trouve que c’est de la super musique. Je l’ai vu en live à Londres, je suis presque certain que c’était le premier concert de toute la tournée, pas juste en Europe, je crois que c’était la première fois qu’ils ont joué tout cet album, et c’était vraiment extraordinaire à voir. Et j’ai hâte que le nouvel album sorte. J’ai entendu dire qu’il allait être bien plus heavy que le précédent, ce qui devrait être assez cool. J’ai vraiment hâte d’entendre ça.

Pendant très longtemps, Dream Theater a été considéré comme les rois du metal prog. Mais dernièrement des groupes comme Haken, Leprous et Between The Buried And Me sont vraiment en train de gagner en popularité, pour au final prendre un peu la succession du style. Selon toi, qu’est-ce que cette nouvelle génération, dont tu fais partie, apporte au style ?

Dream Theater seront toujours les rois. Je veux dire qu’ils ont un peu ouvert la voie pour tous les groupes de metal prog, vraiment. Ils ont presque créé tout un style, plus ou moins, par eux-mêmes. Donc ils seront toujours les rois. Nous ne faisons que vivre dans leur ombre, presque. Mais le fait d’être à une époque où il y a tant d’incroyables musiciens, c’est assez sensationnel, car il suffit d’aller sur Instagram ou YouTube et de voir plein de gars extraordinaires qui ont enregistré de la super musique, même dans leur chambre tout seuls, en mixant eux-mêmes. C’est dingue de faire partie de toute cette génération qui produit une qualité aussi élevée. Mais tu as mentionné Leprous et Between The Buried And Me… Leprous sont des grands amis à nous, nous avons fait une tournée avec eux au Royaume-Uni il y a environ cinq ans maintenant, je crois que c’était en 2013, et c’est l’un des meilleurs groupes live que j’ai jamais vus. Et nous repartons sur les routes avec eux aux US et au Canada dans presque un mois, donc à la fin octobre. J’ai donc hâte d’y être. Et puis, Between The Buried And Me, un autre groupe extraordinaire en live. Nous sommes partis en tournée avec eux à travers l’Europe il y a quelques années. Ils ont le côté heavy, et sur les derniers albums, ils ont clairement plongé dans un son plus progressif. Je suis d’ailleurs dans un groupe avec Dan le bassiste de Between The Buried And Me, nous a l’avons formé ensemble, donc nous avons un amour commun pour nos musiques respectives. Le groupe c’est Nova Collective, c’est exclusivement instrumental, et il y a des tendances plus jazzy, un peu fusion, mais c’est aussi très progressif. Nous sommes en ce moment en train de travailler sur un nouvel album, qui, j’espère, sortira en début d’année prochaine, si tout se passe comme prévu. Mais ouais, ça a été génial de travailler avec Dan ; c’est un super compositeur ainsi que musicien, donc quand nous collaborons ensemble pour écrire de la musique, nous sommes tous les deux sur la même longueur d’onde.

Votre musique dans Haken est évidemment très compliquée et technique, Vector ne fait pas exception. En fait, Ross a déclaré que vous n’aimiez « pas faire de la musique simple ». Tu n’es donc pas d’accord quand les gens disent que les choses simples de la vie sont les meilleures ?

Je pense que Ross a dit ça un peu en blaguant, mais il y a une part de vérité dans cette blague, parce qu’effectivement, nous jouons beaucoup de musique technique. Mais j’aimerais croire que nous contrebalançons ça avec des passages plus mélodiques et tranquilles. Pour ma part, en tant que compositeur, j’adore penser au tableau d’ensemble d’une chanson et créer autant d’équilibres et avec une palette de couleurs et d’atmosphères aussi large que possible. Tout se résume à des sommets et des creux, vraiment. Et je suis totalement d’accord avec le fait que la musique simple est généralement celle qui t’attrape et tape dans le mille. Il y a plein de choses que j’écoute… Par exemple, j’adore Bon Iver, Volcano Choir, et c’est souvent très, très simple. Je pourrais aussi citer Elbow, qui vient du Royaume-Uni, c’est de la musique lente sur une base acoustique. C’est très simple, ce n’est pas vraiment technique, mais ça tape dans le mille parce que l’émotion, les paroles qui viennent du fond du cœur et rien que l’énergie de la musique passent au premier plan. Mais avec Haken, nous essayons d’incorporer un peu de ça avec les idées plus techniques, en essayant de créer une sorte d’équilibre, je suppose. J’aime vraiment tout, pour être honnête.

Interview réalisée par téléphone le 19 septembre 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription : Julien Morel & Nicolas Gricourt.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Haken : www.hakenmusic.com

Acheter l’album Vector.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Sons Of Apollo @ Lyon
    Slider
  • 1/3