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Chronique   

Haken – Vector


Dans le monde du metal progressif, il y a Dream Theater qui règne toujours en maître (quels que soient les débats qui persistent autour de ses derniers opus). Puis dernièrement, une poignée d’artistes se sont hissés au sommet de la scène, que ce soit en termes de technique époustouflante ou de qualité de songwriting et de prestations live. Sans conteste, on peut nommer parmi eux Leprous, Between The Buried And Me et, dans le cas présent, Haken. Le groupe majoritairement britannique est d’ailleurs celui qui témoigne peut-être le plus directement de l’influence de Dream Theater, ayant d’ailleurs tourné avec Mike Portnoy’s Shattered Fortress pour jouer les titres de la Twelve-Step Suite. Le groupe a déjà démontré sa polyvalence avec le mystique The Mountain (2013) et les sonorités rétro d’Affinity (2016). Une nouvelle fois, Vector, leur cinquième album, nous gratifie d’un son revisité, plus tranchant et agressif sans pour autant délaisser toute l’excentricité technique de la formation.

Tout est une histoire d’influences musicales, comme d’habitude. De ce côté, Haken est complètement éclectique, en allant d’Hatebreed à King Crimson. La réalisation de Vector a été un véritable « puzzle » selon les dires du groupe. On imagine ces derniers jongler entre les foisonnements d’idées, surtout depuis que le processus de composition est devenu pratiquement intégralement collaboratif (avec toutefois l’influence prédominante du guitariste Richard Henshall). L’une des premières évolutions marquantes dans l’orientation musicale d’Haken est la densité des compositions, qui se sont raccourcies à dessein afin de privilégier l’extrême qualité des plans proposés. Vector ne contient plus qu’un titre, « Veil », qui excède les huit minutes. Enfin, la participation d’Adam « Nolly » Getgood, ex-bassiste de Periphery, à la production a sans doute orienté le son d’Haken vers des sonorités résolument plus modernes que sur l’effort précédent (mis à part quelques arrangements de clavier qui gardent un esprit résolument années 80).

Vector, album concept sur la relation patient-médecin, dévoile un Haken qui franchit un palier en termes de dynamique. L’introduction « Clear » se charge d’introduire l’album et crée une atmosphère inquiétante de film fantastique/d’épouvante qui remplit son rôle et nous fait anticiper la première salve qu’est « The Good Doctor ». Le titre entretient de nombreux parallèles avec le riffing de Between The Buried And Me, à savoir un riff rythmiquement chirurgical porté par des leads de guitare tourbillonants aux mélodies atypiques. Haken se permet d’illustrer un couplet en transitant vers une basse percussive épousant la grosse caisse et l’intégration de cuivres synthétiques pour des mouvements très succincts. La vraie différence avec la formule habituelle du groupe survient à mi-chemin du titre avec un riff d’une lourdeur encore inédite pour les musiciens, frisant le math-metal, très vite tempéré par une accalmie et la mélodie du timbre de Ross Jennings, à nouveau pétri d’aisance que ce soit pour les envolées lyriques (« Puzzle Box » en tête) ou les passages plus ténus. « Puzzle Box » persiste d’ailleurs dans l’énergie que le groupe veut insuffler à l’auditeur. Haken ne construit plus d’introductions alambiquées et rentre directement dans le vif du propos. Le travail de Ray Hearne derrière les futs est gargantuesque et profite de la production stakhanoviste d’Adam Getgood qui va jusqu’à accorder les peaux de batterie différemment selon les compositions. Haken n’a pas pour autant délaissé l’aspect le plus progressif de sa musique, bien au contraire : « Puzzle Box » se voit entrecoupé d’un long passage électro-ambient, presque trip-hop, avant d’exploser à nouveau.

Ce sont les douze minutes de « Veil » qui renvoient davantage au Haken des précédents opus, avec cette introduction au piano très théâtrale et un riff aux mélodies exubérantes. Toutefois, la complexité de « Veil » et la myriade de transitions (dont une intervention jazzy à la basse) et de plans qui la dessine reste soumise au principe d’agressivité qu’Haken applique tout au long de Vector. Haken a effectivement emprunté au lexique le plus violent de Dream Theater, privilégiant le contraste entre atmosphères chiadées et violence abrupte de riffs saccadés. Même l’instrumentale « Nil By Mouth » a ce feeling résolument heavy et rouleau-compresseur, que Richard Henshall compare au Fear Factory d’Obsolete. Il faut dire que le riff « principal » de « Nil By Mouth » est un monstre d’intensité qui est une balise bienvenue au milieu d’un océan de complexité et des sons d’un clavier fou. « Host » vient lever le pied et nous sortir de l’enfer des signatures rythmiques avec son introduction très suave soutenue par le jeu d’un bugle jazz. « Host » renvoie davantage Haken à ce que propose Gazpacho sur le terrain de la musique progressive, avec des ambiances mystérieuses et mélancoliques qu’à la démonstration hyperactive d’un Dream Theater. « Host » finit tout de même par monter en régime, la surprise reste au futur auditeur… L’album se conclut sur le sautillant « A Cell Divides », l’une des prestations les plus éblouissantes du chanteur. « A Cell Divides » est un concentré du talent guitaristique d’Haken inspiré par les plus grands (John Petrucci, Guthrie Govan et Robert Fripp), que ce soit par les arrangements de leads, les arpèges ou les riffs qui font office de catharsis. La composition se termine de manière théâtrale et grandiloquente et évoque le sens subtil du tragique d’une formation telle que Leprous.

Vector est extrêmement complexe, mais l’effort de condensation des titres permet de ne pas se sentir complètement perdu. Haken délivre une partition pléthorique qui certes pousse l’auditeur à se concentrer mais qui est extrêmement gratifiante. L’opulence de la musique peut rebuter en premier lieu (voire en second lieu), mais le sens de la mélodie cher au groupe, couplé à un nouvel entrain dans le riffing, finit par laisser sa marque. Vector est empreint d’anticipations, de progressions et de paroxysmes et apporte toujours les réponses que l’auditeur désire secrètement. Du metal progressif dans sa plus belle forme.

Clip vidéo de la chanson « Puzzle Box » :

Clip vidéo de la chanson « The Good Doctor » :

Album Vector, sortie le 26 octobre 2018 via InsideOut Music. Disponible à l’achat ici



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