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Interview   

Hammerfall est fait pour durer


Pontus Norgren & Joacim Cans - HammerfallHammerfall s’apprête à sortir son dixième album, avec un titre des plus encourageants : Built To Last. Et cela s’applique très bien aux suédois, qui durent déjà depuis, mine de rien, plus de vingt ans. Et comme ils nous le confient dans l’entretien qui suit, ils ne comptent pas s’arrêter de sitôt. Malgré quelques turbulences ces dernières années, avec le départ de leur batteur de longue date Anders Johansson, une pause de trois ans avant la sortie de l’album précédent (r)Evolution, et un processus de composition laborieux cette fois-ci, le groupe n’a pour autant rien perdu de sa motivation et de son amour du heavy metal.

Nous avons rencontré Joacim Cans, le chanteur de la formation, et Pontus Norgren l’un des deux guitaristes, souvent dans l’ombre de son confrère et fondateur de la formation Oscar Dronjak. Une interview placée sous le signe de l’authenticité, de la bonne humeur… et du champagne !

Hammerfall 2016

« Nous avons vu beaucoup de groupes aller et venir. Les groupes arrivent, ils deviennent plus gros qu’Hammerfall, et deux ans après, ils sont partis. Mais nous sommes toujours là ! »

Radio Metal : Built To Last est le dixième album d’Hammerfall album, avec un titre qui est une affirmation forte. Est-ce que cela veut dire que le groupe est « fait pour durer » ?

Joacim Cans (chant) : Ouais, je pense que tu tiens quelque chose, là. Nous sommes là depuis presque vingt ans, depuis notre premier album ; nous avons débuté au milieu des années 90 avec quelque chose qui au final n’était pas fait pour durer. Mais également avec l’album, c’est un ouvrage tellement solide. Nous avons dix chansons vraiment fortes et je pense que l’album, en tant qu’entité, toutes les chansons ensemble, c’est quelque chose de vraiment unique, et cet album est vraiment fait pour durer, peut-être pas pour toujours, mais pour une très longue période. Je pense que c’est un album qui, dans dix ou vingt ans, sera toujours considéré comme un ouvrage solide. C’est comme ça que je le vois.

Et qu’est-ce qui a fait qu’Hammerfall a pu durer toutes ces années ?

Je pense qu’au fil des années nous restons fidèles à nous-mêmes. Nous avons commencé à jouer du heavy metal parce que nous aimions cette forme de musique. Je veux dire qu’à l’époque, les gens se moquaient de nous et nous disaient : « Pourquoi vous ne jouez pas de la musique que les gens veulent écouter ? » « Eh bien, parce que nous jouons la musique que nous voulons jouer, c’est ainsi ! » Du fait que le cadre est assez restreint avec Hammerfall, je pense que nous avons réussi à rester à un certain niveau durant presque deux décennies. Nous avons vu beaucoup de groupes aller et venir. Les groupes arrivent, ils deviennent plus gros qu’Hammerfall, et deux ans après, ils sont partis. Mais nous sommes toujours là ! Donc peut-être avons-nous trouvé un niveau sain auquel mettre ce groupe. Après Infected [en 2011], aussi, quand nous étions très fatigués et que nous en avions marre de tout, nous avons décidé : « Faisons une pause ! Je veux dire, ce n’est pas la fin du monde. Faisons une pause et voyons si nous pouvons retrouver la joie que l’on avait au début, la joie de jouer de la musique. » Parce que c’est comme ça que ça marche.

Avez-vous appréhendé l’album avec un état d’esprit particulier, sachant que ce serait le dixième ?

Du désespoir ? [Rires] Marche ou crève ! C’est… [Réfléchit] Non, je veux dire, tu trouves ta recette sur comment écrire. Puisqu’Oscar et moi-même sommes les principaux compositeurs du groupe, nous travaillons ensemble depuis le premier jour, nous nous faisons confiance mutuellement, nous savons exactement comment… pas comment écrire une bonne chanson, mais il y a tellement de confiance en jeu. Mais je pense que cette session de composition était très frustrante. Parce que j’étais là à Stockholm, à attendre quelque chose sur quoi travailler, et rien n’arrivait et il était là-bas à Göteborg, où il vit, il a dit que c’était très difficile cette fois-ci de trouver de bonnes choses, donc du coup il a fallu que j’attende là encore plus longtemps, genre rien n’arrivait, « hey, allez, on a un planning pour le studio, on a même une date de sortie, et je n’ai rien ! » Et ensuite j’ai eu quelques chansons sur lesquelles travailler, et j’ai commencé à écrire les lignes de chant, et c’était comme : « Merde, qu’est-ce que je fais, là ?! Ça sonne atroce ! C’est comme si j’avais déjà tout écrit auparavant ! » Donc je crois que nous étions là, après neuf albums studio, tu as écrit genre cent ou cent-vingt chansons, tu dois aller dans les endroits les plus sombres au fond de toi-même pour trouver ces petits morceaux qui feront la différence, parce qu’autrement, ça sonnera juste générique, comme n’importe quoi d’autre. Pour faire quelque chose d’unique, de nos jours, tu dois vraiment creuser au plus profond de toi-même et te lancer des défis. Parce qu’autrement, ça va juste être : « Oh, ça sonne bien, mais ce n’est rien d’extraordinaire. » Et c’est la chronique de l’album ! [Rires] Les gens vont dire : « Ouais, ça sonne bien mais ce n’est rien d’extraordinaire » [rires].

Oscar [Dronjak, guitariste] a dit que « (r)Evolution était plutôt facile parce que ça faisait un moment, donc [vous] avi[ez] beaucoup d’inspiration qui n’attendait que de sortir, alors que maintenant, [il a] trouvé cela difficile. » Est-ce difficile de renouveler l’inspiration avec ce genre de musique, ou est-ce plutôt un problème de planning ?

C’est plutôt que tu as tellement écrit au cours de ta carrière, que tu as besoin de t’asseoir et… Je pense que plus tu as été dans le business en tant que compositeur, et plus ça te demande d’efforts pour trouver quelque chose d’unique. Tout prend du temps. J’ai des amis qui se retrouvent dans une session d’écriture, et ils disent : « Ouais, on s’est réunis hier et on a écrit cinq nouvelles chansons ! » Genre, cinq nouvelles chansons, en un jour ? D’habitude je travaille cinq semaines sur une chanson ! Parce que je veux vraiment… Je peux seulement parler pour les mélodies, quand je travaille sur les mélodies, je travaille sur les couplets, par exemple, je les enregistre, et ensuite je les laisse mûrir. C’est comme un bon champagne ou un bon fromage. Tu reviens, et parfois même ça pue, genre : « Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? » Et tu le jettes, ou bien : « Oh, je tiens quelque chose ! » Tu réécoutes et : « OK, peut-être que je peux changer un peu ici et là. » J’enregistre une nouvelle version, je continue, et ensuite je le laisse un moment. Donc la façon dont j’y travaille, et ça marche aussi pour Oscar, c’est un processus. Et je ne peux toujours pas comprendre comment tu peux écrire une chanson complète en… ou, tu sais, cinq chansons en un jour. C’est… impossible ! Mais nous sommes tous différents ! Mais je pense que c’est la force de l’équipe qui compose dans Hammerfall.

C’est la troisième fois que tu as travaillé avec James Michael pour les prises voix. Qu’est-ce qui est si spécial chez lui et dans votre relation ?

Je l’admire beaucoup. Je l’admire en tant que chanteur, en tant que compositeur et en tant que producteur, et bien sûr, en tant qu’être humain, parce que je le connais plutôt bien à présent. Et c’est juste tellement confortable de travailler avec quelqu’un qui est lui-même chanteur. Il sait quels boutons actionner sur moi si je suis dans une mauvaise journée, il peut simplement me dire : « Tu sais quoi ? Je sens que tu galères, là, on fera ça demain » ou bien « ça sonne d’enfer, super ! » Du coup je peux simplement me concentrer sur ma prestation et quand quelque chose est dans la boîte, je peux lui demander : « James, tu es content de ça ? » « J’adore ! » « Super ! Parce que je ne suis pas très sûr, mais si tu es content, je te fais confiance. » Donc il est un élément tellement important, mais je pense que l’ensemble de l’équipe de production que nous avons à présent avec Fredrik Nordström, avec James Michael, avec Pontus [Norgren, guitariste], et aussi avec Oscar, parce qu’il est tellement… il sait exactement comment il veut les choses. C’est aussi l’une des recettes qui explique pourquoi nous sommes là aujourd’hui, parce que si tu cherches à « compromis » dans un dictionnaire, tu ne trouveras pas une photo d’Oscar ! [Rires]

As-tu grandi en tant que chanteur grâce à ton travail avec lui ?

C’est une pièce du puzzle, je pense. Parce que je suis plus détendu à présent, je connais mes limites, pour ainsi dire. J’ai fait tellement de choses en dehors d’Hammerfall, comme des comédies musicales et des choses de ce genre, et je pense que tout s’ajoute. Quand j’ai commencé à chanter, ça m’a pris presque dix ans pour devenir vraiment un bon chanteur. Au départ je ne savais pas vraiment quoi faire, parce que ça prend du temps. Mais maintenant je sais, et les gens peuvent très bien dire : « Ouais, il y a tellement de meilleurs chanteurs. » Eh bien, ce n’est pas un concours, et peut-être… Comment sais-tu ? Je ne sais pas vraiment comment tu peux juger qui est meilleur ou quoi, mais je pense que si les gens peuvent dire que c’est toi qui chante et que tu as ton style propre, alors tu es un bon chanteur.

Hammerfall - Built To Last

« Le problème est parfois que tu ne comprends plus le business. Parce que l’industrie que je connais n’est plus là. Ça a changé. […] Maintenant, on se bat pour le gâteau, et le morceau de gâteau qu’on se partage tous devient de plus en plus petit, alors qu’il y a plus de gens autour qui veulent avoir leur part. »

Ce n’est pas seulement une question de technique. Il y a aussi les émotions que tu peux transmettre…

Pontus Norgren (guitare) : Oui ! Quand j’écoute ce qui s’est produit depuis que nous avons commencé à travailler avec James Michael, par rapport à No Sacrifice, No Victory [2009], Joacim était plus genre… Je revois un [ancien] producteur qui disait : « Non ! Refais-le ! Chante ! Plus fort, chante ! » Du coup il était épuisé tous les jours en studio, [avec une voix rauque] il était comme ça. Mais maintenant tu peux entendre qu’il a confiance dans la situation, tu peux l’entendre.

Joacim : C’est davantage une performance maintenant.

Pontus : C’est une performance, et c’est comme : « Voici les paroles, raconte l’histoire » plutôt que « Non ! Chope cette note ! Fais-le ! » vingt fois, et [il se racle la gorge]. C’est une grande différence, et je pense que c’est une grande chose que nous avons accomplie à présent, depuis que nous avons vraiment commencé à travailler avec James Michael sur Infected, le fait que nous ayons trouvé une recette pour la façon dont nous devrions travailler ensemble avec un processus complet également, et cela inclut bien sûr en grande partie James Michael, parce que le chant est très important.

Joacim : Il me guide d’une certaine manière. Mais aussi, quand on voit que j’ai quarante-six ans maintenant, et pour une raison étrange, ma voix devient de plus en plus forte, alors que d’autres chanteurs vont dans l’autre sens, ce qui, à mon avis, est… j’aime ça ! [Rires]

Le batteur Anders Johansson a quitté le groupe fin 2014 . « Des différends musicaux grandissants » étaient invoqués comme cause de séparation. Quelles étaient ces différends ?

Au bout du compte, nous devons garder à l’esprit qu’il a maintenant deux jeunes enfants, à nouveau ; un seconde famille, pour ainsi dire [petits rires]. En ayant plus de cinquante ans, être en tournée, avoir de jeunes enfants à la maison, je ne pense pas qu’il voulait encore faire ça. Et quant aux différends musicaux, c’est un genre de batteur qui vient d’une autre école. Nous jouons du gros heavy metal, ce qui est censé être joué d’une certaine manière, et comme je le disais, le cadre est restreint. Et il était quelqu’un qui adorait jouer autour du cadre. Et là bien sûr, tu as beaucoup de tensions. Mais c’était quand même une surprise et un choc pour moi qu’il décide de partir parce que je pense que nous avions tout de même un groupe très solide et nous nous entendions très bien. Nous sommes toujours bons amis, donc ce n’est pas vraiment un problème, mais je pense qu’il n’avait plus la passion de jouer sur scène et d’être en tournée.

Pontus : Je pense que c’était des trucs familiaux aussi, beaucoup lié à sa famille, tu sais. Recommencer tout à zéro avec de jeunes enfants, à cet âge, ce n’est pas pareil. Tu n’as pas la même force quand tu as plus de cinquante ans. Tu as besoin de plus de sommeil, des choses comme ça…

Joacim : Plus de sommeil et moins d’alcool !

Pontus : Exactement ! [Rires]

Joacim : Ouais, mais aussi, le fait qu’il soit parti comme il l’a fait, et au pire moment qui soit, ça nous a vraiment mis la pression, et je pense que c’était un surplus d’énergie, qui nous a boosté. Ensuite nous avons eu David [Wallin] derrière les fûts, et ensuite nous avons eu Stefan [Elmgren], l’ancien guitariste, pour jouer de la basse sur la tournée, je veux dire, nous avons passé les meilleurs moments qui soient ! C’était l’une des tournées les plus amusantes que nous ayons faites.

Pontus : C’était la fête, cette tournée !

Joacim : Donc, quelque chose de bon en est sorti.

Sa « carrière dans l’industrie musicale qui couvre presque quatre décennies » était également invoquée comme raison pour lui « d’en venir à la conclusion que trop, c’est trop. » Dans le groupe, en avez-vous aussi parfois marre de l’industrie musicale, et de cette vie qui peut être frénétique, en tant que musiciens ?

Ce n’est pas frénétique. J’étais assis à la maison la plupart du temps sans rien à faire, de toute façon, donc… Je pense que le problème est parfois que tu ne comprends plus le business. Parce que l’industrie que je connais n’est plus là. Ça a changé. Parce qu’il y a environ dix ou quinze ans, je parlais avec d’autres artistes, je les aidais, j’ai ma propre maison d’édition, je suis l’éditeur d’Amaranthe, par exemple. Mais maintenant, les gens me demandent conseil, et je suis là : « Pour être honnête avec toi, je n’ai aucune idée de comment ça fonctionne ! » Ça peut être épuisant parfois parce que c’est tellement différent. Maintenant, on se bat pour le gâteau, et le morceau de gâteau qu’on se partage tous devient de plus en plus petit, alors qu’il y a plus de gens autour qui veulent avoir leur part. Quant aux concerts, c’est le merchandising, c’est là que la plupart des groupes se font de l’argent de nos jours. Mais pour autant, nous ne sommes pas là pour l’argent, mais au bout du compte…

Pontus : Nous avons des familles…

Joacim : Nous avons des familles, il faut que je paye ma Rolls Royce et… pas vraiment !

Pontus : Les diamants, les Rolex…

Joacim : Les faux diamants ! [Rires]

Pontus : Ouais, la « Polex » ! [Rires]

Joacim : Ma « Polex », ma Rolex polonaise.

Qu’est-ce que le batteur David Wallin et son jeu ont apporté à ce nouvel album ?

Si tu l’écoutes, c’est un batteur de heavy metal très costaud. Il joue ce qu’il y a de mieux pour les chansons, pas ce qu’il y a de mieux pour lui. C’était une très belle phrase !

Pontus : Ouais, c’est vrai !

Joacim : C’est aussi simple que ça !

Pontus : Et beaucoup d’énergie. C’était un coup de fouet, pour lui aussi, d’arriver simplement dans quelque chose de nouveau.

Joacim : Je pense qu’en live c’était tout à fait évident que nous avions un nouveau batteur parce que tout le monde était devenu plus…

Pontus : Détendu…

Joacim : Détendu, ouais !

Pontus : …à son poste, au lieu de ne pas être à cent pour cent la tête dans le guidon…

Joacim : C’était comme un laxatif musical !

Pontus : Ouais [rires].

Joacim Cans - Hammerfall

« Si tu changes trop, tu perds la marque de fabrique. Si tu as une bouteille de Coca Cola et tu la bois et c’est genre : ‘Qu’est-ce que c’est que ce bordel, c’est du citron ?!’ ‘Ouais, on voulait expérimenter !’ Mais peut-être pas sous le nom de Coca Cola ! Garde ça comme c’est, parce que ça marche. »

Partira-t-il en tournée avec vous pour l’album ?

Joacim : Nous l’espérons vraiment. C’est encore un « espoir », comme on dit dans le milieu des courses de moto. Mais il se fond vraiment bien dans le groupe, et nous espérons qu’il restera avec nous, vraiment.

Pontus : Nous ne nous précipitons pas vers quoi que ce soit. Nous le faisons et nous travaillons ensemble, nous nous amusons beaucoup à le faire, à faire ce que nous faisons, donc… Et il n’y a pas de rush, ce n’est pas comme quand on est adolescents.

Joacim : Non, nous ne sommes pas Rush !

Pontus : C’est vrai [petits rires].

Il y a quelques années, James Michael nous avait dit que vous étiez « tellement dévoués et sincères dans ce que [vous faites] que rien n’y fait, tu ne peux qu’adorer ça ! » Comment faites-vous pour rester aussi dévoués et sincères, même après dix albums et tant d’années à faire cela ?

Joacim : Parce que je pense que nous avons commencé à le faire pour les bonnes raisons : nous voulions jouer du heavy metal. Et quand le premier album [est sorti], quand nous avons eu le premier contrat, c’est arrivé à l’époque du grunge. Mais nous n’en avions rien à faire, nous voulions jouer du heavy metal ! « Eh bien, vous ne vendrez pas un seul album ! » « Je m’en fous, au moins j’ai un album ! » Comme je l’ai dit, nous restons fidèles à nous-mêmes, nous écoutons nos cœurs, en quelque sorte, et aussi, nous ne suivons jamais le rythme des autres.

Tous vos albums avant Built To Last sont sortis chez Nuclear Blast, ce qui fait du nouvel album le premier à sortir sur un autre label. Joacim, tu as déclaré que tu pensais « que signer avec Napalm Records était l’étape nécessaire que [vous] devi[ez] franchir pour grandir en tant que groupe et atteindre le palier suivant. » Qu’est-ce qui t’a fait penser que vous pourriez faire cela avec Napalm Records et pas avec Nuclear Blast ?

Le fait est que nous étions à la fin du contrat avec le … Oh ! “Speak Of The Devil”, James Michael ! [La télévision de la salle d’interview passait le clip de cette chanson]

Pontus : [Rires]

Joacim : Nous étions au bout du contrat, donc nous ne sommes pas vraiment partis en mauvais termes, pour ainsi dire. Bien sûr nous parlions aux deux labels, en demandant à Nuclear Blast : « Quels sont vos plans pour emmener Hammerfall au niveau supérieur, et accompagner Hammerfall dans le futur ? » Et pareil pour Napalm. Je pense, pour Nuclear Blast, leurs plans étaient basés sur ce qu’ils avaient fait par le passé, et ils n’avaient pas vraiment d’ambitions assez grandes. Je pense que peut-être ils nous prenaient un peu trop pour acquis, et quand tu prends quelque chose pour acquis, c’est comme une vieille relation, tu vois les gens sans vraiment les voir. Du coup nous trouvions que nous avions un très bon plan marketing de la part de Napalm, et nous avons pensé : « OK, peut-être que c’est l’injection dont nous avons vraiment besoin pour montrer au monde que les vingt premières années n’étaient pas une erreur. » Nous sommes faits pour durer… un peu plus longtemps. C’était bien aussi, ça ! [Rires]

Built To Last suit les traces de (r)Evolution où vous êtes revenus à votre son et votre imagerie habituels, après Infected qui était un peu un changement. Pensez-vous que c’est comme ça qu’Hammerfall devrait être et que vous n’auriez jamais dû essayer de changer cela ?

Pour moi, tout n’est qu’une évolution naturelle. Les gens me demandent : « Y-a-t-il des chansons que tu aimerais n’avoir jamais écrites ? » Eh bien, certaines chansons ne sont peut-être pas au niveau où nous sommes aujourd’hui, mais à l’époque, c’était tout ce que nous connaissions. Et à cette époque-là, j’en étais super fier. Et je ne veux pas revenir en arrière pour changer quoi que ce soit. Je veux dire, quand Infected est sorti… C’est toujours l’un de mes albums préférés pour ce qui est des chansons. Il y a vraiment de super bonnes compositions sur cet album.

Pontus : Et je dois dire qu’Infected était un peu un changement dans la manière dont nous travaillions, avec la production et tout. Je pense que c’était aussi un nouveau départ, en quelque sorte, parce que nous nous sommes occupés des enregistrements plus ou moins par nous-mêmes. Et ça a changé beaucoup concernant notre approche pour atteindre le prochain… Bien sûr, [il y a eu] le break au milieu, mais tout ce que nous pensions, c’était : « C’est comme ça que nous devrions le faire, parce que c’était l’éclate ! Ça a conservé l’énergie, c’était amusant ! »

Joacim : Mais ensuite, après le break, quand nous avons commencé à écrire (r)Evolution, un album qui s’est d’une certaine façon, en partie, écrit tout seul, et nous avons pensé : « OK, qu’est-ce qui est le mieux pour Hammerfall ? Quelles sont les meilleures expériences que nous avons eues depuis le premier jour jusqu’à maintenant ? » Eh bien, nous avons appris que nous n’avions pas besoin d’avoir un producteur qui déchire, et qui surfacture, parce que nous avons un savoir-faire au sein du groupe, avec Pontus, et aussi parfois avec la fermeture d’esprit d’Oscar. Mais, d’un autre côté, nous avons Fredrik Nordström, qui était là sur le premier de nos albums, et c’est un super bon mixeur, et il est aussi fantastique pour la batterie, donc invitons-le. Et pour le chant, il n’y a aucun autre producteur avec qui je voudrais travailler que James Michael, et tant que nous pouvons nous payer cette équipe, nous continuerons, parce que ce n’est pas… [Réfléchit] une organisation que tout le monde pourrait se payer, parce que cela coûte beaucoup d’argent. Je veux dire, je ne veux pas me vanter ni quoi que ce soit, mais j’ai juste fait la comparaison une fois, que le coût de l’hôtel et d’une voiture de location, c’est le budget que beaucoup de groupes ont pour enregistrer tout un album… C’était l’hôtel et la voiture de location à Los Angeles. Et à la fin, c’est ton argent, mais si tu n’investis rien, tu n’auras rien en retour.

Pontus : Et nous l’investissons pour les fans. Nous le faisons parce que nous savons que ce sera un bon résultat.

On a parfois le sentiment que les groupes de heavy metal n’ont pas vraiment le droit de changer ou d’expérimenter. Qu’en pensez-vous ?

Joacim : Je veux dire que s’ils ont besoin d’expérimenter, ils peuvent le faire dans un autre groupe ! Prends une boisson comme la bière Heineken ou le champagne. Prends le champagne ! Il y a un comité de direction en Champagne qui décide de la taille du bouchon, de la forme de la bouteille, « elle devrait être comme ça ! » et tu ne peux pas changer. Et je pense que si tu changes trop, tu perds la marque de fabrique. Si tu as une bouteille de Coca Cola et tu la bois et c’est genre : « Qu’est-ce que c’est que ce bordel, c’est du citron ?! » « Ouais, on voulait expérimenter ! » Mais peut-être pas sous le nom de Coca Cola ! Garde ça comme c’est, parce que ça marche. Je pense toujours que tu peux évoluer dans les limites de – en l’occurrence – Hammerfall.

Comment voudriez-vous évoluer, en tant que groupe ?

Je pense que d’être à même de partir en tournée – parce que tout se résume à être sur la route, parce que c’est l’expérience ultime –, amener notre show dans chaque pays et le jouer au même niveau. Parce que sur la tournée précédente, nous avons fait de super concerts en Allemagne, en Suisse et ensuite, malheureusement, quand nous avons fait le concert à Paris, nous avons eu du mal à mettre en place tout notre show ici, parce que bien souvent la salle est trop petite. Je veux être à même d’amener le même show partout dans monde, au même niveau. Ça n’a pas besoin d’être un niveau digne d’Iron Maiden. Mais ça peut être un niveau genre « Hammerfall en Allemagne » ou « Hammerfall en Suède ».

Interview réalisée en face à face le 6 septembre 2016 par Aline Meyer.
fiche de questions : Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Aline Meyer.

Site internet officiel d’Hammerfall : www.hammerfall.net

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