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Interview   

Hammerfall : la méthode suédoise


Trouver le bon équilibre entre le plaisir, la pression qu’on s’impose à soi-même et la routine est une équation à laquelle tout groupe ayant de la bouteille est confronté un jour ou l’autre : trop de pression nuit au plaisir et donc à la passion, trop de routine nuit au renouvellement et à la recherche d’excellence, et trop de plaisir peut mener à l’oisiveté et au manque de rigueur. Hammerfall, lui, a semble-t-il trouvé son équilibre. Avec son nouvel album, Dominion, les Suédois continuent de peaufiner leur recette de heavy metal traditionnel, conservant depuis trois albums la même méthodologie et ajustant au fur et à mesure les quelques paramètres qui ont pu les desservir.

Dans l’entretien qui suit, le guitariste Oscar Dronjak et le chanteur Joacim Cans, sur qui repose toute la dynamique créative du groupe, nous expliquent cette méthodologie et ces ajustements. Le producteur-chanteur James Michael (Sixx: A.M.) en fait d’ailleurs partie : il a été cette fois-ci jusqu’à mettre la main à la patte pour co-composer la ballade de l’album.

La chanson « (We Make) Sweden Rock », premier single dévoilé, étant un hymne à la gloire de la scène suédoise, nous en avons également profité pour évoquer les origines de cette scène, jusqu’à revenir sur Ceremonial Oath, premier groupe d’Oscar Dronjak, et les débuts d’Hammerfall.

« Je ne voulais pas finir dans la même situation qu’avec Built To Last, où les deux mois avant que les enregistrements ne commencent étaient les pires deux mois de ma vie créative. »

Radio Metal : Vous avez déclaré que Dominion « a tous les éléments nécessaires pour faire le parfait album de heavy metal ». Mais qu’est-ce que le parfait album de heavy metal ?Joacim Cans (chant) : [Rires] C’est une affaire de goûts, je dirais. Si quelqu’un me demandait quel est l’album de heavy metal ultime, je dirais que c’est Painkiller [de Judas Priest]. Painkiller a tout. Il a la diversité, le chant haut perché, les solos de guitares qui explosent et hurlent, mais il y a aussi une ballade. Avec Hammerfall, nous travaillons toujours pour obtenir ces ingrédients. Nous ne sortons pas des chansons, nous sortons des albums. Nous n’écrivons pas des chansons, nous écrivons des albums. Il faut tous ces éléments, tous ingrédients dans un album pour qu’il soit complet, mais… C’est très dur de répondre à cette question en un mot ou une phrase [rires]. Je disais qu’un album parfait doit être varié. Il doit avoir de la double grosse caisse, des solos de guitare explosifs et sinueux, du chant aigu et de gros refrains, mais peut-être que le plus important serait qu’il faut de l’énergie. Et l’énergie, on ne l’obtient qu’avec des gens qui croient fermement en ce qu’ils font. On ne peut pas vraiment faire semblant. Il faut que ça vienne du cœur. C’est pour ça, selon moi, qu’on ne voit pas de compositeurs extérieurs écrire des chansons de heavy metal, car ils ne savent tout simplement pas faire ! Je crois que c’est plus simple pour un compositeur d’écrire des chansons pour un artiste pop, car il écrit une chanson et cette chanson a une date de péremption qui ne va pas au-delà de quelques semaines, car après, tout le monde s’en fichera. Le heavy metal et le hard rock en général, c’est de la musique intemporelle. Je veux dire que ça prend du temps à faire une très bonne composition. Je ne pense pas que tout le monde en soit capable. Comme je l’ai dit, il faut que ça vienne du cœur, et il faut que ton cœur de metal soit au bon endroit. Je crois que ça a toujours été le cas dans Hammerfall, et en particulier avec le nouvel album.

Oscar Dronjak (guitare) : Evidemment, c’est subjectif. C’est un style de musique tellement vaste, ça peut aller de là à là. Pour nous, c’était plus que nous avions le sentiment que nous avons fait du mieux que nous pouvions et que cette fois nous avons eu le temps de peaufiner les chansons. La dernière fois, c’était très expéditif, donc nous n’avons pas eu tout ce temps pour travailler sur les chansons, or là, nous étions prêts avec les compositions des mois avant que l’enregistrement ne commence. Nous avions donc le temps de revenir sur les chansons et de les écouter avec du recul pour voir : « Est-ce vraiment suffisamment bon ? Est-ce que c’est super ? » Si ça n’était pas le cas, alors nous devions revoir les choses et les approcher autrement. Surtout Joacim lorsqu’il travaillait sur le chant, il est souvent revenu sur ses parties, en disant : « D’accord, ça sonne bien ce que je viens de faire pour ce couplet – ou peu importe ce que c’était – mais c’est totalement dans ma zone de confort. Peut-être que je devrais me bousculer un peu plus. » Et alors il essayait autre chose : « Peut-être pas ça… » Il essayait encore autre chose : « Wow, c’est vachement mieux ! » Nous avons souvent fait ceci sur plusieurs passages de chansons. C’est, à mon avis, une des raisons pour lesquelles cet album sonne comme il sonne, et pourquoi nous en sommes si fiers et plaçons de si grands espoirs sur lui. Une autre chose est effectivement l’énergie, le niveau de la prestation. Ça commence avec David à la batterie, il met cent pour cent de son énergie dedans, et ça fait qu’il est plus facile pour nous d’ajouter nos propres instruments par-dessus, et de remonter encore d’un cran le niveau d’énergie. C’est aussi pour cette raison que nous avons le sentiment que cet album est si puissant.

Au lieu de tout faire par cycles, cette fois vous avez choisi d’écrire entre les tournées, pendant les tournées et après les tournées. Etait-ce une façon de briser une sorte de routine de composition ?

Pas vraiment, en fait. Pas pour moi, en tout cas. Je suis quelqu’un de très routinier. J’adore quand tout se passe constamment exactement pareil. Si je n’ai pas le même casier à la salle de sport, je suis là : « Oh, ça ne va pas… » J’aime la routine. J’aime faire les choses de la même manière tous les jours. Mais là, c’était plus que je ne voulais pas finir dans la même situation qu’avec Built To Last, où les deux mois avant que les enregistrements ne commencent étaient les pires deux mois de ma vie créative. C’était horrible, car je ne me faisais pas plaisir. Cette fois, je voulais m’assurer que nous avions suffisamment de temps pour écrire les chansons en amont, afin de ne pas être stressés à la fin. Aussi, je ne pensais pas que je pouvais écrire des chansons en tournée. Je me disais que si j’écrivais des chansons sur la route, alors que je joue des chansons d’Hammerfal tous les soirs, j’allais me retrouver à écrire des chansons qui sonnaient exactement pareil que celles que nous avions déjà. Il s’est avéré que ça ne fonctionnait pas comme ça, car quand tu montes sur scène puis en ressors, il y a un énorme afflux d’adrénaline. C’est très inspirant. J’en ai profité à plusieurs reprises. J’ai tout installé dans le bus, avec la guitare, un ordinateur et une petite interface, afin de pouvoir commencer à travailler. Donc, j’y allais, je jouais le concert, je prenais une douche, je mangeais quelque chose et ensuite retournais dans le bus et commençais à composer. C’est arrivé plusieurs fois. C’était comme être shooté mais de façon naturelle et ça me rendait créatif. Il s’est avéré que c’était bien plus facile. Quand l’inspiration est au top, c’est plus facile d’être créatif pour enregistrer des chansons. On n’est pas obligé de se répéter, on peut plus facilement avancer. Donc c’était l’une des périodes de composition les plus marrantes que nous ayons connues.

Ce n’était pas fatigant ?

Non, pas du tout ! Car on a de toute façon énormément de temps libre sur la route. Si le bus arrive à huit ou dix heures du matin, on n’a rien à faire avant l’après-midi, car l’équipe doit tout installer avant qu’on ait besoin de nous. C’était un bon usage de mon temps, en raison de tous ces temps morts. On joue une heure et demie, peut-être deux heures le soir, et c’est là où on se concentre, mais durant la journée, il ne se passe vraiment rien, donc autant utiliser ce temps pour créer quelque chose.

En travaillant sur les chansons en tournée, as-tu cherché à écrire des chansons adaptées aux prestations live ?

Oui, mais ce n’est pas nouveau. C’est, en gros, ce que nous avons toujours fait depuis le premier jour. J’ai toujours eu ça à l’esprit, pour toutes les chansons que nous avons faites, y compris depuis Glory To The Brave. On doit pouvoir les jouer en concert. Surtout en 1996, quand nous avons écrit Glory To The Brave, en ce temps, il n’y avait pas toutes les aides informatiques et autres qu’on a aujourd’hui. Je ne sais pas si tu regardes le concours de l’Eurovision. La prestation de Madonna la dernière fois, je ne l’ai pas regardée mais j’en ai entendu parlé après coup. Je ne le savais pas, mais apparemment, on peut mettre de l’auto-tune quand on chante en live. Je sais qu’en studio on peut enregistrer quelque chose et le corriger après coup sur l’ordinateur, mais je ne savais pas que c’était possible de faire ça sur la voix en direct ; visiblement c’est possible. Ces choses n’étaient pas possibles dans les années 90. C’était donc tout l’était d’esprit : on doit pouvoir jouer ou chanter les chansons en live. On peut enregistrer quelque chose en studio qui est très rapide et technique, mais si on n’est pas capable de le jouer en concert, ça n’a aucun sens. Nous n’allions pas faire ou écrire ce genre de chanson. Donc c’est toujours comme ça. Je veux que ça puisse être joué en live. Je n’ai pas envie de sortir un album, avec des fans qui disent : « Wow, cette chanson est géniale ! » « Ah ouais, désolé, c’est un tube, mais on ne peut pas le jouer ! » Je veux à tout prix éviter ça.

« Dans le passé, quand j’écrivais les lignes vocales, peut-être que j’avais un petit peu peur et j’écrivais les mélodies qui m’allaient le mieux. Désormais, je voulais écrire les mélodies qui allaient le mieux aux chansons. »

Dominion a donc été réalisé avec moins de pression et de stress : vous avez pris plus de temps pour travailler sur les chansons, vous avez uniquement enregistré le chant quand vous vous sentiez en forme, etc. Pensez-vous que la pression et le stress nuisent à la créativité ? Est-ce que ça ne peut pas être bénéfique parfois ?

Absolument. Un petit peu de stress c’est très bon, si on a une date butoir qui arrive par exemple.

Joacim : Ouais, si on a une courte période de temps, il y a évidemment beaucoup de pression mais il faut produire, il faut vraiment écrire de bonnes chansons. On a une semaine pour enregistrer : « Merde, maintenant il faut que je sois au top ! » Alors que si on n’a pas de date butoir, on ne fera qu’attendre jusqu’à ce qu’on soit stressé ou qu’on ait des problèmes de timing. Il faut donc avoir un planning serré, mais il ne faut pas que ce soit trop serré, je dirais. On peut définir des objectifs à mesure qu’on écrit. Si on a trop de temps, rien ne se passera. Disons qu’on a deux ans pour écrire un album, la première année, rien ne se passera, car on dira toujours : « Nan, commençons demain, commençons la semaine prochaine. Je vais rallonger un peu mes vacances. Je commencerais le mois prochain. » Mais si on est en juillet/août et qu’on sait qu’on commence à enregistrer en mars, on dira : « D’accord, il faut commencer à composer maintenant. » Il faut trouver ce qui nous convient, le mode de fonctionnement idéal pour nous, et nous en tenir à ces règles.

Oscar : Après, tout dépend comment on gère le stress. Si on n’en a pas l’habitude, ou si on réagit mal au stress, il se peut que ce soit trop et qu’on n’arrive à rien, mais si on se discipline, on dit qu’on va le faire et on se met dans l’état d’esprit, le stress peut marcher en notre faveur. Mais je préfère faire sans, c’est plus sain pour le cœur quand on n’a pas à s’en soucier [petits rires].

Pensez-vous que certains albums passés ont souffert d’un trop-plein de pression et de stress ?

Joacim : C’est vraiment dur à dire, mais si on remonte au début, surtout quand nous avons sorti notre premier album, nous avions beaucoup de temps pour écrire cet album et personne ne l’attendait, mais Glory To The Brave a eu un tel succès mondialement que nous avons dû enregistrer et sortir un successeur dès que possible. C’était un petit peu stressant parce que nous étions en tournée, tout était nouveau, nous apprenions sur le tas et tout d’un coup : « Merde, en plus de ça il faut qu’on compose ! On doit écrire des chansons ! » Nous avons galéré à trouver le temps. Donc peut-être que cet album a un petit peu souffert de la précipitation. Enfin, il contient de super chansons mais peut-être que nous aurions eu besoin de deux ou trois semaines en plus avant de l’enregistrer. La pression était bien plus élevée sur cet album, mais ça reste un super album.

Pour la quatrième fois d’affilée, vous avez travaillé avec James Michael sur le chant, et tu as dit qu’au lieu de « trop réfléchir pour éviter les notes et passages inconfortables pendant l’écriture et l’enregistrement », tu as « foncé et beuglé » les chansons. Est-ce le genre de confiance en toi que t’offre le fait de travailler avec James aujourd’hui ?

Je pense qu’il représente une partie d’un ensemble. En fait, je suis exigeant avec moi-même déjà durant le processus de composition, car dans le passé, quand j’écrivais les lignes vocales, peut-être que j’avais un petit peu peur et j’écrivais les mélodies qui m’allaient le mieux. Désormais, je voulais écrire les mélodies qui allaient le mieux aux chansons. Ce qui veut dire que parfois c’était peut-être un petit peu aigu, mais j’ai réussi à les gérer, car je connais mes limites et, avec l’aide de James, je peux chanter au meilleur de ma forme, car il sait sur quels boutons appuyer. Il sait comment faire pour que je sois à l’aise. Nous avons une super coopération en studio. Comme il est chanteur, je fais totalement confiance à son jugement et je lui fais confiance quand il dit : « Tu sais, Joacim, c’est fantastique. Crois-moi, c’est une bonne prise. » C’est un mélange de tout, mais évidemment, pour ce qui est du résultat final, ce qui se retrouve sur l’album, je ne pourrais pas trouver ou demander un meilleur coach vocal que James.

Oscar : James était seulement impliqué dans l’enregistrement du chant. La batterie a été enregistrée par Fredrik Nordström ; la guitare et la basse, en gros nous nous en sommes occupés nous-mêmes. Pontus est lui-même producteur, donc il connait tout le côté technique. Il est bon également quand il s’agit d’enregistrer notre type de jeu, il fait des suggestions, etc. Fredrik était impliqué dans le paramétrage du son, mais ensuite nous avons pris le lead et avons tout fait nous-mêmes. Mais James et Joacim ont une relation unique, car comme tu l’as dit, c’est le quatrième album que nous faisons avec lui et nous sommes amis maintenant. Nous avons travaillé plusieurs fois de manière très rapprochée, nous nous amusons ensemble. C’est très facile de travailler, traîner et échanger avec lui. Nous avons une bonne relation. J’ai entendu Joacim enregistrer des tas d’albums avec d’autres producteurs, mais je trouve ça marrant de voir à quel point ils s’entendent bien, à quel point il fait confiance à James, à quel point ils travaillent bien. Il sait comment mettre Joacim dans l’humeur adéquate, en changeant les lumières suivant la chanson, par exemple. C’était un truc marrant mais ce sont de petits détails comme ça qui maintiennent la bonne ambiance. Ça aide durant les enregistrements.

Joacim : Oui, c’est juste une façon de me mettre à l’aise. J’ai envie de me sentir relax quand je suis en studio. Par exemple, je dis : « Tu sais quoi ? James, je trouve que cette chanson est un petit peu plus orange, car il y a beaucoup de feu là-dedans. » Et il est là : « Ouais, t’as raison ! » Et il change les lumières en orange. C’était plus pour s’amuser que quelque chose de sérieux. D’un autre côté, on a besoin de duper notre esprit afin de pouvoir se mettre dans la bonne ambiance, pour ainsi dire.

Oscar : Je trouve le chant sur cet album encore meilleur. Je veux dire que Joacim s’améliore constamment au chant. Il ne se met plus autant la pression, genre : « Il faut que je fasse ça, si je ne le fais pas, je vais… » ou peu importe. Il relâche un peu la pression : « On y va, ça va bien se passer. » Et cette attitude l’a beaucoup aidé à se relaxer et offrir des prestations qui s’améliorent à chaque album.

« Si on a autant de groupes en Suède, c’est grâce à la communauté, au gouvernement qui facilite l’apprentissage des instruments. Au final, c’est intelligent, car si tu as du succès, ils récupéreront leur argent par le biais de taxes. Enfoirés ! [Rires] »

Malgré tout, y avait-il des challenges vocalement sur cet album ?

Joacim : Je dirais que oui. Si on écoute bien, il y a beaucoup de variation dans l’album. Je ne crois pas avoir déjà chanté aussi grave auparavant, ni aussi aigu. On dirait que ma tessiture s’est considérablement élargie ces dernières années. D’un autre côté, ça fait vingt-deux ans maintenant que je chante professionnellement, donc tout ce qui est entre les deux extrêmes est très confortable. Mais il faut aussi assurer. On ne peut pas juste aller en studio et être là : « D’accord, je vais chanter un petit peu. C’est bon, merci, à plus, c’est tout ! » je veux dire qu’il faut avoir la tête à ça. En tant que chanteur, si tu es dans un mauvais jour, tu ne peux pas y faire grand-chose, il faut attendre un autre jour ou deux, voire parfois une semaine. Si tu joues de la guitare et que la guitare sonne merdique, eh bien, prends une nouvelle guitare ! Ou change les cordes. Mais être un chanteur, je dirais que c’est un petit peu plus frustrant.

Pour rejoindre une question posée plus tôt : est-ce que parfois, par le passé, la pression t’a déjà empêché de délivrer une meilleure prestation ?

Oui, absolument. Surtout au début de ma carrière, je me comparais avec tout le monde et je trouvais que tout le monde était meilleur chanteur que moi. C’était très difficile de travailler avec ça en tête. C’est aussi pourquoi, en tournée, j’avais tendance à avoir un comportement solitaire. Je m’asseyais seul, je ne parlais pas durant la journée, parce que je voulais préserver ma voix, je voulais tout le temps que tout soit parfait. Ce n’est pas une vie ! Donc j’ai changé ça, je dirais, il y a cinq ou six ans, ou peut-être il y a un peu plus longtemps. J’ai décidé de foncer, d’y aller, d’amener plus de passion et de ne pas avoir peur de sortir une fausse note, car de toute façon, les gens ne s’en rendront pas compte car ça représente une fraction de seconde. J’ai été trop dur avec moi-même par le passé, mais aujourd’hui, c’est juste : « Contente-toi d’y aller et de t’éclater », car c’est la raison principale pour laquelle je fais ça, pour m’amuser. Je crois que c’est lorsque j’ai commencé à travailler avec James sur Infected que j’ai plus ou moins réalisé qu’il fallait que je change. Et ensuite, nous avons fait la pause après Infected, et je pense que tout a changé quand je suis revenu et que nous avons commencé à écrire et enregistrer (r)Evolution. J’ai aussi dit aux gars : « Hey, vous savez quoi ? On a fait six fois le tour du monde. On a été à Tokyo, à Sao Paolo, en Australie, en Inde, partout, mais on a vu que dalle ! Tout ce qu’on a vu et vécu, ce sont les chambres d’hôtel, les concerts et les aéroports. C’est fini ! Si je dois faire ça maintenant, je veux vivre des choses. Donc si ça vous dit, je vais vous emmener dans davantage d’aventures. » Et ils ont dit : « Cool, super ! Du coup, qu’est qu’on va faire ? » Quand nous étions à Cologne, j’ai emmené les gars dans une usine de chocolats avant un concert. A Santiago du Chili, nous avons été dans un vignoble et avons bu du vin accordé à des mets. Et je cours beaucoup, je fais du tourisme, je veux en tirer le meilleur. Je pense que c’était le grand changement, quand j’ai décidé de vivre un peu plus en tournée.

Mais n’est-ce pas difficile de se débarrasser de cette pression, vu que ce n’est pas toujours quelque chose qu’on contrôle ?

Bien sûr, mais c’est un processus permanent. Il faut y aller pas à pas, un jour à la fois, pour atteindre quelque chose qui est plus confortable et pas aussi dévastateur pour soi. Evidemment, ça ne change pas rapidement, mais dans ce cas, quand tu t’amuses et que tu as trouvé la recette gagnante sur la façon dont ça doit fonctionner, alors ça devient bien plus facile. La pression sera toujours là, car je suis une partie créative d’Hammerfall. Durant le processus d’écriture, bien sûr que c’est parfois très frustrant, mais il faut que ça le soit, parce que si c’était facile, n’importe qui écrirait des chansons. Aussi, en ce qui concerne la prestation scénique, quand on chante et qu’on a un public nombreux, on a envie de les impressionner. Je veux être au meilleur de ma forme, à chaque fois, donc bien sûr qu’il y a de la pression.

Cette fois, votre collaboration avec James Michael a engendré une ballade au piano, intitulée « Second To One », qui porte vraiment la marque de James. Comment est-ce que ça s’est fait ? Etait-ce spontané ou bien avez-vous spécifiquement cherché à écrire une chanson avec lui pour cet album ?

En fait, c’est arrivé sur le tard, juste avant qu’il soit temps d’aller en studio, genre un mois et demi avant. Je voulais nous mettre au défi Oscar et moi de voir si nous pouvions travailler avec quelqu’un d’autre, assis dans la même pièce. C’est quelque chose que nous n’avions jamais fait. J’ai donc dit à Oscar : « Est-ce que ça te dirait si tous les deux on prenait l’avion pour Los Angeles pendant un weekend, pour se poser avec James Michael et essayer d’écrire une chanson ? » Le pire qui pouvait arriver est que nous allions à Los Angeles, nous passions un excellent weekend ensemble et revenions sans rien. La bonne chose était que nous allions à Los Angeles, nous passions un excellent weekend ensemble et revenions avec une chanson, ce que nous avons fait ! Personne ne s’attendait à ce que cette chanson existe, car nous ne savions pas ! J’étais tellement content quand nous nous sommes posés au studio pendant deux jours et que nous avons commencé à travailler autour de cette ballade au piano. Oscar avait une idée, James l’a développée, et finalement j’ai ajouté mes paroles.

Oscar : James est un compositeur, il a fait énormément de choses, pour Mötley Crüe par exemple, il a écrit plein de chansons pour eux, mais aussi pour des artistes de pop, donc c’est un compositeur très talentueux. Et parce que nous nous connaissons si bien, c’était très simple de s’entendre et tout de suite commencer à travailler. J’avais une petite graine de chanson, en gros une partie de couplet, jouée au piano et à la guitare. Je ne sais pas jouer du piano – je l’ai fait sur ordinateur – mais James lui, oui, c’est un pianiste formé à l’école classique, donc il a commencé à jouer : « C’est comme ça que tu voulais que ce soit ? » Et comme il peut aussi chanter, il a commencé à chanter des trucs par-dessus, et nous étions là : « Attends, qu’est-ce qui se passe si tu fais ça [chante] ? » C’était une collaboration très organique entre nous trois dans son studio pendant environ une demi-journée. Nous avons fini avec une chanson que tout le monde trouvait très bonne et nous étions là : « Je suis vraiment content qu’on soit venus ici et qu’on ait tenté le coup ! » Si James n’avait pas joué du piano, nous aurions probablement fait une chanson à la guitare, car aucun de nous ne joue du piano. Mais nous avons décidé de faire appel à lui, car la voix de Joacim sonne vraiment bien accompagnée au piano comme ça. Donc nous sommes revenus à la maison avec une chanson qui nous manquait sans que nous le sachions. Nous avions suffisamment de chansons pour enregistrer un album, nous avions fini, nous n’avions pas besoin d’une autre chanson, mais une fois que nous l’avons eue, c’était la chanson parfaite pour compléter l’album. Il nous fallait une ballade comme ça, nous n’en avions pas. Ça a été très fructueux.

Joacim : Je suis très fier de cette chanson. C’est une super chanson !

« Je ne sais pas combien de fois des gens m’ont dit : ‘Tu sais, ce style de musique est mort avec l’arrivée du grunge !’ Ils adoraient le grunge, alors que moi je détestais, en partie pour cette raison. C’était difficile de trouver quelqu’un avec qui jouer et aussi pour qui jouer. »

Y a-t-il un lien entre cette chanson, « Second To One », et « Second To None » de l’album précédent ?

Oscar : C’est un jeu de mots là-dessus, mais je ne pensais pas que Joacim allait le garder. Je l’ai juste appelée comme ça pour lui donner un titre. Mais ensuite, il a trouvé le moyen d’incorporer ça dans les paroles.

Joacim : Si tu es « second to none » (« inégalé », NdT), c’est plus une déclaration de puissance et de force. Alors que « second to one », c’est l’opposé : il y a quelqu’un d’autre dans ta vie qui est plus important que toi. C’est toute l’idée de la chanson.

Oscar : James n’a pas d’enfant, il a juste un chien, un Golden Retriever, qu’il aime comme son enfant, c’est son bébé. Joacim et moi avons des enfants, et Joacim a réalisé qu’on n’est pas complets tant qu’on ne met pas quelqu’un d’autre au-dessus de nous, en termes de priorité, que ce soit son enfant ou son chien. Ils sont totalement dépendants de nous, ils ont besoin de nous pour vivre. Ça signifie qu’il faut se mettre en retrait. C’est « Second To One ». Mon enfant passe avant moi. En fait, ce sont de très belles paroles, quand on sait ça. Je ne le savais pas avant que nous n’enregistrions l’album en studio. J’ai lu les paroles et j’ai dit : « Wow, c’est très bon ! » Je trouvais que c’était une jolie interprétation du titre de la chanson, et je n’y aurais jamais pensé.

L’un des moments forts de l’album est certainement la chanson « (We Make) Sweden Rock », qui est un bel hommage à toute la scène suédoise. Qu’est-ce qui fait que la Suède est une telle nation rock et metal, d’après vous ?

Joacim : Peut-être parce que, d’un, il fait très sombre et froid en hiver, et de deux, on n’a pas de champagne contrairement à vous ! [Rires] La musique est très présente dans nos vies là-haut. Il y a plein de musique folk, plein de musique traditionnelle, et on a aussi des écoles de musique de quartier. Ces écoles de musique sont plus ou moins gratuites pour tout le monde quand on est gamin. Si tu as envie d’apprendre à jouer d’un instrument, tu peux le faire et ça ne te coûte rien. Ils encouragent les enfants à faire du sport, à jouer des instruments, et si tu montes un groupe, tu peux obtenir de l’aide pour avoir une salle de répétition. En fait, ils financent ta salle de répétition. Je pense que nous avons les meilleures possibilités qui soient pour apprendre à maîtriser notre instrument, à composer des chansons et à jouer dans un groupe. Je pense que c’est une des raisons qui expliquent pourquoi on a autant de groupes en Suède, c’est grâce à la communauté, au gouvernement qui facilite l’apprentissage des instruments. Au final, c’est intelligent, car si tu as du succès, ils récupéreront leur argent par le biais de taxes. Enfoirés ! [Rires]

Oscar : Je pense que ce n’est plus aussi bien que ce que ça l’a été. Nous sommes arrivés à la bonne époque – je parle d’il y a trente ans. Ceci dit, je ne sais pas comment est la scène dans d’autres pays, mais je pense que ça reste assez bien en Suède. Ça remonte même à plus loin encore, je dirais. Ça a commencé lorsqu’on allait à l’école, quand on avait neuf ans, on jouait de la flûte à bec, et ensuite, à partir de là, on passait au piano, au violon ou au trombone – ce que j’ai choisi, pour ma part [petits rires]. Tout ceci était subventionné par la ville ou les écoles. C’était gratuit et on pouvait choisir ce qu’on voulait faire. Ils étaient très encourageants avec la musique. Et puis, évidemment, avec les salles de répétition, c’était l’étape suivante pour que ce soit plus facile de répéter et de s’améliorer sur notre instrument. Ceci, je pense, a joué un grand rôle dans la création du phénomène du death metal dans les années 90. Mais en dehors de ça, nous avons également une certaine intégrité qui nous pousse à essayer d’être uniques. Nous composons et jouons le type de musique que nous voulons, car nous avons une certaine passion mais aussi nous essayons d’y mettre notre patte. On peut citer quinze ou vingt groupes connus mondialement pour ce qu’ils font, mais ils ne sonnent comme aucun autre groupe dans la liste. C’est une force immense que possède la Suède. Je ne sais pas pourquoi c’est comme ça, je sais juste que c’est quelque chose dont je suis très fier de faire partie.

Dans la chanson, vous chantez : « Je me souviens du jour où l’hiver est arrivé en 1969. » A quoi cette année fait-elle référence ?

Joacim : Si tu as vu le clip, il y a une photo en noir et blanc. La première chose qui se passe, quand je chante, c’est qu’il y a trois gars qui apparaissent, et ce groupe s’appelle Novembre. Ils ont commencé en 1969 et ils sont vus comme étant un peu les pionniers du hard rock suédois. Même si c’était un petit peu bluesy, je dirais qu’ils étaient les premiers. Donc, « je me souviens du jour où l’hiver est arrivé en 1969 », ça renvoie au mois de novembre de cette année. « Avec des cœurs faits de pierre »… Leur plus gros tube était « Et Mon Cœur Sera Fait De Pierre » mais ils le chantent en suédois. Donc, ces trois vers font référence à ce groupe.

Oscar, en particulier, tu étais au cœur des débuts de la scène metal suédoise telle qu’on la connaît aujourd’hui : avant Hammerfall, tu faisais partie du groupe de death metal Ceremonial Oath avec Jesper Strömblad qui a plus tard fondé In Flames, et une très jeune version d’Hammerfall incluait Niklas Sundin et Mikael Stanne de Dark Tranquillity… Il se passait beaucoup de choses à l’époque, avec des line-up qui se mélangeaient, beaucoup de créativité, etc. Peux-tu nous parler de cette époque ?

Oscar : Le truc, c’est que j’ai quitté Ceremonial Oath, non pas parce que je le voulais mais parce que nous ne nous entendions pas. L’album, The Book Of Truth, que nous avons sorti était la première véritable chose que nous ayons faite. Nous avons fait un single en 45 tours avant ça, mais l’album était le gros truc. J’avais écrit toutes les paroles et probablement quatre-vingt-quinze pour cent de la musique de cet album, c’était moi qui tenais la barre, pour ainsi dire, musicalement. Une fois l’album enregistré, les autres gars voulaient avoir plus d’influence sur la direction que nous prendrions à l’avenir, et ils voulaient que je commence à chanter autrement, car ils étaient très influencés par les groupes de death/thrash comme Demolition Hammer, par exemple, et je voulais aller dans une autre direction. Je voulais avoir une voix plus black metal, car j’adorais ça, l’agressivité et l’énergie de ce type de voix. Nous nous sommes donc disputés là-dessus ainsi que sur les habits de scène. Comme je venais du heavy metal, je voulais porter ce genre de vêtements, alors qu’eux voulaient porter des shorts et des T-shirts, voire des chemines à carreaux. Je n’étais pas du tout là-dedans, et je ne l’ai jamais été. C’est là que j’ai réalisé : « Soit je pars, soit je vais me faire virer. » Donc quand ceci est arrivé, j’ai fondé Hammerfall presque immédiatement, car je crois qu’à un moment donné j’ai réalisé que c’était ce que j’aimais vraiment. Enfin, j’adore jouer du death metal, mais j’ai arrêté d’écouter la plupart des nouveautés – peut-être pas tout de suite, mais durant les deux ou trois ans qui ont suivi –, car tous les nouveaux groupes qui émergeaient avaient des éléments que je ne voulais pas entendre chez eux. Je voulais qu’ils aient plus d’agressivité dans leur voix, qu’ils fassent des trucs plus techniques et qu’ils soient plus rapides. Ils allaient dans une autre direction, donc j’ai arrêté d’écouter les nouveaux trucs, mais j’écoute toujours tout ce que j’adorais à l’époque.

« Une fois qu’on devient fan de heavy metal, on ne le quitte jamais. C’est un engagement à vie. […] Personne dans l’industrie musicale ne réussit ou n’a une longue carrière en voulant faire du metal pour devenir célèbre. »

Puis, au même moment, Hammerfall se lançait et je… Je ne sais pas. J’ai commencé avec le heavy metal étant enfant, j’ai commencé à jouer et à écouter de la musique avec ça. Même si je composais des chansons de death metal, le heavy metal était toujours ma source principale d’inspiration. Je pense qu’on pouvait l’entendre dans certaines des chansons de The Book Of Truth, il y a des riffs très heavy metal parfois, mais aussi évidemment des trucs rapides et techniques. La raison pour laquelle ces gars étaient dans Hammerfall au début, à l’origine du groupe, était parce que je ne connaissais personne d’autre qui aimait le heavy metal. Tous les autres avaient… peut-être pas peur d’admettre qu’ils en écoutaient, mais tout simplement ils n’aimaient pas. C’était démodé. Je ne sais pas combien de fois des gens m’ont dit : « Tu sais, ce style de musique est mort avec l’arrivée du grunge ! » Ils adoraient le grunge, alors que moi je détestais, en partie pour cette raison. C’était difficile de trouver quelqu’un avec qui jouer et aussi pour qui jouer. Donc nous jouions simplement parce que nous adorions le metal mélodique. Nous ne rêvions même pas de réussir, car c’était impensable que quelque chose comme ça puisse fonctionner à plus grande échelle. Donc nous jouions cette musique pour nous-mêmes pendant quelques années. Et ensuite, quand Joacim est arrivé, un lien immédiat s’est créé. Nous avons réalisé que nous avions des backgrounds similaires, des objectifs similaires quant à ce que nous voulions faire. Nous travaillions aussi très bien ensemble et nous avons tout de suite obtenu un contrat avec une maison de disques. Et ensuite [imite une explosion].

Et justement, comment vous êtes-vous rencontrés au départ ?

Joacim : Hammerfall n’était qu’un projet parallèle pour ces gars. Ils me connaissaient d’un autre groupe à Göteborg et ils avaient besoin d’aide pour un tremplin musical, car leur chanteur avait dû partir en tournée. Ils m’ont demandé de les aider et j’ai dit : « Ouais, bien sûr. Je n’ai rien d’autre, je peux vous donner un coup de main. » Je n’avais même pas encore parlé à Oscar, je ne l’avais pas rencontré, rien. J’avais seulement parlé à Jesper à ce moment-là. Je suis venu à la salle de répétition et j’ai entendu une mélodie jouée à la guitare. J’ai été voir Oscar, je l’ai regardé et j’ai dit : « ‘Dorian Gray’, Stormwitch. » Et il a regardé à sa gauche : « Tu connais Stormwitch ?! » « Ouais, c’est un de mes groupes préférés de tous les temps ! » « Merde ! Tu as cet album ? » « J’ai tous les albums ! » Et nous avons noué des liens juste là, à ce moment précis. Nous trouvions que nous avions les mêmes influences et les mêmes motivations. Je pense que ça a tout changé pour Hammerfall, car comme il l’a dit, nous ne pensions pas vraiment que le heavy metal pouvait marcher à l’époque, et j’ai été à deux doigts d’abandonner mon rêve de devenir un artiste qui sort des disques. Mais quand nous avons fait ce tremplin musical, celui-ci nous a permis d’obtenir un contrat avec une maison de disques. Donc nous nous sommes regardés : « Tu sais quoi ? Faisons ça ! » Et nous avons décidé d’investir notre temps dans Hammerfall et c’est pourquoi nous avons aussi dû changer tous les membres du groupe quand l’album est sorti.

« One Against The World » envoie un message directement aux metalleux purs et durs. Croyez-vous en l’unité de la communauté metal ?

Oscar : Je crois en l’unité des gens quand ils ont un objectif ou un intérêt commun. Le heavy metal est quelque chose qui fait ressortir beaucoup de passion chez les gens. Donc c’est facile de s’unir derrière ça, je pense.

Joacim : Je pense qu’il y a toujours eu une unité. Malheureusement, quelque chose s’est passé, dans les années 90 et 2000, quand les sous-genres se battaient contre d’autres sous-genres. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi, car tout le monde recherche des choses différentes mais, au final, on doit toujours se souvenir qu’on vient tous des mêmes racines, en ce qui concerne le heavy metal. On a tous un même père fondateur du heavy metal, Tony Iommi de Black Sabbath, en l’occurrence. Tout a commencé là et ensuite, c’est seulement devenu des branches d’un même arbre, et chaque petite branche est un dérivé de l’original. Je crois qu’on devrait rester unis. Le heavy metal et tous les sous-genres, comme le death metal, le black metal et tout ça, on a besoin de tout le monde pour survivre. Au final, un bon festival metal a besoin de heavy metal traditionnel, de death metal, de thrash, etc. parce que ça crée un tout. « One Against The World », dans ce cas, c’est l’unité entre le groupe et les fans du groupe. Dans notre cas, c’est Hammerfall et les Templiers d’Hammerfall, les vrais fans du groupe, on est unis comme un seul homme face au monde. Peu importe ce que les autres disent ou font, on fera toujours ça. Nos fans seront toujours à nos côtés, et nous serons toujours aux côtés des fans.

Pensez-vous que cette unité soit une spécificité de la communauté metal ?

Je pense, oui. Même s’il y a eu des médisances et de mauvaises choses qui se sont produites dans les années 90 et 2000, je pense que c’est une grande famille. Je veux dire que si tu regardes le hip-hop, ils se disent de la merde tout le temps et il y a même eu des meurtres, la côte est versus la côte ouest. Enfin, on a également eu nos problèmes, mais… On est uniques parce qu’une fois qu’on devient fan de heavy metal, on ne le quitte jamais. C’est un engagement à vie, je dirais.

Qu’est-ce qui selon vous rend les metalleux si passionnés par cette musique ?

C’est l’honnêteté. Car, tout d’abord, les groupes écrivent eux-mêmes les chansons, la musique vient directement du cœur, il n’y a pas de compositeurs extérieurs et ils ne construisent pas vraiment un groupe autour d’une chanson, genre : « D’accord, on a besoin de quelqu’un pour chanter cette chanson. Faisons de cette fille une star. » Dans le heavy metal et le hard rock, on apprend à jouer d’un instrument, on répète ensemble, on écrit les chansons et ensuite on les présente au monde. L’unité est déjà là.

Oscar : Probablement qu’une des raisons historiques – je ne suis pas sûr si ça s’applique encore beaucoup aujourd’hui – était qu’on se sentait comme un outsider. C’était donc facile de nouer des liens avec d’autres outsiders. Mais aussi, la musique metal possède une puissance intrinsèque. Personne dans l’industrie musicale ne réussit ou n’a une longue carrière en voulant faire du metal pour devenir célèbre. On le fait parce que c’est ce qu’on veut faire, parce qu’on adore ça. Ça explique probablement en partie pourquoi ce style de musique marche si bien, encore aujourd’hui, après tant d’années. Elle nous attire. On ne s’y intéresse pas parce que : « Oh, c’est un nouveau truc, essayons ça ! » On ressent la musique nous attirer à elle. C’est ce qui m’est arrivé, personne ne m’a dit : « Ecoute ce groupe, c’est un super groupe. » J’ai simplement découvert. Je pense que l’une des premières choses que j’ai entendues était Kiss Alive II, et je me suis dit : « Wow, la musique peut sonner comme ça ? » Et ensuite, je me suis intéressé à Judas Priest et Accept, et ça a commencé à devenir quelque chose que j’appréciais écouter. Et j’ai réalisé : « Wow, c’est vraiment ce que j’adore ! » A partir de là, j’ai continué. C’est ça, je pense, la puissance du heavy metal.

« Peut-être que si vous mettiez un petit peu vos attentes de côté par rapport à la musique, vous pourriez être surpris. […] Et si vous vous attendez à autre chose, peut-être devriez-vous monter votre propre groupe pour écrire vos propres chansons. »

Tu as mentionné l’Eurovision tout à l’heure. Il y a toujours des débats – surtout en France où le metal n’est pas beaucoup couvert dans les médias grand public – pour savoir si les groupes de metal devraient être médiatisés ou pas. Quel est ton sentiment ?

Je pense que le metal est déjà bien ancré dans les médias grand public, et ça me plaît. Peut-être pas autant qu’il le devrait mais… Enfin, si tu regardes l’importance qu’ont certains groupes et le metal en général, en comparaison, d’autres styles de musique sont bien mieux reconnus sans être aussi populaires. Ce sont simplement des styles plus faciles à digérer pour le grand public. Mais je ne pense pas que ce soit nécessaire que le metal ait sa place parmi la variété. Je pense que c’est mieux de laisser ça à d’autres gens. Ce n’est que mon opinion personnelle. Si tu participes à cette compétition en suivant tes propres règles, pour jouer les chansons que tu as envie de jouer et pour t’exprimer, en disant « voilà ce que nous sommes », et ainsi obtenir une tribune aussi importante que le concours de l’Eurovision, atteindre les gens et leur dire « oui, voilà ce en quoi je crois, ceci est mon style de musique », alors pas de problème. Mais si tu fais ça pour obtenir une célébrité éclair – et c’est généralement ce qui est recherché, peut-être pas par les artistes qui y participent mais les gens en coulisse qui décident –, je ne pense pas que ça ait un quelconque rapport.

La première chanson de l’album s’intitule « Never Forgive, Never Forget ». C’est votre devise ?

Joacim : Non, pas vraiment. Mais je pense que beaucoup de gens vivent selon ce principe. « Ne pardonne jamais, n’oublie jamais », si tu vis comme ça, ta vie sera misérable. On devrait pardonner et oublier les choses. Il faut avancer dans la vie. Dans le cas présent, avec ce titre, j’ai eu toute l’idée des paroles pendant que je regardais un documentaire de douze heures à la télé au sujet de la guerre du Vietnam.

Oscar : Personnellement, je suis quelqu’un qui pardonne facilement, la plupart du temps, suivant de quoi il s’agit. J’ai trouvé ce titre de chanson il y a longtemps et j’ai pensé que je le garderais pour la chanson parfaite. Donc je l’ai utilisé pour cet album. Mais ma façon d’interpréter les titres de chansons est généralement totalement différente de celle de Joacim. C’est comme ça que nous fonctionnons tous les deux : je trouve un titre et il en fait sa propre interprétation.

La dernière chanson s’intitule « And Yet I Smile », qui est une phrase célèbre prononcée par King Ezekiel dans un épisode de The Walking Dead : est-ce ce qui a inspiré cette chanson ?

Bien sûr ! J’ai fait plusieurs interviews où j’ai parlé de ça aujourd’hui et, jusqu’à présent, personne n’a regardé The Walking Dead, mais toi tu savais déjà, donc c’est super ! Joacim n’a pas regardé l’épisode, mais moi je suis la série.

Joacim : J’ai vu la première saison et demie mais ensuite j’ai perdu intérêt…

Oscar : Quand j’ai vu cet épisode, ça m’a frappé, car c’était un discours vraiment inspirant : « On, sait qu’on va au combat et qu’on ne va pas tous survivre. Et pourtant je souris car je sais que nous allons vers un meilleur avenir. On va les battre. » Je trouvais que ce serait sympa d’utiliser ça comme titre. J’ai immédiatement mis l’émission en pause pour l’écrire et ne pas l’oublier. Je crois aussi qu’à l’époque je travaillais sur la chanson, donc ça collait parfaitement. C’est comme ça parfois – peut-être la moitié du temps – que ça marche : si je trouve un titre, je le relie immédiatement à une chanson sur laquelle je travaille. Ce n’est pas du tout rare. C’est cool que tu aies fait le lien car je crois que tu es la première personne qui ait dit quoi que ce soit à ce sujet [petits rires].

Que penses-tu de l’évolution de The Walking Dead ?

Ça a stagné pendant un moment, pour plusieurs raisons… Enfin, la huitième saison était correcte, ça allait, mais elle aurait pu être meilleure, et la neuvième saison m’a scotché. J’ai adoré ! Je suis surexcité à l’idée de voir la dixième saison maintenant.

Dominion est un album d’Hammerfall classique, il a été fait grosso modo de la même façon que les deux précédents albums, avec les mêmes gens, et Oscar, tu as déclaré que « c’est un mélange des points forts de tous [vos] albums et tout ce qui [vous] a menés jusqu’ici aujourd’hui ». De nombreux groupes s’efforcent de se renouveler et de sortir de leur zone de confort, mais on dirait que ce n’est pas quelque chose qui vous préoccupe : votre but est-il juste de parfaire votre formule à chaque album ?

Joacim : Oui. C’est très juste ce que tu viens de dire. Je pense que nous lustrons jusqu’à la perfection le même diamant que nous avons trouvé dans les années 90 quand Hammerfall s’est formé. C’est notre idée, car Hammerfall, c’est du heavy metal et rien d’autre. Juste pour clarifier : je pense qu’aujourd’hui, nous avons l’équipe parfaite autour d’Hammerfall, donc pourquoi changer ? Simplement parce qu’on pense qu’on doit changer quelque chose juste pour changer quelque chose ? Tout d’abord, quand on a de bonnes chansons, on n’a pas vraiment besoin de changer tant que ça, car les chansons sont ce qui importe le plus. C’est la musique, ce sont les mélodies, c’est tout ça. Quand on n’a pas de bonne chanson, c’est là qu’on stresse, on se sent mal : « Ces chanson ne sont pas assez bonnes. » « Eh bien, on a besoin d’un son plus agressif maintenant, on doit faire ci, on doit faire ça. Faisons comme ces gars ! » Allez ! Faites à votre façon ! Il faut être le leader, il faut toujours suivre sa propre intuition.

Joakim Brodén de Sabaton, dans une interview passée, quand on lui a posé la question de l’équilibre entre développer son propre son et le faire évoluer afin de ne pas être trop prévisible, il nous a dit que c’était « la chose la plus difficile pour n’importe quel musicien ». C’est une bataille qu’on ne peut gagner, car « cinquante pour cent des fans veulent que tu n’évolues pas trop vite, et les autres veulent quelque chose de nouveau en permanence ». Quel est ton sentiment par rapport à cet équilibre ?

Il y a toujours quelqu’un pour se plaindre, peu importe ce qu’on fait. Il y a toujours quelqu’un qui dit : « Oh, je ne m’attendais pas à ça de votre part. » Eh bien, si tu attends quelque chose de quelqu’un, alors évidemment, tu seras déçu, et c’est pour ça que tous les premiers albums sont encensés, les gens sont là : « J’ai adoré votre premier album ! Je veux que ce soit plus comme ça ! » Ouais, parce que cet album est sorti de nulle part, vous ne vous attendiez à rien. Donc peut-être que si vous mettiez un petit peu vos attentes de côté par rapport à la musique, vous pourriez être surpris. C’est toujours comme ça. Il y aura toujours des gens pour dire : « Tu sais quoi ? J’aime cet album mais le nouveau, je ne m’attendais pas à ça. » A quoi vous attendiez-vous ? Et si vous vous attendez à autre chose, peut-être devriez-vous monter votre propre groupe pour écrire vos propres chansons. Nous écrivons et jouons des chansons pour nous faire plaisir nous-mêmes. Le gros bonus, c’est que nous avons plein de fans qui apprécient également ce que nous faisons. On ne peut plaire à tout le monde, c’est impossible.

Interview réalisée en face à face et par téléphone les 24 mai et 12 juillet 2019 par Matthis Van Der Meulen & Philippe Sliwa.
Introduction et fiche de questions : Nicolas Gricourt.
Retranscription : Adrien Cabiran & Nicolas Gricourt.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Robert Tüchi.

Site officiel d’Hammerfall : www.hammerfall.net.

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