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Chronique   

Hanging Garden – Skeleton Lake


Hanging Garden ne déroge pas à sa propre règle : ciseler une musique « à fleur de peau » érigeant l’émotion comme une déité à vénérer en toutes circonstances. Sur ce point, le groupe finlandais ne cherche pas à intellectualiser. Sa musique doit sans cesse correspondre à un état d’âme. Hanging Garden a étoffé son arsenal via l’intégration de la chanteuse Riika Hatakka, membre permanent depuis l’opus Into That Good Night (2019) après ses apparitions passées, mais qui prend désormais pleinement sa place. Après l’expérience de la revisite sur l’EP paru l’an dernier, Against The Dying Of Light, le nouvel album Skeleton Lake entérine l’évolution musicale de la formation, désormais encline à illuminer une musique où l’espoir n’était auparavant qu’un luxe. Sa septième œuvre est une recherche éculée de la coexistence entre lumière et ténèbres. Encore une fois, Hanging Garden ne cherche pas l’inédit. Seulement une fidélité envers ses sentiments.

L’ouverture « Kuura » livre d’emblée tous les ingrédients qui ont constitué Skeleton Lake. Hanging Garden en vient directement au fait : il se laisse porter par la lourdeur de ses rythmiques, les longues élancées de guitare censées convoquer l’immensité de l’horizon nordique, sa beauté et sa rudesse évoquées par l’interprétation suave de Riika Hatakka et le growl de Toni Toivonen. Hanging Garden assimile l’année 2020 à un hiver sans fin. « Kuura », avec sa mélancolie enivrante, retranscrit parfaitement cette idée d’« infini », à l’instar d’une vue qui ne trouve aucun point de chute. « Faith » s’appuie sur le même ressenti, Riika – puis Toni dans le second couplet – profite des arpèges de guitare tout juste perceptibles pour apposer sa voix en respectant la nébulosité des musiciens. Les articulations de « Faith » sont seulement apparentes par les lignes de basse qui s’affirment plus franchement jusqu’à nous faire parvenir au refrain. Hanging Garden honore un doom teinté d’une pop gothique aux accroches mélodiques grandeur nature, allant en la matière jusqu’à effleurer leurs compatriotes d’Insomnium par endroits. « Nowhere Haven » accentue cette parenté avec un rock plus accessible, presque entraînant. Toni partage son chant entre growl (avec sans doute Jussi Hämäläinen en soutien) et voix claire grave, tandis que Riika occupe le spectre aigu avec quelques phrasés frôlant le lyrique. Skeleton Lake s’échine à trouver la bonne alchimie entre les deux chanteurs dont les voix se répondent, s’unissent et s’enchevêtrent, quitte à permettre parfois une trop grande anticipation de la part de l’auditeur. Le prix de l’efficacité et du sens de l’accroche.

L’atout premier de Skeleton Lake réside néanmoins dans son extrême cohérence atmosphérique qui nous enveloppe dans un duvet douillet. Sans aller jusqu’à livrer une succession de titres indiscernables les uns des autres, Hanging Garden présente un seul et même état d’esprit qui connaît quelques déclinaisons. Le doom rugueux de « Kuura » est une variante d’utilisation du même lexique que « Winter’s Kiss » et son refrain typé pop fait de l’harmonie des voix claires des deux chanteurs. « When The Music Dies » fait office de ballade folk tandis que « Field Of Reeds » est l’occasion pour Mikko Kolari et Jussi Hämäläinen d’aiguiser leur riffing. Quelle que soit la vélocité ou l’intensité engagée, Hanging Garden évite l’éparpillement. Quelques accès lumineux et mélodies porteuses d’espoir au sein d’une partition résolument mélancolique : là sont les seuls écarts permis par le groupe, des petits pas qui reprennent la voie tracée depuis l’opus précédent. « Skeleton Lake » se veut la représentation la plus limpide de cette formule. Hanging Garden se réserve une porte de sortie au milieu du désespoir par sa familiarité avec le death scandinave, ses leads mélodiques et leurs vertus contemplatives.

Hanging Garden se garde bien de promettre monts et merveilles avec Skeleton Lake. Il respecte sa lente progression musicale en soulignant la complémentarité de ses chanteurs. Skeleton Lake a tout de l’album qui s’écoute d’une traite, où les nuances nécessitent de tendre l’oreille pour être perceptibles. C’est un effort qu’Hanging Garden récompense astucieusement : il réussit une immersion sans aucun dépaysement avec ce qu’il faut d’excursions pour nous maintenir en éveil.

Lyric vidéo de la chanson « Kuura » :

Clip vidéo de la chanson « Winter’s Kiss » :

Album Skeleton Lake, sortie le 21 mai 2021 via Lifeforce Records. Disponible à l’achat ici



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