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Chronique   

Hangman’s Chair – Banlieue Triste


On n’a plus guère à présenter Hangman’s Chair : si Leaving Paris et surtout Hope///Dope///Rope avaient fait le bonheur de ceux qui étaient dans la confidence, avec leur dernier album, This Is Not Supposed To Be Positive, les Parisiens ont attiré l’attention d’un public plus large, récolté tous les suffrages, et fait leur entrée sur la scène de festivals aussi prestigieux que le Hellfest ou le Roadburn. Leur ligne directrice n’a pas bougé pour autant : au fil des disques, ils peignent les bas-fonds de la ville moderne – en l’occurrence, Paris –, sa grisaille, sa crasse et son spleen à grands coups de riffs doom, de reverb’ et de vocalises atrabilaires. Dès le premier coup d’œil, on sait que Banlieue Triste ne va pas déroger à la règle : avec un titre et une pochette aussi explicites que possible, le groupe passe le périph’, mais c’est le même goudron qui lui colle aux semelles.

Après une introduction éponyme sombre et évanescente, Banlieue Triste s’ouvre sur « Naïve », où le groupe reprend exactement où il nous avait laissé, passant du sludge le plus lourd à un final vaporeux et mélancolique où résonnent des échos de « No One Says Goodbye Like Me » ou « A Scar To Remember ». Sur cette base solide que l’on retrouve tout au long du disque, le quatuor se permet des échappées : de longs titres presque cinématographiques aux paysages contrastés (le cyclothymique « Touch The Razor » et son long passage instrumental), un solo plein de larmes (joué par Marc de Backer de Mongolito et Wolvennest) sur fond de sonorités orientalisantes (« Sidi Bel Abbes »), et surtout quantité d’allusions aux années 80, que ce soit dans la rythmique presque cold wave de l’instrumental « Tara », dans les nappes de synthé de Perturbator sur « Tired Eyes », ou évidemment dans l’esthétique de la pochette. Si l’album est toujours traversé par les influences qu’on leur connaît (Alice In Chains, Acid Bath, EyeHateGod et consorts), les musiciens d’Hangman’s Chair semblent désormais avancer seuls, sur des voies qu’aucun autre groupe n’a parcouru avant eux – à part Type O Negative peut-être, avec qui ils partagent les débuts hardcore, la lenteur au bord de la catalepsie, certaines tonalités gothiques, l’esthétique urbaine… et la petite mélodie de basse du début de « Sleep Juice ». Dernière liberté, enfin : un seul sample est utilisé sur cet album, une citation de quatre minutes (!) de « La conjuration sacrée » que Georges Bataille a écrite pour la revue Acéphale en 1936. La guillotine d’Anatole Deibler qui ornait la pochette de This Is Not Supposed To Be Positive a fait son travail : Banlieue Triste s’achève donc sur ce manifeste pour une vie sans tête, entre horreur et extase, avec la mort pour toute issue.

Pour autant, c’est sans doute « 04.09.16 » qui constitue la clé de voûte du disque. Située pile en son centre, intranquille et angoissée, son titre indique un point de bascule, le jour où un excès de substances a conduit l’un des membres du groupe à l’hôpital. À partir de là, les images évoquées par Banlieue Triste prennent presque l’allure d’une vie qui défile par flashs devant nos yeux, avant la perte de connaissance, la mort ou le sommeil : réminiscences d’une enfance passée dans une banlieue des années 80 telle que pouvait les chanter Renaud, angoisses, solitudes, souvenirs d’un camarade décédé il y a des années (Sid Ahmed, ancien guitariste du groupe enterré à Sidi Bel Abbes en Algérie), regrets. Le propos d’Hangman’s Chair n’a jamais été aussi direct, aussi cru. Banlieue Triste est un album crépusculaire, entre chien et loup, cauchemar et réalité, vie et mort. Noyée dans la reverb’, la voix, plus morose et chargée en émotions que jamais, semble venir d’ailleurs, comme si on l’entendait dans un demi-sommeil, entre deux insomnies. Avec ce cinquième album, les Parisiens proposent une œuvre aboutie, maîtrisée, et irrémédiablement maussade, nourrie de barres d’immeubles grises, de substances délétères et de fleurs fanées. Pas d’espoir, juste un doom corrodé, irrésistible et narcotique pour tenir bon.

Clip vidéo de la chanson « 04 09 16 » :

Chanson « Naive » en écoute :

Album Banlieue Triste, sorti le 9 mars 2018 via Music Fear Satan. Disponible à l’achat ici



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