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Interview   

Hank Von Hell est de retour… et il a la banane !


Si Turbonegro s’est magnifiquement retourné après son départ, trouvant un nouveau frontman charismatique en la personne de Tony Sylvester, Hans Erik Dyvik Husby alias Hank Von Helvete n’en restait pas moins un personnage attachant qui nous a manqué. Parti en 2010 pour la seconde fois sur fond de prise de conscience quant à son mode de vie, la consommation de drogues, le message envoyé aux jeunes, sa responsabilité, et avec l’implication controversée de la scientologie dans sa désintox, le chanteur a sorti un album en compagnie de Doctor Midnight & The Mercy Cult (2011) pour finalement disparaître des écrans radar du rock’n’roll et vivre une vie, semble-t-il, plus rangée.

Mais, aujourd’hui, au diable tout ça. Il n’a fallu qu’un bon coup de pied dans les testicules pour réveiller celui qui se fait désormais appeler Hank Von Hell. Et le résultat est à la hauteur des espérances : Egomania est un album dans la lignée directe de ce que le frontman nous a offert pendant ses années Turbonegro, enchaînant les hits rock’n’roll classieux, festifs et pleins de légèreté. Hank Von Hell est toujours ce personnage excentrique, en témoignent ses réponses à nos questions dans l’entretien qui suit : nous vous laissons lire entre les lignes et faire la part des choses entre propos sérieux et pure digression comique.

« Hans Erik est devenu un cauchemar, il ne voulait pas faire de rock, et a fait toutes sortes de trucs culturels et folkloriques. Je n’ai pas envie de parler de ce mec. Je ne l’aime plus. Maintenant, je suis Hank, je suis de retour ! Problème résolu ! »

Radio Metal : Tu es sur le point de sortir ton premier album solo en tant que Hank Von Hell, qui s’intitule Egomania, et tu reviens enfin au rock’n’roll qui a fait ta célébrité. Mais tout d’abord revenons un peu sur quand tu as quitté Turbonegro : d’après le communiqué de presse de l’époque, tu avais décidé de partir après avoir commencé un traitement pour ton addiction à la drogue. Du coup, peux-tu nous parler du contexte qui t’a fait prendre une telle décision ?

Hank Von Hell (chant) : C’était une étrange situation où cette personne, Hans Erik, a dû prendre le contrôle du corps qui était auparavant dirigé par Hank Von Hell. C’était en fait une crise de la personnalité avec un énorme conflit au niveau du contrôle du corps partagé par Hans Erik et Hank. Tout d’un coup, Hank Von Hell devait partir méditer à la montagne et l’autre gars a eu quelques années pour faire ce qu’il avait à faire. Mais bref, il y avait un tas de choses dont il fallait s’occuper. Quand on a un problème et qu’on se rend compte qu’il faut le résoudre, alors putain, résous-le ! Et ne deviens pas le problème, résous le problème. Mais ce gars, Hans Erik, est devenu un cauchemar, il ne voulait pas faire de rock, et a fait toutes sortes de trucs culturels et folkloriques. Je n’ai pas envie de parler de ce mec. Je ne l’aime plus. Maintenant, je suis Hank, je suis de retour ! Problème résolu !

C’est comme Alice Cooper qui nous expliquait que la cohabitation entre Alice Cooper et Vincent Furnier a pu parfois être difficile…

C’est un peu comme le Hobbit Jedi. Si tu es un Hobbit Jedi, tu finiras toujours par te tourner vers l’Empire de Voldemort ! Avec de nombreuses personnalités, de nombreux angles différents, et cette énorme célébrité rock’n’roll, viennent des conflits intérieurs, et tout d’un coup, on voit que Vincent Furnier a besoin de se séparer d’Alice Cooper, et de tirer au clair qui dirige qui et quand.

En 2011, tu as sorti un album avec Doctor Midnight & The Mercy Cult, qui était radicalement différent de ce qu’on connaissait de toi. C’était gothique, agressif, très sombre. A quel point ça traduisait ton état d’esprit à ce moment-là ?

Je dirais que c’était une très bonne déclaration mettant en évidence que Hank faisait ses propres choses qu’il avait à faire, et d’ailleurs, après cet album, il y avait même plein d’autres choses différentes sur le menu. C’était un peu comme marcher avec un détecteur de métal sur le champ de bataille de la bataille de la Somme ou de Waterloo, et voir quel genre de métal de valeur on peut trouver. Ça revenait donc à rechercher de l’or sur un ancien champ de bataille, pour ainsi dire. C’était une bonne époque, mais maintenant, c’est Egomania.

Pour présenter Egomania, tu as sorti un clip amusant pour le single « Bum To Bum », avec une longue introduction où, dans un décor épique, Steve O essaye de convaincre Hans Erik de revenir au rock’n’roll. D’abord, tu es hésitant, disant que tu penses avoir perdu le truc, mais ensuite il te donne un coup de pied dans les testicules, et soudainement tu deviens Hank Von Hell, avec le maquillage et le costume, envoyant la sauce sur la chanson. C’est évidemment humoristique, mais quelle est la part de vérité dans ce clip ? Qu’est-ce qui a été ce coup de pied dans les testicules ?

En fait, c’est un documentaire. Je ne m’étais absolument pas attendu à trouver Steve O là sur la montagne. Tout ce qu’on voit là-dedans s’est vraiment passé. La vérité est dans l’œil de celui qui regarde. Donc tout se résume à des conceptions et points de vue, comme ce qui a été conservé et ce qui a été relâché. Mais le coup de pied dans les burnes et le sort magique sont en fait un ancien rituel qui a fait ses preuves, utilisé par les chevaliers templiers durant les croisades pour changer des non-rockeurs en rock-stars. Toutes les rock stars ont reçu un coup de pied dans les couilles ! Mais pour devenir une rock-star, il faut que ce soit fait par Steve O. Et dans mon cas, Steve O s’est juste matérialisé tout seul, n’est-ce pas ? Non, en fait, Steve O était très excité à l’idée de faire revenir le rock’n’roll, et pas seulement pour sauver Hank Von Hell, mais pour vraiment sauver le rock’n’roll à l’échelle globale, internationale. Donc le rock’n’roll est sauvé : je suis de retour !

Tu penses que le rock’n’roll avait besoin qu’on le sauve ?

Ouais, mec. Merde ! Il n’y a pas eu un album correct de rock qui soit sorti depuis des décennies, dix ou quinze ans, jusqu’à aujourd’hui. Egomania est voulu comme un album sauveur très nécessaire et attendu, rendant au rock’n’roll sa véritable puissance. Car pendant des années, le rock était un peu perdu. Il est devenu répétitif au lieu de récréatif. Maintenant, j’analyse toute la scène, évidemment qu’il y a eu quelques trucs ici et là, et évidemment que le rock’n’roll est valable, mais je n’aimais plus la direction qu’il prenait et j’avais le sentiment que quelque chose devait revenir, et ce quelque chose, c’est Hank. Et puis j’ai aussi reçu dans ma boîte aux lettres une énorme facture qui était très dure à payer, donc quand la maison de disques m’a appelé, j’étais assis là à m’inquiéter de cette facture, et ils m’ont demandé : « Ça te dit de faire un retour international en tant que Hank Von Hell ? » J’allais leur dire d’aller se faire foutre, mais ensuite j’ai jeté un coup d’œil à cette facture et j’ai vu la somme que je devais. Donc j’ai dit : « Ouais, faisons-le. Si ça paye cette facture, je le fais. »

« Un artiste rock est un musicien de rock qui suit un ensemble de règles bien définies et très policées sur le rock’n’roll. Une rock-star n’en a rien à foutre et crée de nouvelles règles. C’est ça la différence. »

Parce qu’à l’origine, tu avais quand même dit que tu ne reviendrais jamais !

Ouais. Et c’est complètement normal dans le rock’n’roll, ce type de déclaration : « Je ne reviendrai jamais. Ça n’arrivera jamais. » Kiss embarque maintenant sur sa tournée d’adieux et ça durera trois ans, et ce sera la dernière tournée qu’ils feront. Mais avec mon retour, je vais commencer avec ma tournée d’adieux et elle durera trente ans. Donc il faut vraiment que les gens viennent voir les concerts parce qu’après trente ans, il n’y en aura plus. En fait, je vais embarquer dans la tournée d’adieux la plus longue au monde ! Ce qui me sidère est que toutes ces éternelles rock-stars parviennent vraiment à faire croire à leur public qu’elles partent. Egomania, c’est tout l’opposé. C’est une question de narcissisme. Si je prétends de manière dramatique que je m’en vais et ne reviendrai jamais, les gens doivent s’attendre à ce que je revienne tôt ou tard. C’est ça la manie égocentrique. Ceci est donc le retour que j’ai dit n’allait jamais arriver. Et c’est un symptôme de l’égocentrisme et du narcissisme. Je suis un gentleman très perturbé.

Tout ça faisait donc partie du plan depuis le début ?

Eh bien, c’était toujours une possibilité mais c’était une question de timing, et d’avoir le bon producteur. J’avais vraiment besoin d’un producteur qui puisse comprendre et s’identifier à ma philosophie et à mes idées concernant le son ultime du rock’n’roll. A.W. Nine, avec qui j’ai produit cet album, est en fait le seul producteur au monde qui aurait pu réussir à faire cet album avec moi. Il y avait aussi, évidemment, les talents de compositeurs de Cat Casino et Major Sam, ils en font aussi partie. Mais c’est principalement un travail entre une rock-star et son producteur, et puis c’est la symbiose entre le guitare hero et la rock-star. Tous ces clichés qui ont disparu et ont été oubliés désormais reprennent vie.

Qu’est-ce qui te fait dire que ce producteur était le seul à pouvoir réussir à faire cet album avec toi ?

A.W. Nine est un prodige. Il a une compréhension très, très forte de ma façon de penser. En fait, il pense comme moi. Généralement, quand nous résolvons un problème, nous disons la même chose à l’unisson, sans savoir. Quand je l’ai rencontré, c’était comme si je le connaissais déjà, je connaissais son rock et sa philosophie entourant le rock. Aussi, il est un peu plus jeune que moi – bon, en fait, il est bien plus jeune que moi –, et ce n’est pas un homme très costaud, donc dès que je voulais fortement quelque chose pour lequel il n’était pas d’accord, je pouvais le menacer de lui botter le cul. Malgré tout, d’une façon ou d’une autre, sans que je m’en aperçoive, il s’est quand même débrouillé pour retirer tout ce qui sur l’album était lié au thème des bananes. Tu sais, le côté banane du rock’n’roll : Velvet Underground avait cet album avec une banane, il y a Bananarama, etc. J’ai toujours pensé que le rock’n’roll devait avoir un élément lié à la banane, et j’ai inclus ça dans les paroles, je l’ai mis sur la pochette, etc. « The Banana Incident », « Follow The Banana », « The Great Banana In The Sky », « There Won’t Be Rock Without The Banana », tels étaient les titres que j’avais pour toutes les chansons. Mais du jour au lendemain tout avait disparu. Chaque putain de jour, il retirait le thème des bananes ! Je lui ai dit : « Je veux des bananes dans l’album ! » Et il a dit : « Non, ce n’est pas bien avec les bananes. » Et j’ai dit : « Je vais te botter le cul. » « Ouais, d’accord. » Ensuite nous avons enregistré, et puis il a dit : « Bon, tu ne vas pas le croire mais c’est deux heures de l’après-midi et on a déjà fini pour aujourd’hui au studio ! Tu peux aller à l’hôtel te relaxer. Je te rejoins plus tard. » Et ensuite il partait pendant genre huit heures, et il disait : « L’album des bananes sera génial ! » Puis quand j’ai écouté l’album, j’ai réalisé qu’il avait retiré toutes les bananes ! Il était là assis pendant huit heures à virer sur l’ordinateur tous les trucs avec les bananes dans l’album. Donc quand je vais le revoir, prochainement, je vais le confronter en lui donnant deux bananes, en disant : « Voilà deux bananes. Comme ça tu en as une que tu peux manger, et ensuite tu sais quoi faire avec la seconde. » Le problème est qu’il aime ce genre de chose, donc je ne pense pas que ça va tellement l’intimider.

Qu’est-ce qu’il a contre les bananes ?

Je ne sais pas. Il faudra que tu lui demandes. En fait, mon bassiste a une théorie. Son nom est Jean Genus. C’est en réalité un Français piégé dans le corps d’un Suédois, et il ne parle pas français, c’est juste qu’il essaye de se comporter comme et d’avoir l’air d’un Français autant que possible, et il a essayé d’obtenir l’aide du gouvernement pour l’aider à devenir français mais ils ne veulent pas l’aider, ils ne l’écoutent jamais. Jean Genus, c’est un peu le Georges Moustaki des bassistes. Tu devrais l’appeler et lui demander quelle est sa théorie, parce que je lui ai demandé : « As-tu une théorie sur les bananes, Jean Genus ? » Et il a dit [en français dans le texte] : « Oui ! » Et il n’a rien voulu dire de plus.

« Dans Le Seigneur De La Guerre Des Anneaux-Etoiles, quand Gandalf Potter essayait de coucher avec cet énorme démon noir et ensuite est retombé sur Terre, revenant en tant que Sorcier Blanc, c’est exactement ce qui m’est arrivé aussi. »

L’illustration de l’album a été peinte par l’artiste Felicia Rosvall à partir de ton propre sang. Quel est le symbole derrière ça ? Est-ce pour souligner le côté narcissique du rock’n’roll que tu as mentionné plus tôt ?

Non, la motivation est que quand on était gamins, on avait entendu parler d’Ozzy Osbourne qui avait arraché la tête d’une chauve-souris avec les dents, et on disait tous : « Wow, c’est tellement putain de cool ! C’est mortel ! » J’ai donc dit : « Tu vas peindre avec mon sang, comme ça les gamins rock’n’roll en parleront à l’école, genre ‘il a peint une image avec son propre sang !’ » C’était la seule motivation. En fait, j’avais une idée pour un thème sur les bananes, mais ils ont pris mon sang à la place.

A qui fais-tu un doigt d’honneur sur la pochette ?

Oh, à ma grande tante parce qu’elle est très fière que je sois célèbre, mais elle est aussi très provoquée et agacée que j’utilise ma célébrité et mon image pour être un vilain garçon, car elle pense que je suis un bon garçon et que je devrais montrer aux gens à quel point je suis gentil afin qu’elle soit fière de moi. Donc j’essaye toujours de faire quelque chose qui l’énerve. Elle a très hâte d’entendre l’album et elle sera complètement furax quand elle verra que je lui fais un doigt d’honneur.

Peux-tu nous présenter les membres de ton groupe ?

Mes mercenaires, ma légion étrangère ! On a Major Sam, c’est mon guitariste, qui est en réalité une expérience d’hybridation issue d’Area 69, qui est encore plus secret qu’Area 51. C’est un mélange entre Rob Lowe et Claude Debussy, avec des éléments de recherche sur le clonage de pur sex-appeal, en gros. Mon autre guitariste lead est Cat Casino. C’est en fait celui qui est parti du Pays Imaginaire en costume de Peter Pan, il s’est enfui à Stockholm pour devenir le Peter Pan du rock’n’roll. Jean Genus, je t’ai déjà parlé de lui, c’est quelqu’un de très perturbé qui pense être un Français piégé dans un corps de Suédois, ce qui provoque chez lui une grave crise d’identité. Et puis on a Dead Said Fred, un batteur qui essaye réellement de tuer sa batterie. Il entretient une relation de haine avec sa batterie. Lorsqu’il frappe la batterie, il le fait très fort, dans l’espoir que la batterie meure. Et le chanteur est… Eh bien, Hank Von Hell est Hank Von Hell ! Mais voilà mes mercenaires. En fait, j’étais en train d’espionner dans le public d’une audition d’air-guitare en Islande. C’était comme La Nouvelle Star mais pour l’air-guitare. Ils étaient tous venus là-bas pour participer. Les juges ont dit : « Dégagez de là ! » Je les ai alors pris à part : « Hey, ça vous dit de bosser pour la meilleure rock-star au monde ? » Ils ont dit : « Ouais ! Mais il faut qu’on remplisse ces air-guitares avec des guitares. » Et alors je leur ai donné de vraies guitares.

Ce qui est frappant avec Egomania est que non seulement tu reviens au rock’n’roll, mais que tu reviens avec un album qui a ce côté Turbonegro classique qui a fait ta popularité, avec pléthore de hits, même si aucun des compositeurs de Turbonegro ne s’est impliqué – de ce que j’en sais. Comment es-tu parvenu à retrouver ce feeling, intact ?

Je l’ai amené avec moi quand j’ai fait mon retour, en gros. C’était un feeling qui définissait le son du rock scandinave. Pour ma part, je ne m’en suis jamais éloigné. J’étais parti mais ce feeling ne m’a jamais quitté. C’était le son rock qui définissait Hank Von Hell à l’époque. C’est basé sur l’extraordinaire background rock’n’roll des choses qui m’ont fait décider de devenir une rock-star à l’origine, et pas seulement un artiste rock. Il y a une différence, tu le sais ? Un artiste rock est un musicien de rock qui suit un ensemble de règles bien définies et très policées sur le rock’n’roll. Une rock-star n’en a rien à foutre et crée de nouvelles règles. C’est ça la différence.

Toutes les caractéristiques de Turbonegro, que ce soit visuellement ou musicalement, sont là dans ce nouveau groupe. Doit-on considérer ce groupe comme un « second Turbonegro », pour ainsi dire ?

Non, pas du tout. Ce n’est pas du tout identique. Les deux sont très différents. Il y a des différences nettes. C’est Hank Von Hell. C’est plus comme dans Le Seigneur De La Guerre Des Anneaux-Etoiles, quand Gandalf Potter essayait de coucher avec cet énorme démon noir et ensuite est retombé sur Terre, revenant en tant que Sorcier Blanc. C’est exactement ce qui m’est arrivé aussi. Si tu veux commencer à décortiquer ça, le mieux à faire est de prendre deux photos et de voir les différences dans les couleurs, le design, dans tout. Ce serait plus ou moins comme demander à Abbath : « Penses-tu être un second Immortal, vu que tu as toujours l’air d’un black metalleux ? » C’est du rock’n’roll ! Le truc est que, quand je me suis posé pour composer mes propres chansons, voilà ce qui en a résulté, et c’est Egomania. En fait, c’est la première fois que j’ai été impliqué dans le processus de composition avec un guitariste et un producteur, où j’étais vraiment le principal architecte des chansons, à les écrire. On m’a proposé de faire mon propre album, mon album de rêve. Le label m’a demandé : « Comment ferais-tu l’album parfait, exactement comme tu le voudrais ? » Et voilà tout !

« Je n’arrête pas de faire des diatribes sur l’importance des fesses. J’ai d’ailleurs appris ça du Marquis de Sade : le cul est la partie la plus importante et la plus belle du corps humain, et pourtant, il y a un paquet de merde qui en sort. C’est un vrai manifeste sur la dualité de l’humanité. »

Ces chansons ont cet équilibre entre le côté fêtard et des arrangements très classieux. Dirais-tu que cette ambivalence a toujours été ta recette secrète pour le rock’n’roll ?

Ouais. En fait j’en parle dans « Bum To Bum » quand je chante : « Sniffant de la colle et mangeant du caviar. » C’est de la flamboyance punk ! C’est le paradoxe. C’est le luxe et la flamboyance, tout en sniffant de la colle et en étant merdique. C’est précisément la dualité qui définit Hank Von Hell. Et c’est le même truc avec les fesses, je n’arrête pas de faire des diatribes sur l’importance des fesses. J’ai d’ailleurs appris ça du Marquis de Sade : le cul est la partie la plus importante et la plus belle du corps humain, et pourtant, il y a un paquet de merde qui en sort. C’est un vrai manifeste sur la dualité de l’humanité.

Ce qui explique beaucoup de choses… [Rires]

[En français dans le texte] Voilà ! Tu sais où j’ai appris mon français ? J’ai regardé un film des années 90 qui s’appelle Ridicule. Ça parle de la noblesse dans le Versailles pré-révolution. C’était d’ailleurs la première chute de la flamboyance du punk rock.

Tu parles français ?

[En français dans le texte] Je parle un peu mais ne comprends pas beaucoup. Je peux commander un pot-au-feu et du Gewurztraminer. J’aime la France ! D’ailleurs, j’ai déjà chanté du Jacques Brel [chante] : « Ne me quitte pas… » Mais il est belge, n’est-ce pas ? Il est wallon.

Le début du clip de « Bum To Bum » est très cinématographique et c’est quelque chose qu’on retrouve aussi dans une chanson comme « Adios (Where’s My Sombrero) ». Penses-tu que ta vie soit comme un film ?

Non, je reformulerais ça et dirais que tous les films dans le monde, y compris la pornographie sur YouPorn, sont en fait des films qui parlent de ma vie sous un angle ou un autre.

On en a un petit peu parlé, mais l’album s’intitule Egomaniac : penses-tu qu’il faille être égocentrique pour faire du rock’n’roll ?

Une rock-star doit être égocentrique pour être une rock-star. C’est d’ailleurs un truc très catholique, parce que je crois que c’était la Sainte Vierge qui a dit : « Bordel, c’est dur d’être une rock-star ! » Il se trouve que j’ai été visiter la tombe de saint Lazare la semaine dernière à Chypre et c’est le saint de toutes les rock-stars. Il s’est relevé de la mort avant même Jésus. C’était la toute première rock-star qui soit morte, soit revenue, puis soit morte à nouveau. Voilà le saint des rock-stars, saint Lazare. Tu te souviens comment s’appelait la dernière chanson de David Bowie ? « Lazarus » !

La chanson « Never Again », à mi-chemin dans l’album, est un peu à part, étant assez sombre. Est-ce que ça signifie que tu as toujours une part d’obscurité en toi, mais que tu peux la contrôler ?

Ouais. En fait, l’idée de la chanson est qu’on ne devrait pas essayer de frapper les flics, car autrement ils ripostent, et alors on peut finir dans un trou très sombre. Mais c’est plus la capacité à vivre avec l’obscurité et non à la contrôler ; accepter que l’obscurité soit sans contrôle, et ensuite remuer les fesses ! C’est une bonne réponse ? Ouais.

Certaines chansons, comme « Dirty Money » ou « Pretty Decent Exposure », semblent évoquer le succès. Est-ce que le succès a été un cadeau empoisonné pour toi ?

Non. « Pretty Decent Exposure » parle en fait d’un ratel africain qui est identifié dans le livre Guinness des records comme étant l’animal le plus intrépide du monde. Le ratel n’en a rien à foutre. J’ai vu des films où le ratel défonçait et effrayait six lions, et pourtant il fait à peine la taille d’un caniche. Cet animal n’a peur de rien ! Quand il mange un cobra, le cobra le mord, soudainement le poison commence à faire effet, le ratel s’évanouit, puis se réveille à nouveau et continue à manger. S’ils sont piqués par des abeilles ou des insectes, ils s’en fichent, ils ne ressentent jamais la douleur, ils sont complètement intrépides, ils n’ont aucune notion de taille, ils ne réalisent pas qu’ils sont en fait très petits. Cette chanson en particulier parle d’un ratel africain qui fait la tournée des boîtes de nuit et des bars et s’expose. Lorsque la police l’arrête, lui disant que ce qu’il fait est un comportement indécent, il répond : « Non, c’est un comportement relativement décent. » C’est donc une chanson qui parle de ça. Et ouais, évidemment, c’est un ratel qui a beaucoup de succès mais il n’en a rien foutre, et c’est ça toute l’idée. « Dirty Money » est un incident que j’ai eu avec un distributeur automatique de billets. J’étais à un safari en train de chasser les bananes en Moldavie où j’ai pété un câble sur un distributeur automatique parce que je voulais qu’il me donne du cash en bitcoin et il n’en avait pas. C’est la sale monnaie, il m’a sorti des euros et pesetas moldaves, mais jamais mes bitcoins ! Je voulais des billets de bitcoins. Aucun distributeur n’a ça. Voilà de quoi parle la chanson, en tout cas pour aujourd’hui.

Ça pourra changer à l’avenir…

Je suis une rock-star ! Je peux faire tout ce que je veux !

« Si je reste le cul assis sur une chaise sans rien faire, où ça dit que c’est une garantie qu’aucun démon intérieur ne reviendra ? Tout ce qu’il faut faire, c’est essayer de faire ce qu’il faut, assurer et obtenir autant de matchs sur Tinder et Grindr que possible, et les inviter tous à un rencard où ils payent un billet pour ton concert, et ensuite tu peux à la fois jouer du rock’n’roll et rouler des pelles au public. »

Maintenant que tu reviens dans la scène qui a entretenu tes addictions et ton indisposition mentale, qu’est-ce qui évitera tes vieux démons de refaire surface ? Te sens-tu suffisamment fort ?

Le courage, c’est affronter ses peurs. Si tu es submergé par la peur et que tu te contentes de rester le cul posé, ce n’est pas une bonne situation, n’est-ce pas ? Mais si tu fais ce qui t’effraie le plus et le fais bien cette fois, alors de bonnes opportunités s’offriront à toi. Il n’y a aucun absolu dans l’univers, tu sais. Si je reste le cul assis sur une chaise sans rien faire, où ça dit que c’est une garantie qu’aucun démon intérieur ne reviendra ? Tout ce qu’il faut faire, c’est essayer de faire ce qu’il faut, assurer et obtenir autant de matchs sur Tinder et Grindr que possible, et les inviter tous à un rencard où ils payent un billet pour ton concert, et ensuite tu peux à la fois jouer du rock’n’roll et rouler des pelles au public parce qu’ils sont tous en rencard avec toi. Je ne sais pas ! Bon, il devrait y avoir une application pour les démons intérieurs. Une application qu’on pourrait utiliser quand on a des démons intérieurs, genre « oh, j’ai des démons intérieurs, je peux activer l’application ». Je ne sais pas ce qui arriverait ensuite, mais ce serait un peu comme ma nouvelle application mayonnaise : si tu manges des moules-frites et qu’ils sont à court de mayonnaise, au lieu de demander au serveur [en français dans le texte] « plus de mayonnaise », tu prends juste ton iPhone et ensuite l’application dit « mayonnaise » et t’en as pour tes frites.

Les gens ont cette image de sexe, drogues et rock’n’roll. Montrerais-tu avec cet album qu’on peut faire la fête et délirer avec le rock’n’roll sans avoir recours aux drogues ?

Je ne sais pas, mec. Pour moi, le rock’n’roll devrait avoir des guitares qui font du bruit et des guitaristes vraiment sexy. En fait, tu poses des questions d’artiste rock à une rock-star ! Tu me demandes de définir les règles rock’n’roll d’un artiste rock. Je ne connais même pas les règles, je ne fais que les transgresser, et établir les règles de Hank. Tu prends une règle idiote, la brise et la remplace avec du caviar et du groove ! Et une banane… Mais cet album n’a rien avoir avec un quelconque message, autre que « remuez vos fesses et jouez du rock’n’roll ». C’est l’une des plus grandes forces de l’univers, c’est du putain de rock’n’roll. Il y a des messages très clairs, c’est le ratel qui montre sa bite. Je ne vois pas comment ceci peut inspirer les gens à soit commencer à prendre de la drogue, soit à arrêter la drogue. « Oh mon Dieu ! Un ratel a montré sa bite ! » C’est du rock’n’roll, c’est plus vrai que nature, c’est Hank Von Hell complètement égocentrique se tournant vers la grande banane du rock’n’roll. Le reste n’est que sémantique.

Que penses-tu de ce que Turbonegro a fait après ton départ et de ton successeur, Tony Sylvester ? Es-tu en bons termes avec eux ?

De super gars, un super chanteur, une super nouvelle approche, de super nouvelles chansons. Je leur souhaite tout le meilleur. Ces gars ont fait du super boulot et ont fait de la musique extrêmement bonne avec et sans moi, avant et après moi. Il y a eu des déclarations, de grandes accolades, j’adore ces gars. Ça a parfois été un amour dysfonctionnel mais, en fait, c’est peut-être le meilleur type d’amour parce que c’est celui qui te stimule, et te fait réaliser que ce que tu aimes, tu l’aimes vraiment. Bon, quand j’y pense, tout amour n’est-il pas dysfonctionnel ? En fait, je n’ai jamais entendu parler d’amour fonctionnel. L’amour en soi est une complication. C’est une complication sexy, mais… Le sexe aussi est compliqué, n’est-ce pas ?

A quoi peut-on s’attendre, maintenant, de la part de Hank Von Hell à l’avenir ?

Les gens peuvent s’attendre à avoir des orgasmes en série et en larges groupes aux concerts ! Et ce rien qu’en ayant recours à une banane !

Interview réalisée par téléphone le 8 octobre 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Ted Linden (1, 2 & 6).

Site officiel de Hank Von Hell : www.hankvonhell.com

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