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Chronique   

Hank Von Hell – Egomania


2018 sera une année faste pour la Turbojugend. RockNRoll Machine a marqué le retour de Turbonegro en grande forme avec une musique extrêmement addictive. Cependant, c’est une chose peut-être plus inattendue qui vient couronner l’année. Hank Von Helvete est de retour à ses racines. L’ancien frontman de Turbonegro avait quitté la formation en 2010 après 21 ans de loyaux services, confronté à des problèmes de drogue. Sa carrière musicale ne s’était pas arrêtée pour autant, en témoigne I Declare Treason (2011), premier album de son projet Doctor Midnight & The Mercy Cult. Hank proposait toutefois une musique nettement plus sérieuse, plus sombre, quasi méconnaissable. Désormais, Hank revient sous le pseudonyme Hank Von Hell et retourne à ce qui a fait sa renommée légendaire : le rock’n’roll à l’état pur. Le premier album d’Hank Von Hell, Egomania, est purement et simplement l’histoire d’une renaissance.

Le clip de « Bum To Bum » avec Steve O de Jackass le narre avec humour. Hank se demande s’il a encore le feu sacré pour entraîner les foules, doutes très vite battus en brèche par le retour d’un frontman excentrique, avec ce fameux maquillage et ce haut de forme blanc comme costume d’apparat (le blanc, un clin d’œil à une nouvelle hygiène de vie ?). « Bum To Bum » synthétise parfaitement ce qu’Egomania réserve, un rock décomplexé, énergique et « feel-good » dans la pure veine de Turbonegro. Notons l’introduction grandiloquente de « Bum To Bum », les « woh oh oh » de « Pretty Decent Exposure », cette légère tension dans le rock’n’roll d’« Egomania », il y a même du « City Of Satan » dans « Blood », et cet art d’emballer dans le burlesque et un esprit fêtard une musique concoctée avec sérieux… Plus Turbonegro tu meures ! Fait cocasse car aucun des musiciens de la formation n’a participé au projet d’Hank Von Hell (qui a écrit entièrement l’album avec l’aide d’Eric Bäckman, ou Cat Casino pour les intimes, ex-Deathstars). Oui, ne nous leurrons pas, Egomania prend des allures d’un excellent album de la formation norvégienne, avec une figure qui nous rappelle son talent inné pour l’incarnation. Les premières secondes d’ « Egomania » suffisent à combler l’auditeur avide des frasques d’Hank qui scande à très juste titre « It’s Time ». Hank Von Hell voit les choses très simplement : des structures simples, des mélodies épurées et accrocheuses, des arrangements faits de leads de guitare et des refrains « hymniques ». « Pretty Decent Exposure » applique de nouveau la même recette, avec en outre ce penchant punk rock et ce « I don’t give a shit » aussi insolent que mignon. Hank Von Hell est sans doute le personnage rock qui sait le mieux jongler entre irrévérence et légèreté.

Surtout, Egomania bénéficie d’une variété indéniable. Certes la formule est presque standardisée et le dessein est toujours le même : faire vivre la foule. Néanmoins, Hank Von Hell se permet d’introduire des arrangements qui conférèrent énormément de cachet à l’intégralité de l’album. À ce titre, « Blood » en est le parfait exemple. La chanson a le sens du théâtral d’un Alice Cooper doublé d’un esprit sale gosse. Hank Von Hell y rajoute un côté glamour avec l’intégration de cuivres qui aboutit à un groove inimitable. Le titre est l’archétype du tube, impossible de ne pas imaginer les spectateurs reprenant à l’unisson « I Smell Blood ». Plus dans l’entrain, « Wild Boy Blues » est à mettre dans la même catégorie (comme nombre des chansons de l’album), grâce à un refrain répété à l’envie qui s’installe en tête pour ne plus nous quitter. On retrouve d’autres titres aux élans glam-punk tel que le cavalier « Too High » ou un goût pour le surjeu et le second degré avec « Adios (Where’s My Sombrero) », sorte de générique électrisé de western de seconde zone qui finit par se muer en pseudo-Motörhead. « Adios, adios, my demon is dead. Adios, adios, no future ahead » scande Hank Von Hell avec dramaturgie, avant de balayer par l’absurde l’idée d’une introspection. Car, au fil de l’album, on croira entendre des références à sa désintox, à la part sombre du show-business, voire à son implication dans la scientologie (via Narconon, un programme de désintox controversé) et ses conséquences, mais les ambiguïtés et tournures humoristiques du chanteur finissent par brouiller les pistes. Hank Von Hell s’accorde toutefois un vrai moment de réflexion sur les années passées avec le plus solennel et massif « Never Again », qui mêle paroles lourdes de sens et mélodies ciselées à la note près. « Never Again » est l’histoire d’un homme qui regrette et qui doit émerger à nouveau. Le titre se démarque du reste par sa vocation autobiographique et son atmosphère tragique, sans jurer avec l’esprit plus léger de l’œuvre.

Certaines mauvaises langues pourront dire qu’Egomania est l’album de Turbonegro qui aurait dû voir le jour. Pourtant les scandinaves ont réussi un petit tour de force avec RockNRoll Machine. Heureusement d’ailleurs, sinon la réussite fulgurante de cet Egomania aurait pu éclipser le dernier effort de Turbonegro. Plutôt que de les comparer, il faut se réjouir de voir les deux coexister tout en respectant un standing élevé de qualité musicale. Hank Von Hell est à nouveau parmi nous. Pour de bon. Il était temps.

Chanson « Pretty Decent Exposure » :

Chanson « Blood » :

Clip vidéo de la chanson « Bum To Bum » :

Album Egomania, sortie le 2 novembre 2018 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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