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Éditorial   

Hank Von Hell : « You can’t kill me, I’m already dead »


Le 19 novembre, nous apprenions la mort d’Hans-Erik Dyvik Husby, plus connu sous les noms d’Hank von Helvete ou Hank von Hell. Âgé de seulement 49 ans, le Norvégien était avant tout célèbre pour son rôle de chanteur iconique de Turbonegro, qu’il a tenu de 1993 à 2009. Le musicien n’a jamais fait mystère de ses démons et le confinement fut une épreuve pour la bête de scène qu’il était. Cependant, son manager Boye Nythun a rapidement démenti les rumeurs de suicide : selon lui, le corps d’Husby a tout simplement lâché après des années d’excès alors qu’il se promenait dans le parc du Palais Royal à Oslo.

Pour la Turbojugend et tous les fans de ce personnage déjanté et attachant, le coup est rude. Si le communiqué officiel invite au recueillement, ses anciens camarades de Turbonegro n’ont pas tardé à lui rendre hommage : « En tant que frontman charismatique qui convoquait autant humour que vulnérabilité, Hans-Erik était un élément crucial du charme du groupe. C’était un être humain chaleureux, au grand cœur, une personne toujours en quête intellectuelle et spirituelle qui adorait discuter avec tout le monde. Nous sommes fiers de ce que nous avons créé ensemble en tant que frères de rock avec Turbonegro – la musique, les personnages, notre univers entier. »

Car si ce n’est pas avec Turbonegro que l’histoire d’Hubsy commence, c’est lorsqu’il rejoint le groupe qu’elle décolle. Né en 1972 à Gravdal, dans une île au nord de la Norvège, il remplace en 1993 Harald Fossberg, le deuxième chanteur du combo. Turbonegro existe alors depuis quatre ans : le groupe a derrière lui un EP, l’album Hot Cars And Spent Contraceptives, et surtout son propre style qu’il appelle le deathpunk, un mélange de punk et de rock des années 70 qui emprunte volontiers au hardcore et au metal, et qui gagnera plus tard des teintes glam rock, le tout avec des paroles sarcastiques et corrosives. Avec Hank von Helvete dans ses rangs, le groupe rencontre enfin le succès. Ses albums Ass Cobra et Apocalypse Dudes deviennent cultes, ses performances live aussi. Avec leur allure impayable toute en jeans serrés, moustaches et accessoires façon Village People ou héros de Tom de Finlande, leur humour graveleux, leur rock accrocheur gorgé d’hymnes – le culte « I Got Erection » à chanter en chœur, « The Age Of Pamparius » à l’intro grandiose ou le furieux « Selfdestructo Bust » -, et un Hank von Helvete inimitable qui cumule maquillage à la Alice Cooper, tirades en norvégien et inénarrables « ass rockets », rien ne semble pouvoir arrêter les Norvégiens qui donnent apparemment le meilleur d’eux-mêmes dans le chaos et l’excès. Son armée de fans, la Turbojugend, exulte, mais déchante rapidement lorsque le groupe splitte en 1998, en raison notamment de la consommation d’héroïne de son chanteur… Celui-ci part en cure de désintoxication et exerce un temps en tant qu’animateur de radio ou guide de musée. En 2003, le groupe se reforme et explose pour de bon – à l’image des orchestrations sur le classieux « Fuck The World » -, mais en 2009, Hubsy jette l’éponge à nouveau, peinant à trouver l’équilibre entre son personnage scénique et sa nouvelle vie plus rangée.

Derrière le maquillage, les frasques et le rire grinçant, Hubsy doit en effet payer la rançon du succès et de la vie de rockstar. Il n’a jamais caché ses combats contre la dépression et l’addiction qui l’ont mené dans des voies pour le moins controversées. Le chanteur a notamment suivi le programme Narconon de l’église de Scientologie et fait amende honorable au passage, expliquant qu’il regrettait d’avoir contribué à rendre la consommation de drogue et l’autodestruction glamour et rock’n’roll. C’est que l’humour façon Turbonegro peut se faire franchement noir, tout en autodérision et en ricanement sardonique : pour preuve, le classique « All My Friends Are Dead » ou l’album Retox sorti en 2007… Cette veine sombre, von Helvete l’explore en profondeur avec son bref projet Doctor Midnight & The Mercy Cult, sur lequel il apparaît méconnaissable et qui sort son seul album au moment où Turbonegro poursuit sa route avec son nouveau chanteur Tony Sylvester. La suite de sa carrière se fait plus nettement plus sage, se tenant à l’écart du « monstre » qu’il avait créé et du rock n’ roll. On peut à ce titre signaler un duo qui squatte le sommet des charts nationaux avec la chanteuse Maria Solheim pour l’équivalent norvégien du Secours populaire, une carrière d’acteur, la publication d’une biographie écrite par le poète Havard Rem, un passage dans le jury du radio crochet norvégien Idol… Avant d’orchestrer en 2018 le grand retour – aussi espéré qu’inattendu – de son infréquentable alter égo, scénarisé au moyen d’un clip faussement dramatique et véritablement hilarant, où un coup de pied dans les parties par le célèbre Steve-O (Jackass) suffit à réveiller Hank von Hell, chapeau haut de forme et tout de blanc vêtu.

Une renaissance qu’il nous expliquait à l’occasion d’un entretien pour le moins farfelu : « C’était une étrange situation où cette personne, Hans Erik, a dû prendre le contrôle du corps qui était auparavant dirigé par Hank von Hell. C’était en fait une crise de la personnalité avec un énorme conflit dans le contrôle du corps partagé par Hans Erik et Hank. Tout d’un coup, Hank von Hell devait partir méditer à la montagne et l’autre gars a eu quelques années pour faire ce qu’il avait à faire. Mais bref, il y avait un tas de choses dont il fallait s’occuper. Quand tu as un problème et que tu te rends compte qu’il faut le résoudre, putain, résous-le ! Ne deviens pas le problème, résous le problème. Mais ce gars, Hans Erik, est devenu un cauchemar, il ne voulait pas faire de rock, et a fait toutes sortes de trucs culturels et folkloriques. Je n’ai pas envie de parler de ce mec. Je ne l’aime plus. Maintenant, je suis Hank, je suis de retour ! Problème résolu ! »

Il sort deux albums gorgés de tubes rock, festifs, marqués par un sens du spectacle mais aussi une pointe de mélancolie – le sombre « Never Again » -, et cultivant une forme d’ambiguïté – « Adios (Where’s My Sombrero) ». Alors qu’Egomania renouait largement avec la fibre Turbonegro, le tristement annonciateur Dead sorti en 2020 entamait lui une direction plus glam rock, un an après un concert mémorable dans la Warzone du Hellfest. Le morceau « Black Hearse Cadillac » (corbillard Cadillac noir), issu de sa collaboration avec Nergal à l’occasion du projet Me And That Man, prend désormais l’allure de son propre hymne funéraire : « Everybody… listen to my story, about the day I died », entonne-t-il, faisant allusion à la manière dont il avait traversé l’enfer pour en revenir. Un morceau sorti… le jour de sa mort. Ses anciens démons auront finalement eu raison de lui. Husby laisse derrière lui des projets de tournée et des fans éplorés mais surtout une fille née en 2008, et une carrière foisonnante qu’on n’est pas près d’avoir fini de revisiter.

Par Chloé Perrin et Nicolas Gricourt.



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  • Merci beaucoup pour cet article, qui rend un bel hommage à un monstre de la scène rock

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  • Bel hommage de votre part et ça fait vraiment plaisir. Hank n’était peut-être pas la rockstar la plus connu mais il avait un sens innée du spectacle qui n’appartenait qu’à lui. Son concert au Hellfest 2019 restera à jamais gravé dans ma mémoire comme l’un des meilleurs moments de cette édition. « Apocalypse Dudes » est pour moi un album culte. Rest In Peace.

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