ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Harakiri For The Sky – Arson


Il ne semble plus y avoir de doute sur la question : pour la scène extrême, les années 2010 seront l’âge d’or du post-black. Si l’on cite souvent en tête de liste les Alcest et Deafheaven, on peut également souligner l’ascension fulgurante de The Great Old Ones en l’espace de trois albums, mais également plus récemment l’engouement autour du premier album des Lituaniens d’Au-Dessus. Et parmi les jeunes groupes qui suscitent l’attention ces dernières années, il faut se tourner en direction de l’Autriche pour y voir le duo d’Harakiri For The Sky dont le nom s’est fait connaître en un laps de temps relativement court, les propulsant déjà en tête d’affiche d’une tournée européenne. Le combo prolifique, avec une fréquence d’un album tous les deux ans, a déjà réussi à rendre impatient son public avec un quatrième disque, Arson, qui confirme la direction et le son qui leur est désormais propre, et qui va au-delà des étiquettes stylistiques qui lui sont portés.

Si l’on cherche à expliquer le succès des Autrichiens, on peut trouver des éléments de réponses dès les premières secondes de ce nouvel album. Arson démarre en effet avec la recette magique d’Harakiri For The Sky, à savoir des notes mélodiques irrésistibles de guitares et piano qui s’accompagnent, accrochant instantanément l’auditeur. Cette première balade « Fire, Walk With Me » porte ainsi bien son nom et s’inscrit dans la marque du groupe en alternant toujours sonorités aériennes lumineuses et agressivité des riffs et du chant black de J.J., par ailleurs bien moins criard et « post-core » depuis III: Trauma, affiné par la production et se rapprochant plus d’un chant propre au black atmosphérique. Aussi avec ce nouveau disque, les deux compères ne délaissent certainement pas leur dynamique très progressive avec des compositions de neuf minutes en moyenne. Ils maîtrisent à la fois richesse musicale et effet de surprise dans leurs différentes phases, tout en préservant une cohérence relative à l’esprit qui s’en dégage.

La force du combo tient également au fait qu’il maintient un certain rythme tout au long du disque, démonstratif d’une forme de délivrance. Les morceaux qui sont tous d’une efficacité plus redoutable les uns que les autres, proche de ce que l’on peut retrouver dans le death mélodique voire le deathcore. Arson signifiant « incendie criminel », il n’y a rien d’étonnant à y retrouver une sorte de furie misanthrope adolescente que chacun peut ressentir à nouveau même dans sa vie adulte. La batterie puissante de Kerim “Krimh” Lechner (SepticFlesh, Krimh) n’a d’ailleurs de cesse d’alimenter la rage qui sommeille en nous. Une colère sublimée par un « You Are The Scars » qui maintient dans son essence l’impression de se trouver seul contre tous. Chaque pause aux allures post-rock n’a pour but que de mieux lancer la décharge qui s’en suit, comme avec l’intro de « Heorin Waltz » qui précède le cri du cœur du chanteur, ou encore le pont en seconde partie du ravageur « Stillborn ».

Que l’on soit adepte ou non de cette nouvelle scène, il y a quelque chose de captivant et de très fédérateur dans la musique d’Harakiri For The Sky, se jouant parfois dès les premiers instants, à l’instar de « Tomb Omnia » qui semble puiser certains riffs dans le rock alternatif des années 2000. Si « Stillborn » se dégage à priori comme étant le hit d’Arson, les autres morceaux peuvent autant prétendre à ce titre. Il est à parier que le duo le sait pertinemment puisqu’ils ont choisi de délivrer la quasi-totalité de l’album avant sa sortie, morceau par morceau, comme pour laisser le temps au public et aux éventuels curieux de s’approprier progressivement l’univers complet de leur nouvelle galette. Alors, certains y trouveront fatalement des touches à la Alcest, notamment sur les parties de guitare de « The Graves We’ve Dug », et d’autres un univers similaire à leur voisins d’Heretoir… Ce n’est en rien une surprise puisque le groupe revendique ces influences. Mais est-il encore pertinent de comparer Harakiri For The Sky à ses aînés ? Sans doute pas, puisqu’il s’en distingue dans ses textes, son esprit, sa démarche et sa musicalité qu’il a perfectionné au fur et à mesure (en atteste « Manifesto » des Graveyard Lovers, repris à leur sauce, avec Silvi Bogojevic assurant le chant féminin).

Outre manier le paradoxe entre lumière et obscurité, comme savent si bien le faire les savants du post-black, Harakiri For The Sky joue aussi avec les mélodies efficaces et une certaine densité musicale. Le groupe continue son bout de chemin avec un album dans la continuité ascendante de son prédécesseur, et aujourd’hui Harakiri For The Sky ne souhaite ressembler qu’à lui-même. Plus qu’être dans la continuité d’une « mouvance », Harakiri For The Sky apporte avec ce nouvel album sa pierre à l’édifice.

Album en écoute intégrale :

Album Arson, sorti le 16 février 2018 via Art Of Propaganda. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    In Flames @ Lyon
    Slider
  • 1/3