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Chronique   

Harakiri For The Sky – Maere


A travers la brume épaisse d’une année de réclusion, l’album Maere des Autrichiens d’Harakiri For The Sky apparaît comme un éclat de lumière pour briser cette opacité. Non sans brutalité, ce dernier opus offre tant un écueil rassurant qu’il confronte l’homme à ses tourments existentiels par un savant mélange de black metal, de post-rock atmosphérique et de nostalgie. Par sa mélancolie déroutante et captivante, le duo offre là une suite logique à ses œuvres précédentes, tissant continuellement les liens entre elles via cette énergie étincelante propre à Harakiri For The Sky.

Bien qu’il soit difficile de véritablement cerner ce qui fait d’Harakiri For The Sky un groupe si complet et unique, une chose est sûre : la rage qui anime chacune de ses œuvres ne se tarit jamais mais se renouvelle continuellement, par nuances. Sans faire exception, Maere bouscule par la vitalité crue qui émane de la voix si caractéristique de J.J. (Michael Kogler). La robustesse qu’elle dégage sert le propos pour s’ériger en porte-parole d’une souffrance intérieure criant sa douleur au monde. Sa tessiture si particulière semble presque déchirer les mots avant même qu’ils ne trouvent leur sens auprès de l’auditeur, et témoigne en cela de l’usure du temps passé, à jamais écoulé.

Toujours dans une profonde détresse, un titre comme « Us Against December Skies » définit la dimension fataliste de l’album. La répétition de riffs de guitare aigus et à l’air défaitiste entraîne dans un tourbillon de résignation qui ne va qu’en s’accélérant. Les cassures de rythme, utilisées avec parcimonie et justesse à travers les différents morceaux, ajoutent une spontanéité redoutée, faisant l’effet d’une prise de conscience soudaine que tout est toujours voué à mal finir. Ce genre de changements d’attitude musicale impulsive crée une alternance entre l’explosion d’émotions et le calme de l’abandon, procurant paradoxalement un regain d’énergie salvatrice et remplissant incontestablement son rôle cathartique. Les quelques passages de piano dans « Silver Needle – Golden Dawn » et « A Song To Say Good Bye » – reprise de Placebo – ne peuvent laisser indifférent. Ils ajoutent à la mélancolie tant par le timbre de cet instrument propice à ce genre d’émotion que par les mélodies délicates et fragiles qui tiennent en quelques notes le panel des souvenirs d’une vie. Ces instants nostalgiques semblent a priori épars mais, en réalité, imprègnent l’album dans sa totalité.

Un tel sentiment se ressent particulièrement lorsque Neige, chanteur d’Alcest, prête sa voix et son aura au titre « Sing For The Damages We’ve Done ». Sur quelques passages, le chant de Neige accompagne avec légèreté, et par la sensibilité qui lui est propre, les motifs mélodiques aériens de guitares alanguies. Pour autant le morceau n’en est pas moins vif. Il est même dominé par le déchaînement d’émotions exaltées qu’offrent les riffs acérés extrêmement efficaces de M.S. (Matthias Sollak) ainsi que la voix hurlée et exténuée de J.J., le tout appuyé par une batterie effrénée. C’est ainsi que ce contraste sonore entre paix et colère résume l’ensemble de l’album. Pour cause, le duo aborde les souffrances sentimentales et ses paradoxes, exprimant la distance qui progressivement s’installe entre deux individus qui ne se comprennent plus. Le groupe illustre en musique le mal réciproque que s’infligent des êtres qui se sont aimés et se retrouvent tiraillés entre deux états radicalement opposés. Une sorte de nage entre deux eaux qui apparaît « quand vous ne supportez plus de vivre l’un avec l’autre, mais l’un sans l’autre non plus », ainsi que le décrit J.J. Outre le propos, le travail réalisé sur les introductions de chaque morceau agrippe instantanément l’auditeur dans un état d’esprit spécifique : du challenge avec « I, Pallbearer », en passant par une dose d’appréhension pour « Once Upon A Winter » et de rêverie à travers la délicatesse d’un arpège acoustique sur « Time Is A Ghost ».

Au bout des dix titres que contient le disque, on comprend que son secret tient, entre autres, dans la répartition équilibrée des moments de contemplation et d’agitation. Harakiri For The Sky parvient à illustrer l’harmonie de deux extrêmes en symbiose avec pertinence, caressant ainsi l’auditeur comme une nuée de papillons noirs. Mais plus que des sensations, le groupe transmet avant tout un vécu avec un langage universel.

Reprise de la chanson « Song To Say Goodbye » (Placebo) :

Clip vidéo de la chanson « Sing For The Damage We’ve Done » (avec Neige d’Alcest) :

Vidéo pro-shot batterie de la chanson « I’m All About The Dusk » :

Chanson « And Oceans Between Us » :

Clip vidéo de la chanson « I, Pallbearer » :

Album Maere, sortie le 19 février 2021 via AOP Records. Disponible à l’achat ici



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  • Musicalement très bon . Beaucoup de nuances et de profondeur pour ce concept parfaitement exécuté. Malheureusement ,je n’en dirais pas autant de la voix du chanteur évoluant sur le même registre de bout en bout. Dommage , un chanteur proposant un registre plus varié serait clairement un atout pour atteindre le niveau supérieur.
    Néanmoins encore une fois, c’est excellent.

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