ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Hate Eternal : Erik Rutan l’ambitieux


Hate Eternal by Alex Morgan ImagingIl le dit lui-même : « Je mène plusieurs carrières à moi tout seul » et que c’est « certainement beaucoup de pression sur mes épaules d’avoir tant de casquettes – tu sais, ingénieur, mixeur, producteur, guitariste rythmique, soliste, chanteur… » Et parfois cela lui rend la vie difficile, mais il ne peut s’en empêcher : il adore ça ! Erik Rutan est à la fois un passionné de guitare et de death metal mais aussi un ambitieux, comme il le répète à plusieurs reprises dans l’entretien qui suit. Et c’est certainement ces deux composantes – la passion et l’ambition – qui font aujourd’hui de lui un incontournable de la scène death metal, que ce soit avec son travail en tant que producteur qu’avec son groupe Hate Eternal. Et c’est aussi sans doute pourquoi la qualité de ses réalisations avec celui-ci sont de plus en plus reconnues. En tout cas, avec son nouvel opus Infernus, il signe là un bel album de death metal, à la fois brutal et poignant. Il nous en parle de long en large ci-après.

L’occasion également d’évoquer l’équilibre entre ses deux carrières, de parler death metal de façon plus générale mais aussi de Morbid Angel, « l’un des innovateurs du death metal », comme il le qualifie, dans lequel il a eu l’occasion d’officier pendant plusieurs années, notamment aux côtés de son ami Steve Tucker, justement de retour dans la formation floridienne depuis peu. Évidemment, nous n’avons résisté à l’envie de lui demander s’il pourrait lui aussi à nouveau la rejoindre dans un avenir proche…

Hate Eternal by Alex Morgan Imaging

« Je me disais toujours qu’un jour je pourrais enregistrer mes propres albums dans mon propre studio. C’était un rêve que j’avais il y a presque trente ans. Et tout ça se concrétise aujourd’hui pour moi. »

Radio Metal : Vous avez recruté le batteur Chason Westmoreland l’année dernière pour remplacer Jade Simonetto. Peux-tu nous en dire plus sur la manière dont tu l’as connu et ce qui t’as poussé à lui proposer le poste ?

Erik Rutan (chant/guitare) : Chason m’a été recommandé par Ian et Anton du magazine Sick Drummer ; ces mecs sont des amis à moi. Ils soutiennent les groupes, les batteurs et le death metal, et ainsi de suite, depuis des années et des années. Ils m’ont été d’une très grande aide pendant tant d’années, à aider les batteurs d’Hate Eternal à obtenir une exposition aussi bien qu’à m’aider à trouver des batteurs. J’ai essayé quelques batteurs mais j’ai vu une vidéo de Chason et, mec, j’ai trouvé qu’il avait quelque chose de spécial rien que dans la vidéo que j’ai vu de lui en train de jouer. Il avait une certaine puissance et conviction dans son jeu. Je l’ai simplement contacté et je l’ai fait venir pour l’essayer. Nous avons jammé pendant une semaine. J’ai pu jauger à quel point Chason est talentueux, c’est un batteur très dynamique et très varié aussi, et il a énormément de capacités. J.J. et moi avons jammé avec lui pendant une semaine et nous savions immédiatement qu’il était la bonne personne pour le poste. Je trouve qu’il a fait un boulot fantastique jusqu’à présent. Il a fait un travail incroyable sur l’album et je ne pourrais être plus satisfait !

Jade Simonetto a quitté le groupe pour poursuivre ses études et sa carrière post-musicale. Est-ce que ça signifie qu’il a totalement abandonné la batterie ?

Non, je crois qu’il joue toujours de la batterie. Certains gars décident qu’ils veulent passer à autre chose dans leur vie et faire plein de trucs, et Jay travaille sur différentes choses en ce moment qui n’impliquent pas de musique mais je pense qu’il joue toujours de la batterie. Je l’espère en tout cas. C’est un super batteur et une chouette personne. Parfois les gens prennent des décisions dans leur vie pour poursuivre d’autres buts et je comprends complètement ça. Je respecte la décision de Jay. Jay était un merveilleux batteur et collègue, et un très bon ami à moi. Nous étions heureux de jouer avec lui pendant toutes ces années mais il a décidé qu’il voulait faire d’autres choses avec sa vie et je l’ai complètement soutenu dans cette décision.

Chason a dit dans une interview que vous avez fait des exercices très originaux pendant les auditions. Apparemment il y avait pas mal de méditation et il y avait aussi un exercice qui s’appelle le « clic aveugle » où le clic sautait de 5 coups par minute chaque minute. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ? Quel en était le but ?

Lorsque nous essayons des batteurs, c’est assurément un processus difficile, dans le sens où… Tu sais, je suis propriétaire d’un studio d’enregistrement, donc les batteurs venaient, nous jammions sur certaines chansons, et ensuite j’installais des micros sur la batterie et puis je leur balançais des tempos au hasard dans les écouteurs avec des pistes de clic pour qu’ils puissent me montrer de quoi ils sont capables avec le clic, avec un jeu improvisé, mais aussi pour me rendre compte de leur vitesse à la double, de leur technique de blast et d’autres choses. C’est avec ça que j’obtiens un avant-goût de ce dont ils sont capables. Ça, c’est une chose, et l’autre chose c’est que ça les met un peu sous le feu des projecteurs pour voir comment ils gèrent la pression de l’enregistrement et d’être mis dans l’embarras. Chason, mec, il s’en est sorti haut la main ! C’est un type tellement charismatique et il a directement foncé ! Pour ce qui est de la méditation et autre, il a commencé à faire ça pour vraiment se concentrer. Tu peux t’imaginer que c’est beaucoup de pression de venir ici et de se retrouver immédiatement examiné à la loupe en studio avec moi dans la pièce, ça fait beaucoup à gérer ! Même pour moi, je vis près de la plage et parfois je vais à la plage pendant cinq minutes avant d’aller au travail, sans regarder mon téléphone, en m’imprégnant simplement de quelques moments de vide, et pour ma part, ça m’aide un peu à mettre en place l’humeur de toute la journée. Je sais que Chason faisait de la méditation pour pouvoir être relax et se concentrer, car il voulait vraiment le poste, et ça l’a vraiment aidé. Je teste les batteurs parce que je veux vraiment m’assurer qu’ils s’en sortent haut la main, et Chason, mec, il m’a vraiment impressionné et continue à le faire sans arrêt, car c’est un chouette type et un super batteur. Nous sommes vraiment heureux de l’avoir !

Est-ce que tu demandes plus de la part d’un batteur que d’un autre musicien ?

[Il réfléchit] Non, je ne dirais pas ça. Je veux dire que, tout d’abord, J.J. est dans le groupe depuis sept ans, donc je n’ai pas eu à intégrer d’autres musiciens, en dehors du batteur, depuis un bail. Mais jouer de la batterie dans Hate Eternal, c’est une position très exigeante. A mes yeux, il n’y a qu’une poignée de batteurs dans le monde qui sont ne serait-ce que capables de jouer du Hate Eternal. C’est donc une position très exigeante qui réclame des aptitudes phénoménales. Nos tempos vont de très lents à très rapides, et tout ce qu’il y a entre. J’ai toujours aimé les batteurs qui ont de la polyvalence et pas seulement des mecs qui jouent vite, de la grosse caisse rapide ou des blasts rapides… Ce n’est qu’une petite partie de ce qui est demandé. Si tu regardes les batteurs avec lesquels j’ai joué, j’ai joué avec des batteurs incroyables au cours de ma carrière, de Ripping Corpse jusqu’à aujourd’hui. Je veux toujours jouer avec les meilleurs batteurs disponibles. Je les teste pour voir comment ils peuvent gérer toutes les situations différentes et les dynamiques du groupe, et Chason a clairement eu vingt sur vingt !

Tu as qualifié la composition d’Infernus de « long et laborieux processus, » et dit qu’il « a fallu énormément de détermination, de sang et de sueur pour tout mener à bien. » Peux-tu nous en dire plus sur ce processus, en quoi il a été long et laborieux ?

C’était long dans le sens où il nous a fallu un an pour trouver un remplaçant à Jade avec Chason et il est certain que c’était par moments frustrant. Je veux dire que J.J. et moi avions quelque chose comme quinze ou seize chansons, et nous pensions être prêts à enregistrer mais nous n’avions pas de batteur, donc nous attendions le bon moment, à travailler sur les chansons. C’était une année difficile sans batteur, à essayer de trouver le bon mec et ensuite, heureusement pour nous, Sick Drummer nous a parlé de Chason et ça a vraiment accéléré les choses lorsque nous avons trouvé le bon mec. Mais vraiment, c’était un long processus. Beaucoup de choses se sont produites pendant cet intervalle de temps. Tu sais, j’ai eu des décès dans ma famille et ça a certainement affecté la composition des chansons. Je crois qu’entre tout ceci, ça l’a rendu vraiment intense mais aussi, en raison de ça, ça nous a permis d’écrire le meilleur album possible, et de vraiment nous concentrer sur les dix chansons que nous pensions être les meilleures et les rendre vraiment uniques pour constituer cet album. Je ne pourrais pas être plus satisfait de ce que nous avons composé pour cet album ! Je trouve que nous avons vraiment capturé quelque chose de spécial avec ce que nous avons fait.

Hate Eternal - Infernus

« Parfois j’arrive très bien à gérer [mon travail de producteur et le groupe], et parfois je me plante misérablement car je me retrouve à en faire beaucoup trop, car je suis quelqu’un d’ambitieux. J’ai toujours l’impression de ne pas en faire assez, même si je fais un million de choses. »

Chason a dit que ce nouvel album a assurément été le plus difficile à apprendre pour lui. Il contient beaucoup de mesures asymétriques et de grandes longueurs de blast. Avez-vous voulu étendre les limites du metal extrême en termes de technique ?

Je suppose qu’avec chaque album je cherche à développer un peu, simplement parce que j’ai souvent l’impression que, pour moi… Même si je fais ça depuis… quoi ? Je ne sais pas, vingt-cinq ans désormais, tu sais, je perds la notion du temps mais… J’ai toujours le sentiment d’avoir encore plus de potentiel inexploité à exploiter. J’ai toujours l’impression que je peux faire mieux. J’ai toujours l’impression que je peux donner plus. C’est juste que je m’efforce toujours d’atteindre le meilleur de moi-même, de mes collègues dans le groupe et de tous ceux autour de moi avec qui je travaille. Je ne réfléchis pas vraiment à la direction des albums lorsque je les écris. Lorsque J.J. et moi écrivons ensemble en tant que groupe, je ne pense à rien de spécial, honnêtement. J’y vais plus au feeling. Je prends beaucoup de décisions dans ma carrière, en studio, au niveau composition et ainsi de suite avec mes tripes. Tu sais, si ça paraît bien, c’est que c’est bien ! C’est grosso modo ainsi que je fais les choses dans ma vie. Je suppose que le truc en particulier auquel j’ai toujours pensé avec chaque album, c’est d’aller plus loin que ce que nous avions déjà fait et rester fidèle à ce qu’est Hate Eternal, qui est un groupe de death metal. Nous serons toujours un groupe de death metal mais, à la fois, j’ai le sentiment d’avoir beaucoup de capacités et d’autres éléments dans mon jeu que je veux exprimer à travers Hate Eternal. J’essaie de puiser là-dedans et développer [ma musique] autant que possible sans perdre de vue qui nous sommes ; je ne ferai jamais ça. Je ne perdrai jamais de vue ce qu’Hate Eternal représente.

Est-ce que se développer implique nécessairement plus de technique ?

Non, pas nécessairement ! La technique est secondaire par rapport à l’écriture des chansons et le feeling, à mon avis. La technique n’est pas une chose à laquelle je réfléchis. Je ne pense pas à la technique, je pense en premier lieu à la composition. Je pense aux mélodies et aux émotions véhiculées à travers les mélodies. La technique fait juste partie du package mais ce n’est vraiment pas quelque chose qui est en haut de la liste des priorités.

Tu as déclaré avoir « travaillé très dur pour concevoir ces chansons pour qu’elles reflètent [ton] parcours, depuis [ton] passé jusqu’au présent, et l’aventure d’Hate Eternal. » Est-ce que ça signifie que tu voulais consciemment faire de cet album une synthèse de ce qu’est Hate Eternal et de ce qu’il a été ?

Avec cet album, je voulais assurément encapsuler ce qu’Hate Eternal a fait jusqu’à aujourd’hui, et aussi, j’imagine, y injecter un peu de fraîcheur. Lorsque j’écoute les chansons sur Infernus, j’ai l’impression que certaines d’entre elles représentent le Hate Eternal des débuts, certaines représentent le Hate Eternal plus récent, certaines représentent une approche davantage nouvelle d’Hate Eternal. J’essaie toujours d’injecter tous les éléments de tout ce que j’ai fait dans ma carrière, depuis Ripping Corpse jusqu’à Morbid Angel et ce que je fais aujourd’hui. J.J. a beaucoup contribué à cet album. Lui et moi avons beaucoup composé ensemble. C’était donc une expérience vraiment incroyable de vraiment explorer différentes idées. Nous avons eu tellement de temps pour chercher un batteur que nous avons vraiment pu être très précis et méticuleux dans notre écriture. Et je crois que notre album en a vraiment bénéficié. Lorsque j’écoute Infernus, je trouve que les dix chansons ont leur place. Il n’y a pas une seule chanson là-dedans que j’aurais changée ou retirée. J’en suis très fier.

Est-ce que parfois tu réécoutes ce que tu as fait par le passé pour t’en influencer ?

Non, j’ai tendance à ne pas faire ça. J’ai tendance à ne même pas… Par exemple, avec chaque album, il y a toujours des chansons qui se retrouvent inachevées et terminent dans un dossier quelque part, mais je ne vais jamais les revisiter. Elles disparaissent, c’est tout. Le truc, c’est que j’écris beaucoup de musique. Si je ne travaille pas sur la production, en général je joue de la guitare. Je veux dire que j’adore jouer de la guitare. J’adore composer. Je ne me mets pas de pression lorsque je dois composer, je ne suis pas là : « Je vais écrire un riff aujourd’hui ! » Ça se fait, c’est tout ! Je joue beaucoup à la guitare, j’adore jouer de la guitare et par bonheur pour moi, j’ai été très productif dans ma carrière. Je pense que c’est en partie grâce à ma passion pour la musique. L’une de mes choses préférées dans la vie, c’est simplement écrire des chansons et composer. C’est très important pour moi. Mais je ne reviendrai pas… Je veux dire que je le fais, évidemment, lorsque je travaille avec Chason, à lui montrer les chansons, nous écoutons les anciennes chansons mais je ne le fais pas pour m’inspirer. Je me sens très auto-inspiré et motivé. Je suis toujours ambitieux et à la recherche du meilleur. Je me sens très chanceux par rapport à ça. Je suis quelqu’un de très auto-motivé, et donc ça m’aide vraiment à faire les choses.

L’album s’intitule Infernus et sur l’illustration d’Eliran Kantor on peut voir des anges déchus qui déchirent des livres. Penses-tu que ce soit lorsque les livres, qui représentent la connaissance et la liberté, sont déchirés que l’on sait qu’on est en enfer ?

Le concept d’Eliran pour l’illustration de l’album était assez intense, si bien qu’il serait certainement mieux placé pour te l’expliquer. Mais il me parlait d’une citation sur le fait que lorsque le soleil sera consumé, les livres d’histoire seront absous et que plus rien n’aurait d’importance. C’est là-dessus qu’il a basé son concept pour l’illustration, ce que je trouvais très intriguant. Eliran, mec, c’est l’un des artistes les plus intenses avec qui j’ai jamais travaillé. Il est très minutieux. Lorsque j’ai reçu l’artwork, j’étais soufflé car il était génial. Je lui ai envoyé les paroles, les concepts derrière l’album et les choses qui m’avaient inspiré, les vécus et choses de cette nature, et il a pris tout ça et se les aient appropriés. J’ai toujours aimé partager des choses personnelles avec les artistes, comme les concepts dans les paroles mais aussi une bonne part des émotions qui ont été injectées dans l’album, et ensuite laisser l’artiste vraiment développer son propre truc à partir de ça, plutôt que de le limiter à faire uniquement ci ou ça. Évidemment, j’ai discuté avec lui de différentes choses que j’aime, différents artistes que j’aime, différentes périodes d’art que j’apprécie, et un peu du concept derrière les choses. Il a pris tout ça pour faire son propre truc. Je ne pourrais pas être plus satisfait avec l’illustration. Elle est magnifique !

Hate Eternal by Alex Morgan Imaging

« Ride The Lightning et Master Of Puppets sont deux de mes albums préférés de tous les temps. Est-ce que j’écoute Load ou Reload ? Non. Mais ça ne retire rien à la passion ou l’amour que je voue à Metallica. »

Tu as mentionné les « concepts derrière l’album et les choses qui [t]’avaient inspiré. » Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?

Les trois derniers albums ont un peu été… Et ce n’était pas intentionnel en soi… J’ai perdu beaucoup de gens dans ma vie. J’ai perdu un meilleur ami et j’ai perdu un collègue (NDLR : Jared Anderson, ancien bassiste d’Hate Eternal). J’ai perdu de nombreux membres de ma famille ces dix dernières années. Je dirais que la mort m’a inspiré de bien des façons pour m’exprimer musicalement et via les paroles, traitant de sujets, divers concepts et idées qui ont trait à la mort, la renaissance et des choses de cette nature. J’ai toujours été du genre à me servir des expériences personnelles et développer à partir de ça les concepts contenus dans mes paroles. Et d’un point de vue musical, j’ai toujours utilisé la musique comme un véhicule pour vraiment, je suppose, explorer les émotions et pouvoir les exprimer. Et c’est quelque chose qui, pendant toutes ces années à jouer de la guitare, m’a aidé dans ma vie et l’a enrichie. J’ai eu de la chance d’avoir un instrument qui me permet d’exprimer mes plus profondes émotions d’une façon très positive. J’ai pu prendre plein de choses négatives et les changer en renfort positif, en exprimant ces émotions via mon jeu de guitare. C’est quelque chose que je n’arrêterai jamais de faire.

Tu composes, produis et mixes tes albums avec Hate Eternal. Ne ressens-tu jamais le besoin d’avoir recours à une oreille extérieure au cours du processus ?

Bien sûr, parfois ! C’est sûr que ce serait bienvenu mais le truc, c’est que, je suppose… J’ai souvent parlé de ça avec mes collègues, mon manager, etc., si jamais je pense à travailler avec quelqu’un d’autre, j’en reviens toujours à la même conclusion : qui pourrait mieux savoir comment devraient sonner les albums d’Hate Eternal d’un point de vue production que celui qui les a créés ? Et, tu sais, il se trouve que je suis un des gars qui a fondé Hate Eternal mais aussi un gars qui fait de la production depuis seize ans maintenant. Je pense donc bien saisir ce qu’exactement je recherche dans une production. C’est beaucoup de responsabilité, et certainement beaucoup de pression sur mes épaules d’avoir tant de casquettes – tu sais, ingénieur, mixeur, producteur, guitariste rythmique, soliste, chanteur… C’est beaucoup de travail ! Ça ne fait aucun doute ! Lorsque j’étais adolescent, je me retrouvais assis dans ma chambre à me dire qu’un jour j’aimerais avoir mon propre studio, mon propre groupe ; J’ai toujours voulu chanter et jouer de la guitare dans mon propre groupe. Je me disais toujours qu’un jour je pourrais enregistrer mes propres albums dans mon propre studio. C’était un rêve que j’avais il y a presque trente ans. Et tout ça se concrétise aujourd’hui pour moi. C’est l’amour du travail, j’imagine. Il y a des fois, crois-moi, pendant la réalisation des albums où je me dis : « Mec, bordel mais qu’est-ce que je suis en train de faire ? » Mais, à la fois, j’adore faire ça ! Je suis tellement content de ce qu’est devenu Infernus, la production et les intentions que j’avais pour cet album d’un point de vue sonore. J’ai vraiment le sentiment d’avoir obtenu exactement ce que nous espérions. Je suis très content de la production.

J’imagine que ça doit te faire beaucoup de boulot de travailler en tant que producteur pour d’autres groupes. Comment parviens-tu à équilibrer ce travail de producteur avec ta propre carrière musicale ? Est-ce que les deux n’interfèrent pas parfois ?

Si, effectivement ! C’est difficile ! Ça ne fait aucun doute ! Je pense que quiconque faisant le même travail que moi peut en attester. Je pense que si tu vois les autres ingénieurs ou producteurs qui existent à travers le monde qui ont des groupes tout en faisant de la production et possèdent un studio, comme moi, ils te diront que ça représente une quantité phénoménale de travail de tout gérer en permanence. Le simple fait d’avoir un business est un grand défi en soi, alors je ne parle même pas d’une carrière de producteur tout en ayant un groupe. Parfois j’arrive très bien à gérer les deux, et parfois je me plante misérablement car je me retrouve à en faire beaucoup trop, car je suis quelqu’un d’ambitieux. J’ai toujours l’impression de ne pas en faire assez, même si je fais un million de choses. C’est juste que je suis un perfectionniste accro au travail ! Mais j’adore faire ça ! J’adore jouer de la guitare ! J’adore composer de la musique, tourner et jouer sur scène ! Et j’apprécie de produire. J’essaie d’équilibrer mais parfois je passe à côté d’une tournée, parfois je passe à côté d’une production d’album. Mais je ne suis qu’un seul gars ! Je mène plusieurs carrières à moi tout seul, donc je fais de mon mieux pour tout équilibrer. Il y a de meilleurs moments que d’autres mais j’y travaille encore ! J’ai toujours envie d’en faire plus en tant que guitariste et compositeur. Et je veux en faire plus en tant que producteur, donc… [Rires] C’est un défi constant d’essayer de faire les deux mais, d’une certaine façon, j’ai pu le faire pendant toutes ces années. Je ne sais pas comment ! Mais je continue de regarder devant moi, à travailler dur et à essayer de faire tout mon possible pour voir de meilleurs jours.

Cela fait longtemps maintenant que tu es dans la scène death metal et en tant que producteur tu as l’occasion de côtoyer de nombreux groupes plus jeunes. Que penses-tu du death metal aujourd’hui et de l’évolution du genre ?

Tu sais, venant des premiers pas du death metal, évidemment, j’ai un… Je ne sais pas quel serait le mot. Je suppose que je suis sentimental, sûrement, lorsqu’on parle du death metal de la vieille école, tu vois, comme Morbid Angel, Deicide, Cannibal Corpse, Suffocation, Death… Mais bien sûr j’adore les groupes de la seconde vague, comme Nile ou Origin, mais il y a tant de groupes ! Immolation… Je pourrais continuer sans m’arrêter. Il y a tellement de groupes qui tuent ! Je pense que beaucoup des plus jeunes groupes ajoutent des développements plus progressifs et des trucs hybrides, et je trouve ça super ! J’estime que les gens devraient explorer davantage d’avenues s’ils jugent que ça a un sens pour eux. Honnêtement, je crois que je suis plus le genre de gars porté sur la vieille école du death metal. Peut-être est-ce mon âge ou quoi. Je me concentre toujours plus sur le ressenti et la chanson plutôt que la technique. Je crois fermement que tout est dans l’attention aux détails des chansons. Je compose encore dans cet état d’esprit. Pour moi, Hate Eternal prend ses racines dans le death metal traditionnel mais c’est aussi une version un peu développée du death metal. Mais je respecte vraiment la plupart des nouvelles approches que peuvent avoir les groupes progressifs plus récents. Tu sais, il y a tellement de facettes dans le death metal. Il y a juste tellement de types d’approches différentes à l’art du death metal. Je trouve que c’est super que les gens développent à partir de ça et essaient d’intégrer de nouveaux éléments.

Hate Eternal by Alex Morgan Imaging

« Les groupes comme Morbid Angel veulent pouvoir faire ce qu’ils veulent, ils ont certainement gagné le droit de faire ça. Mais pour ma part, avec Hate Eternal, je sais que nous resterons sur la voie du death metal. »

On a appris il y a quelques semaines que Morbid Angel a perdu trois membres, le guitariste Destructhor, le chanteur David Vincent et le batteur Tim Yeung, et que Steve Tucker était de retour dans le groupe. Est-ce qu’il y a une quelconque chance de te voir revenir dans Morbid Angel, surtout dans la mesure où tu collabores en ce moment sur le nouvel album de Steve Tucker avec son groupe Warfather ? Est-ce que Trey Azagthoth t’a contacté à ce sujet ?

Je parle effectivement à Trey de temps en temps. Lui et moi sommes certainement en contact. Mec, j’ai un immense respect pour Trey. Je veux dire que j’adore Morbid Angel. J’ai joué avec Morbid Angel pendant de nombreuses années. J’ai joué sur trois albums. J’ai tourné pour quatre albums avec Morbid Angel. Parmi mes meilleurs moments dans toute ma vie ont été passés avec Morbid Angel. Et je suis resté en contact régulier avec Trey. Je reste en contact avec Steve aussi – je suis en train d’enregistrer son album là tout de suite, donc il est dans le studio avec moi ! Je veux dire qu’on ne sait jamais ! Je ne ferme jamais les portes sur les opportunités qui peuvent se présenter. Mais, tu sais, avec l’album d’Hate Eternal qui arrive et ma carrière en tant que producteur, j’ai clairement un emploi du temps rempli. Je suis en permanence très occupé ! Il est donc difficile pour moi de lancer quelque chose en plus de ce que je suis déjà en train de faire mais, à la fois, on ne sait jamais ! Je ne dis jamais non à quoi que ce soit, surtout quelque chose qui me passionne. J’adore Morbid Angel. Pour moi, Morbid Angel a toujours été, à mon avis, un groupe vraiment, vraiment incroyable. S’il y a quoi que ce soit que je peux faire pour aider Trey ou Steve ou Morbid Angel, je le ferais très certainement sans hésitation, mais là tout de suite, mon emploi du temps est plein avec Hate Eternal et mes enregistrements.

Donc rien n’a été discuté à ce stade…

Je veux dire que je ne suis pas… La seule chose à propos de laquelle j’ai vraiment discuté c’est le nouvel album d’Hate Eternal et je parle à Trey de choses diverses et variées, tu vois, mais nous n’avons pas parlé de quoi que ce soit de ce genre.

Qu’as-tu pensé de ce qu’est devenu Morbid Angel après ton départ, surtout par rapport à l’album Illud Divinum Insanus qui a créé la controverse ? Tu as d’ailleurs travaillé sur la production des batteries sur cet album…

Eh bien, j’ai enregistré les batteries pour cinq chansons sur le nouvel album, « Nevermore » et quelques autres chansons de ce genre. Certaines des chansons auxquelles tu fais allusion et qui étaient un peu différentes, je ne les ai même pas entendues avant que l’album ne sorte, car ils ont enregistré les batteurs ailleurs pour celles-ci. Tu sais, le truc, c’est que pour ma part, je ne… Lorsque je pense à Morbid Angel, je pense à un groupe qui a toujours été avant-gardiste. Tu sais, lorsqu’Altar Of Madness est sorti en 1989, Morbid Angel était très largement en avance sur son temps, mec. Je veux dire qu’ils étaient vraiment en avance sur tout le monde. Crois-moi, je me souviens très bien, j’étais au lycée lorsqu’Altar Of Madness est sorti et c’était un album dévastateur ! Pour moi, Altar Of Madness de Morbid Angel est le meilleur album de death metal de tous les temps. Ça, évidemment, ce n’est que mon avis, ça ne veut pas dire que c’est la panacée mais je trouve que c’était un album vraiment important et crucial. Et Morbid Angel, selon moi, a fait les choses à sa façon durant toute sa carrière et c’est pourquoi ils ont eu tant de succès. Parfois les groupes font des choses, ils font des faux pas ou ils font un album sur lequel tout le monde ne s’accorde pas mais, au bout du compte, si quelqu’un n’aime pas un album qu’a pu faire Morbid Angel, personne n’est obligé de l’écouter. Je vois un peu ça comme Metallica. Pour moi, Ride The Lightning et Master Of Puppets sont deux de mes albums préférés de tous les temps. Est-ce que j’écoute Load ou Reload ? Non. Mais ça ne retire rien à la passion ou l’amour que je voue à Metallica. Morbid Angel mérite sans conteste le respect et le crédit qu’ils ont pour être qui ils sont. Selon moi, c’est l’un des innovateurs du death metal.

Est-ce que tu te verrais avec Hate Eternal faire un album que personne n’attendrait de toi ?

Non ! Je veux dire qu’Hate Eternal sera toujours un groupe de death metal. Il y a bien plein de musiques différentes que j’apprécie, comme la musique classique, et diverses choses que j’aime… Je n’ai jamais été un grand fan d’industriel. Tu sais, je ne suis pas très porté sur l’industriel ou la techno ou quoi que ce soit de ce genre. J’imagine que je suis… Je ne sais pas, lorsqu’il s’agit d’Hate Eternal, je pense que nous serons toujours un groupe de death metal du début à la fin. Nous aurons d’autres éléments là-dedans, mais je ne crois pas que nous écrirons des choses qui s’éloigneront trop de ce que nous représentons parce que c’est juste ce que je sens, je me sens death metal. Je veux toujours qu’Hate Eternal reste sur sa voie. Mais, tu sais, lorsque les groupes essaient de nouveaux éléments et des choses de ce genre, je ne juge jamais quelqu’un parce qu’il fait ça. Si les gens veulent ajouter de nouveaux éléments, c’est clairement leur prérogative. Les groupes comme Morbid Angel veulent pouvoir faire ce qu’ils veulent, ils ont certainement gagné le droit de faire ça. Mais pour ma part, avec Hate Eternal, je sais que nous resterons sur la voie du death metal.

Tu as eu de nombreux bassistes et batteurs avec les années dans Hate Eternal, ce qui peut donner l’impression que c’est en fait ton groupe solo. Mais quelle est ta vision d’Hate Eternal ? Quel genre d’implication ont les autres membres ?

Tu sais, c’est marrant. Je veux dire que je suppose que la plupart des gens voient Hate Eternal comme mon groupe solo parce que je l’ai formé il y a presque vingt ans aujourd’hui. J’investis beaucoup d’amour et de dur labeur dans Hate Eternal en tant que membre fondateur. Mais j’essaie toujours de voir Hate Eternal comme un groupe. Je veux dire que J.J. est dans le groupe depuis sept ans maintenant. Lui et moi avons coécrit sept chansons sur le nouvel album, tu sais. Il a un peu aidé avec Phoenix Amongst The Ashes. J’essaie toujours d’injecter, venant du groupe… Tout le monde est impliqué, tu sais. Chason a aidé avec l’écriture de certaines parties de batterie et des choses comme ça. J’aime impliquer tout le monde dans le processus de création. Il se trouve juste que j’écris beaucoup de musique, que je sais quelle direction je veux prendre avec Hate Eternal. J’imagine que c’est un peu comme lorsque j’ai rejoint Morbid Angel. Tu sais, Trey a toujours eu une vision de ce qu’il voulait que Morbid Angel soit, et j’essayais simplement de coller à cette vision et créais des chansons qui correspondaient à la façon dont Morbid Angel devrait sonner et à ce qu’attendait Trey. Je pense que J.J. et Chason ont essayé de faire pareil, en ajoutant leur propre feeling mais aussi proposant des choses qui collaient à ce qu’Hate Eternal représente.

Quels sont tes prochains projets ?

Nous avons des tournées qui arrivent avec Hate Eternal, en soutien d’Infernus. Nous sommes en train de mettre en place une tournée US et ensuite pour l’Amérique du Sud, puis sans doute l’Asie du Sud-Est, avec un peu de chance le Japon et l’Australie, et ensuite l’Europe quelque part l’année prochaine, nous y travaillons. Je vais donc beaucoup être en tournée. J’ai quelques projets qui arrivent mais dont je ne peux pas parler pour le moment, car ce n’est pas encore officiel mais j’ai effectivement des trucs bien classes qui arrivent très bientôt.

Interview réalisée par téléphone le 21 juillet 2015 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Alex Morgan.

Site officiel d’Hate Eternal : www.hateeternal.com.



  • Arrow
    Arrow
    Alice Cooper @ Paris
    Slider
  • 1/3