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Chronique   

Hate Eternal – Infernus


Hate Eternal - InfernusLe guitariste-hurleur Erik Rutan est un homme très occupé. Celui qui fit ses premières gammes dans son natif New Jersey (Etats-Unis) dans la formation Ripping Corpse avant de se faire un nom sur la scène du death metal floridien des années 90 en tant que second couteau au sein de Morbid Angel, demeure en parallèle depuis 1997 l’artisan et la tête pensante du groupe Hate Eternal. Devenu depuis plusieurs années un ingénieur du son expérimenté et producteur hors pair, il n’en oublie pour autant jamais son groupe fétiche, même s’il se voit contraint d’espacer ses sorties. Le Mana Recording Studios de St. Petersburg en Floride, son propre studio, a encore une fois servi pour toutes les étapes de création de son nouveau « bébé ». Outre J.J. Hrubovcak reconduit au poste de bassiste, Rutan s’est adjoint les services d’un nouveau batteur à la rapidité technique déconcertante, Chason Westmoreland. Nul doute qu’à l’écoute de ce nouvel opus, intitulé Infernus, et donc naturellement placé sous les auspices de l’Enfer, les âmes les plus pieuses et sensibles ne seront pas seules à trouver que son titre lui sied si bien.

Déjà par son amorce brutale et fulgurante. Hate Eternal met d’emblée les choses au point et surfe sur une thématique de choix pour illustrer la dimension apocalyptique de l’opus, en l’occurrence la huitième plaie d’Egypte. Dès le kilomètre zéro de cet album, on fait connaissance de plein fouet avec la clef de voûte commune aux dix pistes d’Infernus, soit la batterie impressionnante de Chason Westmoreland, variée, énergique, mais aussi et surtout généreuse en blasts, dont la caisse claire en vient à évoquer le mitraillage d’un Gatling. Et l’on ressent immédiatement dans la gorge d’Erik Rutan une colère grandissante qui ne demandait qu’à se libérer.

N’atteignant pas la technicité stratosphérique de combos tels qu’Origin ou Brain Drill, cet album recèle tout de même une certaine profondeur, dans la technique et l’agressivité qui jouxtent parfois le brutal death. On sait par ailleurs Rutan ardemment attaché au death metal traditionnel, et sa patte old school, héritée en particulier de ses années Morbid Angel dont on reconnaît immanquablement l’empreinte, est perceptible dans le façonnement de l’album, dans la construction-même des titres et la tempérance des ambiances, ceci pour éviter que les dix wagons de ce train d’enfer, mis bout à bout, n’occasionnent un sentiment de linéarité sur la durée. On songe à « The Stygian Deep » dont les riffs crochètent à contre-temps des notes illustrant parfaitement le caractère anxiogène et fataliste d’une croisière abyssale sur les eaux du Styx. La superposition de plusieurs guitares crée un effet dissonnant qui génère un sentiment grandissant de malaise, comparable à celui d’un cauchemar où l’objet de nos peurs nous poursuit et finit par nous rattraper.

Chacun des morceaux contient sa propre réalité, et parmi les plus marquants, notons l’infernal « The Chosen One » : il illustre cette brutalité sans nom, allant tout schuss, et qui soudain rompt avec des éléments alternatifs comme un tourbillon de notes métallisées et aiguës de basse frappées avec vigueur, donnant presque l’illusion que D.D. Verni (OVERKILL) s’est aventuré dans la fournaise du death metal. Avec les guitares qui vont chercher des notes tout aussi hautes voire des sifflements perçants, on frôle même parfois un matériau proche du psychédélisme – ce que l’on retrouve de façon plus marquée sur l’intro à la talk-box d’ « O’ Majesty Being, Hear My Call ». Cette anxiété hypnotiseuse apparaît tout autant dans le méchant et chaotique « Zealot, Crusader Of War », le suffocant au possible « Order Of The Arcane Scripture » ou encore le long de l’instrumental et labyrinthique « Chaos Theory ». Mais c’est indéniablement la chanson-titre « Infernus », plus longue et plus progressive, qui montre la progression aboutie d’Hate Eternal, ce dernier faisant preuve d’habileté à instaurer une ambiance mystérieuse, plutôt mélodique, avec un un léger effet de dynamisme au moyen d’un mid-tempo roulant de batterie, puis de basculer petit à petit dans des parties plus guerrières avec cette basse délirante, voire des méandres plus dramatiques à la manière d’un Gojira sur la fin, lorsque planent des guitares aériennes.

Infernus est un album sans complexe, sauvage, vivant, viscéral à en faire perdre son latin, fort de dix pièces complémentaires, ponctuées de rares temps morts intelligemment placés. Hate Eternal a trouvé dans cette dernière incarnation un nouvel élan. L’osmose qui s’est créée entre les trois musiciens est manifeste et pourrait les inspirer à remettre le couvert à l’avenir. Ce groupe que certains situaient dans l’ombre de ses pairs et qui ne semblait créer qu’assez peu de vagues, a dépassé sur cet opus ses propres limites et accouche d’un déferlant tsunami musical.

Ecouter les morceaux « Infernus », « The Stygian Deep », « Pathogenic Apathy » et « Zealot, Crusader Of War » :

Album Infernus sortie le 24 août 2015 chez Season Of Mist.



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