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Interview   

Hatebreed : Jamey Jasta passe au confessionnal


Jamey Jasta - HatebreedCe qui fait que Hatebreed fédère, c’est avant tout son envie de partager quelque chose avec son auditeur. Le succès d’un titre comme « Destroy Everything » est dû à son indiscutable accroche musicale – et qui a nécessité plus de réflexions et de tâtonnements que l’on se l’imagine, mais aussi à son texte simple mais dans lequel l’auditeur trouve une forte résonance émotionnelle.

C’est ce que le groupe a souhaité créer, et plus que jamais avec ce nouvel album, comme le suggère d’ailleurs le nom Concrete Confessional. Hatebreed a voulu s’ouvrir à son auditeur par un procédé d’écriture et d’enregistrement plus brut. Quant aux textes, le souhait du chanteur Jamey Jasta était de moins s’épancher intimement afin de plus se concentrer sur le partage, que ce soit en ouvrant un débat politique quant au rêve américain ou en essayant d’être de bon conseil quant au sujet – pour le coup très intime – de l’anxiété.

Découvrez ci-après notre entretien avec le chanteur.

Hatebreed 2016

« Les gens entendront ce qu’ils voudront entendre, ils diront ce qu’ils voudront dire, ils penseront ce qu’ils voudront penser. Donc ce que je dois faire, c’est me faire plaisir autant que possible. »

Radio Metal : Le communiqué de presse de l’album débute avec l’affirmation suivante : « On peut faire confiance à une institution. Ses fondements ne tremblent pas face aux changements ou aux modes. » Donc verrais-tu Hatebreed comme une institution musicale ?

Jamey Jasta (chant) : Ouais. Après vingt ans dans le circuit, nous avons joué sur la totalité du globe, nous avons tourné avec tous nos groupes préférés, nous avons encore le soutien de centaines de milliers, si ce n’est de millions, de fans, nous avons vendu presque deux millions d’albums… J’ai le sentiment que nous avons eu un véritable impact. Et je pense que cet album poursuit cet héritage et offre ce que les gens apprécient dans notre travail.

Tes influences musicales sont assez variées. Du coup, n’es-tu pas tenté parfois d’utiliser certaines de ces influences qui ne font pas forcément partie du style de base d’Hatebreed ?

Ouais et je pense qu’avec cet album, nous l’avons fait de manière à ce que ce soit nouveau et frais, comme le fait de partir d’emblée sur une chanson très thrash et rapide avec un solo, ensuite ça ralentit avec une chanson plus metal et mid-tempo et ensuite ça cogne dur avec la chanson « Seven Enemies » qui n’a qu’un tempo, qu’un groove d’un bout à l’autre. Et puis, pour ce qui est d’incorporer de nouveaux sons, nous l’avons fait un peu plus tard dans l’album. Comme par exemple la chanson « Something’s Off » qui sonne entraînante mais possède aussi différents types de chant que ce à quoi les fans sont habitués. Et il y a une chanson qui s’appelle « Serve Your Masters », si tu lui retirais ma voix, ça pourrait presque sonner comme une chanson à la Amon Amarth, et c’est devenue une chanson vraiment forte et c’est pour ça que nous avons voulu terminer l’album avec. Mais nous avons aussi ajouté du blast beat sur une chanson, or des blast beats, ça fait vingt ans que nous n’en avons pas eu sur un album ! Je dirais qu’il y a six ou sept nouveaux éléments différents sur cet album, juste de petites parties ici et là qui maintiennent suffisamment l’intérêt, sans que ça fasse un grand changement qui pousserait les fans à se dire que nous faisons un truc ringard.

Dirais-tu que vous avez une idée précise de comment Hatebreed doit ou ne doit pas sonner ?

Pour ma part, je veux toujours que ma voix soit aussi solide que possible. Si tu regardes ce que les fans aiment, ils aiment beaucoup les deux premiers albums. Sur ces albums, je ne trouve pas que ma voix sonne bien parce que je n’avais pas la bonne technique et donc je n’écoute pas ces deux albums. J’apprécie le fait que les fans les aiment et j’aime jouer ces chansons, nous en jouons au moins quinze, peut-être même vingt, encore aujourd’hui, vingt ans après, mais… C’est marrant parce que je lis des critiques où les gens disent : « Oh, Hatebreed sonne toujours pareil. » Mais chaque album est très différent des autres ! Donc peu importe ce que tu fais, les gens penseront ce qu’ils veulent penser et je n’ai aucun contrôle là-dessus mais je peux contrôler la force de ma voix. Donc avec cet album, je me suis assuré de faire chaque phrase quatre ou cinq fois, que je dormais bien, que je mangeais bien, que je buvais beaucoup d’eau, que j’exerçais ma voix… Cet album, c’est l’une de mes prestations vocales préférées et je pense qu’il est bien plus varié que ce que nous avons fait sur The Divinity Of Purpose où beaucoup de critiques disaient que ce n’était qu’une tonalité de chant d’un bout à l’autre de l’album, ce qui n’est pas vrai ! Sur Divinity, je chante complètement différemment mais peu importe, les gens entendront ce qu’ils voudront entendre, ils diront ce qu’ils voudront dire, ils penseront ce qu’ils voudront penser. Donc ce que je dois faire, c’est me faire plaisir autant que possible. Je ne suis jamais satisfait à cent pour cent mais je dirais que sur cet album, je suis satisfait à quatre-vingt-dix-neuf pour cent.

Tu as déclaré avoir ressenti « un bon feeling dans le studio » et que « l’album était un instantané. » Tu dirais donc que l’atmosphère était très spontanée ?

Ouais parce que lorsque j’ai été au studio pour la première fois avec quelques-unes de mes idées… J’avais peut-être, je ne sais pas, j’avais j’idée de « Seven Enemies » et j’avais un bout d’idée pour « Looking Down The Barrel Of Today », et nous avons utilisé un tout petit studio dans notre région d’origine, ce n’est pas un studio cher, ce n’est pas tape-à-l’œil… Ce n’est pas comme la façon dont nous avons fait Perseverance. Il n’y avait pas de jacuzzi, pas de cinéma, pas de chef cuisinier personnel. C’était un peu comme quand nous avons fait le premier album. Donc nous avons dit : « Retrouvons cette atmosphère ! On y va et on repart. » Il n’y avait aucune pression. Nous sommes qui nous sommes. Nous pouvons être qui nous voulons être et tant que les chansons sont accrocheuses et heavy, amusons-nous et faisons en sorte que le processus soit facile, du genre : « Ok, est-ce qu’on aime ça ? Super. On le laisse comme ça et on passe à autre chose. »

Est-ce que vous avez conservé des premières prises pour que ça reste frais et spontané ?

Tout sauf… En fait, j’ai retravaillé quelques trucs à la dernière minute. C’est marrant parce que nous avions fait la même chose pour Supremany. Sur Supremany, nous avons tourné en Australie avec Korn et pendant le vol, nous avons écouté « Never Let It Die » et « Destroy Everything » et nous sommes revenus et avons complètement changé ces chansons. Nous avons de la chance d’avoir pu faire ça parce que [le producteur] Zeuss m’a fait écouter les versions originales de ces chansons et elles étaient horribles ! Et donc, en allant au Japon pour jouer avec Ozzy en novembre, pendant le vol, j’ai écouté quelques-unes de mes idées de chant et quand je suis rentré chez moi, je les ai complètement changées. C’est donc une bonne chose de faire une petite pause et ensuite dire : « Ok, je peux faire de meilleures prises. » Mais les premières prises sur « Seven Enemies », le refrain, et sur le refrain de « From Grace We’ve Fallen », la première moitié tout du moins, sont toutes restées. J’ai fini par ne pas utiliser les paroles originales de « From Grace We’ve Fallen », et c’est probablement pourquoi je n’en suis pas à cent pour cent satisfait. Nous avons fait une petite erreur. Nous étions si contents de la chanson que nous ne sommes jamais revenus dessus pour l’écouter avant de la masteriser et donc, lorsque nous l’avons masterisé, j’étais là : « Hey ! Où sont passés ces paroles que j’ai enregistré ? » Et Zeuss était là : « Oh mon Dieu ! Attend, je vais voir ça ! » Et ensuite nous avons cherché et nous ne parvenions pas remettre la main dessus. Donc les nouvelles paroles sont restées mais ça va, ça reste bien. Ce sont des choses qui arrivent.

Hatebreed - The Concrete Confessional

« [Les groupes importants dans ma vie] partageaient leur douleur avec leurs auditeurs, ils se confessaient dans une chanson qui signifiait quelque chose pour eux et ensuite, les gens l’entendaient et ça résonnait en eux. C’est ce que je voulais faire avec ça. »

Tu as mentionné les premières versions de « Never Let It Die » et « Destroy Everything » qui étaient horribles. Qu’est-ce qui n’allait pas ?

C’est juste que ça s’enchaînait mal ! Ça semblait un peu s’éterniser, il y avait un couplet qui ne collait pas et il y avait des mots qui n’étaient pas accrocheurs. Même Roadrunner nous a dit à l’époque… Ce qui est cool parce que nous travaillons avec Monty [Conner]. Monty était chez Roadrunner à l’époque où nous avons fait Supremacy et maintenant c’est notre A&R (personne qui fait en quelque sorte le lien entre l’artiste et la maison de disque, NDLR) en Amérique pour cet album ! C’est donc intéressant parce que Mike Gitter, l’autre gars avec qui nous avons travaillé chez Roadrunner, il a même dit : « Cette chanson pourrait être tellement meilleure. Les mecs, pourquoi ne la retravaillez-vous pas ? » Cet album parle de la suprématie de soi-même, de comment vaincre nos démons intérieurs qui nous répriment, l’anxiété, les doutes, la peur, la faible confiance en soi dans la vie. Tu dois détruire tout ça et parfois réinitialiser ton point de vue ; chaque jour est comme un nouveau jour où tu peux faire un nouveau départ, où tu peux détruire tout ce qui vient d’hier et qui te freine dans la vie. Donc j’étais là : « Tu sais quoi ? Je vais juste dire ‘destroy everything’ (‘tout détruire’, NDT). » Et ensuite, tout d’un coup, c’est devenu cet énorme hit et nous partions faire le tour du monde ! Cet été-là, nous avons joué au Ozzfest, avec vingt mille personnes certains jours qui chantaient « Destroy Everything ». Et ensuite, nous avons été en Europe, nous avons commencé à être à l’affiche d’énormes festivals. Et donc c’était un bon choix parce que maintenant cette chanson est un tube !

Lorsqu’on est en studio, c’est facile de devenir obsédé avec les détails et être trop perfectionniste. Du coup comment fixes-tu les limites ? Comment sais-tu lorsqu’il faut arrêter de se soucier des détails ?

Je ne sais pas ! C’est comme parfois, les chansons se font si rapidement que nous nous demandons comment c’est arrivé. Par exemple, il y a une chanson sur cet album, « Something’s Off », qui s’est faite très rapidement et nous savions tout de suite qu’elle serait énorme. Nous n’arrêtions pas de nous regarder et ensuite nous l’avons réécouté et avons dit : « Cette chanson et énorme ! Ça va être énorme ! » Elle s’est faite tellement vite, genre Chris [Beattie] m’a envoyé les lignes de basse et quelques parties de guitare, et je lui ait dit : « J’ai une partie qui va aller comme un gant avec ça et ce sera énorme ! » Et puis j’ai dit : « J’ai ces paroles que j’attendais d’utiliser pour une grosse chanson. » Ces paroles étaient importantes pour moi parce que c’est une chanson sur l’anxiété et le fait de lutter contre ça, et donc j’avais toujours besoin de la bonne musique pour coller aux mots, et ensuite boom ! Elle s’est fait super rapidement ! Et voilà, tu ne veux pas revenir en arrière, tu ne veux pas faire une fixation dessus, car tu es là : « Ok, c’est parfait ! » Il y a trois parties avec un pont, le chant et une mélodie à chanter en chœur et c’est tout ! Elle n’a rien besoin d’autre !

Parlons du titre de l’album. Dirais-tu qu’écrire et jouer la musique de Hatebreed, c’est ton propre confessionnal ?

Ouais parce que je veux créer cette pensée, je veux déclencher une nouvelle pensée, je veux que les gens… Et ce n’est pas que nous, pour n’importe quelle musique heavy, peu importe ce que c’est, les gens disent que c’est un mur du son bien dur et solide ; c’est difficile de mettre des mots là-dessus, n’est-ce pas ? Donc comment fais-tu la juxtaposition, quelque chose qui soit aussi solide et heavy mais également honnête, comme un aveu ? Donc ça semble fonctionner avec ce que nous essayions de dire avec cet album et l’artwork. Genre, quand tu vois l’artwork, il y a quelqu’un derrière un mur, dans l’obscurité et il y a des chaînes. Souvent, les gens ont le sentiment qu’il y a une raison qu’ils soient attirés par la musique heavy, le punk rock ou le hardcore, ils entendent une chanson ou des mots qui leur parle et moi-même, pour plein de groupes importants dans ma vie, je prêtais attention à ce qu’ils disaient. Ils partageaient leur douleur avec leurs auditeurs, ils se confessaient dans une chanson qui signifiait quelque chose pour eux et ensuite, les gens l’entendaient et ça résonnait en eux. C’est ce que je voulais faire avec ça.

L’album démarre sur une chanson de deux minutes, très agressive, qui s’appelle « A.D. », qui est l’acronyme d’ « American Dream ». Pourquoi est-ce que le rêve américain t’inspire autant de violence ?

Eh bien, la chanson en tant que telle, je pense, est représentative des sept ou huit années qui ont suivi l’effondrement du marché immobilier. Je ne vois pas comment avoir une grande maison avec sa palissade blanche, trois enfants, une voiture, un chien et les choses matérialistes qui sont vraiment possibles lorsque la classe moyenne disparaît, qu’il y a tellement de richesse en haut et un pourcentage si faible réinvesti dans la population. Ça paraît de moins en moins possible. La chanson est un peu pessimiste mais à la fin, je dis : « Si nous repensons ce rêve, alors peut-être qu’un jour il pourra redevenir réalité. » Et donc, j’ai vraiment le sentiment que la seule chose qu’on puisse faire, c’est agir localement, n’est-ce pas ? Si j’ai un business en local et que je veux contribuer à changer les choses, je dois augmenter les salaires des gens qui travaillent pour mon business, je dois réinvestir mon argent. Lorsque je pars en tournée mondiale, quand je reviens avec l’argent que je me suis fait, je dois le réinvestir dans ma communauté, je dois faire des dons à des œuvres caritatives avec lesquelles je suis d’accord, qui me donne le sentiment de faire les meilleurs choix et de le dépenser correctement, et j’ai besoin de m’entourer de gens qui veulent travailler et travailler dur, et j’ai besoin d’être ouvert et inclusif. Le rêve américain avant incluait tout le monde. Les gens pouvaient venir de partout dans le monde, et ils le faisaient ! Mon arrière-grand-père est venu d’Irlande. Il est venu en Amérique et lorsque je grandissais, j’entendais des histoires à son sujet par mon grand-père. Et ensuite, mes voisins, lorsque j’étais gamin, venaient de Pologne et leur arrière-grand-père, qui était encore en vie lorsque j’avais probablement dix ou onze ans, m’a dit que lorsqu’il est venu de Pologne, il entendait qu’on pouvait trouver de l’argent dans la rue en Amérique. Voilà à quel point l’Amérique était généreuse et incroyable. Et la coupe débordait, pour ainsi dire. Il y avait tant de prospérité. Et c’était intéressant parce que je me souviens rentrer à pied de l’école, trouver de l’argent par terre, des centimes, et me dire : « Wow ! Il avait raison ! » Cette terre d’opportunité où tu pouvais venir de loin et te construire une vie de qualité et bénéfique pour ta famille, ce n’est plus comme ça aujourd’hui. Maintenant, depuis l’effondrement du marché immobilier et que le chômage a augmenté, tu vois la hausse de la criminalité, tu vois la sournoiserie, la rhétorique politicienne, le désespoir… Donc peut-être que nous avons effectivement besoin de changer nos principes, changer notre manière de voter et dépenser localement notre argent pour aller vers quelque chose de positif.

Hatebreed 2016

« Lorsque je pars en tournée mondiale, quand je reviens avec l’argent que je me suis fait, je dois le réinvestir dans ma communauté. »

Et cette chanson étant courte, directe et agressive, voulais-tu que cet album débute comme un poing dans la face de l’auditeur ?

Ouais, complètement et c’est quelque chose de totalement différent de ce que nous avons fait sur l’album précédent. Tu sais, sur le dernier album, j’essayais de faire quelque chose de peut-être un peu trop similaire à Supremacy, avec les paroles introspectives, tout était très personnel, avec des sentiments que j’avais sur le fait de surmonter des situations négatives dans ma vie. Je savais que j’allais devoir partir en tournée pour cet album pendant deux ou trois ans et chanter ces chansons chaque soir, donc je voulais qu’elles soient très personnelles. Mais ensuite, je me suis dit, pour cet album, que je n’étais pas obligé de chanter à propos de moi. Je peux chanter à propos de choses et situations que je vois, et pas forcément sur moi.

Tu as mentionné plus tôt la chanson « Something’s Off » qui parle de l’anxiété. Ça semble être un sujet important pour toi. Tu as d’ailleurs déclaré : « J’ai écrit des chansons à propos de la dépression, de l’alcoolisme et retomber dans des motifs destructeurs. En revanche, je ne me suis jamais senti de pouvoir mettre le doigt sur ce qu’était l’anxiété. » Du coup, qu’est-ce qui t’a décidé à faire une chanson sur le sujet ?

Le simple fait que des gens me disent : « Est-ce que ça va ? Qu’est-ce qu’il se passe ? » Il y avait certains moments au cours des quelques dernières années où j’avais l’impression de ne pas pouvoir sortir du lit, faire un concert, apparaître en public ou gérer une certaine situation et des gens me disaient : « Tu dois être sérieusement atteint d’anxiété » ou « Tu dois avoir de l’anxiété sociale » ou « Tu dois être… » Et tout le monde essayait de m’aider mais chacun a une manière différente de gérer ça. Je connais des gens qui prennent des médicaments à vie pour soigner l’anxiété. Je ne crois pas forcément que ça m’aiderait et je refuse de dépendre de quelque chose de ce genre. Donc nous avons essayé de faire de l’exercice, écouter de la musique, jouer de la guitare, partir en randonnée, méditer et ça faisait moins d’effet pendant la période d’écriture de cet album et ensuite, lorsque j’ai écrit cette chanson, pour une raison ou une autre, il y a eu un déclic et tout s’est mis en place. Et depuis ce moment-là jusqu’à ce jour, j’ai de moins en moins eu à faire à cette bête à laquelle je fais référence dans la chanson, à ce sentiment de terreur et de désespoir que certaines personnes auraient pris pour de l’anxiété. J’y ai très peu été sujet, peut-être un jour par mois et ce n’est même pas pendant toute la journée, c’est juste une baisse de régime momentanée et je pense à autre chose, je choisis de faire quelque chose de positif de ma journée et ensuite ça disparaît. Du fait que j’ai écrit au sujet d’autres problèmes sur les albums passés, de nombreuses personnes sont venues me voir pour dire : « Oh, ta musique m’aide à traverser ça ! Je l’utilise en thérapie, je l’utilise dans mes entraînements physiques, je l’utilise dans ma thérapie physique… » J’ai rencontré un mec qui a vécu un accident qui a failli lui coûter la vie et qui ne voulait même pas se lever et aller en thérapie. Il avait ses deux jambes cassées à cause de cet accident de voiture et il a écouté notre musique et c’est ce qui lui a donné la motivation de traverser tout ça, et maintenant il remarche. Et puis j’ai rencontré un autre gars qui a eu une jambe amputée, qui en avait très peur et enfin, il a fait face grâce à la musique qui l’a aidée à se rendre à l’hôpital pour faire ce qu’il devait faire. Maintenant, il a une prothèse. Je me suis donc dit : « C’est tellement un petit défi pour moi. Parfois, j’ai l’impression que quelque chose cloche quand je me compare à ce que d’autres gens ont dû traverser quotidiennement, il faut donc que je fasse sortir ça dans une chanson et que j’en fasse quelque chose de positif. » Mais ceci est probablement l’une des seules chansons vraiment personnelles [sur l’album].

Et à quel point c’était un défi pour toi de te confronter à ce thème directement via les paroles ?

C’est un peu un étrange cycle dans lequel si je n’en parle pas, ça se manifeste encore plus. Et si j’en parle, ça se manifeste moins. Et donc, le fait de communiquer tes sentiments, peu importe à quel point ils sont négatifs… Lorsque qui que ce soit parvient à surmonter les choses vraiment négatives dans sa vie, souvent c’est parce qu’il a été capable de faire sortir ce qu’il avait sur le cœur. Et donc j’espère que cette chanson provoquera un déclic chez des gens pour les pousser à aller chercher de l’aide ou un autre avis sur pourquoi ils ressentent ce qu’ils ressentent et comment ils pourraient améliorer leur situation.

Il y a des passages mélodiques avec du chant clair sur cette chanson. Est-ce que tu as inclus ceci parce que tu voulais que ce soit spécial ?

Ouais et parce que j’estime qu’on obtient rien sans risque. J’ai vraiment le sentiment que c’est une grande chanson et c’est un sujet qui affecte plein de gens, donc afin de toucher plus de gens, il faut que ce soit dit différemment. Elle a fait beaucoup réagir les gens qui l’ont déjà écouté. Le label m’a dit qu’ils veulent que « Looking Down The Barrel Of Today » et « Something’s Off » soient les deux clips vidéos. Donc je pense que nous avons fait le bon choix. C’est un son frais et nouveau pour nous mais ça colle joliment au thème de l’album. C’est un peu comme un pont entre le début et la fin de l’album. C’est donc une bonne façon de défricher de nouveaux terrains sans que ce soit trop en dehors des clous ou excentrique.

Hatebreed 2016

« [Le Jasta show] m’aide presque à être social mais ça m’aide aussi à avoir une autre carrière et à apprendre à propos des choses de la vie. »

J’ai lu que tu gardais un téléphone et une guitare à côté de ton lit, et parfois tu te levais la nuit pour jouer ou fredonner un riff dans ton téléphone…

Ouais, sur cet album, pour la chanson « Seven Enemies », j’étais vraiment frustré, je me suis réveillé une nuit et je n’arrivais pas à me rendormir, j’ai attrapé mon téléphone et j’ai lu un message que j’ai reçu de quelqu’un qui m’ennuyais vraiment. Il ne voyait pas les choses comme moi je les voyais. Je me disais : « J’aurais aimé que quelqu’un, n’importe qui, essaie de voir cette putain de situation comme je la vois. » J’ai écrit ça et ensuite, le matin, j’étais là : « Oh, je vais mettre ça dans une chanson, je vais mettre ‘j’aimerais qu’un enfoiré essaie !’ » J’ai été au studio ce jour-là, je l’ai fait écouter à l’ingénieur et il était là : « Vraiment ? Tu vas dire ça ? » Et moi : « Attend que je te dise l’autre partie que je prévois ! Tout s’enchaînera bien avec l’histoire ! » Et la personne à laquelle je parlais, c’était quelqu’un qui avait des problèmes d’addiction aux drogues. Je n’ai pas touché une goutte d’alcool en douze ans et je ne prends pas de drogue parce qu’étant alcoolique, je sais que si je touche à la drogue, je risque de finir accro, car j’ai une personnalité propice à la dépendance. Donc lorsque tu entends parler des sept péchés capitaux, la gourmandise, la luxure, la colère, la paresse, etc. tous ces trucs peuvent être addictifs, n’est-ce pas ? Tu peux donc tomber accro aux jeux, au sexe, à… Tout peut devenir destructif. Donc cette frustration s’est manifestée dans cette chanson et, aussi amusant que ça puisse être, deux ou trois nuits après, j’avais besoin d’une autre partie pour la chanson, et je me suis réveillé vers quatre heures du matin, je suis descendu au sous-sol et j’ai écrit le riff de fin de la chanson ! Donc lorsque je suis allé au studio le jour suivant, j’ai ajouté ce riff à la fin et voilà !

Sur un tout autre sujet, en 2014 tu as monté ta propre émission de radio, le Jasta Show. Qu’est-ce qui t’a motivé à créer cette émission ?

Je me suis mis à faire des podcasts parce que vers la fin 2012, début 2013, j’ai fait un voyage de presse, j’ai pris l’avion pour l’Europe, j’ai donné quelque chose comme une centaine d’interviews, dont plein d’interviews différentes à la radio. Je suis revenu, j’ai fait la tournée avec Lamb Of god et In Flames et ensuite, aux US, j’ai fait d’autres interviews à la radio pour promouvoir l’album et je me suis dit : « Ce serait cool d’avoir plus souvent ce lien avec les fans et les gens dans le business, en dehors des moments où on est en train de promouvoir un produit. Il n’est pas nécessaire que ce soit uniquement lorsqu’on fait un cycle d’album ou une tournée. Pourquoi on ne pourrait pas se retrouver et parler des choses de tous les jours ? Pourquoi est-ce que ça devrait être juste pour promouvoir un album et parler des chansons ou peu importe ? » Lorsque je m’occupais du Headbangers Ball, Lamb Of God venait à New York où l’émission est enregistrée, nous diffusions des clips pendant trente minutes et ensuite nous parlions pendant dix minutes. Ça te permet vraiment d’apprendre des choses sur les groupes. Et donc maintenant, avec les podcasts, tu en apprends beaucoup sur les gens, tu peux vraiment entendre des histoires différentes de ce que tu entendrais normalement parce qu’il y a une relation et puis, s’il n’y a pas de relation, j’ai l’occasion d’apprendre des choses sur quelqu’un et son travail et vice versa. Par exemple, je viens juste d’avoir un catcheur dans l’émission, nous parlons du business du catch en comparaison avec le business de la musique et j’ai trouvé ça fascinant. D’une certaine façon, ça m’aide presque à être social mais ça m’aide aussi à avoir une autre carrière et à apprendre à propos des choses de la vie. J’ai beaucoup appris sur la politique, à propos du business de la musique, etc. Ça sert plein buts différents, ce qui est cool.

Tu es en fait un homme très occupé. Tu as toujours quelque chose dans les tuyaux : Hatebreed, ton groupe solo, le Jasta Show, le label, etc. Comment parviens-tu à ne pas te laisser déborder par tous ces projets ?

Eh bien, je ne fais plus le label, donc ça c’est une très bonne chose. Mais vraiment, je ne fais que Hatebreed et le podcast et c’est tout. J’essaie de maintenir Hatewear mais ce n’est disponible qu’en vente par correspondance. Je ne fais plus de vente en magasin, donc c’est du direct. Donc si quelqu’un veut aller au Matyr Store, il peut aller voir [sur internet] et ensuite j’imprime le produit via Hatewear. Nous venons tout juste de signer un contrat avec Emmure et nous avons du Crowbar mais je ne traite pas avec beaucoup de groupes. J’essaie de faire en sorte que ce business soit très petit et les produits liés aux podcasts sont ce qui se vend le mieux, et après ce sont les produits Jasta et Hatewear. Si je sors un nouvel album de Jasta, alors peut-être que je serais à nouveau très occupé parce qu’il faudra que je m’occupe de Jasta, Hatebreed, les podcasts et le Matyr Store. Mais là tout de suite, je ne m’occupe que de Hatebreed et des podcasts, et Hatewear c’est un à-côté pour le fun.

Peux-tu nous donner des nouvelles de ton travail musical en dehors de Hatebreed, comme ta carrière solo ou tes collaborations avec d’autres artistes ?

J’ai de très bonnes chansons de Mark Morton de Lamb Of God ; elles sont vraiment très bonnes. J’ai presque le sentiment qu’elles sont si bonnes que peut-être qu’elles auraient dû finir sur le dernier album de Lamb Of God, mais je suis très content qu’il me les donne. Je me suis éclaté à travailler dessus. Je ne sais pas quand elles sortiront, peut-être dans environ un an, peut-être huit mois, je ne sais pas. Mais j’ai aussi travaillé avec le guitariste de God Forbid, Doc Coyle, il m’a également écrit deux chansons sensationnelles. J’ai aussi mes propres chansons avec lesquelles je pourrais faire un album mais je veux réfléchir en des termes plus créatifs et progressistes pour sortir ça que d’emprunter les voies traditionnelles. Ça devra peut-être sortir sur un gros label, simplement parce que je n’aurais probablement pas le temps de le faire moi-même, mais là tout de suite, ma priorité est Hatebreed. Tout ce qui se passera au moins jusqu’à Noel ou le nouvel an, ce sera pour Hatebreed. Je n’ai que deux concerts en tant que Jasta à venir et ils sont tous les deux avant que la tournée avec Hatebreed ne démarre. Donc une fois que ces deux concerts seront passés, je ne ferais rien avec ce projet jusqu’à, j’imagine, que je sorte cette musique mais, encore une fois, il n’est pas prévu que ça sorte tout de suite. Je vais sortir cet album de Hatebreed, faire une tournée mondiale et ensuite, avec un peu de chance, d’ici-là, j’aurais établi un plan.

Interview réalisée par téléphone le 24 mars 2016 par Philippe Sliwa.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Hatebreed : www.hatebreed.com



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  • Game-system dit :

    Superbe interview !

    [Reply]

    Duncan

    100% d’accord, très sincère. Ce mec est génial !
    Merci RM. Par contre, je chipote, pas mal de coquilles traînent encore…

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