ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Havok : le thrash qui secoue les méninges


Havok est un groupe insolent, de l’insolence qui a pu caractériser les grands ténors du thrash metal dans leur jeunesse. L’insolence de se confronter publiquement au patron Dave Mustaine, suite à leur éviction de la tournée de Megadeth. L’insolence de venir dépoussiérer et rafraîchir le thrash old school avec classe et maestria, comme il le fait avec son nouvel album Conformicide. L’insolence de vouloir réveiller le monde de sa torpeur intellectuelle – comme en atteste son t-shirt « Think, it’s not illegal yet » (« Pensez, ce n’est pas encore illégal »).

Il est évident qu’après trois albums et une dizaine d’années d’activité, fort d’avoir recruté il y a deux ans le bassiste virtuose Nick Schendzielos, Havok a décidé de monter la barre à tous les niveaux et de frapper fort. Nous en parlons avec le leader, chanteur et guitariste de la bande de Denver, David Sanchez, dans l’entretien qui suit.

« Un riff solide et des paroles puissantes, c’est assez imbattable [rires]. »

Tu as déclaré que le changement de bassiste était nécessaire pour Havok afin d’écraser la compétition. Pourquoi ? Que manquait-il aux bassistes passés, et en particulier à Mike Leon ?

David Sanchez (chant & guitare) : Mike Leon était un bassiste fantastique, un très, très bon musicien. Je ne peux absolument pas dire le contraire pour ce qui est de ses compétences musicales. Mais au niveau personnalité, nous ne nous entendions pas très bien et voyions les choses différemment. Donc c’était une combinaison de ça et aussi du fait qu’il a été recruté par Soulfly pour jouer de la basse. Il a accepté le job et c’était impossible qu’il puisse être dans les deux groupes. Donc nous avons dû trouver un autre bassiste et nous avons trouvé Nick. Nick est également un bassiste fantastique et il a des lignes basses vraiment classes sur notre nouvel album !

Nick est dans Cephalic Carnage et Job For A Cowboy. Comment l’as-tu convaincu de rejoindre un troisième groupe ?

Il voulait nous rejoindre ! Je pense parce que Cephalic Carnage et Job For A Cowboy ne donnent plus tellement de concerts de nos jours, et donc il voulait partir en tournée et être dans un groupe qui soit très actif. Donc nous lui avons offert le poste et il a accepté.

Nick a un style de jeu très personnel. Il ne suit pas simplement la guitare et fait même du slap rappelant Suicidal Tendencies. Est-ce la raison pour laquelle vous l’avez choisi ? Vouliez-vous développer cet élément pour enrichir la musique d’Havok ?

Nous avons naturellement beaucoup de basse slappée dans notre musique et je suis un grand fan de funk. J’écoute plein d’autres styles en dehors du rock n’ roll et du metal, et une chose que j’ai remarquée au fil des années à écouter d’autres musiques, c’est que dans bon nombre de mes morceaux préférés, la basse ne suit pas d’autres instruments, la basse fait sa propre partie. Il y avait donc clairement une intention délibérée sur ce dernier album de faire en sorte que, la plupart du temps, la partie de basse ne suive pas les guitares. Ça aurait été ainsi que Nick ait rejoint le groupe ou pas. Cependant, une grande partie des lignes de basse qui se sont retrouvées sur l’album sont le fait de Nick. Il y a certaines lignes de basse que j’avais déjà composées avant que Nick ne commence à composer avec nous, mais pour la plupart, nous avons plus ou moins collaboré. Je lui balançais une idée ou il me balançait une idée, et nous nous échangions des idées jusqu’à ce que nous soyons tous les deux contents du résultat. Et puis, il y a certaines lignes de basse sur l’album qui sont entièrement de Nick, qu’il a trouvé tout seul de son côté. Et ouais, nous sommes carrément excités et contents de ce qu’est devenu la basse !

La basse a également une forte présence dans le mix de l’album…

Je pense que tout le monde dans le groupe aime que la basse soit audible, car dans le metal, normalement, la basse ne fait que jouer les lignes de guitare, ce qui, musicalement, est un peu barbant. Lorsque ceci arrive, la basse peut être en fond dans le mix et personne ne s’en rend vraiment compte parce qu’elle ne fait rien de différent par rapport aux guitares. Mais avec cet album, puisque la basse fait plein de choses différentes des guitares, il faut qu’elle soit audible et que nous puissions entendre ce qui se passe avec tous les instruments. Donc tout le monde dans le groupe aime que la basse soit bien devant avec les guitares.

Comment fonctionnez-vous pour trouver un équilibre, au niveau composition, entre la guitare, la basse et la batterie ?

Tout est une question de dynamique. Il faut voir ça comme l’un de ces groupes traditionnels de chanteurs doo-wop, ou comme un groupe a cappella, tu vois, où tout le monde chante en harmonie et tout, mais ensuite, lorsqu’un gars passe devant et chante la partie principale, tous les autres doivent rester en retrait et chanter une partie plus simple. Et ensuite, lorsque le gars qui est devant se remet en retrait avec les autres et que quelqu’un d’autre se met en avant, tout le monde se calme derrière la ligne principale. C’est un peu pareil avec les guitares, la batterie et la basse. Nous déterminons quel instrument joue la partie la plus chargée et nous nous assurons que les autres restent dans les graves pendant ce temps, ou si par exemple la guitare est dans les graves et fait quelque chose de plutôt simple, c’est là que nous laissons la batterie devenir dingue ou la basse se mettre en avant. Tout est une question de dynamique et de s’assurer que tout le monde n’est pas à cent à l’heure en même temps, parce que lorsque ça arrive, ça sonne comme un gros bordel. Je suis un grand fan de composition, de chansons, de dynamique et d’harmonies, et lorsque ces choses convergent, avec en plus des rythmes intéressants, tu obtiens de la musique vraiment sympa. Et je pense que nous avons plein de morceaux de musique vraiment sympas sur cet album.

Tu as déclaré qu’il était important que « chaque musicien puisse briller. » Est-ce parce qu’autrement ils se sentiraient frustrés s’ils n’ont pas leurs moments à eux ?

C’est clairement une raison mais ce n’est pas la seule. La raison est que, ne serait-ce de mon point de vue, je suis dans un groupe avec plein d’excellents musiciens et je veux que les gens entendent à quel point ils sont bons ! [Petits rires] C’est tellement plus marrant lorsque tu joues des trucs qui représentent des petits défis pour les musiciens. C’est bien plus amusant pour nous que de se contenter de jouer des accords de quinte et de simples rythmes en quatre-quatre.

Comment comparerais-tu l’écriture et la conception de cet album par rapport aux précédents ?

Le processus d’écriture était un peu plus collaboratif sur ce dernier album, et les autres gars dans le groupe ont davantage contribué aux structures des chansons et aux parties qui étaient jouées. Je pense qu’ils voulaient plus s’impliquer dans la musique, et c’est simplement, naturellement, la façon dont ça fonctionne avec nous, le fait de se rassembler pour créer. Nous avions des parties qui n’étaient pas encore finies et nous nous posions tous ensemble dans la pièce pour les jouer, et ensuite, nous commencions à nous demander : « Vers quoi pouvons-nous aller après cette partie ? » Et naturellement, les étincelles créatives commencent à venir, nous nous échangeons des idées et faisons évoluer les choses à partir de là. Pour ce qui est des paroles, elles sont toutes de moi. Mais je pense que le processus d’écriture s’est bien passé et c’était sympa que les autres aient mis davantage leurs mains sur le processus créatif.

« J’espère que les gens écouteront les paroles et arrêteront ce qu’ils sont en train de faire pour réfléchir, pour se réveiller et sortir de la stupeur dans laquelle la télévision les met. »

Conformicide semble très ambitieux. Vous êtes clairement en train de passer au palier suivant d’un point de vue artistique. Qu’est-ce qui a déclenché ça ?

L’état actuel du monde. Si tu regardes autour de toi, il y a plein de choses qui déconnent à fond ! Et à cause de ça, il y a une réserve inépuisable de choses à propos desquelles parler. Notre musique est très agressive et les paroles, je pense, collent à cette agressivité dans l’album. Il y a énormément matière à être énervé dans le monde aujourd’hui, et sur cet album, j’en parle. Donc je voulais donner un coup de poing sur la table, c’est certain. J’espère que les gens écouteront les paroles et arrêteront ce qu’ils sont en train de faire pour réfléchir, pour se réveiller et sortir de la stupeur dans laquelle la télévision les met. Je veux que l’esprit des gens soit actif en même temps que les faire headbanguer et apprécier la musique.

Penses-tu que c’était le but originel du thrash, de lâcher des « bombes de vérité », pour reprendre tes mots, au visage de l’auditeur ?

Je ne sais pas si c’était le but originel du thrash mais c’est clairement devenu un genre d’élément de base pour certains groupes. Exodus parle de choses réelles, Testament parle de choses réelles… Il y a des groupes, comme Sacred Reich, qui parlent de vrais sujets dans la musique, et je pense que ça correspond à l’agressivité et au ton de la musique. C’est quelque chose que nous poursuivons. Avec cette ère moderne, il y a beaucoup de choses au sujet desquelles parler, et je n’entends pas beaucoup de groupes aujourd’hui en parler. Donc je veux le faire et utiliser ma voix pour dire quelque chose.

Tu as déclaré que tu aimes « balancer des paroles qui ont du sens et font réfléchir par-dessus la montagne de riffs, et c’est là que le processus de composition commence généralement. » Dirais-tu qu’il y a un lien très fort entre les riffs et les paroles ?

Ouais, c’est certain. Rythmiquement, il le faut, et au niveau des paroles, pareil. Parfois, nous finissons la musique d’une chanson et ensuite je commence à trier certaines de mes idées de paroles, et parfois, une chose me frappe : « Cette chanson sonne comme si elle devait parler de ce sujet. » La musique et l’émotion peuvent être très étroitement liées. La musique peut produire des émotions et inspirer des sentiments, et nous essayons de faire en sorte que la musique et les paroles qui sont dites coïncident et donnent le même genre de sentiment et partagent la puissance, elles se construisent l’une sur l’autre. Un riff solide et des paroles puissantes, c’est assez imbattable [rires].

Il est évident que vous puisez beaucoup d’inspiration chez tous les ténors du thrash, comme Metallica, Slayer, etc. et que vous avez un grand respect pour eux, mais d’un autre côté, vous avez clairement la volonté de pousser le genre en avant avec Conformicide. N’est-ce pas une équation compliquée à résoudre ?

Parfois, ouais, mais je dois admettre que je n’essaie pas de réinventer la roue. C’est juste que j’aime les riffs et j’aime jouer de la musique rapide et heavy. Je n’essaie pas de créer un nouveau style ou quoi que ce soit de ce genre. J’essaie de jouer la musique que j’aime, qui fait me sentir bien et, avec un peu de chance, qui passionne d’autres gens. Pour ce qui est de pousser le genre en avant, je pense que nous le faisons à notre propre façon, simplement en incorporant d’autres types de musique et d’autres styles que nous écoutons. La raison pour laquelle cet album sonne un peu différent des autres, je pense que ça a beaucoup à voir avec le fait que j’ai écouté beaucoup de funk et de musique classique, et aussi beaucoup de jazz et de rock progressif. Tous ces styles se sont plus ou moins frayé un chemin dans mon vocabulaire musical. Nous les intégrons à notre package, et je pense que ça nous donne un peu un son unique et que ça crée quelque chose d’un peu différent de ce que tout le monde fait.

Quels groupes ou artistes de funk, jazz, rock progressif, etc. as-tu écouté ?

Pour ce qui est du prog rock et les trucs instrumentaux sympas, bon, c’est un peu un jazzman aussi, mais j’ai écouté beaucoup d’Al Di Meola durant ces dernières années, beaucoup de Frank Zappa aussi. Pour ce qui est de la musique classique, beaucoup de Sergei Prokofiev, Beethoven, Brahms… Et pour ce qui est du funk, j’ai écouté des tonnes de bons groupes ! Il y a plein de groupes de funk que j’apprécie énormément. J’aime beaucoup Pleasure, j’adore Ohio Players, Parliament, The Blackbyrds, Rick James, le vieux Michael Jackson, The Brothers Johnson… Il y a une tonne de groupes de funk que j’adore, et la musique est vraiment cool. Le funk, c’est vraiment, vraiment heavy, c’est juste que ce n’est pas en mode mineur et les notes ne sonnent pas diaboliques. Les notes sont un peu joyeuses mais lorsque tu écoutes du funk, c’est vraiment heavy ! Il n’y a pas de distorsion sur les guitares et il y a normalement une section de cuivres, mais le funk est très, très heavy et il y a généralement de super lignes de basse.

Penses-tu que ça peut être plus heavy que du metal ?

Mec, carrément ! Je pense que certaines musiques funk sont plus heavy que certaines musiques metal. De nos jours, une grande part de ce qu’on appelle du metal n’est pas très metal, selon moi ! [Rires]

« Les médias grands public en Amérique sont l’organisation terroriste la mieux organisée et la plus efficace au monde. Ce qu’un terroriste fait, c’est créer la peur, et d’après ce que je vois, c’est ce que font régulièrement les médias grands public. »

Ton approche du chant a également gagné en diversité. Allant de chants rappelant un peu Dave Mustaine à d’autres dans la veine de Steve « Zetro » Souza. Et puis, il y a des cris qui fichent la trouille tellement ils sont enragés !

C’est bien ! [Rires]

Du coup, comment as-tu abordé ton chant cette fois ? Est-ce que tu t’es mis davantage au défi ?

Ouais. Une bonne partie du chant est très intense et nécessite beaucoup d’énergie pour beugler comme ça. Je voulais vraiment que le chant transporte le même type d’émotion que celle qu’on trouve dans les paroles, dans la poésie, et une grande part de cette poésie est très, très furieuse et il faut que le chant colle à ces paroles. Sur cet album, même si je chante un peu avec de la mélodie, la plupart des mélodies sont bien plus rugueuses et dans de nombreuses chansons je m’égosille à crier [rires]. Les paroles me rendent sincèrement furieux lorsque je les chante. Donc ce n’est pas très dur pour moi de me mettre dans le bon état d’esprit pour être en colère, et crier fort est naturel en raison de ce que je chante, qui me met hors de moi. Les paroles sont furieuses parce que je regarde ce qui se passe dans le monde et plein de choses me mettent vraiment en colère. Même si je suis quelqu’un de plutôt joyeux et que je ne laisse pas ces choses constamment me ruiner mes journées, je reconnais qu’elles existent et j’ai le sentiment que c’est plus sain pour moi d’évacuer ma frustration à travers la musique que de la laisser me démoraliser dans ma vie de tous les jours et faire de moi une personne cynique, grincheuse et colérique.

Le titre de l’album associe le conformisme et la mort. Dirais-tu que le conformisme signifie la mort de la liberté d’expression ?

Un peu, ouais ! La conformité avec les humains n’est pas forcément une bonne chose. Donc lorsque nous appelons notre album Conformicide, nous essayons d’encourager l’individualité et la pensée libre, d’inspirer les gens à penser par eux-mêmes, et à remettre les choses en question, et à vivre leur vie à leur façon. J’encourage toujours les gens à vivre leur vie comme ils l’entendent, tant qu’ils ne tuent pas des gens, ne blessent pas des gens, ne volent pas des gens ou n’empiètent pas sur les droits des autres. Je pense qu’on devrait pouvoir faire tout ce qu’on veut.

Etait-ce votre but avec cet album : aller à l’encontre de la conformité, même pour ce qui est du metal ?

Ouais, assurément. Il y a certaines parties dans notre album où, musicalement, ce n’est pas très « metal ». Il y a des parties où c’est de la musique un peu bizarre [petits rires], et je pense que les gens seront surpris par quelques trucs que nous avons balancés dans l’album. Pour être franc, je pense qu’une bonne part du metal, de nos jours, sonne pareil, à mes oreilles. La plupart est sous-accordée, il y a plein de plans où une corde à vide est jouée avec un rythme spastique, un peu comme les trucs djent… Je ne trouve pas que ces choses soient très metal. Pour moi, ce genre de choses, c’est vraiment du heavy jazz avec de la distortion. Lorsque je pense à du metal, je pense à des choses qui te donnent envie de headbanguer et qui ont un très bon riff et qui balancent vraiment. Le metal, c’est comme du rock n’ roll sous stéroïdes et le truc, c’est que plein de choses qu’on appelle « metal » de nos jours, ne balancent pas, il n’y a pas le côté rock n’ roll. C’est tout mathématique et robotique, très, très technique, et je respecte la maestria musicale, mais là, ce n’est que technique et ça ne rock pas, ça n’a pas de couilles, il n’y a rien là-dedans qui me donne envie de lever mon poing en l’air, de l’agiter et de headbanguer. Pour moi, ce n’est pas du metal, et la musique ne me donne pas envie de faire ça. Donc ouais, je pense que beaucoup de groupes aujourd’hui se conforment à ce son et je dirais que ça fait une raison supplémentaire qui fera que cet album sortira du lot [petits rires], car il sonne old school.

Il y a une chanson qui s’appelle « Ingsoc », qui est une référence au livre 1984 de George Orwell. Penses-tu que le message de ce livre est encore pertinent aujourd’hui ?

A cent pour cent. Je pense que tout le monde devrait lire ce livre. C’est un avertissement à propos de ce qui nous attend au tournant. Et on peut facilement affirmer que nous vivons déjà dans une société qui est exactement comme 1984.

La chanson « Intention To Deceive » démarre avec un faux flash information qui dit : « Ce soir, nous couvrons des histoires sans intérêt pour vous détourner de ce qui se passe réellement dans le monde. Voilà ce que nous voulons que vous pensiez. » Penses-tu vraiment qu’aujourd’hui, les médias tentent de manipuler les masses ?

Absolument ! Ca fait des décennies qu’ils manipulent les masses. Ce n’est pas quelque chose de nouveau mais aujourd’hui, je pense qu’on est au niveau le plus haut jamais atteint. Car je crois que l’intention des pouvoirs en place, c’est d’abrutir la population et d’effrayer tout le monde et de les pousser à entrer en guerre contre leurs voisins, au lieu de se rassembler et de mettre le doigt sur les vrais problèmes. Si tu me demandais, je te dirais que les médias grands publics en Amérique sont l’organisation terroriste la mieux organisée et la plus efficace au monde. Ce qu’un terroriste fait, c’est créer la peur, et d’après ce que je vois, c’est ce que font régulièrement les médias grands publics. Ils créent la peur, ils répandent la désinformation et ils ne veulent pas que quiconque soit réellement éclairé, ils veulent que personne ne sache ce qui se passe vraiment, et ils veulent que personne ne remette en cause leur autorité ou leurs convictions. Les médias sont toujours là à dramatiser les histoires qui n’ont pas vraiment d’importance, et ça fait partie du plan, autrement ils ne feraient pas ça. J’ai l’impression que le journalisme est mort et que les médias grands publics s’intéressent avant tout à nous vendre des conneries, ne pas dire la vérité, et ne pas bien nous informer. Je vois les médias grands publics comme un outil pour laver le cerveau des gens, c’est une forme de manipulation mentale et je pense que c’est mal. Je trouve que les paroles dans « Intention To Deceive » illustrent bien ma vision des médias grands publics aujourd’hui [petits rires].

Les paroles d’Havok ne sont pas politiquement orientées à gauche ou à droite. Etait-ce important de ne pas prendre parti ? Penses-tu que ça rend le message de l’album encore plus fort ?

C’est clair que ça renforce le message, mais ce n’était pas mon intention de ne pas prendre parti. Le truc, c’est que je ne prends pas parti. Je ne penche ni à gauche, ni à droite. Je suis quelqu’un à la pensée très libre et je ne m’associe à aucun des partis politiques majeurs. C’était seulement naturel de concevoir les paroles ainsi.

« Le droit à la liberté de parole est là pour protéger les discours impopulaires, les idées impopulaires, et si ce droit disparaît, alors c’est toute notre société libre qui s’éteindra. »

Dans la première chanson, « F.P.C. », tu chantes que « le politiquement correct est une maladie sociale. » Du coup, que penses-tu de l’élection de Donald Trump qui est justement considéré comme politiquement incorrect ?

Je pense que c’est un bon aspect, mais pour ce qui est de l’élection de Donald Trump à la présidence, je suis très sceptique par rapport à ce qui va se passer, et ce sera intéressant dans quelques années [petits rires].

Donc tu n’as pas peur de lui comme d’autres ont peur ?

Non, je n’ai pas peur.

Comment fais-tu la différence entre le politiquement incorrect et l’outrance ?

Dans bien des cas, il n’y a pas tellement de différence. Une bonne part de ce qui est politiquement incorrect est aussi considéré comme outrancier par les gens. Ça ne me pose pas de problème. Je vois bien que l’objectif du langage politiquement correct est de restreinte la liberté de parole, et la restriction de la liberté de parole est quelque chose de très, très dangereux. Donc je milite pour que les gens puissent dire ce qu’ils veulent. La liberté de parole est là pour protéger les discours impopulaires. Par définition, un discours populaire n’a besoin d’aucune défense. C’est un discours populaire, ça ne pose pas de souci de dire ces choses. Le droit à la liberté de parole est là pour protéger les discours impopulaires, les idées impopulaires, et si ce droit disparaît, alors c’est toute notre société libre qui s’éteindra.

Il y a quelques mois, vous avez été retirés de l’affiche de la tournée de Megadeth. A l’époque, tu avais déclaré que Mustaine Management vous avait offert un « contrat de management inacceptable ». Dave Mustaine a répondu que ce n’était pas vrai et son fils Justis s’est défendu en disant qu’il vous avait offert un « contrat très standard ». Ils vous ont aussi accusés de ne pas payer vos factures et d’avoir arnaqué Justis de plusieurs milliers de dollars. Est-ce qu’il y a eu de nouveaux développements au sujet de cette situation depuis ?

Non, il n’y a pas de nouveau développement. Dave Mustaine m’a traité de menteur et a en fait dit beaucoup de choses qui étaient fausses. Il a dit que tout ce que nous avions déclaré – le contrat qui n’était pas juste, le fait qu’ils aient mal écrit nos noms dans le contrat, etc. – était des mensonges ! Nous avons rendu public le contrat pour prouver que nous ne mentions pas. Même après ça, il a continué à fabriquer des choses et a dit que nous ne payions pas nos factures, que nous devions des milliers de dollars à Justis, ceci, cela… C’est vraiment malheureux de voir quelqu’un pour qui j’avais énormément de respect en grandissant, qui est aussi une personne plus âgée que moi, dans sa cinquantaine, qui devrait être mature, agir ainsi comme un gamin. C’est vraiment malheureux. Ça craint que les choses aient prit un tel tournant, mais nous avons déjà tourné la page et tout ce que j’ai à dire au sujet de toute cette histoire est déjà sur internet. Donc non, il n’y rien de nouveau et nous voulons juste avancer avec nos vies, car ceci n’était qu’un contretemps et c’est du passé.

As-tu entendu parler d’autres groupes qui ont vécu la même chose que vous avec eux ? Parce que vous n’êtes pas le premier groupe à tourner avec Megadeth…

Ouais, je connais d’autres groupes qui se sont fait virer de tournées de Megadeth, et d’autres groupes ont eu des soucis avec Mustaine, mais je ne connais pas beaucoup de détails au sujet d’autres incidents avec d’autres gens, donc je ne peux pas vraiment parler à leur place.

Pourquoi as-tu ressenti le besoin d’en parler publiquement ?

Nous avons ressenti le besoin d’en parler publiquement parce que nous devions annoncer à nos fans qui avaient acheté des billets pour venir nous voir que nous n’allions pas être là [rires]. Donc nous devions dire quelque chose, nous ne pouvions pas ne pas venir et puis tout le monde aurait été en colère contre nous.

Avez-vous eu des réactions négatives par rapport à ça ?

Pas tellement. Au contraire, ça nous a fait gagner plein de nouveau fans, en fait.

Penses-tu que les gens soient particulièrement sensibles à ce discours de vérité ?

Ouais, je pense que beaucoup de gens aiment vraiment entendre la vérité. Plein de gens n’aiment pas entendre la vérité mais je pense qu’il en a plein d’autres qui apprécient et respectent ceux qui disent la vérité au mépris des conséquences négatives possibles. Je suis un grand fan des discours de vérité [petits rires], c’est la seule manière pour moi de me sentir bien dans ma peau. Je n’aurais aucune raison d’aller dire des trucs que ne sont pas vrais simplement pour démarrer une querelle avec quelqu’un. Je pense que ce serait le truc le plus stupide qui soit, et je ne connais personne qui voudrait faire ça. J’aurais préféré que rien de tout ça ne se soit passé, mais on nous a viré de la tournée et nous devions dire aux gens pourquoi.

Interview réalisée par téléphone le 12 janvier 2017 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Robin Collas.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Haley Loria Carnefix.

Site officiel de Havok : havokband.com

Acheter l’album Conformicide.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Hellfest - Temple - jour 3
    Slider
  • 1/3