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Chronique   

Havok – V


Havok ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Le cycle de tournée de l’album Confomicide (2017) fut un véritable succès pour le groupe. Havok touchait désormais une plus large audience, que ce soit les amateurs de thrash old-school des premières heures de la formation ou ceux qui se reconnaissent dans ses nouveaux élans progressifs. Havok avait trouvé une formule idéale, tout juste de quoi le démarquer au sein d’un thrash-revival battant son plein. V, logiquement cinquième œuvre du quatuor, entend s’inscrire dans la lignée de Conformicide. Havok a de nouveau changé de bassiste pour divergences artistiques (il a su l’annoncer d’une manière originale via une vidéo cocasse plutôt que le sempiternel communiqué de presse), accueillant Brandon Bruce qui vient remplacer Nick Schendzielos. Pas de grands bouleversements en perspective, Brandon Bruce étant un ami de longue date du groupe. Certes, Nick avait placé la barre très haut, mais son successeur démontre rapidement avoir les épaules pour prendre sa suite. Le groupe ne s’y est d’ailleurs pas trompé en maintenant la basse, claquante à souhait, très audible dans le mix. V est la réalisation d’un groupe en pleine forme, bien conscient de l’excellente dynamique dans laquelle il se trouve et résolu à en profiter.

Si une période d’à peine trois années sépare Conformicide de V, Havok a tout de même pris son temps pour ciseler son dernier effort. V a été réalisé tout au long de l’année 2019 avec un soin inédit pour le matériel et le travail du son, le tout sous l’égide du producteur Mark Lewis. Tous les membres du groupe se sont employés à composer, accentuant le processus collaboratif amorcé par Conformicide. V dégage ainsi une énergie notable : il est aisé de déceler l’enthousiasme que met Havok à illustrer les thématiques de décadence de l’humanité, de corruption gouvernementale et de dépendance technologique (l’artwork d’Eliran Kantor s’y prête particulièrement). Havok s’essaie même à dresser des parallèles en ouvrant l’opus par « Post-Truth Era », une mise en condition qui rappelle inévitablement et volontairement le « Blackened » d’And Justice For All (1988) de Metallica. « Post-Truth Era » contient tous les ingrédients traditionnels du thrash, que ce soit le riffing incisif et les breaks chirurgicaux. L’un des ingrédients qui permet à Havok de sortir de la mêlée est le traitement du chant de David Sanchez. Ce dernier n’hésite pas à doubler les voix, parfois en rajoutant des voix claires en arrière-plan à l’instar de l’enchevêtrement sur « Ritual Of The Mind ». Il embrasse pleinement un autre registre vocal sur la lente et longue conclusion « Don’t Do It », sur laquelle le combo développe une ambiance lugubre (certains passages rappelleront Slayer, le maître en la matière). Havok se plaît à être lourd et à honorer l’un des aspects primordiaux de sa musique : la dynamique.

V est effectivement loin d’une approche monotone du thrash, concentrée exclusivement sur l’intensité. Si l’on omet les renvois évidents aux premiers affects du groupe via le rapide et ininterrompu « Fear Campaign » et le délirant « Merchants Of Death » et sa ligne de basse slappée qui emprunte le vocabulaire de Suicidal Tendancies, V s’évertue à rendre le voyage plus mouvementé. La basse sautillante du pont de « Betrayed By Technology » tranche radicalement avec les premiers élans du titre. « Ritual Of The Mind » remémore le Metallica de la période 88-91 avec un binaire plombé (la batterie n’est pas sans rappeler l’efficacité d’un Lars Ulrich, y compris dans l’intro qui fait écho à celle de « The Shortest Straw »), tandis que le duo de l’instrumentale tribale « Dab Tsog » / « Phantom Force », titre qui fait référence aux décès nocturnes mystérieux de Hmongs ayant échappé aux conflits armés de leurs régions, correspond aux ambitions du groupe présentées sur Conformicide. Havok conserve une bonne dose d’éléments progressifs et techniques dans une musique frontale par essence. Sans cette approche, difficile d’envisager l’amorce rythmique sophistiquée de « Interface With The Infinite » ou une chanson telle que « Panpsychism », mélange étrange entre artifices vocaux à la Arcturus, riffing à la Coroner, basse décomplexée à la Infectious Grooves et leads mélodiques à outrance.

V n’apporte rien de véritablement inédit pour Havok (si ce n’est « Don’t Do It »). Il est simplement un album plus équilibré entre thrash traditionnel et progressif, qui témoigne de l’état d’esprit enjoué de son auteur. V a ce qu’il faut pour à la fois remplir son office d’album de metal sans concession et permettre au groupe de continuer à se démarquer de la masse, et ainsi poursuivre son ascension. Avec V, Havok confirme être de ces groupes qui participent réellement au dépoussiérage d’un genre.

Lyric vidéo de la chanson « Post-Truth Era » :

Clip vidéo de la chanson « Phantom Force » :

Album V, sortie le 1er mai 2020 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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