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Interview   

Headcharger revient dans la lumière


Headcharger a connu récemment une période difficile, que ce soit à titre personnel ou en tant que groupe. Alors qu’il n’était pas passé loin de finir en cendres, l’arrivée des nouveaux membres – le guitariste David Vallée et le batteur Antoine Cadot – a apporté du sang neuf et remis le groupe sur le chemin du rock. Ils ont su rebondir et mettre à profit cette période particulière pour faire naître et peaufiner leur nouvel album Rise From The Ashes.

Balayée la période de doute, la machine est relancée pour de bon, avec un nouvel opus aux riffs et mélodies qui tapent dans le mille, et qui sent bon le gros rock. Prenez le temps d’écouter Rise From The Ashes et il s’imposera à vous comme un album brillant de cette année 2021. Après dix-sept années de carrière et une période de confinements successifs on ne peut plus frustrante pour un groupe qui vit pour le live, Headcharger a fait tout ce qu’il fallait pour s’attirer les lumières et est impatient de donner vie à ses nouveaux morceaux sur scène. Sébastien Pierre, le chanteur du combo, partage avec nous dans cette interview les doutes et les satisfactions que le groupe a connus ces derniers mois.

« Nous nous sommes même posé la question du bien-fondé de continuer le groupe, parce qu’à cette période nous étions arrivés au bout d’un cycle et ce que nous avions à dire, à notre sens, n’était plus pertinent. »

Radio Metal : Si tu devais résumer aujourd’hui Headcharger, c’est quoi ?

Sébastien Pierre (chant) : Headcharger est un groupe de hard rock, je dirais, car je n’ai jamais estimé que « hard rock » était un gros mot. En France, on a un peu tendance à considérer que le hard rock était un truc un peu beauf, alors que c’est juste du rock dur. Donc parler de hard rock, ça me va très bien comme définition, mais teinté un peu des années 90. Ça fait dix-sept ans que nous sortons des albums et que nous sommes sur la route. Rise From The Ashes est notre septième album. Aujourd’hui, nous sommes dans une phase où nous faisons de la musique notre métier, donc c’est super ! A la base, c’était un truc de gosse, puisque pour tout te dire, avec le bassiste, Romain [Neveu], nous avons commencé la musique quand nous étions en cinquième – ça fait donc plus de trente ans ! – et nous n’avons jamais monté un groupe sans nous deux, nous avons toujours fait notre musique ensemble, nous sommes toujours restés fidèles l’un à l’autre, et ça fait plus de trente ans d’amitié et d’aventure.

Il y a eu des changements de musiciens dans le groupe récemment…

Oui. Là, on tombe sur des choses un peu moins gaies [petits rires]. Mais c’est important de le souligner. Pour l’histoire, nous avons commencé à composer et à faire les préprods et maquettes de Rise From The Ashes à la fin de la tournée d’Hexagram. Il se trouve qu’à la fin de cette tournée, déjà sur un plan personnel, nous n’allions pas bien du tout. Nous avons eu des accidents de la vie qui ont fait que nous étions très bas, pour pas mal d’entre nous, pour des raisons plus ou moins différentes. Il se trouve aussi que nous avons quand même voulu commencer à composer pour ce nouvel album. Finalement, notre ancien batteur Rudy [Lecocq] nous a annoncé qu’il allait quitter le groupe et nous avons décidé de nous séparer d’Antony [Josse], notre guitariste, et nous nous sommes retrouvés à trois avec des morceaux qui ne nous plaisaient pas vraiment, en n’ayant pas la super forme, en voyant se profiler d’un peu loin un truc qu’on a ensuite appelé le Covid-19, en se demandant ce qui se passait… Pour le coup, nous nous sommes même posé la question du bien-fondé de continuer le groupe, pour être complètement transparent, parce qu’à cette période nous étions arrivés au bout d’un cycle et ce que nous avions à dire, à notre sens, n’était plus pertinent.

Tu ne restes pas un groupe avec dix-sept ans d’histoire sans avoir un minimum de ténacité, j’en suis persuadé, parce que nous sommes un groupe de rock en France, et la vie d’un groupe de rock français, ce n’est pas tous les jours tout rose. David [Vallée] nous avait dépannés sur quelques dates à la guitare sur la tournée précédente et nous avions beaucoup apprécié. Nous le connaissions déjà depuis quelques années. Nous avons voulu essayer de lui envoyer les préprods, en nous disant que peut-être il débloquerait des choses. Le travail de composition, c’est quelque chose que tu ne peux pas réellement commander, c’est un exercice qui dépend tellement de ton inspiration qu’il y a des morceaux que tu arrives à pondre en trente secondes – j’exagère un peu – et des grosses périodes de creux, or devant une période de creux, quand c’est ton métier, tu te mets une pression encore plus grande et plus tu es dans une période où tu te mets la pression, moins ça vient, etc. Et David a débloqué un truc. Il y a eu une étincelle qui s’est faite. D’un seul coup, il y a eu une direction sur l’album qui est revenue et nous avons ressenti un truc que nous n’avions pas ressenti depuis très longtemps. Nous nous sommes dit que cet album allait être plus rock que ce que nous avions fait avant, moins metal, nous avons un peu laissé le hardcore du début, etc. C’est pour ça que je te parlais de hard rock, parce que Headcharger est quelque part entre le metal, le hard rock, le hardcore, etc. En tout cas, pour cet album, il était clair que ce qui se dégageait était un rock teinté des années 90, on ne peut pas le nier car nous venons de là, et personnellement, c’est un style que j’écoute encore énormément – je pense à des groupes comme Soundgarden, Alice In Chains, Nirvana, Pearl Jam, Stone Temple Pilots, etc. D’un seul coup, nous avons eu cette direction et je me suis servi de mon expérience où ça n’allait pas du tout pour écrire des choses personnelles, et cet album est devenu un exutoire. D’où le titre Rise From The Ashes.

Vous étiez donc à trois et l’énergie qu’ont apportée les nouveaux musiciens a été le déclic…

C’était vraiment une question d’énergie et c’est pour ça que c’est important d’en parler parce que finalement, de tout ce qui avait été composé avant qu’ils intègrent le groupe, nous n’avons rien gardé. Nous avons vraiment tâté le terrain pour des trucs qui finalement n’ont pas marché, mais d’un seul coup, le fait de commencer à jouer ensemble et de se découvrir un peu… Car les six albums d’Headcharger précédent ont été composés à trois, justement – les trois qui sont restés. Et pour cet album, nous nous sommes dit que, comme nous étions à sec, comme nous étions à la fin d’un cycle, c’était important que nous changions complètement notre manière de composer. Si nous intégrions des nouveaux membres, c’était cette fois-ci pour composer à cinq. C’était très important d’avoir des compositeurs avec nous.

« Nous avons trouvé un line-up qui nous a redonné un sourire. C’est avant tout un métier et une musique de passionnés, et c’est fondamental ce truc du sourire et du bien-être quand tu fais tes morceaux, et là nous y sommes. »

Tu parlais de l’évolution musicale qui est aujourd’hui très orientée rock : c’était une volonté ou bien ça s’est fait comme ça ?

Ça s’est réellement fait comme ça. Assez paradoxalement, c’est de très loin l’album le plus mélancolique dans les textes, qui sont très introspectifs, et en même temps le plus énergique. Il y a aussi un retour du chant un peu saturé, que je n’avais pas du tout pratiqué pendant deux albums. Des fois on m’avait demandé : « Pourquoi as-tu arrêté d’un seul coup de chanter en chant saturé ? » Ce que j’ai répondu de façon naturelle et ce que je continue de répondre : c’est sûrement parce que je n’avais rien à crier à cette époque. Donc si je suis revenu un peu au chant saturé par endroits, c’est parce que j’avais des choses à scander et à crier, et c’est sur des moments bien précis.

C’était donc lié à tes motivations. Car des fois, le chant crié peut venir d’un manque de confiance des chanteurs qui se cachent derrière des effets saturés.

Bien sûr. Pour moi qui ai continué de faire les deux en live, ce n’est pas du tout le même exercice. C’est de très loin beaucoup plus de travail d’apporter de la mélodie, c’est indéniable. Le chant saturé, même s’il y a une vraie technique… Attention, il ne faut pas non plus négliger, ce n’est pas juste gueuler dans un micro, ça ne se passe pas comme ça du tout, il y a un vrai travail de saturation, etc. Il n’empêche que dans le chant saturé, on enlève toute la partie harmonique de la composition, qui n’est pas rien. A partir du moment où dans le chant saturé, tu es en place et où tu as une voix que tu estimes coller au style, tu peux partir plus librement. Il n’empêche qu’il y a des chanteurs qui ne chantent qu’en chant saturé et que j’adore – je pense au chanteur de Lamb Of God, à Phil Anselmo, etc. – mais on ne m’enlèvera pas l’idée que c’est un exercice plus simple.

On sent que les textes sont très personnels : ça t’a permis de te libérer ?

Oui, mais pas que moi. Nous avons beaucoup travaillé avec David, le nouveau guitariste qui fait aussi des chœurs sur cet album – c’est le gros changement. Ça fait des années que j’enregistre les leads et que je fais aussi les chœurs sur un album, mais comme je suis un énorme fan d’Alice In Chains, j’ai toujours eu envie d’entendre une voix différente sur les chœurs, parce que c’est ma culture. J’avais envie d’un truc plus large dans les mélodies et les harmonies. Le fait d’enregistrer à deux voix différentes, ça m’a ouvert des perspectives, et lui aussi. Il se trouve que lui ayant traversé une période pas marrante du tout non plus pour des raisons complètement différentes, il s’est retrouvé dans mes textes mais pas pour les mêmes raisons. Il se les est appropriés à son tour et il m’a même fait changer quelques phrases. Je l’ai fait bien volontiers pour que ces paroles ne soient pas une seule personne qui parle mais que ce soit l’état d’esprit du groupe.

On voit sur la pochette la lumière au bout du tunnel. On sent maintenant que cette période est derrière vous…

Elle est complètement derrière nous ! Je suis tellement pressé de reprendre le live vite, pour que les gens voient à quel point nous avons le visage éclairé quand nous jouons tous les cinq. Je pense réellement que nous avons trouvé un line-up qui nous a redonné un sourire. C’est avant tout un métier et une musique de passionnés, et c’est fondamental ce truc du sourire et du bien-être quand tu fais tes morceaux, et là nous y sommes. L’idée de renaître de ses cendres, ce n’est pas un petit truc. Nous sommes en pleine promo de cet album et un de tes collègues me disait que cet album ressemblait un peu au Black Album de Metallica, pas musicalement mais dans l’état d’esprit dans lequel il a été fait, et aussi l’album éponyme de Deftones, car on entend bien que c’est le même groupe, mais on sent en effet qu’il y a un renouveau, des ingrédients nouveaux, une nouvelle énergie par rapport à ce que nous avons fait avant. Je trouve ça plutôt judicieux et c’est ce que j’espérais, à vrai dire. Surtout, comme nous sommes cinq personnes à avoir composé cet album, c’était important pour nous de ne pas dénaturer le jeu de chacun et de faire, justement, avec les points forts de l’ensemble des membres, et de tirer au maximum ce que nous pouvions tirer de positif dans les jeux de chacun. Nous savions que David qui avait intégré le groupe était un très bon chanteur, et en aucun cas nous n’allions nous priver de sa voix sur les chœurs, bien au contraire.

« J’avais quatre lascars derrière qui se reconnaissaient dans mes textes, et je me devais aussi d’être leur porte-parole. Quand tu es le porte-parole de quelque chose, tu as intérêt d’être au niveau. »

Les retours ont l’air excellent. Est-ce que ça vous booste encore plus ?

Oui. C’est fou ! Notre public était forcément le plus important, et ce n’est pas du tout hypocrite – ça fait un peu Christophe Maé qui parle de son public, mais ce n’est pas le cas du tout [rires] – mais bien sûr, il y a un truc de très grisant, parce que quand tu lis une chronique hallucinante de Rolling Stone Magazine… Ce n’est pas courant pour un groupe de gros rock français d’être chroniqué dans Rolling Stone ! Quand je vois le retour des gens qui, en grande majorité, nous disent qu’il fait partie des meilleurs albums d’Hearcharger – si ce n’est que c’est le meilleur –, nous sommes partis de tellement bas que, justement, nous l’apprécions encore plus. Pour ceux qui ne nous aiment pas, je suis désolé, mais je pense que nous sommes bien repartis pour dix-sept ans ! [Rires]

Pour revenir à la conception de l’album, aviez-vous quand même une ligne directrice, musicalement ?

Complètement : la ligne directrice qui a été définie entre nous était que d’une, c’était priorité au chant. Finalement, ce qui fait la grande différence entre un son rock et un son plus metal dans le mix, au-delà du degré de saturation, c’est là où se place le chant. Dans un groupe de metal, généralement le chant est plus rentré dans les guitares, la batterie, etc. et un peu moins devant. Dans un mix rock, tu entends le chant, tu ne le camoufles pas. Nous avions tous une volonté de faire ça. Ça a été un peu le challenge pour moi, parce que j’étais d’accord sur les sonorités, j’en avais envie, mais il faut aussi se donner les moyens de ses envies. J’ai bossé comme un malade, et je bosse encore. Ça a été un retour à l’école du chant, j’ai repris des cours avec des gens du Studio Des Variétés, etc. J’avais envie d’être à la hauteur de la confiance que m’ont accordée les quatre autres en me disant : « Ecoute, on te fait confiance sur le thème de l’album et sur ce que tu vas écrire », et je me suis mis une pression tout seul en me disant qu’ils avaient confiance en moi et qu’il fallait que je sois à la hauteur de ce que j’avais envie de dire. Bien sûr, les confinements m’ont permis d’avoir un peu plus de temps pour me préparer, forcément, puisque nous avons eu quasi un an de plus, et ça nous a permis de mieux nous connaître. Comme je te disais, des gens comme Romain à la basse, ça fait plus de trente ans que nous jouons ensemble, et je pense aussi à David [Rocha], le guitariste d’origine du groupe, je n’ai vraiment pas envie de les décevoir. Et puis encore une fois, il ne faut pas oublier que oui, c’est moi qui écris la très grande majorité des textes, mais j’avais quatre lascars derrière qui se reconnaissaient dans mes textes, et je me devais aussi d’être leur porte-parole. Quand tu es le porte-parole de quelque chose, tu as intérêt d’être au niveau.

Il y a donc eu une remise en question de ta part…

Oui, et je pense que ça devrait être le travail de tout artiste qui se respecte. J’ai du mal à dire le mot « artiste » parce que j’ai du mal à me considérer comme étant artiste, j’ai tellement de respect pour les pères fondateurs, mais si on doit nous catégoriser, oui, je suis un artiste. En tout cas, j’avais réellement envie d’être à la hauteur. Et ce qui est hallucinant, c’est que le travail de composition, d’exercice vocal, etc. s’enrichit au fur et à mesure que tu le pratiques. J’ai découvert réellement cette gymnastique de la pratique, ce plaisir que tu peux en tirer et cette satisfaction, de se dire : « Telle chose, je ne sais pas la faire, mais je comprends pourquoi je ne sais pas le faire. »

Pour l’enregistrement, vous êtes restés avec les mêmes personnes avec qui vous travailliez. On peut avoir le sentiment que lorsqu’on garde les mêmes gens – le mixeur, l’ingé son, etc. – on a des chances de retrouver quelque chose de proche. Or le fait de garder les mêmes personnes ne vous a pas empêchés de faire évoluer votre son vers ce côté plus rock.

Oui et je pense que pour ceux qui connaissent et aiment Headcharger, nous sommes d’abord un groupe de live. Nous adorons produire nos albums, nous nous appliquons vraiment à sortir nos albums, mais sortir un album sans tourner derrière, ça ne me branche pas beaucoup. Et ce que nous avons voulu, c’est avoir un album produit mais sans passer la barre du trop produit. C’est-à-dire que nous tenons à ce qu’en live, l’énergie et le son de cet album soient retransmis. L’album a vraiment été enregistré comme étant panné comme une stéréo, il y a un droite-gauche, la basse au milieu, etc. Nous avons vraiment travaillé là-dessus. Du coup, c’est important de ne pas trop produire l’album. Combien as-tu de groupes de metal aujourd’hui qui ne se prennent même plus la tête à faire rentrer un batteur en studio et qui programment des batteries ? Mais après tout, ce n’est pas ridicule, puisque tu vois les batteurs sur scène, c’est bourré de triggers. Pourquoi pas ? Ce n’est juste pas notre école, je ne le juge pas, mais dans ce cas-là, entre un son live et un son d’album, il y a une sacrée différence.

« Les très gros groupes de metal, il y en a qui en live sont vraiment moyens, on ne va pas se mentir. Les très gros groupes de rock, il n’y en a pas un qui est moyen en live. »

On peut avoir le sentiment des fois que c’est la limite entre le rock et le metal : le metal est très produit et le rock est un peu plus brut et vrai.

C’est ça. Les très gros groupes de metal, il y en a qui en live sont vraiment moyens, on ne va pas se mentir. Les très gros groupes de rock, il n’y en a pas un qui est moyen en live.

Si on parle de scène et de concert, comment avez-vous vécu cette période de « vide » ?

Nous avons enregistré l’album, nous l’avons mixé. Nous avions le droit, nous avions des attestations. Comme c’est notre travail, nous avions quand même le droit d’aller travailler – enfin, pas au premier confinement, mais dès le deuxième, nous avons eu le droit, déjà, de répéter avec des attestations. C’était vital pour nous. Ce n’était pas possible de faire autrement. Et puis nous avons fait des résidences. D’ailleurs, nous avons filmé quelques titres en live. Nous en avons mis un sur YouTube, « Another Day Alive », extrait de Rise From The Ashes, et nous allons en mettre deux autres, toujours de cet album, enregistrés live aussi dans de bonnes conditions – nous nous sommes pris la tête à bien filmer, etc. Du coup, nous avons eu un peu de temps pour pouvoir nous permettre de faire ça. En termes de mise en image, nous en sommes déjà au quatrième morceau. Tout ça se prépare, donc nous avons profité de ce temps. Si ta question, car je la vois venir, c’est : « Penses-tu que le live stream aurait pu être une alternative ? » Non [rires].

Comment voyez-vous la suite pour défendre cet album ? Est-ce toujours difficile de programmer quelque chose avec la situation ou ça s’éclaircit un peu ?

Ça s’éclaircit un peu. Ce que nous allons faire est qu’entre octobre et décembre, nous avons une petite dizaine de dates qui sont déjà programmées ; il va y avoir Orléans, L’Atelier Des Môles à Montbéliard, le Ferrailleurs à Nantes, etc. Il y a déjà plusieurs trucs qui sont déjà signés. Il y en a une de sûr, c’est la release party au Big Bang Café à Hérouville, car c’est notre deuxième maison, c’est notre SMAC, c’est là que nous faisons nos résidences, etc. Nous commençons quasi toutes nos tournées dans cette salle, et cette fois-ci, nous avons décidé de le faire avec Klone et 7 Weeks, donc je pense que ce sera une belle soirée. Car nous sommes sur le même tourneur que Klone et 7 Weeks sont de vieux copains. Ensuite, nous allons passer par Paris. Nous sommes partis du constat qu’en effet, les gens avaient besoin de retrouver du spectacle vivant, de revenir dans les salles de concerts, etc., qu’il y avait une vraie demande, mais nous sommes aussi conscients du fait que cette période de confinement n’a pas été la joie pour tout le monde sur le plan financier, et ça continue de ne pas l’être, donc nous nous sommes dit que oui, nous allions retourner à Paris, que oui, ça allait être dans une salle de trois cent cinquante personnes, ce qui n’est pas ridicule, et que oui, ce serait gratuit. Je trouve que nous avons aussi notre rôle à jouer là-dedans pour relancer la culture et avoir quelque chose de positif. Je trouve ça important. C’est facile en tant que groupe de dire aux gens de venir, mais à un moment, il faut aussi que toi, tu leur donnes des preuves d’amour. Nous ferons ça avec un magazine français – ce sera une soirée MyRock – le 17 novembre à O’Sullivans, à Paris, un jeudi soir. C’était important pour nous de le faire un jeudi, car nous savons que le public parisien est plus dispo le jeudi. Je trouve que c’est un bon truc. Malheureusement, nous ne pouvons pas le faire sur toutes les dates, nous avons quand même des factures à payer [rires].

Que ce soit pour un disque ou un concert, tout travail mérite salaire.

Oui, je trouve ça normal. Je suis un peu de cette école-là : j’achète encore beaucoup de CD, de vinyles et je paye encore pour aller voir des concerts. Il y a beaucoup d’artistes qui profitent de leur situation et qui demandent des invites. Ça m’arrive d’en demander, pour être honnête, mais pas tout le temps. Ça ne me dérange pas de payer ma place, car nous sommes tous dans le même cas. Mais dans cette période-là, nous nous sommes dit que de manière ponctuelle, comme ça va être le cas pour Paris, c’est important aussi de jouer le jeu. Et nous reviendrons à Paris sur cette tournée, et cette fois ce sera très certainement payant. Et au-delà de notre public, c’est aussi une manière de dire : « Vous avez vu les gars, on peut refaire du rock, on a de nouveau le droit de transpirer dans les salles. » Et si ça se passe bien, il se profile que ça va être possible de façon plus pérenne.

N’y a-t-il pas une crainte d’avoir perdu des gens en cours de route ou que ceux-ci soient hésitants à revenir ?

Oui, nous ne sommes pas dupes. Nous savons par exemple que le cinéma et les musées ont perdu une part de fréquentation. Nous savons que de toute façon, nous sommes un des secteurs les plus touchés par cette crise, c’est indéniable, parce que nous n’avons pas pu bosser. Il y a des secteurs dans la culture qui ont pu bosser, je pense au cinéma, à l’audiovisuel, aux radios – et encore, pas toutes. A côté de ça, le spectacle vivant dans les musiques actuelles, il ne s’est pas passé grand-chose pendant cette période, hormis des Victoires De La Musique avec des distanciations de trois mètres, des masques et des trucs qui ne ressemblaient pas à grand-chose devant les gens. Je croise les doigts mais ça s’annonce mieux quand même. Encore une fois, c’est à nous de jouer le jeu. A force de reproposer des spectacles, ça va sûrement redevenir un truc un peu moins anxiogène. Je vois les quelques concerts qui ont eu lieu, ce weekend Benighted a fait une soirée avec Shaârghot et Svart Crown à Montpelier : c’était blindé. Ils ont fait sold out. On sent que ça revient vraiment. Pour revenir à nos concerts, le gros de la tournée arrive en janvier.

« Nous avons aussi notre rôle à jouer là-dedans pour relancer la culture et avoir quelque chose de positif. Je trouve ça important. C’est facile en tant que groupe de dire aux gens de venir, mais à un moment, il faut aussi que toi, tu leur donnes des preuves d’amour. »

Vous avez aussi changé de label. On dirait qu’avec toute cette énergie, vous avez essayé de mettre d’autres choses en place : qu’est-ce qui vous a poussés à faire ce changement et pour quelles ambitions ?

« Ambition », c’est un bien grand mot, mais des envies, complètement. Avec At(h)ome, ça fait des années que nous nous connaissons. Pour ceux qui ne connaissent pas At(h)ome, c’est le label de groupes comme Lofofora, Tagada Jones, AqME, Mass Hysteria a été chez eux aussi… Ce sont des groupes avec lesquels nous avons fait pas mal de dates. J’en reviens à la toute première question : pour les gens qui ne connaissent pas Headcharger, nous en sommes peut-être à mille dates à travers l’Europe depuis le tout début de notre histoire. Forcément, les gens d’At(h)ome sont des gens que nous avons croisés et avec qui nous nous sommes toujours très bien entendus. J’ai toujours été assez admiratif de leur travail parce que ce sont des passionnés. On en revient toujours au même truc. Ce sont des passionnés qui ont réussi à faire de leur passion leur métier sans devenir des mercenaires. Et ce sont des gens qui bossent vraiment, ils ne comptent pas les heures et des fois, pour des salaires qui mériteraient… [Rires] Ce sont des passionnés ! Et je pense que vous, en tant que gens de la presse, je me dis que vous devez le sentir. Pour cet album, nous avons eu un plan promo comme nous n’en avons encore jamais eu. Peut-être que l’album est meilleur que les autres, je l’espère, mais ce qui fait la grande différence aussi, je pense, c’est que nous avons des gens qui sont à fond dans cet album et qui ont envie de bien faire les choses avec nous. Je pense que cette énergie est plutôt communicative – j’ose imaginer que c’est ça – et ça se passe super bien.

Je me souviens avoir eu Stéphane [Laick] qui, avec son frère Olivier, est l’un des deux fondateurs d’At(h)ome, pendant le premier confinement – pour tout te dire, j’étais enfermé entre quatre murs pendant un mois et demi, à écrire, ce n’était pas la joie. Je lui avais toujours envoyé les préprods d’Headcharger depuis plusieurs albums, et il m’a dit par mail : « Ecoute, j’ai vraiment envie de le faire. On se téléphone. » Je lui ai dit : « Mais tu as vu la période ? » Il m’a répondu : « Si en tant que label de musique, on arrête de sortir des albums, quel que soit le contexte, il vaut mieux qu’on mette la clé sous la porte maintenant. » J’ai trouvé ça tellement vrai. Ça paraît hyper logique, mais à ce moment-là, je me suis dit que putain, carrément, il a raison. Du coup, nous nous sommes mis d’accord en deux ou trois coups de téléphone. Nous sommes vraiment contents de cette équipe. Nous nous sommes encore vus il y a une semaine et demie. Nous étions à Paris pour une soirée au Hellfest Corner et nous étions avec toute l’équipe d’At(h)ome. Ce qui est super et qui fait la grande différence chez At(h)ome, c’est que pour qu’ils signent et bossent un album – ce n’est pas des conneries ce que je te dis – il faut que le stagiaire lui-même valide le projet. Ça va du stagiaire au big boss du label. S’il y en a un dans l’équipe qui dit [que ça ne le branche pas], ils n’y vont pas forcément.

Tu parlais des vidéos, vous en avez fait beaucoup, la dernière en date étant le clip de « Rise From The Ashes »…

J’adore ce clip ! Ce sont les gens de Brewster qui nous ont fait ça ; ils travaillent pour Dr Martens et aussi pour le Hellfest. J’adore leur idée, je trouve ça super, le fait de recréer une histoire à partir d’autres histoires et de vieux films. Ce ne sont que des vieilles images, en faisant plein d’incrustations Headcharger à l’intérieur, avec les pochettes d’albums sur des panneaux, etc. Franchement, j’adore ce clip ! Je ne vais pas mentir, l’idée de base est venue du truc d’Arcade Fire sur Le Bon, La Brute Et Le Truand, le montage qui avait été fait sur le fameux face-à-face. C’est un clip d’un morceau que j’adore d’Arcade Fire, et ils ont recalé le montage du film sur le tempo et la musique. Avec Brewster, nous sommes partis de ce truc que nous adorons, nous nous en sommes inspirés, en nous disant que nous allions essayer de faire quelque chose avec plein d’images de plein de films différents – il y en a cinq – et de recréer avec ça une histoire qui raconte la chanson. Je ne suis pas sûr qu’un autre groupe, en tout cas français, ait fait ça avant.

Mais pour revenir aux vidéos, de façon plus générale, oui, nous nous sommes appliqués à faire de l’image, mais aussi parce que nous avons eu cette période de confinement qui a fait que nous avons eu le temps de vraiment faire les choses, de bien préparer cette sortie d’album qui aurait dû se faire six mois plus tôt. Forcément, nous nous sommes eus au téléphone pendant ces confinements avec At(h)ome, où nous nous sommes dit que ça ne servait à rien, que nous étions repartis pour un nouveau confinement sans savoir combien de temps ça allait durer, que ça ne servait à rien de sortir un album sur la période de juillet et août… Je le comprends complètement, car les gens pensaient avant tout à prendre l’air. Septembre nous paraissait bien, parce que nous avions aussi envie de partager cet album le plus vite possible. Car putain, nous sommes contents de cet album ! Et quand c’est comme ça, tu as du mal à le garder pour toi – le premier jour de studio correspond quasi à la date de sortie, ça fait un an ! Après, attention, ça a été un peu plus d’un mois de prises en studio et un mois de mix. Puis il y a eu le mastering, etc. Vraiment, nous n’avons pas eu le temps de nous ennuyer, mais par contre, nous avons vraiment pu prendre le temps de nous appliquer. Je pense que c’est ce que ce confinement a apporté de bien. Mais nous invitons tout le monde à aller voir sur YouTube tout ce que nous avons produit : il y a eu la lyric video, le premier clip de « Magical Ride » réalisé par Mathieu Ezan qui a fait la photo de la pochette… D’ailleurs, cette pochette est hyper importante…

« J’ai cru à un moment donné que ce confinement allait faire revenir les gens à des trucs plus essentiels, mais quand j’ai vu qu’à la première journée du déconfinement, il y a des Burger King et des McDo avec des queues de douze kilomètres, je me suis dit que ce n’était pas gagné [rires]. »

J’allais justement te poser une question là-dessus. On voit quelqu’un qui va vers une lumière vive : de façon plus générale ou philosophique, que vois-tu dans cette lumière ?

Il faut savoir que cette pochette n’est pas une photo qui a été prise au hasard, c’est une commande de notre part. Mathieu avait réalisé le clip de « Coming Back To Life » d’Hexagram, notre album précédent, il avait aussi fait certaines de nos photos de presse. J’ai toujours beaucoup aimé son travail. Pour ceux qui ne connaissent pas Mathieu Ezan, il travaille beaucoup avec Tagada Jones, il a beaucoup travaillé avec Mass Hysteria, il travaille aussi beaucoup avec des groupes plus indés… Bref, c’est quelqu’un que je trouve très doué. A la base, il a commencé le travail en prenant des photos live des groupes et ensuite, il s’est lancé dans les clips, etc. Quand nous avons composé cet album, nous nous sommes dit que ce serait bien d’avoir une pochette à la hauteur de ce que nous racontons, car ce sont des trucs personnels et c’est important pour nous d’apporter une image à ça. J’ai donc téléphoné à Mathieu, je lui ai fait écouter les maquettes, je lui ai fait lire l’ensemble des paroles et je lui ai demandé ce que ça lui inspirait. Il nous a envoyé trois ou quatre photos, et celle-ci a été exactement ce que nous voulions.

En termes d’orientation visuelle, nous avions deux grosses références. C’était – sans que ça y ressemble, mais dans l’esprit – les pochettes de Deftones, parce que j’ai toujours trouvé leurs pochettes très belles, et même si on les trouve très moches, elles font beaucoup parler. J’adore les partis pris de leurs pochettes. Et pour les trucs plus classiques, car nous sommes aussi de gros fans de la musique des années 70, les pochettes de Pink Floyd – ce sont quasi des œuvres d’art pour moi. Il avait ces deux références et il a lancé cette pochette. Je trouve que c’est un bon résumé des deux : il y a ce côté très architectural et urbain de pas mal de pochettes de Pink Floyd et ce côté un peu plus poétique de certaines pochettes de Deftones. Je trouve qu’il a complètement cerné ça.

Pour répondre à ta question, cette personne qui va vers la lumière, oui, forcément… Tu as constamment la tête sous l’eau et d’un seul coup, il y a cette première bouffée d’air que tu reprends et qui est ce Rise From The Ashes. C’est vrai pour nous, car nous avons vécu sur un plan personnel des trucs pas marrants, mais c’est aussi vrai sur un plan plus général. Il n’y a depuis deux ans et demi personne qui s’est éclaté à fond. Ou alors le mec… [Rires] Ça n’a quand même pas été la teuf !

En tout cas, tout ce qu’on entend dans tes réponses vont vers du positif…

Carrément, ça reflète vraiment cette pochette. Et je pense que c’est aussi pour ça que cet album est aussi bien accueilli : en effet, nous décrivons une période qui n’est pas marante, mais nous terminons quand même cet album par un titre qui s’appelle « Rise From The Ashes », l’éponyme. C’est important de dire que ça n’allait pas et tout, mais regardez…

On peut avoir le sentiment que ce qu’on a tous vécu dernièrement nous a ramenés à l’essentiel, en tout cas pour certains et notamment tous les passionnés de musique. Je pense que les gens ont besoin de musique et les retours que vous avez correspondent aussi un peu à ça : à la fois l’album est bon et les gens en ont besoin pour se sentir « vivants ».

Si le confinement a fait ressortir ne serait-ce que ça pour les passionnés, c’est super. Pour le reste, pour tout te dire, j’ai cru à un moment donné que ce confinement allait faire, en effet, revenir les gens à des trucs plus essentiels, mais quand j’ai vu qu’à la première journée du déconfinement, il y a des Burger King et des McDo avec des queues de douze kilomètres, je me suis dit que ce n’était pas gagné [rires]. Après, on ne va pas être hypocrite, dans le rock et le metal, on cherche à être un peu à part du mainstream, et on se plaît aussi des fois à le critiquer un peu [rires].

Pour finir, comment voyez-vous la suite avec Headcharger ?

Là, nous allons nous concentrer sur la tournée, car nous n’allons pas jouer que des morceaux de Rise From The Ashes, nous allons forcément en jouer des six albums précédents, et il se trouve que nous trouvions important de nous dire que nous avons la chance maintenant d’avoir avec nous Antoine [Cadot] et David, mais il faut aussi qu’ils se sentent à l’aise sur les anciens morceaux, donc nous avons réadapté les anciens morceaux que nous jouons en live en fonction de leur interprétation. En tant que musicien, j’ai trouvé ça hyper intéressant parce que d’un seul coup, tu réapprends à jouer tes morceaux avec d’autres personnes. L’art est important pour ça aussi, le fait de sans cesse se renouveler et de ne jamais considérer qu’une chose est acquise, parce que sinon tu plonges – ça ne m’est jamais arrivé, mais j’imagine que le jour où ça arrive, ça doit être super triste !

Interview réalisée par téléphone le 20 septembre 2021 par Sébastien Dupuis.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Photos : Mathieu Ezan.

Facebook officiel d’Headcharger : www.facebook.com/headchargerband

Acheter l’album Rise From The Ashes.



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