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En Tournée Avec    Live Report   

Headcharger : Sérénité, puissance et pénombre


Un Hexagram, deux bœufs musqués puissants s’affrontant selon les lois immuables de la nature, une péniche en bord de Seine investie par des Normands, il ne nous en fallait pas plus pour rendre visite aux Headcharger et vous proposer une nouvelle journée de découverte de l’envers du décor. Pour être tout à fait honnête, la qualité de la dernière production des Caennais a aussi été une grande source de motivation ! Alors franchissez la passerelle et découvrez avec nous les prémices de la nouvelle tournée.

Prémices en effet : cette date parisienne, comme l’explique Romain, n’est qu’une troisième date. A suivre quelques jours plus tard, une date chez eux à Caen. Le gros de la tournée interviendra plutôt à l’automne avec une date parisienne à La Maroquinerie en compagnie d’Aqme et de Bukowski. Alors préparez les pommades, bleus en perspective !

Artistes : HeadChargerThe DistanceHowlin’ Machines
Date : 4 mai 2017
Salle : Petit Bain
Ville : Paris [75]

Dans l’immédiat, le bassiste partage son plaisir d’être à Paris, de pouvoir enfin jouer Hexagram live, Headcharger étant clairement un groupe de scène. David ressent de son côté une vraie stimulation à jouer de nouveaux morceaux, plus frais, qui demandent une plus grande application ; les anciens sont plus maîtrisés. Seb lui attend de découvrir la réaction des fans, souvent pleine de surprise face à des nouveaux titres. Vous le remarquez, l’excitation est bien présente et les Caennais sont loin d’être blasés !

Mais avant de proposer les nouveaux morceaux au public de ce soir, le groupe arrivé de Caen le jour-même a du pain sur la planche. Installation de la scène, balances et interview ! La route depuis Caen – Sébastien nous dira d’ailleurs que les trajets restent l’aspect le plus ennuyant de leur vie de musicien -, les préparatifs, le concert du soir, vous avouerez que la journée est bien remplie ! On est loin des trente-cinq heures ! Et pour autant, un groupe comme Headcharger ne peut pas vivre uniquement de sa musique, ce que regrette Sébastien. Aujourd’hui, en France, vivre du rock ou du metal est très compliqué pour la majorité des groupes et il faut des activités à côté alors que, comme le fait remarquer Romain, c’est un travail à temps plein.

Sébastien pense qu’il y a quelques années des groupes comme Pleymo, sans rouler sur l’or, pouvaient vivre de leur musique, obtenir l’intermittence du spectacle. Romain partage évidemment cette analyse tout en nuançant. Désormais, c’est ça la réalité, il faut faire avec ou arrêter. Il reconnaît aisément que tenir depuis treize ans nécessite des reins solides, que sortir un album tous les deux ou trois ans peut paraître lent mais à côté, les tournées doivent être préparées, les sorties d’albums aussi, etc. Et ce point ne concerne finalement pas que la France comme le souligne Sébastien. Outre les mastodontes, les groupes américains, même s’ils viennent en Europe connaissent d’ailleurs les mêmes difficultés.

Rudy aux fourneaux

Péniche et eau obligent, ça tangue comme le constate Seb dans les coulisses tandis que dans la salle, l’installation avance. Rudy s’occupe de sa batterie, tend ses peaux avec une réelle application, David règle sa guitare. A propos d’eau, le toit de la salle connaît une fuite malvenue mais l’équipe de la péniche est sur le coup et fera heureusement en sorte qu’elle soit résorbée pour le soir. Les préparatifs concernent aussi les lumières, l’habillage de la scène. L’ingé lumières demande à David de se positionner là où il sera majoritairement pendant le concert afin de caler une douche. Nous en reparlerons plus tard mais la lumière n’aura pas été le maître-mot du concert du soir ! L’habillage de la scène passe par le traditionnel backdrop…sauf que, mic-mac dans l’organisation, le drap emmené à Paris est celui associé à Black Diamond Snake, l’album précédent. Tant pis pour la belle pochette d’Hexagram que le groupe a voulu différente de leurs pochettes habituelles, très colorées, très orientées stoner, stoner-rock. Et de s’avouer très fier du résultat.

Les Headcharger partagent totalement l’idée de puissance et de sérénité que l’on peut ressentir face à cet artwork, sérénité que l’on retrouve aussi dans la musique qui compose le dernier disque. On sent les Caennais totalement à leur aise dans cet album. Ce qu’ils confirment à 100%. Sébastien explique que plus globalement, sur Hexagram, ils ont eu la volonté d’arrêter d’écouter ou d’être sous influence. Ils se sont écoutés eux-mêmes, se sont pris en main pour arriver à ce résultat totalement assumé, essayant de se renouveler tout en restant cohérent avec la musique d’Headcharger qui est ce qu’elle est, composée par les mêmes personnes, chantée par le même chanteur. Sébastien continue d’expliquer les motivations qui les ont animées, notant que l’impact d’un morceau ne dépend pas de sa rapidité, ce qui est parfois une erreur facile à commettre. Et d’illustrer son propos en citant des groupes comme RATM ou Soundgarden, formations qui ne font pas des titres forcément rapides mais dont l’impact est indéniable ! Et Sébastien de préciser qu’il assume désormais totalement le fait de proposer des morceaux mid-tempo, plus calmes et plus posés, ce qui n’était pas forcément le cas il y a dix ans.

Côté péniche et backdrop, la tentative de remplacer la tenture par une projection d’image à partir d’un ordinateur n’est pas concluante. Le groupe se passera donc de backdrop et n’en fait pas un drame. Illustration de leur sérénité ? Pendant que Rudy effectue sa balance, tout seul dans un premier temps, nous parlons avec Romain des salles de concert parisiennes, entre autres du nouvel Elysée Montmartre, de ce dernier album qu’ils ont construit comme une setlist de concert avec différentes variations ou encore de cette date en première partie des Mass Hysteria, il y a quelques années au théâtre Montansier de Versailles, le 22 Mai 2010, cadre très particulier pour un concert de rock. Cet échange informel, en partageant une bière, illustre parfaitement la disponibilité et la grande gentillesse avec lesquelles le groupe nous a accueilli.

De son côté, Seb installe le stand de merchandising qui propose, entre autres badges et tee-shirt sans oublier l’édition vinyle d’Hexagram à laquelle le groupe est vraiment attaché. Mis à part une réédition de « Watch The Sun », Romain précise qu’il s’agit de leur première vraie sortie vinyle. La demande était là, le label a suivi et l’objet est là, essence du rock finalement, en lien complètement logique avec leurs influences seventies. Et Seb de préciser qu’ils ont apporté le plus grand soin à cette sortie, réalisant même un mastering spécifique pour coller au format vinyle. Tous parlent avec passion de ce LP. David conçoit clairement l’engagement d’un fan plus fort pour un vinyle que pour un cd qui se retrouvera facilement en vrac sur la table du salon à côté de bières. Pour le guitariste, les gens attribuent une plus grande valeur au vinyle, le rangeant dans un endroit spécial, avec les autres trente-trois tours. L’objet n’est définitivement pas anodin. Seb renchérit en parlant du processus d’écoute du vinyle, une face l’une après l’autre, en sautant rarement un titre. Ce processus est cohérent avec l’établissement de la tracklist de l’album que le groupe fait de manière réfléchie, donnant à chaque morceau une place propre et déterminée.

Vers 16h00, le chanteur rejoint ses acolytes sur scène pour terminer les balances. Les Headcharger se règlent sur un peu de « Back To Life », « Land Of Sunshine » ou encore « Gusty Move », issu de ce dernier album d’où le chant saturé a totalement disparu. Et quand on interroge Sébastien sur cette disparition, démarche initiée sur Slow Motion Disease, améliorée sur Black Diamond Snake et qui, selon les propres dires du chanteur, commence à devenir intéressante sur « Hexagram », il confie sans ambages que le chant saturé a une espèce de rôle de cache-misère. Il explique s’être mis au travail pour progresser d’autant que les morceaux amenés par Romain et David se prêtaient finalement moins au chant saturé. Force est de constater que l’effort est payant ; le chant clair fait vraiment mieux voyager au travers d’Hexagram. Evidemment, à chacun son ressenti !

16h20, les balances sont terminées, le groupe n’a plus qu’à attendre le concert du soir et répondre à notre interview. Le soleil étant de la partie, nous nous installons dehors, bien agréablement, bières et dictaphone prêts à démarrer l’interview avec Seb, Romain et David, décontractés et très réceptifs à l’exercice. Très agréable comme accueil ! Le soleil est plus capricieux et une belle giboulée de grêle décide de s’inviter et nous incite à nous réfugier à l’intérieur. La salle étant occupée par les balances des premières parties, nous nous retrouvons à La Cantine, bar restaurant de la salle.

En pleine balance !

L’eau est donc partout, entourant la péniche, tombant du ciel, l’occasion est belle pour jouer au jeu de l’île déserte. Vous savez ? Les questions pièges du style quel objet emmèneriez-vous sur une île déserte ? Prêt à jouer avec Headcharger ? Parfait. Donc face à cette première question, les trois sont assez unanimes, ils emmènent une guitare, un instrument même si Romain hésite un instant avec son bodyboard, la configuration de l’île pouvant générer des vagues. Côté album, Seb répond spontanément « Dirt » d’Alice In Chains même s’il avoue ensuite, amusé, qu’il risque de se pendre en n’écoutant que ce disque. Romain proteste, en voudrait au moins cinq pour éviter de s’ennuyer avec un seul album d’autant qu’il pense à Converge et qu’il risque de devenir dingo avec ce seul disque. Il ajoute donc, au risque de se faire vanner par ses collègues, Norah Jones. David rejoint Romain ; un seul album est un peu tendu car il est plutôt du genre à avoir un album par humeur. Il pense à « Highway To Hell » d’AC/DC pour se remonter le moral, seul sur son île mais aussi à « Superunknown » de Soundgarden, moins festif !

Continuant dans le registre musique et album, il est intéressant de constater la diversité de leurs goûts. Romain a récemment acheté « Pet Sounds » des Beach Boys et « Smells Like Teen Spirit » de Nirvana. Sébastien a lui récemment découvert Pokey Lafarge, style blues des années cinquante ou soixante tandis que David s’est intéressé à Derek Trucks, guitariste de blues slide qui officie dans le Trucks Tedeschi Band. Urban Dance Squad sera même évoqué comme groupe écouté récemment. Par ailleurs, Sébastien aurait aimé avoir écrit « Whole Lotta Love » de Led Zeppelin, morceau qui contient tout ce qu’il faut d’après lui. Romain reste sur Nirvana et « Smells Like Teen Spirit ». David jette son dévolu sur « Beat It » de Mickaël Jackson, morceau qui, dit-il en plaisantant, lui assurerait en plus sa retraite !

Cette diversité est peut-être à l’origine de la spécificité d’Headcharger, hybride entre rock et metal. Avantage ou inconvénient ? Les gens peuvent ne pas bien les situer. Effectivement, cela peut perturber un certain auditoire comme le souligne David, surtout dans un univers metal qui, reconnaissons-le, obéit à des codes assez formatés. Mais à termes, dit-il, affirmer sa singularité peut être payant même si c’est à double tranchant et qu’il peut être difficile de trouver un public. Pour autant, Seb valorise justement cette singularité qui leur permet de s’adresser à des public metal mais aussi rock.

Pour lui, le public d’Headcharger appartient à la tranche 20 – 50 ans, vient de l’école des seventies et a découvert le groupe par ses enfants ou a toujours suivi les Normands et comprend leur évolution. Romain s’inscrit dans cette analyse ajoutant que le fait que leur musique soit puissante et heavy sans être pour autant violente permet effectivement d’intéresser les 40 – 50 ans. Ils ont d’ailleurs pu le constater lors de leur tournée en première partie des Nashville Pussy dont le public est plutôt âgé. Du coup, effectivement, une palette d’âge assez large de 20 à 50 ans.

Howlin’ Machines : belle surprise ce soir-là

L’heure du concert approchant, la question de la setlist est légitime. Malgré le nombre de leurs albums, les débats pour l’établir ne sont jamais houleux. Ce soir, six morceaux d’Hexagram seront proposés sur les onze joués. Et la date de ce soir reste particulière car Antony, récemment papa est absent, remplacé par David (un autre) qui connaît bien le groupe. La setlist doit donc permettre à tout le monde de se sentir à son aise. A ce stade d’avancée de la tournée, tout le groupe s’accorde à dire que rien n’est figé, que d’anciens morceaux pourront être intégrés. Le set doit se roder, permettre aux musiciens de se faire plaisir, éviter la routine en variant les titres. Evidemment comme pour tout groupe, certains morceaux qui marchent, que le public demande se doivent d’être joués. Sébastien insistera sur le fait qu’ils ne travestiront pas pour autant leur setlist en fonction du public auquel le groupe s’adresse. Leurs deux premiers albums sont particuliers dans leur discographie mais ils ne les mettront pas spécialement en avant face à un public teinté plus metal.

Voyons cela tout de suite ; les lumières s’éteignent et Howlin’ Machines entre en scène. Il est 19h50, le concert démarre. Howlin’ Machines est un trio parisien qui œuvre dans un stoner rock d’agréable facture. Bien en place, une voix claire et posée, la formation, malgré sa jeunesse, arrive à obtenir une réaction positive d’un public encore très clairsemé. Les rythmes sont variés, la prestation énergique ; bonne entrée en matière. Remerciements d’usage, le groupe salue Headcharger, The Distance et la salle. Le trio quitte la scène après vingt-cinq minutes d’une prestation agréable. Contrat rempli !

Peu après 20h30, The Distance investit à son tour la scène. Tout de suite la musique est plus âpre, plus débridée. Formation elle aussi parisienne, affichant un style rock / stoner rock / alternatif sur son Facebook, The Distance bénéficie d’une audience plus fournie sans être non plus la foule des grands jours. On sent bien le côté alternatif dans leur musique qui finit par vous faire dresser l’oreille. Mike, au chant et à la guitare se démène, harangue le public, ne manque pas d’humour ni de sens civique puisqu’il rappelle au public d’aller voter dimanche (nous sommes entre les deux tours de la présidentielle). La prestation se termine peu avant 21h30 dans un déluge sonore et un jet de guitare très rock’n’roll.

The Distance : déluge sonore

21h45, Headcharger prend la scène d’assaut avec deux titres imparables, « Land Of Sunshine » et « Gutsy Move ». Sacrée entrée en matière ! Sébastien s’adresse rapidement au public, demande aux côtés de les rejoindre dans la fosse, de venir transpirer avec tout le monde. Les Caennais démontrent clairement en cette entame de set qu’ils sont un groupe de scène. « All Night Long » qui suit réveille les pogos et offre un solo de guitare très inspiré. Gros classique du groupe qui fait plaisir à entendre. Les stroboscopes éclairent « 1000 Tides », appuyant la puissance musicale mais toutefois, côté lumières, ce soir, franchement, le bât blesse. Les stroboscopes, c’est bien mais pas toujours à recevoir côté spectateurs et l’ensemble du set est toujours dans une espèce de pénombre, avec un éclairage venant essentiellement de l’arrière pas forcément assez élaboré pour être percutant. Les photographes doivent s’amuser !

Imaginez : Romain, bassiste ô combien porteur de sa part d’animation scénique n’est bien souvent qu’une silhouette. La pénombre en quelque sorte ! « Do You Think Of Me », très suave avec son chant saturé fait réagir le public très présent même si un peu moins nombreux que pour The Distance. Les amis des parisiens auraient-ils quitté le navire ? « The Diver », peut-être un peu en-deçà du reste du répertoire proposé fait quand même le job avec son refrain entrainant.

Sur scène, le groupe assure une bonne présence. David le guitariste remplaçant est logiquement plus discret. Plus concentré ? En tout cas, comme à son habitude, Sébastien est aux avant-postes, au plus près du public. Vient ensuite une longue exploration d’Hexagram fort réussie avec des morceaux qui passent haut la main l’épreuve du live. Il y a le savoureux « A Long Wait » et le chaloupé et habité « Metamorphosis » et surtout « The One You Want To Be », assurément un futur classique. Avant « Dirty Like Your Memories », Seb annonce la date parisienne de novembre avec Bukowski et Aqme.

Sébastien aux avant-postes

Le groupe clôture de manière assez abrupte le concert. Un dernier « Wanna Dance » et le concert est fini. Déjà ? Une heure et quelques seulement ? Un peu court pour cette prestation emmenée tambour battant que l’on aurait aimé plus longue. Au hasard et en toute subjectivité, une ou deux pépites de Slow Motion Disease comme « Annoying n’ Noisy » ou « …Drifter » auraient été du plus bel effet. Peut-être que sans Antony, la donne était plus compliquée.

Mais ne boudons pas notre plaisir, la qualité était là – et c’est pour ça que nous en aurions bien repris. Hexagram est un excellent album qui trouve toute sa dimension live et Headcharger reste une valeur sûre sur scène. Ils l’ont dit eux-mêmes, la tournée démarre à peine, les choses doivent se caler alors ne soyons pas trop critiques et faisons confiance à nos Normands préférés pour allonger la sauce.

En tout cas, guettez leurs dates si vous voulez passer une bonne soirée !

Romain dans la lumière !

Setlist :

Land Of Sunshine
Gutsy Move
All Night Long
1000 Tides
Coming Back To Life
Do You Think Of Me
The Diver
A Long Wait
The One You Wanna Be
The Metamorphosis
Dirty Like Your Memories
Wanna Dance



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