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Chronique   

Heilung – Drif


Les yeux fermés, dormant ou rêveur, vivant ou mort, le corps, même s’il est immobile, jamais ne cesse d’être traversé par des ondes. Ces ondes qui parcourent les millénaires et capturent dans leurs oscillations des fragments de civilisations qui font aujourd’hui l’Histoire, ont toutes en commun qu’elles naissent d’une même intention : communiquer. Communiquer via les plus vieilles formes de langage que sont le chant et la danse. Au sein de leur nouvel opus, Drif, les membres d’Heilung captent ces vibrations du sol et de l’air qui ont laissé une empreinte indélébile au cœur de l’humanité. Ils tentent de faire remonter à la surface cette mémoire collective inscrite en chacun, par un récit musical que le groupe adresse directement à l’instinct même de l’auditeur, recréant de manière organique les sons et mélodies des anciennes grandes civilisations qui ont foulé les terres du globe à travers l’Europe du Nord et l’Extrême-Orient. Mais au-delà de sa portée musicale évidente, ce nouvel album est aussi un véritable voyage dans le passé, sourcé et documenté, pour lequel les artistes ont entrepris un travail colossal de recherches historiques et musicologiques. Car c’est bien là le but de Drif : parvenir à révéler en chacun ce lien qui relie l’être humain avec l’Autre par ce passé lointain, commun à tous.

La particularité qui frappe immédiatement à l’écoute de cet opus et qui est à l’image de ce grand « rassemblement » – qui traduit le mot « drif » –, c’est l’éclectisme des thèmes et des sonorités présents ainsi que l’étendue de l’horizon musical que balaye l’ensemble des morceaux. C’est exactement ce que l’on retrouve dans un morceau comme « Tenet ». Commençant par des rugissements et grognements humains semblables à ceux d’un animal hostile, il glisse progressivement vers des mélodies pagan et un chant hypnotisant qui se répète en boucle. Le tout sur un rythme percussif qui va en s’intensifiant à mesure que l’auditeur s’enferme dans la transe qui s’établit doucement. Ce titre est d’autant plus impressionnant qu’il est en réalité composé sur le système du palindrome de Sator, un carré magique contenant le palindrome latin SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS et dont certaines runes retrouvées en Norvège contiennent des inscriptions. Ceci fait état du syncrétisme potentiellement déjà très présent en Scandinavie médiévale, et qu’Heilung transcrit dans l’écriture de ce morceau d’abord par un mélange de langues que sont le latin, le proto-germanique ainsi que le gothique et le vieux norrois. Mais aussi par cette variation de genres musicaux, se mouvant de mélodies païennes en messe latine. Mouvement également présent dans le court titre « Nikkal », où la beauté élévatrice du chant apporte un instant de sérénité et d’apaisement.

Dans un tout autre registre, « Keltentrauer » n’est pas un titre musical à proprement parler, mais un poème racontant un choc culturel immense dans une bataille fictive où des peuples celtes se noient dans un bain de sang face aux machines militaires romaines. L’illustration sonore qui accompagne la narration est si immersive que les images se créent instantanément dans les esprits. Au fil du récit on entend les hurlements s’intensifier, le feu brûler les maisons et les hommes, la douleur s’emparer d’une civilisation qui périt ; et il se clôt sur les lamentations tragiques du dernier des guerriers pleurant la terre de ses ancêtres désormais à la merci d’une armée étrangère dévastatrice. Quant à l’investissement personnel des artistes dans leurs œuvres, il ne peut être nié à l’écoute de « Nesso ». Il s’agit d’un sortilège visant à guérir un cheval mourant. Dans l’Europe médiévale la maladie et les douleurs prenaient la forme de vers démoniaques : les chants graves du morceau imitent leur exorcisation du corps. Le chant de Maria, quant à lui, s’inscrit dans une véritable performance puisqu’elle a été placée dans un espace mental où un animal qui lui est cher était en train de mourir, provoquant ainsi ces cris de souffrance et cette émotion palpable qui transperce l’auditeur, des cris qui ont été enregistrés en une prise. Cette sensibilité ne peut laisser indifférent, et se retrouve dans « Asja » comme si elle traversait les parois les plus opaques du corps pour loger dans les âmes amour, sérénité et protection.

L’entièreté de l’œuvre regorge de références à des événements historiques. Chaque morceau possède sa propre identité, mais forme ensemble un tout qui transmet cette sensation invisible de complétude qu’offre la précision des sons créés par ces bruits particuliers, puisés dans la voix, le corps, les feuilles, la paille… Tous les éléments environnants créés par la nature et qui font la singularité des sonorités d’Heilung. Drif est un véritable parcours universel vers la découverte du monde et des cultures disparues mais toujours bien présentes au plus profond de la terre, enfouies sous des milliers d’années d’évolution, les émotions qu’elles diffusent faisant encore écho chez tous.

La nouvelle chanson « Tenet » :

Clip vidéo de la chanson « Asja » :

Clip vidéo de la chanson « Anoana » :

Album Drif, sortie le 19 août 2022 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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  • Mon avis est pas encore forgé sur celui-ci, mais futha est clairement le meilleur album de neopagan folk que j’ai eu à écouter, loin devant tous les wardruna qui ont pas mal de titres un peu osef sur CDs (bien que ragnarock soit probablement mon se ond préféré du genre). Le clip je m’en fou je le regarde pas perso, je l’écoute xD par contre si vous avez de la bonne came dans le genre a faire partager faites soyez pas avares, j’en cherche, parce que y’a vraiment de tout et pas que le meilleur dans ce genre.

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    Pas exactement le même genre mais aussi avec du « throat-singing » (qui sonne selon moi moins forcé, plus authentique) et des côtés folk, je dois bientôt rendre une chronique pour The Hu. Ça sera peut-être ton délire.

  • J’adore Wardruna (depuis très longtemps, bien avant le succès actuel), mais je n’accroche pas du tout avec Heilung, pour moi c’est un peu les Tambours du Bronx à la sauce viking (avis lapidaire et réducteur, mais je n’ai pas le courage d’argumenter…).

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    Pat du 12

    Comme le dit si bien Pat, c’est pas de la musique qu’on écoute tous les jours, mais pour ce qui me concerne, ce genre n’a pas beaucoup de rapport avec le metal en général et ya tellement d’autres groupes pleins de talent qu’on peut facilement faire l’impasse sur celui-ci…

    Torion

    Moi j’ai l’impression d’écouter une intro qui va déboucher sur un truc qui arrive finalement jamais ! Insupportable est ma conclusion !

  • Ce n’est pas le genre de chose qu’on écoute tous les jours , c’est sûr . Pour autant, ils proposent autre chose que des productions trop travaillées des guitares sous-accordées , des voix growl aux couplets et claires au refrain , ou l’inverse j, je ne sais plus ou encore des combos aux chants-hymnes de bars « allez tous en choeurs !!! » et aux guitares-claviers qui jouent les collés/serrés (je ne citerai pas Powerwolf comme exemple , les ados du coin vont me tomber dessus …), Je te rejoins sur les grognements bien que supportables pendant un temps court en studio mais très vite dégueulasses en live. En revanche , la chanteuse dégage manifestement quelque chose.
    En revanche, dans un genre dépressif limite veines coupées au rasoir ou pendaison à la poutre pil poil au milieu du plafond du salon un soir pluvieux de novembre, j’aime bien Darkher …

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  • Je sais pas comment vous arrivez à « supporter » ce genre de musique, aussi bien au niveau des « chants ou grognements »que de la musique et même du visuel (clip) mais pour ma part, à moins d’un effort considérable avec prise d’Efferalgan pour éviter la céphalée sévère, c’est au dessus de mes forces…

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