ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Hell : à la poursuite du paradis perdu


Groupe culte des années 80 sur lequel beaucoup d’espoir avait été fondé, c’est finalement le tragique décès de son chanteur Dave G. Halliday à la fin des années 80 qui a scellé le sort du combo. Ou pas tout à fait, puisque plus de vingt ans après, Hell s’est reformé, poussé en partie par la passion du producteur Andy Sneap, produisant leur tout premier album en 2011. Un album qui, nous avoue le guitariste Kev Bower, a été confectionné sans ambition particulière, comme un passe-temps, et qui a finalement remis Hell sur la carte du heavy metal et du succès.

C’est donc avec sérieux que Hell a repris du service pour de bon, avec un heavy metal ambitieux et des shows qui renouent avec le théâtral. Curse & Chapter, second album qui vient tout juste de paraître, même s’il contient encore beaucoup de restes des vieilles années, confirme la pérennité de la formation. On en parle ci-après avec Bower.

« C’est un peu comme aller à un concert de Rammstein : à peu près la moitié du public […] n’aime pas particulièrement la musique, mais le show est tellement extraordinaire que les gens viennent pour ça. »

Radio Metal : Hell a complètement disparu de la circulation pendant près de vingt-cinq ans. Il y a deux ans, vous avez sorti un album, et aujourd’hui vous en sortez un autre : est-ce que tu penses que cette fois, Hell est de retour pour de bon ?

Kev Bower (guitariste) : Complètement. Il n’est pas question que ce soit un projet à court terme. Tu sais sans doute, si tu as lu l’histoire du groupe, que nous nous sommes reformés en 2008. L’enregistrement de notre premier album était censé être une sorte de hobby, nous avions l’intention de ne presser que quelques CD pour nous, nos familles et nos amis. Mais ensuite, cinq grosses maisons de disque se sont mises à s’intéresser à cet album, et nous avons été signés sur Nuclear Blast. Nous avons passé les trois années suivantes en tournée, à faire parmi les plus gros concerts en Europe, et nous allons bientôt repartir sur la route avec Amon Amarth et Carcass. De plus, le deuxième album vient de sortir, donc oui, nous sommes de retour pour de bon !

Vous avez joué en live pour la première fois ces deux dernières années. Quelle a été la réaction du public ?

Elle a été fantastique parce que c’est un show très théâtral. Il y a des effets pyrotechniques et beaucoup de choses à voir et à regarder. Par conséquent, peu importe le genre de public devant lequel on joue : que ce soit des fans hardcore de death metal ou un public plutôt rock old-school, ça s’est très bien passé. Il y a énormément de choses qui se passent, visuellement ; c’est une partie très importante de ce qu’on fait. C’est un peu comme aller à un concert de Rammstein : à peu près la moitié du public de chaque salle et de chaque stade dans toute l’Europe n’aime pas particulièrement la musique, mais le show est tellement extraordinaire que les gens viennent pour ça. Et c’est à peu près comme ça que ça se passe pour nous aussi.

Et je suis curieux : à ces concerts, est-ce que tu as rencontré des fans de la première heure qui vous connaissaient dans les années 80 ?

Oui, complètement. J’ai été en dehors du business de la musique pendant vingt-cinq ans, et j’étais épaté de trouver tous ces forums sur internet dans le monde entier, sans parler des échanges de cassettes qu’il y a eu pendant toutes ces années… Et oui, même à cette époque, nous avions des fans hardcore, old-school, qui sont toujours de gros fans, et qui l’ont été depuis le début des années 80. Là, nous avons gagné beaucoup de nouveaux fans. Le plus surprenant, c’est que quand nous avons commencé à jouer et à faire des concerts, nous nous imaginions que la majeure partie de notre fan-base serait constituée de mecs un peu old-school de 40 ou 50 ans qui auraient grandi avec Saxon, Judas Priest et Iron Maiden, mais en réalité, ce qui s’est passé, c’est que nous avons attiré beaucoup de très jeunes fans. La majeure partie de nos fans ont entre 18 et 28 ans. Ces jeunes ont grandi au son du grunge des années 90, donc pour eux, un groupe comme Hell a un son très neuf, très frais. Vraiment, nous gagnons sur tous les tableaux, c’est fantastique.

« Je pense que l’une des raisons qui explique notre succès est tout simplement le fait que nous n’avons ni le même son, ni le même look que les autres groupes. »

Votre album précédent a été votre premier et beaucoup de gens ne vous connaissaient pas quand vous avez décidé de vous reformer. Est-ce que vous avez eu la pression pour Curse And Chapter ?

Oui, pour moi ça a été beaucoup de pression, mais le bon genre de pression. Le premier album a eu un tel succès, et les réactions de la presse, des médias et des fans ont été tellement fantastiques… Si tu regardes, l’album a été nommé « Album de l’année » par un magazine rock suédois, par Rock Hard en Allemagne, par Metal Hammer en Grande-Bretagne… L’album a récolté énormément de louanges et de récompenses. Les chroniques ont été super, l’album s’est très bien vendu et, bien entendu, notre fan-base s’agrandit en permanence. Du coup, la barre a été placée très haut. Le groupe a dû faire face à ce problème : quand tu enregistres ton premier album, c’est souvent après avoir galéré pendant dix ans avant de réussir à être signé sur une maison de disques, ce qui fait que le premier album du groupe contient toutes ses meilleures chansons, ses meilleures idées, ses meilleurs riffs ; c’est presque déjà un best-of, si tu vois ce que je veux dire. Avec le succès de l’album, nous sommes partis en tournée pendant plusieurs années, et tout d’un coup, la maison de disques nous a appelé pour nous dire : « Salut les mecs, votre studio est réservé, il nous faut le prochain album d’ici six semaines ! » Tu vas donc en studio sans aucune chanson, sans avoir rien préparé… Nous avons toujours été très conscients du fait qu’il allait falloir que ce deuxième album soit au moins aussi bon que le premier. Dès 2011, quand Human Remains est sorti, Andy Sneap m’a dit : « Écoute Kev, il ne faut pas que tu t’arrêtes de travailler, que tu arrêtes d’écrire, parce que les deux ou trois prochaines années vont passer à toute vitesse… » Il avait raison. Du coup, j’ai continué à écrire de nouvelles choses pendant les trois dernières années, au point que la plupart des chansons du nouvel album étaient déjà prêtes il y a dix-huit mois. Et une fois que c’était terminé, il y a dix-huit mois, donc, Andy Sneap et moi avons commencé à passer du temps en studio tous les soirs : nous enregistrions des versions démo de la plupart des nouvelles chansons qui ont fini sur Curse And Chapter, et les autres membres du groupe sont venus pour travailler sur ces nouvelles chansons. Ensuite, nous avons joué ces chansons en live pendant l’année qui précédait la date à laquelle l’album devait sortir, et ça a été une expérience très utile pour deux raisons : d’abord parce qu’elle nous a permis de voir quelles chansons fonctionnaient en live, et quelles chansons fonctionnaient moins bien, et plus important encore, quand tu commences à jouer de nouvelles chansons en tant que groupe devant un public, avec tous les changements qui se font, les chansons vont pouvoir évoluer et se développer de manière organique. Tu as des idées d’ajustement, tu trouves de petites mélodies pour les paroles, et tu commences à modifier un peu les tempos… Comme je l’ai dit, ça a été très utile, et ça nous a permis de pouvoir vraiment fignoler les chansons avant de passer à la phase d’enregistrement. C’est une manière tellement efficace de faire les choses que nous travaillerons sans doute à nouveau comme ça à l’avenir.

Comme tu l’as dit, votre come-back a été un succès. Comment l’expliques-tu ? Est-ce que tu penses que si les gens trouvent votre musique rafraîchissante, c’est parce qu’elle sonne exactement comme dans les années 80, un peu comme si on vous avait congelé en 1987, puis simplement sortis et dépoussiérés il y a quelques années ?

La réponse est assez simple : la première chose que je dirais, c’est que nous sonnons comme aucun groupe des années 80. Notre son est bizarre, avec des choses comme un orchestre, des chœurs… Donc même si c’est évident que notre musique prend ses racines dans les années 80, avec à une bonne vieille écriture à l’ancienne et des refrains très accrocheurs, c’est une approche très moderne du son classique du rock des années 80. Ça, c’est la première raison, mais je pense que la plus importante pour expliquer notre succès, c’est tout simplement que si tu regardes une chaîne qui passe du vieux metal à la télé, ou n’importe quelle chaîne de toute façon, tu verras des centaines de groupes qui ont le même look et le même son. Je pense que l’une des raisons qui explique notre succès est tout simplement le fait que nous n’avons ni le même son, ni le même look que les autres groupes. Nous avons un son très unique, très original, couplé à un gros show sur scène, notre image propre, et tout ça, c’est très nouveau pour des gens qui ne sont plus habitués à voir des groupes de rock sortir des productions aussi importantes et théâtrales.

« Il y a deux manières de faire passer un message important au public : tout d’abord, tu peux leur en bourrer le crâne […] L’autre manière, c’est de le déguiser et de le présenter d’une manière qui fera sourire l’auditeur. »

Est-ce que tu penses que vous sortirez un clip pour cet album, comme vous l’avez fait pour le précédent ? Le dernier que vous avez sorti était un clip très classique, avec toute l’imagerie qu’on connaît bien du heavy metal des années 80…

Bien sûr. Juste pour donner quelques informations sur le clip de « On Earth As It Is In Hell » qui est sur Youtube : je crois qu’il a été visionné 400 000 fois maintenant, énormément de gens l’ont vu. Lorsque le dernier album est sorti, nous nous sommes dit : « Merde, il faut vraiment qu’on se débrouille pour faire un clip. » Nous n’avions à peu près personne, et quelque chose comme cent livres de budget. Nous nous sommes procuré quelques caméras et nous sommes allés à un endroit appelé Wingfield Manor. Nous y avons mis un mur d’enceintes Marshall, quelques effets pyrotechniques, et nous avons filmé tout ça pendant quatre heures, juste histoire d’avoir quelque chose. Ça a très bien marché pour nous. Nous prévoyons de réaliser une vidéo de manière beaucoup plus professionnelle pour l’une des chansons du nouvel album. Mais le problème, c’est que nous venons vraiment de finir l’album et que jusqu’à aujourd’hui, nous avions vraiment la pression pour le livrer au label, et bien entendu, à partir de demain nous serons en tournée dans toute l’Europe avec Amon Amarth et Carcass, et ce pendant cinq semaines, donc la nouvelle vidéo ne sera pas à l’ordre du jour avant le début de l’année prochaine. Mais j’espère que quand nous nous y mettrons, elle sera géniale.

Le premier single est intitulé « The Age of Nefarious » [« L’ère de l’infâme », ndlt]. Est-ce que c’est une métaphore qui désigne la société dans laquelle nous vivons ?

Oui, complètement. Ce que peu de journalistes ont remarqué, c’est que c’est une parodie un peu ironique de la chanson « The Age of Aquarius » [« L’ère du Verseau », sorte de période de prospérité et d’harmonie selon les croyances New Age, ndlt] qui apparaît dans la comédie musicale Hair. Ce qu’il y a en commun avec de nombreuses autres chansons de Hell, c’est qu’elle a en effet un message important et profond, mais transmis d’une manière telle que ça fera sourire les gens. Et c’est ce que nous faisons avec pas mal de nos chansons. Quand tu écris des chansons, il y a deux manières de faire passer un message important au public : tout d’abord, tu peux leur en bourrer le crâne, mais en faisant ça, les gens risquent de ne pas écouter. L’autre manière, c’est de le déguiser, en quelque sorte, et de le présenter d’une manière qui fera sourire l’auditeur. C’est ce que nous avons toujours fait et c’est ce que nous allons continuer à faire.

Apparemment, le digipack pour l’album est l’un des packagings pour CD/DVD les plus complexes jamais sortis par Nuclear Blast. Est-ce que tu peux nous dire pourquoi ?

Je préfère ne pas trop en dévoiler parce que nous voulons garder l’effet de surprise, mais le digipack de l’album contiendra, évidemment, le nouvel album, un livret de 20 pages, mais aussi un DVD bonus où il y aura cinq chansons enregistrées lors d’un concert où nous étions tête d’affiche à Derby au début de l’année, ainsi que quelques chansons enregistrées au Bloodstock Open Air. Il y aura aussi un autre livret de seize pages avec ça. Le principe de l’emballage est en gros qu’il se dépliera en un artwork qui aura deux faces. C’est neuf fois plus grand qu’un digipack de CD ou de DVD traditionnel. Ce sera super beau.

« Des groupes comme Diamond Head sont devenus très riches grâce à la reprise de « Am I Evil? » par Metallica… Nous avons raté ça. »

Et pourquoi ce thème en particulier ?

Il y aura deux thèmes. Le premier, c’est le paranormal, un concept qui tourne autour des planches ouija, ce genre de choses, et du fait qu’à l’époque victorienne, les gens se sont mis à beaucoup s’intéresser à la façon communiquer avec les morts. Beaucoup de sociétés secrètes ont été formées par des aristocrates qui organisaient des séances de spiritisme pour communiquer avec les esprits… Voilà ce qu’évoque la pochette.

J’ai lu que Lars Ulrich de Metallica était à l’époque un gros fan de ton premier groupe, Paralex. Est-ce qu’il a repris contact avec toi depuis que Hell s’est reformé ?

Non. Paralex est le groupe dans lequel j’étais à la fin des années 70, en 78-79. Quand Metallica a commencé à chercher des chansons à reprendre pour leur albums de reprises de chansons des débuts du heavy metal, le Garage Days EP, leur management avait pris contact avec Paralex pour savoir s’ils pouvaient reprendre « White Lightning ». Bien entendu, nous leur avons répondu : « Oui, bien sûr, allez-y ! », mais en fin de compte, ils ont décidé de reprendre d’autres chansons. Ils avaient évidemment une place limitée sur l’album, donc Paralex a raté ça. Des groupes comme Diamond Head sont devenus très riches grâce à la reprise de « Am I Evil? » par Metallica… Nous avons raté ça. Nous avion été contactés par Lars Ulrich au sujet de Paralex, mais aucun contact avec Hell, hélas.

Interview réalisée le 4 novembre 2013 par Metal’O Phil.
Retranscription et traduction : Chloé.
Introduction : Spaceman.

Site internet officiel de Hell : hell-metal.com

Album Curse And Chapter, sorti le 22 novembre 2013 chez Nuclear Blast.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Trivium @ Villeurbanne
    Slider
  • 1/3