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Interview   

Hell : Andy Sneap est arrivé au bon moment


« C’est de parler avec des mecs comme ça qui me fait réaliser à quel point j’aime mon taf » disais-je à l’Animal en relisant la présente interview.

Combien de fois ai-je critiqué dans ces colonnes ces vieux cons (bien trop nombreux dans notre univers musical) qui confondent « connaissances » et « intelligence » ? Andy Sneap n’est pas de ceux-là. Lui peut vraiment se targuer d’avoir été là en 1980 et donc d’avoir l’ascendant sur de jeunes roquets. Car sa masse de connaissances et les innombrables expériences qu’il a pu vivre ne sont pas qu’un CV. La connaissance ne devient respectable que par la manière dont on l’utilise ou on l’analyse. Ainsi, Andy Sneap inspire le respect car non seulement son récit, chargé en anecdotes (on oublie, voire ignore, qu’à l’époque, les e-mails n’existaient pas), est immersif et passionnant, mais il est accompagné d’une véritable réflexion historique.

En parlant d’histoire, celle de Hell est pleine d’espoir, à différents niveaux : c’est l’histoire d’un fan qui s’est battu pour qu’un groupe qu’il apprécie revive. C’est celle d’un producteur qui fonctionne encore à la passion. De musiciens qui ont pu retrouver leur plus haut niveau instrumental après un arrêt de vingt ans. D’un groupe arrivé au mauvais moment et ayant subi un échec cuisant qui, quelques années plus tard, a une seconde chance. D’un producteur par dépit dont le rêve de devenir guitariste aura fini, par des moyens détournés, par se réaliser. La liste est longue.

Un entretien à ne rater sous aucun prétexte pour mieux comprendre, voire revivre, un pan de l’histoire du rock à travers le parcours d’un groupe. Vous aurez aussi à la fin de l’interview un bref aperçu du métier de producteur.

Définitivement instructif.

« Il fallait le faire, permettre au grand public d’accéder à ces chansons et de tout faire pour que le talent de Dave Halliday soit enfin reconnu à sa juste valeur. […] Avant tout, j’aurais voulu que Dave soit encore vivant et en mesure de le faire lui-même. J’aurais vraiment préféré le voir sur scène continuer à le faire lui-même. « 

Radio Metal : Depuis combien de temps es-tu en contact avec le groupe Hell et quelle est la nature de la relation que tu as avec eux ?

Andy Sneap (guitare) : J’ai fait la connaissance de ces mecs il y a des années de ça. Quand j’ai commencé à jouer de la guitare, à douze ans, je prenais des leçons avec Dave Halliday, le chanteur et guitariste de Hell à l’époque. Je les connais depuis cette époque. Ensuite, quand le groupe a splitté en 1987 (Dave est mort en cette année-là), on a tous fait nos vies chacun de notre côté. J’ai retrouvé Tony [Speakman] et Tim [Bowler] il y a environ dix ans. On fréquentait le même milieu, on avait les mêmes amis donc on se voyait régulièrement. Ensuite, il y a trois ans et demi, j’ai retrouvé Kev [Bower] par l’intermédiaire de son fils qui était fan de beaucoup de groupes de metal que je produisais. Ils reconnaissaient à chaque fois le nom sur les pochettes de CD, et donc on a repris contact comme ça. Ça a été une bonne chose.  Ensuite, les choses se sont passées comme elles se passent entre de vieux amis. Ces trois dernières années, ça a été vraiment chouette de faire connaissance à nouveau et de travailler sur l’album après tout ce temps. Ça nous a pris en tout douze semaines avec des pauses entre le moment où on s’est retrouvés et la production. C’est comme ça que ça s’est passé.

J’ai lu que tu étais toujours au premier rang à leurs concerts dans les années 80. C’était donc ton rêve de voir le groupe se reformer ?

Oui, vraiment. J’étais toujours là, le premier à arriver aux concerts pour avoir la meilleure place, juste au milieu. J’ai toujours entendu ces chansons à un volume incroyable. Je les ai vues sur scène et j’ai pu les apprécier comme elles devaient l’être. Maintenant, les gens n’ont plus que toutes ces vieilles démos qui datent d’il y a vingt ans. Ils n’ont jamais eu l’occasion de voir le groupe et d’entendre les chansons avec toute l’intensité qu’elles devaient avoir. Après que le groupe ait splitté, j’ai été leur guitariste, et maintenant je les produis. Il fallait le faire, permettre au grand public d’accéder à ces chansons et de tout faire pour que le talent de Dave Halliday soit enfin reconnu à sa juste valeur. C’est une idée que j’avais derrière la tête depuis un moment. Si je n’ai pas pu le faire avant, c’était parce qu’on ne savait pas ce qu’était devenu Kev et parce qu’on n’avait pas de chanteur qui puisse être à la hauteur de ce que Dave faisait à l’époque. Peu à peu, tout s’est mis en place et ça nous a permis de le faire maintenant.

Jouer de la guitare sur scène avec eux était un rêve de gosse ?

Avant tout, j’aurais voulu que Dave soit encore vivant et en mesure de le faire lui-même. J’aurais vraiment préféré le voir sur scène, continuer à le faire lui-même. Mais oui, c’est un rêve d’enfance, c’est génial d’être dans un groupe avec ces mecs qui sont de véritables amis. On s’entend vraiment bien et la musique est très fun à jouer ; c’est un super challenge en tant que musicien. Ce n’est pas du tout comme les morceaux de Sabbat que je jouais. C’étaient mes propres compositions et elles m’étaient très familières. Là, ça me demande plus d’efforts en tant que musicien. Ce n’est pas aussi rude et parfois plus rock, donc c’est très agréable à jouer.

Hell a splitté en 1987 suite au décès de Dave Halliday. En vingt-quatre ans, est-ce la première fois que Hell envisage de se reformer pour sortir quelque chose ? Ça ne leur était pas passé par la tête avant ?

En fait, Kev a quitté le groupe en 1985. Lorsque Dave est mort en 87, une reformation est devenue absolument inenvisageable. C’est vraiment moi qui ait rassemblé les gars à nouveau et qui ait dit « et si on enregistrait quelques vieilles chansons pour s’amuser ? » Ensuite seulement on s’est rendu compte du potentiel que ça pouvait avoir. Les anciens membres du groupe n’avaient jamais eu l’opportunité de faire quelque chose comme ça auparavant, il a vraiment fallu que j’y mette du mien. C’est ce qui a permis de faire tenir le projet.

Sans toi, ils n’auraient pas reformé le groupe, donc.

Sans moi, ils ne se seraient même pas rencontrés à nouveau. Ouais, pour être honnête, c’est grâce à moi que tout a pu se passer.

« Je pense que l’un des points fort de Kev est qu’il n’a pas du tout suivi la scène metal durant ces vingt dernières années.[…] À l’époque, pendant les années 70/80, quand tu entendais des groupes comme Iron Maiden ou n’importe quel groupe de metal à la radio, tu les reconnaissais immédiatement. Ils avaient tous leur identité propre. De nos jours, les groupes n’ont plus ça. »

Dans la biographie du groupe, il est dit que Kev et Tim avaient arrêté la musique depuis 1987. Combien de temps leur a-t-il fallu pour se remettre à niveau ?

Pour commencer, on a d’abord tout rassemblé. On travaillait sur deux ou trois chansons à la fois. Ils ont tous les deux un peu galéré au début, mais ils savaient l’un comme l’autre toujours jouer. C’est quelque chose qui ne s’oublie pas. On n’oublie pas comment jouer, on devient juste meilleur au fur et à mesure qu’on s’entraîne. Ils sont venus et on a commencé comme ça. Ensuite, on a suivi les chansons et la manière dont elles sonnaient. On s’y est mis petit à petit. On faisait venir la batterie pour quelques jours pour faire quelques chansons et, peu à peu, Tim s’est mis dans le bain. On a vraiment organisé les choses graduellement, ce qui a permis aux gars de remettre le pied à l’étrier et de jouer à nouveau. Kev a consacré beaucoup de temps à répéter et à revenir au top de ce qu’il pouvait faire. Maintenant, il joue sans doute mieux qu’il ne l’a jamais fait dans les années 80. En ce moment, on a des répétitions assez costaudes pour les concerts qui sont prévus le mois prochain. Ça a pris un peu de temps. Avoir des enregistrements des chansons a beaucoup aidé : quand tu écoutes les chansons, que tu les apprécies, ça te donne une idée de la manière dont tu vas devoir jouer parce que même sans les jouer, les chansons te rentrent dans la tête. Maintenant c’est bon, ils sont revenus au top.

Apparemment, en reprenant la musique, Kev s’est senti de nouveau très inspiré. N’est-ce pas un peu frustrant de ne se rendre compte de ça qu’au bout de vingt-quatre ans ?

Je pense que l’un des points fort de Kev est qu’il n’a pas du tout suivi la scène metal durant ces vingt dernières années. Il a fait l’autruche et a vraiment pris ses distances avec la musique. Je pense que c’est ce qui donne maintenant à Hell un côté frais. Il n’essaie pas de jouer comme qui que ce soit.  Il n’essaie pas de sonner metal ou de sonner thrash, il fait juste ce que Hell a toujours fait. Je pense que c’est déterminant qu’on ait maintenant quelque chose qui apporte un peu d’air frais dans le metal, parce que beaucoup de nouveaux groupes font des choses qui se ressemblent… Pas moyen de les différencier les uns des autres. À l’époque, pendant les années 70/80, quand tu entendais des groupes comme Iron Maiden ou n’importe quel groupe de metal à la radio, tu les reconnaissais immédiatement. Ils avaient tous leur identité propre. De nos jours, les groupes n’ont plus ça. Kev n’a rien écouté de tout ça et je pense qu’il a bien fait, d’une certaine manière. Je trouve que ça nous donne un petit plus, que ça contribue à faire qu’on n’a pas le même son que les autres.

« Au début des années 80, les moyens de se faire connaître étaient très différents. Il n’y avait pas internet, il n’y avait même pas de fax à l’époque ; même pour un coup de fil, il fallait trouver une cabine téléphonique ! Les moyens d’attirer l’attention des labels étaient très limités. « 

Est-ce qu’il vous arrive de vous demander ce que vous seriez devenus si vous ne vous étiez pas arrêtés pendant tout ce temps ?

Oui, bien sûr, et bien entendu je me demande où en aurait été Dave Halliday maintenant s’il n’était pas mort en 87. Avec tous les changements qu’il y a eu dans l’industrie musicale depuis, aurait-il été encore en activité maintenant ? Hélas, la vie fait vraiment de sales coups, des fois. Tu sais, ce groupe n’a pas eu le succès qu’il méritait à l’époque. Ils se sont retrouvés à une période un peu bizarre. Même s’ils s’inscrivaient dans la lignée de ce qu’on a appelé la New Wave Of British Heavy Metal, ils sont arrivés un peu après. Le groupe s’est formé en 1982, quand cette  New Wave Of Bristish Heavy Metal commençait à s’épuiser. Les choses devenaient plus commerciales, pas mal de groupes se sont cassés la figure à ce moment-là, beaucoup de groupes américains étaient signés sur des labels britanniques. Vers 82-83, c’était plutôt le style Def Leppard qui était recherché. Le thrash, quant à lui, a vraiment démarré vers 86/87. Hell a donc raté la New Wave Of Bristish Heavy Metal à un ou deux ans près et le mouvement thrash à un ou deux ans près aussi ! Ils se sont retrouvés coincés entre les deux. Je pense que Hell était en réalité en avance sur son temps de deux ou trois, voire quatre ans. C’est vraiment dommage que ça n’ait pas marché pour eux à l’époque. La seule raison à cela est que les labels ne cherchaient pas des groupes de ce style à l’époque. Le contrat avec Mausoleum était le seul qu’ils avaient trouvé et malheureusement, le label a eu des problèmes pile à ce moment-là.

Lars Ulrich était très fan de Hell à l’époque. Est-ce que d’une manière ou d’une autre, vous êtes en contact avec lui ?

Non, en fait Lars était fan de Paralex, qui était le groupe de Kev avant Hell. À la base, Metallica avait envisagé de faire une reprise de « White Lightning » sur le Garage Days EP. J’en ai parlé à Lars il y a quelques années et il m’a dit que ça n’avait simplement pas pu se faire. Ça ne cadrait pas assez avec les chansons de Budgie et de Killing Joke qu’ils avaient déjà choisies. C’est tout. Lars était fan de cette New Wave Of Bristish Heavy Metal. Il a choisi quelques groupes qu’il aimait à l’époque et Paralex en faisait partie. Mais cela dit, je ne suis pas sûr qu’il connaisse bien Hell.

« Ce n’est pas une blague non plus, mais tu sais, on ne se prend pas autant au sérieux que beaucoup d’autres groupes… En fin de compte, c’est du divertissement. […] Moi, ça me manque cette manière de raconter des histoires et toute cette imagerie de nos jours.[…] C’est comme si on nous avait mis dans un congélateur géant en 1987, et qu’on venait de nous ressortir et de nous dépoussiérer… Et maintenant on s’éclate sans s’être rendu compte de rien. « 

Dans la biographie, on lit : « le groupe n’avait pu poursuivre sa prometteuse ascension, peut-être trop avant-gardiste, trop différent, trop extrême ou surtout trop musicalement intelligent et visionnaire. » Qu’est-ce qui génère chez le groupe une telle confiance en lui ?

Nous ! [il rit] Non mais franchement, si ce n’était pas le cas, pourquoi j’irais produire ces chansons ?  Mais de toute façon c’est vrai : leurs chansons sont très profondes, si tu fais attention. Dans les années 80, personne ne faisait des chansons sur Shakespeare ou ce genre de truc, avec une telle dimension théâtrale. Les gens qui les voyaient en live, la scène locale en Grande-Bretagne comprenait vraiment où ils voulaient en venir. Les gens qui étaient loin de tout ça, les journalistes, tous ces gens basés sur Londres qui ne les avaient jamais vus en live et n’en connaissaient que des enregistrements n’y ont jamais rien compris, et d’ailleurs ne s’en souviennent même pas. Au début des années 80, les moyens de se faire connaître étaient très différents. Il n’y avait pas internet, il n’y avait même pas de fax à l’époque ; même pour un coup de fil, il fallait trouver une cabine téléphonique ! Les moyens d’attirer l’attention des labels étaient très limités. Il fallait venir à Londres faire des showcases, ça coûtait très cher et c’était une époque plutôt pauvre dans notre pays. Faire valoir ce qu’un groupe voulait faire de théâtral et de spécifique sur scène aux labels et aux journalistes, c’était vraiment très compliqué. Je pense que de nos jours, avec la manière qu’a eu le monde de rétrécir, c’est plus facile. Choisir un genre de metal plus marginal est plus facile aussi, ce n’est pas aussi limité que ça l’était à l’époque. Dans les années 80, les gens ne comprenaient pas du tout où Hell voulait en venir.

Penses-tu que cette phrase reste d’actualité aujourd’hui ? Le heavy est tout de même un style très établi, désormais.

Oui, c’est vrai. Cette phrase s’applique vraiment à la situation du groupe dans les années 80, quand les gens ne le comprenait pas, etc. Maintenant, je pense que c’est le bon moment. Les gens seront en mesure de comprendre le groupe. Le metal a beaucoup gagné en profondeur et en variété depuis. On est bien plus ouvert à des concepts comme ceux de Hell. Je parlais vraiment des journalistes qui ne comprenaient pas le groupe dans les années 80.

Ne penses-tu pas que Hell était peut-être visionnaire à l’époque, mais que maintenant, ça peut sonner un petit peu daté ?

Oui, peut-être, je vois ce que tu veux dire. Les choses ont changé. On n’est pas vraiment inquiets, en fait. Ça peut peut-être sonner de manière un peu désuète mais c’est aussi très théâtral et divertissant. On a simplement voulu reprendre ce que faisait le groupe dans les années 80 et pousser la logique un peu plus loin en lui donnant une dimension plus moderne. Si les gens aiment, tant mieux, et s’ils n’aiment pas, je m’en fous ! [il rit] Nous, on aime cet album, ça nous plaît, et c’est ça qui importe. Si d’autres gens aiment, tant mieux, sinon, tant pis, on aura fait l’album qu’on voulait.

Il y a dans l’album une chanson intitulée « Save Us From Those Who Would Save Us ». Est-ce qu’il s’agit d’une critique adressée aux personnes religieuses qui se prétendent sauveuses de l’humanité ?

Ce n’est pas moi qui ait écrit cette chanson donc je ne peux pas vraiment te l’expliquer avec précision. On y a ajouté une intro avec le pape et ce truc de l’Église catholique parce que justement, cette chanson peut vraiment entrer en résonance avec ce que sont les infos de nos jours. Elle a été écrite il y a vingt-cinq ans mais elle est toujours autant d’actualité. En réalité, elle fait référence aux gens qui essaient de t’imposer leurs opinions.

La vidéo de « On Earth As It Is In Hell » a un côté très kitsch qui peut rappeler l’imagerie volontairement caricaturale des premiers groupes de heavy. Les paroles et la pochette ont également cette dimension. Qui plus est, l’album sort un vendredi 13. Tout y est ! Est-ce une façon pour le groupe de dire que cet album aurait dû sortir dans les années 80 ?

Ouais, j’adore ! [il rit] Avoue que ça te plaît ! Comme je l’ai déjà dit, on n’y avait pas vraiment réfléchi. On a juste fait ce qui nous plaisait. Ce n’est pas une blague non plus, mais tu sais, on ne se prend pas autant au sérieux que beaucoup d’autres groupes… En fin de compte, c’est du divertissement. L’image, la musique, tout ça est très sérieux, mais on n’est pas du genre à aller brûler des églises et pousser les choses à de tels extrêmes. C’est du pur divertissement, du bon vieux heavy metal, même dans l’imagerie. Pourquoi pas ? Moi, ça me manque cette manière de raconter des histoires et toute cette imagerie de nos jours. Quand on voit ce que faisaient les groupes dans les années 80, même Iron Maiden avec The Number Of The Beast par exemple, ils ne se prenaient pas au sérieux, ils racontaient des histoires et puis c’est tout. C’est de là que vient le groupe. En fait, on reprend ce qu’ils faisaient à l’époque et on l’applique à ce qui se fait en ce moment. Si les gens aiment la musique, tant mieux ! Si des gens aiment ça et que ça les botte vraiment, la musique mais aussi tout le reste, super ! Si ce n’est pas le cas, je m’en fiche. De nos jours, dans le milieu du metal, tout le monde est devenu bien trop sérieux et bien trop préoccupé par son image. Tout le monde essaie d’avoir l’air plus dur à cuire que les autres. Pour moi, ce n’est jamais que du divertissement. Par exemple, j’adore ce que fait Rammstein. Je pense qu’ils ont tout compris. Ils ont cette dimension théâtrale… C’est un vrai show. La musique est bonne, le visuel aussi, et pendant le concert, le son complète l’imagerie et l’imagerie complète le son. C’est vraiment ce qu’on essaie de faire avec Hell de notre côté.

Vois-tu le groupe comme une bande de mecs vivant dans les années 80, qui auraient hiberné pendant vingt ans et qui seraient prêts à tout pour revivre cette époque ?

Oui, c’est à peu près ça ! C’est comme si on nous avait mis dans un congélateur géant en 1987 et qu’on venait de nous ressortir et de nous dépoussiérer… Et maintenant on s’éclate sans s’être rendu compte de rien. Heureusement, on a été congelé au moment de notre croissance, du coup elle n’a pas eu lieu du tout… C’est une bonne chose ! [il rit]

« Jouer de la guitare m’avait vraiment manqué. C’était mon plan A d’être guitariste ; quand ça n’a pas marché, mon plan B a été d’être producteur. »

Cet album a été produit à l’ancienne. Était-ce un exercice nouveau pour toi, en tant que producteur ?

Je n’ai jamais été plus préparé pour une série de chansons que je ne l’ai été pour cet album. Ça fait vingt-cinq ans que je les écoute, or, la plupart du temps, lorsque j’entre en studio avec un groupe, je n’ai jamais entendu les chansons qu’on va enregistrer. Là, je savais ce qu’on voulait et je savais le son que je voulais obtenir dès le début. Kev est de plus très créatif et c’est un très bon musicien. Il a eu toutes ces idées dans la tête pendant très longtemps… Ça a été un processus très facile, en réalité. On a dû enregistrer les chansons en digital comme tout se fait de nos jours. On n’a même pas eu besoin de faire des pauses dans le processus. J’ai demandé aux mecs de jouer de leurs instruments tout le long. Au niveau du temps, on a fait de très bonnes performances parce que les gars sont des musiciens de l’ancienne école et parce qu’ils jouent toujours. Ça aurait été vraiment dommage de ne pas essayer de capturer leur identité en tant que musiciens en enregistrant l’album. Cet enregistrement aura vraiment été un processus agréable parce que ce sont des mecs très créatifs et qu’on n’a eu aucune contrainte de temps : on n’avait aucun label en train de nous dire « vous devez avoir fini le 28 mars et ça doit être ici, sur ce bureau, ce jour-là. » On a fait ça sur trois ans et ensuite seulement on est allés voir les labels avec. On a eu le temps de se poser et de réfléchir à ce qu’on faisait, de modifier certains passages : par exemple, si on ne voulait plus que la voix soit comme ça, on prenait le temps de la changer. C’était très simple. Le moment le plus difficile a finalement été de faire les dernières retouches et puis ensuite de lui dire au revoir et de l’envoyer aux labels après tout le temps qu’on avait passé dessus.

Ne penses-tu pas que le problème de nos jours vient du fait que les dates de sortie des albums sont imposées aux groupes par les labels et que par conséquent ils doivent finir ces albums très rapidement ?

Oui, c’est ça le problème. Je pense que tu as vraiment raison. Le problème, à mon avis, c’est la manière dont sont conçus les programmes des groupes qui doivent faire des tournées et de nouveaux albums en même temps. Tout le monde a les mêmes contraintes, maintenant : le groupe doit partir en tournée en octobre, ou alors faire les festivals en juin/juillet, et puis ensuite le label veut un album avec trois mois d’avance pour qu’ils puissent avoir de la marge puisqu’ils ont des créneaux précis pour pouvoir le sortir et travailler avec les magazines, tout ça…  C’est vraiment dur pour les groupes maintenant ; ils finissent à peine une tournée d’un an ou plus et ont deux mois pour écrire un album qu’ils doivent ensuite enregistrer en un mois et demi. Du coup, c’est vraiment difficile pour eux d’être créatifs et de faire quelque chose de novateur. Ils ont seulement le temps de ressortir la formule qu’ils avaient trouvée l’album précédent, ou alors de faire ce qui se fait à ce moment-là. Je pense que ça explique pourquoi tant de groupes stagnent. Je pense que tu as vraiment raison.

On a tendance aujourd’hui à opposer les productions cliniques d’aujourd’hui à celles d’il y a vingt, trente ans, moins précises, au volume moins élevé, mais plus dynamiques. Quel est ton regard sur l’évolution des productions aujourd’hui ?

Je pense que les gens se focalisent trop sur la production et pas assez sur le style de jeu. Par exemple, pour l’album d’Accept que j’ai produit, j’ai eu une approche vraiment différente. Leur style n’est pas très chargé, la batterie n’est pas aussi présente, les riffs changent en permanence, comme la mélodie… Mon rôle, quand je produis un groupe plus moderne, est de leur donner le la en fonction du son qu’ils veulent obtenir. Tu sais, je vois ce que les gens veulent dire. Les productions deviennent très cliniques, très ennuyeuses, il y a beaucoup de copier-coller en ce moment, et les groupes s’attendent un peu à ce que tu modifies tout en studio. Je préfère simplement quand il y a un côté un peu plus brouillon moi aussi. Pour l’album de DevilDriver, par exemple, je leur ai donné les mêmes bases et les mêmes sons que pour d’autres groupes plus anciens, et ça n’a pas marché parce qu’on entend mal la basse et la batterie sur ces vieux albums. Ça ne plaisait pas au groupe. Il n’y a pas seulement la clarté dont ils vont avoir besoin pour enregistrer à prendre en compte, il faut aussi penser à d’autres choses. Il y a tellement de groupes maintenant, il y a eu 4200 sorties metal l’année dernière, donc nécessairement beaucoup de choses se ressemblent. Les outils de production sont devenu plus accessibles donc pas mal de gens se sont mis à faire les choses eux-mêmes sur leur ordinateur, et tout ça sonne de manière très similaire. Les gens se sont vite mis à ces sons parce que c’est une manière simple pour les groupes de créer quelque chose très rapidement sans avoir à investir beaucoup d’argent. Ce n’est peut-être pas du niveau de ce que je fais, mais pour bien moins cher, tu peux avoir quelque chose d’à peu près convenable que tu fais toi-même. C’est comme ça que ça marche : je comprends ce que tu dis et je vois où les gens veulent en venir, mais je pense aussi que ce n’est pas seulement la production que les gens entendent, mais aussi le style de jeu des musiciens.

La plupart des groupes font appel à un producteur afin de bénéficier d’un regard extérieur sur leur musique. Du coup, si tu étais dans le rôle du musicien, mettrais-tu ta casquette de producteur de côté pour faire appel à quelqu’un d’autre ?

Bonne question ! Si je travaillais avec un producteur dont j’admire le travail, oui, je mettrais sans doute mon rôle de producteur de côté. Je ne l’abandonnerais sans doute pas à 100%, cela dit. J’aurais sans doute encore un avis bien arrêté, j’ai tellement d’expérience dans ce domaine… Si le groupe dont je faisais partie voulait travailler dans une nouvelle direction ou travailler avec quelqu’un d’autre et si on s’était mis d’accord, alors ouais, c’est ce que je ferais. Ça m’apprendrait sûrement beaucoup de choses, et j’aime apprendre d’autres personnes, donc… Je ne pense pas que la situation se présentera jamais, cela dit, mais si c’était le cas, je prendrais sûrement un peu de recul en effet, et je profiterais du fait que la pression ne soit plus sur mes épaules !

Il semble que jouer de la guitare et monter sur scène te manquait. Cette expérience va-t-elle te pousser à jouer plus souvent, voire à remonter un autre projet musical ?

Non, je vais continuer avec Hell. J’ai laissé Sabbat de côté à l’époque, mais avec Hell on a un show prévu à la mi-mai au Royaume-Uni (ndlr : entretien réalisé le 20 avril 2011), ensuite on fera le Metal Fest en Europe le week-end d’après, puis un concert en Suède le week-end suivant, et enfin un autre à Donnigton pour le festival Download encore après. On a plusieurs festivals prévus en juillet. En septembre, octobre, à l’automne, on envisage de faire une véritable tournée d’un an dans toute l’Europe. Notre objectif, c’est d’emmener Hell le plus loin possible et de tourner dans le plus de lieux possibles. Un deuxième album est prévu. On a vraiment hâte. Je dois dire que tu as raison : jouer de la guitare m’avait vraiment manqué. C’était mon plan A d’être guitariste ; quand ça n’a pas marché, mon plan B a été d’être producteur. La bonne chose, c’est que ça m’a mis dans une position où je peux jouer à nouveau. Je vais pouvoir y consacrer un peu plus de temps, vraiment prendre mon pied et jouer en live. C’est ce que j’ai toujours voulu faire et c’est ce qui est au programme pour le moment.

Est-ce toujours un groupe qui contacte un producteur ou bien un producteur peut-il se présenter spontanément à un groupe et dire : « j’adore ce que je vous faites et je souhaite vous produire » ?

Oui. La plupart du temps, c’est le label qui me contacte. Des labels comme Century Media Records, Roadrunner ou Nuclear Blast m’appellent s’ils pensent que ce que je fais collerait bien avec l’un des groupes avec lesquels ils travaillent. À l’inverse, pour l’album d’Accept par exemple, c’est moi qui ai fait la démarche. J’ai pris contact avec eux par l’intermédiaire de leur webdesigner que je connais bien. Il m’a dit que le groupe bossait sur un nouvel album et je lui ai répondu : « hé, c’est l’un de mes groupes favoris et je pense que ce serait vraiment une bonne idée qu’on bosse ensemble. » Ensuite, j’ai pris l’avion pour Nashville à mes frais pour aller les voir et en discuter. Ça a débouché sur quelque chose de vraiment super. Ça marche dans les deux sens. La plupart du temps, c’est le management ou le label qui me contacte ; mais d’autres fois, c’est moi qui contacte le groupe et le voit quelque part, à un concert ou à un festival. Je leur dis que j’aime ce qu’ils font et quelque chose du genre « si vous avez besoin d’un producteur, appelez-moi. » Dans cette industrie, il faut se faire des contacts. Ça marche vraiment dans les deux sens.

C’est donc possible de te contacter directement ?

Oui, si le management me contacte. C’est comme ça que ça se passe, la plupart du temps. Mais pour des groupes comme Exodus ou Testament, c’est un peu différent : je m’entends tellement bien avec Gary [Holt] ou Eric [Peterson] qu’on est toujours en contact. Quand ils préparent un nouvel album, on parle un peu par internet, ils me disent « on aurait besoin de toi en septembre prochain, est-ce que tu es libre ? », et je marque tout ça dans mon agenda. Je fais moi-même mon management, etc., donc c’est plus simple.

Lorsqu’un groupe te contacte, te réserves-tu le droit de refuser ?

Oui. Si je n’aime pas ce qu’ils font ou si ce qu’ils font ne me parle pas vraiment, je le leur dirai directement : « non, désolé les mecs, mais je pense qu’il vous faut quelqu’un qui pourra s’investir dans ce projet mieux que moi. » Si je n’aime pas un groupe, il n’y a rien de personnel là-dedans. Si je n’aime pas leur musique, ça ne veut pas dire qu’ils sont nuls, ça veut juste dire que je ne suis pas la bonne personne pour ce travail. En tant que producteur, il faut que tu aimes ce que tu fais pour pouvoir apporter quelque chose de positif au projet. Si un groupe doit payer 35 000 dollars pour un producteur, autant qu’il le fasse pour quelqu’un qui apportera vraiment quelque chose au groupe. Je ne fais pas ce travail pour l’argent, je le fais parce que j’adore le heavy metal. Je travaille avec des groupes qui me touchent, que j’écoute depuis des années, et à qui je pense pouvoir apporter quelque chose, que ce soit au niveau de l’écriture, du son et de l’élaboration de l’album dans son ensemble. Voilà pourquoi je fais ce travail.

Peux-tu faire un point pour nous sur ton actualité de productions et éventuellement de compos ou de concerts à venir ?

Je viens de finir l’album d’Arch Enemy. C’est le dernier projet sur lequel j’ai travaillé. Vendredi, je pars à Los Angeles pour travailler avec Johnny Tempest. C’est mon prochain projet. En ce moment, je travaille aussi sur un logiciel de batterie en Suède. Ensuite, j’aurais du travail avec le prochain album de Testament cet été. En mai et en juin, je serai en tournée avec Hell pour quelques festivals, ensuite, j’aurai le prochain album d’Accept qui s’ajoutera à tout ça. On va commencer à travailler sur l’écriture à la mi ou à la fin août. En ce moment, c’est vraiment les albums de Testament et d’Accept et les concerts de Hell qui m’occupent. Je suis aussi en train de finir de mixer quelque chose pour Stone Sour.

Entretien réalisé le 20 avril 2011 par phoner.

Retranscription et traduction : Chloé

Site internet Hell : www.hell-metal.com
Site internet Andy Sneap : www.andysneap.com



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  • MyOpinionSucks dit :

    C’est vraiment une des interview les plus enrichissante que j’ai eu l’occasion de lire, bon boulot Metalo et merci à Andy Sneap!

    [Reply]

  • c’est rare de lire l’interview d’un producteur (même si c’est aussi celle du guitariste pour le coup)
    ça permet d’avoir un point de vue différent, c’est intéressant
    mais finalemnt il rejoint à peu près ce que les musiciens disent

    par contre Hell j’ai vraiment pas accroché, pourtant j’adore le ehavy des eighties, mais contairement à ce qu’il dit je trouve ça très conventionnel comme musique
    mais on, c’est son coeur qui parle là^^

    [Reply]

    ‘tain j’ai tapé avec mes orteilles là…

  • J’avais jamais entendu parlé de ce bonhomme, et bah c’est très édifiant, un vrai passionné ! Merci beaucoup RM 🙂

    [Reply]

  • Fatal_Blood dit :

    Rien a foutre de l’interview mais j’adore la photo dans la rubrique interview

    [Reply]

  • Excellente interview !

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  • « Avoue que ça te plaît ! » haha 😉

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