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CR De Festival    Live Report   

Hellfest 2016 : fil rouge de la journée du dimanche 19 juin


Après un dixième anniversaire célébré en grande pompe l’année dernière, le Hellfest Open Air entame en fanfare sa deuxième décennie : entre têtes d’affiche de luxe et sélection pointue, le festival met à l’honneur la diversité qui le caractérise avec une programmation très riche qui une fois de plus, aura rencontré un succès fracassant – les pass se sont arrachés en un temps record. Comme chaque année, notre équipe est présente à Clisson pour vous faire vivre en direct et durant trois jours cette fête de l’enfer devenue un rendez-vous incontournable pour tous les fans de metal français (et de plus en plus de fans européens).

Comme nous avons pu le faire ces dernières années, vous allez pouvoir suivre le festival en direct via ce fil rouge qui sera fréquemment mis à jour de l’ouverture des hostilités vers 10h30, jusqu’à la fin des derniers concerts vers 2h du matin ! Suivez-nous donc dès maintenant via cet article mais aussi sur les réseaux sociaux – notre page Facebook et nos comptes Twitter et Instagram – pour tout savoir sur ce Hellfest 2016 et obtenir nos impressions à brûle-pourpoint. Nous vous conseillons donc de recharger cette page régulièrement car nos informations sont mises en ligne en temps réel (si la connexion sur place le permet, ce qui a toujours été le cas jusqu’à présent). Par ailleurs, sachez que comme chaque année les live reports de ce fil rouge pourront être enrichis quelques jours après le festival et nous vous proposerons également, a posteriori de l’événement, des galeries photos entièrement consacrées aux prestations des artistes.

10:45 : Petite foule du dimanche matin réunie devant les Parisiens de Corrosive Elements. Ces derniers proposent un mélange entre death et thrash avec quelques accents plus rock. Le frontman Brice Moreau s’amuse à demander au public si celui-ci est encore apte à comprendre ce qu’il se passe. Les quelques fidèles répondent présent, avec l’effort surhumain que cela doit impliquer après deux jours de festival vécus de manière un peu trop intense par certains. « Burn The Preachers » aura vite fait de clore le débat : Corrosive Elements délivre une musique technique, rapide et accrocheuse, servie par une production très correcte. Amateurs de death/thrash qui tache, allez jeter une oreille à leur album Toxic Waste Blues !

11:11 : Sous une Valley naissante, Stonebirds entame son stoner épais et plaintif. Appuyé par une basse pour le moins charnue, le guitariste/chanteur distille ses leads crasseux et torturés. La sonorisation du chant est périlleuse en début de spectacle à cause d’un micro trop bas, mais l’ingénierie s’en sort très bien pour compenser. Certains morceaux sont imprégnés d’une ambiance semblable à celle développée par Silver Snakes avec une mélodie très étirée sur laquelle le chanteur déverse sa rage et sa plainte. Une très agréable surprise survient vers la fin du set lorsque le bassiste plaque un court chant gras et percutant, qui tranche avec les envolées lyriques précédentes. Stonebirds a tenu son pari d’éclaireur en ce dimanche matin.

11:25 : Le soleil brille. Le ciel est bleu. Cette ultime journée commence définitivement sous les meilleurs auspices à Clisson. Arthemis ouvre les débats pendant que quelques « tyroliens » passent au dessus de la fosse encore très clairsemée. Le thrash burné et mélodique des Italiens fait mouche et des titres comme « We Fight » stimulent juste comme il faut les nuques encore endolories de la veille. Avec un chanteur transpirant la bonne humeur et un guitariste aux solos supersoniques, le combo de Vérone réussit clairement son ouverture.

11:29 : Hegemon, groupe de black originaire de Montpellier, a déjà un nombre conséquent de fidèles. La Temple est remplie à un tiers pour les accueillir, petite prouesse car les festivaliers émergent à peine. Hegemon propose un black metal rapide avec une certaine dimension épique, et évite surtout la monotonie du genre en variant les tempos et en intégrant une pléthore de lignes mélodiques bien amorcées. Ici, pas de visuel ou de costumes trop explicites, simplement des musiciens qui occupent tout l’espace scénique avec un chanteur, N., en grande forme. Hegemon propose un set qui convient parfaitement aux férus de musique extrême et qui a le mérite de permettre à un public moins expérimenté de trouver suffisamment de points d’accroche pour ne pas se sentir écarté. De quoi y revenir sans hésiter.

11:45 : La Warzone est déjà bien remplie pour accueillir Alea Jacta Est. Le chanteur est à bloc, comme le reste du groupe, et remercie d’emblée ceux qui se sont levés et qui se bougent le cul pour supporter la scène et le festival. De temps à autres le bassiste prend son instrument pour un lance-roquettes, le pose sur son épaule et fait semblant de tirer sur le public. Les Toulousains envoient des salves de hardcore bien efficace avec des chansons introduites par des samples avant d’exploser avec leurs riffs. Visuellement, le groupe respecte les codes : bermuda, t-shirt noir ou imprimé camouflage, crâne rasé et/ou casquette à l’envers vissée sur la tête. Les musiciens sont mobiles, alternant un côté et l’autre de la scène. Le chanteur est partout à la fois. Ses textes parlent de politique et mêlent le français et l’anglais comme dans « Démocratie ». Ils font monter sur scène Ben, un de leurs potes, en renfort au micro. Celui-ci ne tarde pas à descendre dans la fosse pour le partager avec le public. À la fin de chaque morceau, un grand et sincère merci puis à la fin du concert, ils quittent la scène sur fond d’air d’accordéon d’Amélie Poulain.

11:52 : Son E.P. Breaking Out en bandoulière, Raveneye débarque sur la Mainstage 1 avec toute une batterie de morceaux classiques mais efficaces. Les Anglais délivrent un rock garage très accrocheur et non dénué de finesse. Une bonne surprise pour tout ceux qui découvraient le groupe.

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Gilles Lartigot est encore en dédicace sur le stand Radio Metal de l’Extrem Market aujourd’hui !

12:12 : Sous la Temple, Agressor défouraille avec son thrash death surpuissant. Alex Colin-Tocquaine en doyen de la scène française avec Loudblast tient une grande forme. Quand il ne chante pas derrière son pied de micro, il se courbe sur sa guitare tout en headbanguant avec frénésie. Il nous assomme de morceaux du début des années 90 et remonte même jusqu’au premier album. Le charismatique leader a des airs de Trey Azagthoth qui aurait fusionné avec Steve Tucker pour assurer le chant guttural. Derrière sa batterie, Kevin Paradis a également beaucoup de présence en remuant sa longue chevelure en même temps que ses baguettes. Il se lève pour assurer des grosses pêches sur les breaks appropriés. Agressor est à fond les manettes et avoue au public de l’Altar : « On est super content d’être avec vous ce matin ».

12:19 : Clope au bec, bière ruisselante sur le visage et allure de bossu : le chanteur de Lecherous Gaze ancre le groupe dans la folie et la dérision. Le guitariste soliste inonde la façade de gimmicks nerveux. Seule la section rythmique apparaît sage et appliquée. Véritable clown burlesque empêtré dans de l’adhésif jusqu’au cheveux, le frontman joue avec son pied de micro : trop haut, trop bas… Un vrai marathon décalé. Par moment, chanter devient presque accesoire tant le frontman assure un show visuel. Leur son est à leur image : jouissif mais terriblement foutoir, et bien habile celui qui saura tout décrypter du premier coup. Leur ultime titre aux accents de valse débridée scelle cette déferlante punk implacable.

12:38 : Backtrack vient secouer les carcasses éparses de la Warzone qui peine à se remplir en cette fin de matinée. La formation de Oakland obtient très rapidement un son de façade réussi et couillu. En apparence très classique dans son style, ce groupe de hardcore tire pourtant son épingle du jeu en naviguant intelligemment entre plusieurs rythmes et structures en cours de morceau. L’effet est des plus réussis : l’oreille du public est sans cesse stimulée, évitant la lassitude du set linéaire dans laquelle d’autres groupes de la Warzone ont pu tomber. Malgré les invectives du chanteur, le public préfère demeurer dans son écoute religieuse, ce qui tranche inévitablement avec l’énergie déployée par les Américains. On peut presque deviner une légère déception du frontman, peut-être due à cette programmation matinale (ou au fait que la Warzone ait été réaménagée et donc qu’une partie du public reste assis en fond de zone) ? Qu’importe, Backtrack enfoncera nerveusement le clou jusqu’au bout.

13:15 : Dernier journée au Hellfest et Municipal Waste prend d’assaut, c’est le cas de le dire, la Mainstage 1. Les patrons du crossover thrash attaquent le concert en trombe : circle pits et slam démarrent dès les premières notes. Leurs titres courts et intenses permettent au public de se donner à fond pendant toute la longueur du morceau. Ce mélange de rapidité jouée à 200 bpm et de rythmes plus ternaires donne un effet de surpuissance. Devant son backdrop où on voit Donald Trump se brûler la cervelle avec un flingue accompagné de la mention « Dump Trump », les Américains jouent un très court titre contre le candidat républicain : « I Want to Kill the President ». Le groupe jouera par ailleurs « Substitute Creature » en hommage à Brandon Ferrell, le batteur de son premier album décédé il y a peu qui avait participé à ce titre. Sans doute emporté par leur enthousiasme, les Américains dépassent le temps qui leur est imparti, et leurs micros sont coupés par les techniciens juste après un « Sadistic Magician » endiablé pile au moment où les « Municipal Waste is gonna fuck you up » commençaient à fuser ! Par conséquent, ils ne pourront jouer leur dernier morceau. C’est le jeu !

13:26 : Premier festival européen pour Fallujah, groupe de death californien formé en 2007. Sorte de baptême du feu donc, dans une Altar semi-remplie. Pas de visuel, de légères lights, Fallujah ne s’embarrasse pas de grand-chose si ce n’est de rendre justice à l’effarante technicité de certains passages. Andrew Baird est une véritable sulfateuse, son jeu est d’une précision phénoménale, à faire pâlir bien des apprentis batteurs. Scott Carstairs et Brian James n’ont aucun mal à alterner entre leads effrénés et riffs dans la pure veine thrash. Certains arpèges viennent aérer des morceaux extrêmement denses, à l’image de « Carved From Stone ». Fallujah est un tantinet difficile à suivre, mais pour peu qu’on admire la vitesse et la précision… On retrouve parfois du Cynic, denrée malheureusement de plus en plus rare. Du pur death metal made in USA, sans contraintes. Et ça fait du bien.

13:48 : C’est devant un public très clairsemé que les Grenoblois de Nightmare entament leur set. La bande à Yves Campion sur le circuit depuis 1984 se présente dans une version très rajeunie. Leur heavy teinté de power metal s’avère puissant et rentre dedans sans pour autant déployer des trésors d’originalité. Vocalement, leur nouvelle chanteuse d’origine belge Magali Luyten assure parfaitement, dommage toutefois que trop souvent le mixage défaillant de son micro nous ait empêché de profiter de son timbre de voix puissant.

13:58 : C’est un voyage musical totalement improbable que nous ont proposé les Occitans de Stille Volke pendant 30 minutes. Depuis plus de 20 ans, ils proposent une musique exigeante et efficace où sonorités modernes se mêlent à des instruments médiévaux comme la viole de gambe. Le public venu nombreux sous la Temple ne s’y est pas trompé en se laissant emporter dans ce périple musical au cœur du Moyen Âge. Servi par un son impeccable, Stille Volke reçoit une véritable ovation de la part d’un public conquis au point d’improviser danses et farandoles durant le concert. Une réussite.

14:00 : Preuve de la populairté du folk metal et des Islandais de Skalmöld ? Une Temple pleine dès 13h30. Le groupe sait sur quel tableau jouer et est à peine monté sur scène que le public lui est acquis. Avec des dégaines de vieux rockeurs, Skalmöld alterne entre passages rock à la AC/DC, riffs à la Motörhead et plans de death, le tout soutenu par un clavier qui se charge d’incorporer des éléments de musique traditionnelle. Au délà d’une joie communicative, le groupe fait tout pour remplir le rôle de super barde avec lequel il est parfaitement à l’aise. La foule alterne headbangs et rondes, parfois en clamant à l’unisson comme sur « Narfi ». Le groupe a en outre quelques atouts mélodiques de haute volée dans sa manche, notamment grâce à plusieurs soli et plages de tapping. Skalmöld fait ainsi preuve d’une profondeur insoupçonnée en live.

14:05 : Death Alley accorche in medias res la foule en célébrant leur « Black Magic Boogieland » et ne lâchera pas prise avant la fin du concert. Âpre et impétueuse, la musique du combo hollandais ne fait pas dans la dentelle et impose avec vigueur du pur punk/rock frénétique. À juste titre, le chant est mis en avant, mais ressort souvent de manière agressive, dommage. Vers la fin du show, une ligne de guitare psychédélique enveloppe la Valley jusqu’à l’avènement d’un groove indomptable du plus bel effet. « Supernatural predator » dévoile ainsi avec justesse la dimension psychédélique de Death Alley. Ce péplum de 15 minutes clôturera la performance avec allégresse.

14:09 : L’Orient s’invite sur la Mainstage 2 avec les Israëliens d’Orphaned Land. Totalement inconnus dans leur pays d’origine, ils jouissent d’une solide notoriété en Europe, au Liban et en Turquie. En ce début d’après-midi, leur rock progressif oriental fait chavirer le public présent en grand nombre. Menés par leur chanteur charismatique Kobi Fahri à l’allure messianique avec sa longue tunique noire et ses pieds nus, Orphaned Land délivre un set propre et carré en dépit de faussetés sur les parties de chant. Le public adhère à ce mélange hybride de sonorités orientales couplées à des éléments très heavy. La présence conjointe de drapeaux israéliens, libanais et marocains dans le public apporte une touche apaisante au concert. Les festivaliers ayant d’ailleurs improvisé une ronde sur l’un des morceaux chantés en hébreux. Un bel exemple de fraternité musicale pour un groupe généreux et musicalement au taquet.

14:21 : « What’s up Hellfest ? » Ce sont sur ces mots que commence le set de Turnstile. La fougue du groupe de Baltimore est incroyable : ça saute, ça donne des grands coups de jambes et de bras en l’air… Mention spéciale au bassiste Freaky Franz, complètement déjanté. À plusieurs reprises, Brendan descend dans la fosse pour être au plus proche du public amassé devant les barrières et partage son micro. Une fois de plus, petit message politique en rapport avec la campagne présidentielle américaine : « Fuck Donald Trump, this is ‘Pushing You Away’ ! » Le chanteur demande aux gens s’ils passent du bon temps, les encourage à prendre soin d’eux, et en profite pour saluer des groupes présents aujourd’hui comme Municipal Waste.

14:27 : Vintage Trouble est une nouvelle preuve de l’éclectisme présent au Hellfest. Blues, rock et soul se mélangent dans une recette détonnante ultra groovy. Le leader, très charismatique, mettra autant d’ambiance que n’importe quelle légende du metal, n’hésitant pas à aller faire quelques brasses dans le public. On comprend pourquoi le groupe était en compagnie d’AC/DC au stade de France… Les musiciens dédieront la chanson « Not Alright By Me » aux victimes des attentats d’Orlando, de Paris, et plus largement à toutes les personnes victimes de la guerre dans le monde. Un show, un vrai.

14:33 : Flash Info Boobs : une demoiselle plutôt à l’aise en topless se balade avec un écriteau « Free Hugs ». Autant dire que même Bruce Dickinson serait moins populaire s’il se promenait sur le fest…

15:03 : Ambiance clairsemée sous l’Altar pour accueillir The Skull. C’est l’occasion de prendre une grande rasade de doom à son aise avant la grand messe de Black Sab’ devant une Mainstage qui sera, on n’en doute pas, complètement bondée. En écoutant le groupe composé d’anciens Trouble, on comprend mieux d’où viennent les racines du doom US dont Down est l’un des dignes héritiers. Eric Wagner au chant a une voix très en forme malgré les années. On sent sa complicité avec Ron Holzner, tous deux au centre de la scène et échangeant des sourires de satisfaction. Les soli de Lothar Keller ressortent très bien, ce qui n’est pas le cas de ceux de Rob Wrong lorsqu’ils échangent leurs parties de lead… Pendant les parties instrumentales, Wagner se fume une clope tranquille et vient tenir la pose sur le devant de la scène en pointant des fans qui attendaient un signe de reconnaissance. Il demande au public s’il souhaite qu’ils jouent du Trouble, ce qu’ils font, sous les acclamations des fans de l’époque.

15:05 : Changement de registre avec King Dude dans la Valley. Exit un temps les riffs de tueur et les soli, bienvenue dans un univers à l’ambiance blues et folk parsemée de quelques éclairs stoner épars. Tous vêtus de noir, King Dude et ses musiciens ont décidé de rester classe en toutes circonstances, même lorsqu’un ahuri au caleçon le plus sale du festival vient déambuler parmi les spectateurs. Le King navigue entre les voix à la Johnny Cash et Mark Lanegan sans problèmes, en flirtant parfois avec le growl d’un chanteur death. Il peut compter sur des multi-instrumentistes alternant percussions et guitares, ainsi qu’un batteur au toucher impeccable, alternant diverses prises et baguettes au gré des atmosphères. Certes, pas de headbangs ni de pits, mais un moment de répit de luxe, entrecoupé de riffs à la Queens Of The Stone Age qui feraient plaisir à Josh Homme. Certes pas une ambiance « metal », mais se priver d’un show aussi musical et sobre serait dommageable. L’éclectisme a du bon.

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Pendant ce temps…

15:20 : La sobriété n’est pas pour les Allemands de The Vision Bleak. Maquillés en blanc, ces derniers démarrent sans préambules. Voix grandiloquente à souhait, samples épiques et riffs acérés avec des guitares un tantinet sous-produites. The Vision Bleak illustre parfaitement ce qu’on pourrait appeler du gothic metal : tout doit être magnifié, joué avec un sens du tragique que le frontman se charge de transmettre au public. Ce dernier lui répond directement et démontre que les Allemands ne se laissent pas emporter par leur univers en prenant soin de communier avec son audience. Le très rock « The Night Of The Living Dead » révèle la légère dimension cinématographique du groupe avec ses samples tout droit sorti d’un horror movie des années 1980. Le timbre du chanteur se rapproche ainsi de celui de Till de Rammstein, la ressemblance entre les deux groupes compatriotes est parfois flagrante, notamment dans le placement de la voix et ce goût pour le grandiose. The Vision Bleak est à même de délivrer un son massif à l’image de « Carpathia » et son refrain mégalomane. En fin de compte, le groupe semble faire honneur à la réputation du metal allemand, avec cet aspect « feel good horror metal » un peu loufoque mais fort distrayant.

15:40 : Le power metal enrobé de speed répond à des critères très stricts : un rythme effréné, une batterie marteau piqueur, des guitares survitaminées avec force tapping et un chant aux accents épiques, sans oublier des thématiques toujours proches de l’heroic fantasy. C’est dans ce registre que les Britanniques de Dragonforce nous ont servi leur show du jour. Malgré des compositions parfois un peu brouillonnes et manquant de fluidité, ils ont fait le boulot avec un réel enthousiasme qui a ravi les fans du genre. Dommage que de nombreux soucis techniques aient empêché le show de se dérouler normalement.

16:00 : A leur entrée sur scène, le trio d’outre Atlantique Unsane affute ses armes sur fond de solo de batterie. Quelques minutes suffisent pour sentir le poids de l’expérience chez le groupe : l’énergie massive est immédiatement présente, les morceaux s’enchaînent avec fluidité. Ils aggripent manu militari l’audience pour la plonger la tête la première dans leur férocité. Plein d’aspérités, le son du combo égratigne. Les breaks utilisés par Vinnie Signorelli comme liants entre les titres contribuent à réceptionner le set comme un ensemble inextricable plus que comme un vulgaire enchaînement.

16:37 : No One Is Innocent commence son set sur la Mainstage 1 par le très efficace « Nomenclatura » remanié pour le live. Ils enchaînent avec « Silencio » issu du dernier album Propaganda où ils jouent a fond le registre Rage Against The Machine et militantisme. D’ailleurs les cinq membres portent un haut kaki, comme si l’artiste se transformait en soldat. Le propos est là : Kemar rappelle les tueries de Charlie, du Bataclan et rappellent qu’il faut faire front « à ces fils de pute de Daech ». Il réclame aussi du bruit au Hellfest, chose à laquelle le public répond immédiatement. Puis c’est « La Peau » un morceau que le groupe rêvait depuis longtemps de jouer sur ce festival. Le son est énorme, comme ce grand riff du rock français. Ils reprennent aussi « We Are The Roadcrew » de Motörhead en hommage a Lemmy. No One termine avec « Chile », chanson sur Pinochet remaniée pour le live avec des sons de sirène et autres arrangements.

19:14 : Mgla est une puissance du black metal polonais. Peut-être un peu caché par son voisin Behemoth, ce quatuor ne cesse pourtant d’impressionner album après album et live après live. Tout d’abord, le groupe est vêtu tout en noir avec des blousons en cuir et des cagoules sur la tête, méconnaissable et presque psychotant. Au moment de lancer l’artillerie, le combo est bien présent en mélangeant riff extrême et mélodie prenante en tout genre. Le groupe partira comme il est arrivé : sans un mot.

Quelques minutes auparavant Tarja envahit la main stage et est accueillie en fanfare par sa fan base. Une grande partie de la fosse reste cependant assise, visiblement moyennement stimulée par la la chanteuse. Il faut dire que l’ex-Nightwish dispose d’un style bien particulier et a une légère tendance à en faire des caisses niveau interprétation. La prestation, elle, reste de très haut niveau. Bon courage à celui qui cherchera une faiblesse dans le chant de la diva qui reprendra admirablement le tube « Supremacy » de Muse. Le tout finira dans une nuée de confettis. Pas très sobre, mais irréprochable.

Gojira entre en scène avec « Toxic Garbage Island » dont l’intro est complètement remaniée même si le riff surpuissant du morceau reste intact. Des flammes font leur apparition à la fin du titre. « L’Enfant Sauvage » est jouée avec des lumières blanches et orangées qui rappellent les tons de l’artwork de l’album dont elle est issue. Petit détail : Christian Andreux porte une guitare Jackson en bois finition naturelle, alors que son modèle est noir. Vient le moment d’interpréter un nouveau morceau du nouvel album avec « Silvera ». Jo prend la parole « on s’appelle Gojira et c’est la 4ème fois qu’on joue au Hellfest ». Il parle également de la sortie de Magma et annonce un autre nouveau morceau « Stranded » avec une partie Whammy. Un son de baleine se fait entendre et c’est au tour de « Flying Whales » d’être interprétée. Jean-Michel saute sur le devant de la scène au moment du break atmosphérique. Comme à son habitude, il est a fond et headbangue dans de grands mouvements souples et énergiques dont lui seul a le secret. « Vous en voulez une autre ? » Et c’est « Wisdom Comes » avec son gros blast-beat d’intro. Le groupe n’oublie pas ses vieux morceaux. Après avoir demandé au public de faire du bruit pour Mario dont c’est l’anniversaire aujourd’hui, Jo annonce « Backbone ». « Vacuity » marque la fin du concert.

Grandeur et grandiloquence sont au menu avec Blind Guardian. Un peu plus compact que pour Tarja, la fosse n’est toujours pas mobilisée à 100%. Ceci dit, les fans du groupe allemand sont complètement au taquet, telle une armée galvanisée par ses généraux. Il faut dire que les hymnes des musiciens sont diablement entêtant (« The Script For My Requiem », « Time Stands Still (At The Iron Hill) », « Mirror Mirror »…) et prêtent aux chants collectifs. D’ailleurs Blind Guardian rentre immédiatement dans le vif du sujet avec un gros pavé : « The Ninth Wave » et ses plus de neuf riches minutes. La personnalité et la voix du chanteur rendent les refrains tonitruants, bien plus que si ceux-ci avaient été exécutés par certains collègues du power metal. Galvanisant.

19:27 : Si vous cherchez une bande son pour sauver le monde (des fois que), il vous faut Insomnium. Le death mélodique des Finlandais fait littéralement tout pour rendre chaque seconde votre vie épique, alors imaginez en live… Emmené par l’immense et charismatique bassiste-chanteur Niilo Sevänen, le quatuor enchaine les hits sans broncher. Dommage que le son de la lead guitare chargée de gérer toutes les lignes mélodiques soit trop faible, du moins au début du concert. En tout cas, ce n’est pas suffisant pour briser l’entrain de la fosse. « The Killjoy » se charge de rappeler que la première force d’Insomnium, c’est avant tout une rythmique plombée. Avec presque 20 ans de carrière derrière eux, les Finlandais gèrent parfaitement leurs temps forts avec des plages instrumentales teintées de la mélancolie qu’on leur connaît. Les musiciens quittent la scène avant de revenir pour « Mortal Share », leur hit incontournable. Insomnium a une seule recette qu’il applique désormais sans failles. Le Hellfest ne le démentira pas.

Les Norvégiens de Taake pourraient parfaitement correspondre à l’adage « c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes ». Entre black, punk et heavy, Hoest et ses compagnons ont investi la Temple, principalement composés de fidèles de la première heure. Aucun artifice n’est utilisé, si ce n’est le traditionnel maquillage de scène. Taake présente une production presque minimaliste, sans meme un visuel d’arrière-plan. En réalité Taake n’en a que faire. La musique, le reste on verra plus tard. Hoest continue d’imposer sa présence sans écraser les autres, les guitaristes enchaînent les riffs sans s’accorder le moindre souffle. A vrai dire, la prestation de Taake a un air plutôt « roots ». Du black dans sa plus simple et véritable expression, sans imagerie outrancière ou raccoleuse. Un set direct, sans réel contact avec le public. Taake n’en a pas besoin. Il va à l’essentiel.

19:32 : C’est dans une Valley pleine à craquer que les Berlinois de Kadavar ont attaqué leur set pied au plancher. Avec seulemen six ans d’existence et trois albums au compteur, ils s’annoncent déjà comme des grands du stoner. On sent une forte influence de Hendrix chez Kadavar, dont les trois membres semblent sortis d’une communauté hippies des 70s. Sur scène c’est une autre histoire… Les gentils hippies se transforment en de véritables machines de guerre. Et les mines ravies du public à la fin du set étaient le témoignage indiscutable que le groupe avait cassé la barraque. Chapeau bas. C’est puissant, d’une maîtrisée effrayante, et le nombreux public s’est laissé prendre dans cette transe hypnotique addictive. Au bout de conquante minutes intenses, Kadavar quitte la scène sous les clameurs de la Valley qui en réclamait davantage.

21:19 : Slayer rentre sur l’intro d’AC/DC « Thunderstruck » qui sera coupée en plein milieu pour faire place à celle de « Repentless ». Côté look, Gary Holy arbore de magnifiques rouflaquettes et Tom Araya sa barbe blanche qu’on a connu plus garnie. Ils enchaînent avec « Disciple » et son refrain « God Hates Us All » que Paul Bostaph à nouveau dans le groupe avait enregistré à la batterie. Tom Araya demande au public s’il s’amuse. Ce à quoi le public répond « Slayer, Slayer » qu’il gratifiera en français dans le texte d’un « Merci beaucoup » avant d’annoncer un « War Ensemble » toujours aussi efficace. Encore des oldies avec « Mandatory Suicide », l’intro de « South Of Heaven » est lancée et le backdrop géant représentant la tête de Christ du dernier album laisse place à l’écusson Slayer avec les ailes d’aigle et pentacle formé d’épées. Araya a reçu un béret jeté du public et hésite à le mettre. Finalement il le pose quelques seconde et le portrait sur écran géant vaut son pesant de cacahuètes. Puis il annonce une chanson d’amour à la Slayer en récitant les paroles de « Dead Skin Mask ». Bostaph martelle ses Tom et King fait siffler sa guitare en intro de l’énorme « Raining Blood » poussée à son paroxysme à la fin où la batterie est presque blastée. Enfin « Angel Of Death » ou le second back drop tombe pour laisser apparaître l’hommage à Hanneman façon logo Heineken.

21:26 : Les Teutons d’Essen que sont Caliban prennent la Warzone à bras le corps et transforme la plaine auparavant docile en carnage. On circle pit à volonté jusqu’à tourner autour de la tour de l’ingé-son. Andy Dörner fait un superbe travail de frontman en haranguant la foule du festival. Conquise, celle-ci s’exécute en entamant un wall of death conséquent où volent des litres de bières. « Paralized » fait mouche avec son refrain ample et impérieux. Le combo sait dégager une énergie commune : le jeu de scène n’a rien d’innovant mais le groupe sait se montrer généreux avec l’audience. Le son est froid et chirurgical à souhait. On apprécie l’excellente mise en valeur du chant malgré le mur instrumental compact. Aucun faux-pas dans l’exécution technique ne vient ternir la prestation du combo qui a fièrement retourné le ciel et la terre en ce début de soirée.

21:34 : Amis de la dépression bonsoir. La nuit n’est pas encore tombée sur Clisson mais sous l’Altar Katatonia distille son Spleen dans un style Doom Death mélodique. Jonas Renske est grimé façon macabé et son teint derrière ses longs cheveux noirs est plus que blafard. Par contre il chante très bien, sa voix est très net et le son général excellent. Les deux guitaristes, Anders Nystrom et Roger Ojersson, assurent les chœurs de très belle manière. On aura aussi rarement vu une si petite batterie sous l’altar qui est plutôt le siège de gros kits double grosses caisses. Ici rien de cela, et un batteur qui n’a pas non plus la tête de l’emploi comparé à ses collègues à cheveux longs qui s’agitent. Le public est conquis à chaque début de morceau et applaudit.

De son côté Rival Sons est décidément un digne héritiers de Led Zeppelin et consorts. Feeling, groove, inspiration, le combo semble avoir absorbé ce qu’il se fait de mieux pour le digérer avec bon goût. Comme au Download, les tubes défilent, le chanteur est possédé par sa musique même si l’énergie est toutefois un peu moins importante que ses récents shows en France en première partie de Deep Purple. Malheureusement nous n’avons pu voir qu’une petite partie du concert… dommage (pour nous) !

21:37 : Le créneau du groupe de death metal mélodique Amon Amarth présent sur la Main Stage le dimanche soir était occupé l’an dernier par un autre groupe suédois : In Flames. Pour l’édition 2016, ce sont d’autres vieux briscards Vikings qui assurent la transition et autant dire qu’Amon Amarth a largement relevé le défi. Dans un décor de drakkars et de dragons avec force pyrotechnie, les Vikings assumés n’ont pas fait dans la dentelle. Et ce n’était pas ce qu’attendaient leurs fans. Grâce à une setlist très équilibrée entre anciens et nouveaux titres, les fans du groupe se sont régalés. Preuve en sont les nombreux mosh pits qui ont ponctués cette heure de concert bien remplie. Au chant Mister Hegg fait le job au chant en éructant de toutes ses forces, et avec lui les autres membres du groupe assurent une prestation au cordeau. Dommage que l’ensemble ait été gaché par un son assez brouillon, noyé sous une basse et une batterie mises tellement en avant qu’elles auraient pu faire sauter les plombages les plus solides.

22H : Après Anthrax vendredi, et Slayer un peu plus tôt dans la soirée, c’était au tour du troisième « Titan » du thrash américain de fouler la Main Stage 1 : Megadeth. A la tête d’un line up renouvelé à 50 % depuis l’été 2015 (avec en plus un nouveau changement de batteur depuis peu, Dave Mustaine a prouvé une fois encore qu’il fallait compter sur Megadeth. Si vocalement la voix nasillarde de Mustaine restera éternellement sujette à débat, sur le strict point de vue de la performance musicale Megadeth a donné une leçon au public de Clisson. Kiko Loureiro, la nouvelle recrue à la guitare fait presque oublier Marty Friedman – sûrement le meilleur guitariste qu’ait jamais eu Megadeth – et Dave Ellefson a déroulé sa partition sans aucune fausse note, avec en prime le sourire. Une maîtrise au scalpel. La setlist fait la part belle à Dystopia, le dernier album du groupe en date sorti cette année, avec pas moins de cinq titres sur les quatorze joués par Megadeth ce soir. Sinon, les albums classiques n’ont pas été oubliés et particulièrement Rust In Peace bien représénté avec trois extraits : « Hangar 18 », « Holy War… The Punishment Due » et « Tornado Of Soul » dédié à leur ancien batteur Nick Menza, décédé il y a quelques semaines. « Sweating Bullets », « Symphony Of Destruction » ont complété le tableau des anciens titre du groupe, et ce au plus grand plaisir des fans. Petit bémol : on aurait peut-être pu attendre autre chose de l’interprétation de « A Tout Le Monde », un morceau un peu trop vite expédié alors que le groupe aurait sans doute pu mieux impliquer le public sur ce titre (qui comporte des paroles en français), en le faisant chanter étant donné que, visiblement, il n’attendait que ça !

Au bout d’une heure et quart de show Megadeth aura prouvé, après plus de trente ans d’existence et autant de changements de personnel, qu’il est évidemment une des valeurs sûres du thrash metal même si un peu plus de dynamisme sur scène n’aurait pas été de refus.

22:17 : Les Allemands d’Empyrium ne jouent pas une musique facile à appréhender, y compris en live. Deux guitares, une basse, une batterie, un clavier et un violon dévoués à des compositions lentes, tout en crescendo. Et pourtant leur concert est l’occasion de l’un des plus beaux moments du festival. Une sorte de havre de paix au Hellfest en somme. La moitié de la Temple est occupée par des festivaliers allongés ou assis, contemplatifs des longues plages mélancoliques et des voix chaleureuses. Pratiquant une sorte de folk-doom parfois proche de la musique progressive, Empyrium tranche radicalement avec les atmosphères précédentes de la Temple. Il suffit d’écouter les premières notes de « Mourners » pour se laisser submerger. Un son impeccable, une présence scénique toute en sobriété et un soleil couchant : les conditions parfaites pour réaliser une prestation très émotionnelle. A noter ce festivalier à la veste Napalm Death, chantant debout les yeux fermés, complètement porté par la musique. Preuve que dans le metal les extremes se conjuguent et que les apparences sont factices, n’en déplaisent à certains esprits étriqués…

Show à l’américaine pour les Allemands d’Heaven Shall Burn ! Pendant que Ghost se produit et que Black Sabbath ne va pas tarder, le groupe de hardcore démarre sur les chapeaux de roue dans une Warzone désormais reconnue comme l’une des plus belles zones du Hellfest. Miradors éclairés et flammes sont de la partie et autant le dire d’emblée, il faut en avoir encore sous la pédale pour se démêler dans la fosse. Marcus Bischoff a bien conscience du cadre exceptionnel qui l’accueille et ses growls n’ont aucun mal à déchainer un pit explosif. Non décidément, en dix minutes Heaven Shall Burn a pris complètement possession des lieux et voir autant de mains levées galvanisent les plus frileux d’entre nous. Riffs acérés, leads de guitar hero et breaks briseurs de nuque : tout y est. La recette parfaite du fan de hardcore. Certes les effets pyrotechniques brisent légèrement le coté plus spontané des groupes hardcore, mais honnêtement… Lorsque une fosse jump intégralement l’heure n’est pas à chipoter. Mark Weichert et Alexander Dietz, les deux guitaristes, orchestrent parfaitement ce show qui est un véritable pugilat. Toutes les poses y passent et les clins d’oeil au public sont monnaie courante. Heaven Shall Burn prend même à plusieurs reprises des proportions épique profitant d’ un jeu de lumières aux petits oignons et même de feux d’artifice en parallèle (oui encore…). L’ultime catharsis de ces trois jours se trouve finalement à la scène auparavant la plus décriée. Le Hellfest sait maintenir ses lettres de noblesse et honorer les chefs de file d’un genre qui lui est cher.

22:30 : Paradise Lost sait s’y prendre pour rameuter du monde avec son death bien lourd et bien crade. Original par ailleurs de voir une batteuse et encore plus dans un groupe de death. Le son sort bien des enceintes et l’Altar (qui est remplie) jubile en écoutant toutes les nuances musicales du combo anglais. Un très bon concert énergique qui sent quand même la fin de festival avec un public un peu sur les rotules.

Jane’s Addiction s’installe lui sur la Valley et la machine à tubes est lancée : « Stop! », « No One’s Leaving », « Just Because », « Ted, Just Admit It… », « Jane Says », le groupe étale son rock sucré sur le front des festivaliers ! Poseurs pour certains, charismatiques pour d’autres, les musiciens ne laissent en tout cas pas indifférent et sont fidèles à eux-mêmes en en faisant des tonnes. Beaucoup noteront la venue de quelques danseuses peu vêtues et à la chorégraphie digne d’un teaser Marc Dorcel. Viendra également la suspension de l’une d’entre elles avec des crochets accrochées dans la peau du dos, intriguant… Bref , un vrai show à la californienne.

23:30 : Ghost est un groupe qui joue avec le passé, s’inscrit de plain-pied dans le présent et est obnubilé par son avenir en ayant conscience d’être, peut-être, le nouveau grand groupe metal du futur. Le show du Hellfest fut à la hauteur de son ambition : monstrueux. Un feu d’artifice et une chorale (de Clisson) sur « Monstrance Clock », des billets verts « made in Papa Emeritus » lancés au public via des canons comme l’aurait fait un Alice Cooper, une distribution de vins et d’hosties (puis de préservatifs 100% Ghost !) répandus par des nonnes nombreuses et dévouées accompagnant son Altesse Papa Emeritus III : Ghost avait la volonté de marquer les esprits et y est clairement parvenu. Bondée avant Black Sabbath, la fosse composée de disciples ultra-réceptifs et de nombreux curieux a visiblement apprécié ce set où la pyrotechnie était également de rigueur. Seul petit bémol : le groupe aura joué les mêmes titres que sur ses concerts précédents en France ce qui aura (un tout petit peu) frustrés les fans les plus ardents qui avaient vu le groupe plusieurs fois au cours de ses récentes tournées françaises.

Là se situe de toute façon la prochaine étape du groupe : proposer un show différent, toujours plus abouti et travaillé, pour continuer à séduire et ne pas lasser ses amoureux tout en ne cessant d’ouvrir les portes de son Eglise pour évangéliser ses futurs adeptes. En espérant, tout de même, que le son de ses prochains sets soit à la hauteur car si l’on tentait de profiter de ce concert en étant placé loin de la scène (à cause de la foule trop nombreuse) le son proposé était bien plus mauvais que pour les premiers rangs…

00:30 : Une intro en vidéo avec un démon et retentit le son de cloche suivi du riff lugubre de « Black Sabbath ». La voix d’Ozzy est bonne. Il fait le coucou, comme l’oiseau, avant de lancer « Fairy Wear Boots » et une suite de hits tels « After Forever » , « Into The Void », « Snow Blind », « War Pigs » « Behind The Wall Of Sleep ». Quel plaisir de voir Ozzy, Tony et Geezer jouer ensemble pour une dernière fois en France accompagnés de Tommy Clufetos (batterie) qui apporte une grosse dose d’énergie au show. Il y a aussi Adam Wackeman aux claviers pour certaines chansons. Au tour de Geezer Butler d’exprimer son talent sur « N.I.B. » et son intro mythique à la basse. Ils n’oublient pas d’interpréter des morceaux plus obscurs comme « Dirty Woman ». « Rat Salade » donne l’occasion de lancer le dispensable solo de batterie puis l’enchaînement avec « Iron Man ». Bien sûr Ozzy ponctue de ses « I can’t fucking hear you » et joue avec le public. Pour « Children Of The Grave » il annonce la dernière chanson, et si le public devient « crazy » ils en joueront d’autres. Un petit rappel avec « Paranoid » et c’est The End pour Black Sabbath.

Quelques minutes auparavant les amateurs de heavy metal s’étaient donnés rendez-vous sous la Temple pour acclamer Grand Magus. En fond le public peut noter le dessin de l’aigle figurant sur la pochette de leur nouvel album « Sword Songs ». Dès les premières notes de guitare le ton est donné. JB et sa Flying V envoient du riff bien old school, carré et propre. Par contre on n’entend pas sa voix pendant quelques secondes ce qui sera vite rectifié pour nous permettre d’entendre son timbre unique. Ludwig enclenche le mode double pédales pour une rythmique simple et efficace. Le concert est très bon, JB très content, tellement qu’il en balance ses lunettes de soleil en l’air. Avec son top façon marcel noir et clous sur l’encolure, il serait presque bon à figurer dans un clip des Village People. Un Rob Halford, en moins ridicule. Tout est complètement assumé chez Grand Magus. Fox à la basse assure de très belle manière les chœurs. JB demande au public en français si « ça va bien ou très bien ? Très bien ou excellent ? » Tout le monde est content et chaque chanson est une incitation au headbanging. Un très bon moment, assurément.

02:00 : Écrire que le public de la Valley était impatient d’assister au concert de Puscifer est un euphémisme. Et pas des moindres. Le contexte s’est forgé à coups de rebondissements : Puscifer remplace au pied levé Down au Hellfest, et annule peu de temps après leur date unique sur Paris. Pour compléter le tout, l’autre projet majeur du frontman Maynard James Keenan (Tool pour ne pas le citer) prend son temps pour dévoiler son nouvel album.

Les fans de Maynard et de sa troupe sont donc soulagés et euphoriques en voyant le vigneron américain s’emparer de la scène de la Valley avec « Telling Ghosts ». Perchés sur leur promontoire respectifs, les membres de Puscifer sont solidement ancrés et délivrent un son rond et équilibré. Keenan et son double féminin affublent la musique d’une danse desarticulée et shamanique. Le leader du combo américain affiche un flegme et un humour fidèle à sa réputation : il renomme ainsi le Hellfest en – « Elvesfest »- et prend les membres du public pour des créatures de la Terre du Milieu en prétextant avoir croisé Bilbo Baggins… L’égalisation de Keenan et Carina est soigneusement millimetrée. Après « Gallileo » et « Vagina Mine », deux équipes de catcheurs/catcheuses viennent quadriller la scène. Dans un style très burlesque et kitch (costumes, jeu de scène), elles joueront un simulacre de provocation et de combat tout au long du spectacle en écho au dernier album en date : Money Shot. MJK porte lui même un masque de catcheur.

Dans le public, on se tait. On écoute religieusement les morceaux aériens comme « Horizons » et « Grand Canyon » où on se laisse envelopper docilement par le trio vocal (Keenan, Carina et la claviériste/guitariste). La performance sonore, et plus particulièrement vocale, de Puscifer est sans appel : propre et ciselée de finesse. A l’inverse « The Remedy » et « Money Shot » renvoient la Valley dans les cordes avec leurs riffs nerveux. Le duo guitariste/bassiste, pourtant très discret, abat un boulot monstrueux et affiche une complicité évidente avec le batteur qui occupe le devant de la scène. « Man Overboard » vient conclure une heure de set judicieux. Le public n’aurait certainement pas refusé quelques morceaux supplémentaires. Résignée, la Valley se vide peu à peu ormis quelques irréductibles qui prolongent l’expérience en restant près de la scène, trop heureux de s’être délectés d’une heure entière de Puscifer qui se fait trop rare dans l’hexagone.

02:10 : Une vieille sorcière dans une chaise roulante, une ambiance lumière bleue, une mise en scène soignée avec deux grands escaliers de part et d’autre de la batterie : le show de King Diamond est impressionnant. Les musiciens débarquent du haut de la scène. Au palier supérieur : deux croix lumineuses inversées, deux statues gargouilles et un pentacle. King Diamond est lui toujours impressionnant avec sa voix sur-aiguë, ses cris. L’âge ne semble pas avoir d’emprise sur ses capacités, bien que secondé par une choriste. Son maquillage a quelque peu changé mais son micro avec support formé de deux os assemblés en croix reste le même. Il introduit la chanson « Halloween ». Andy Laroque nous illumine de ses superbes soli, tout comme Mike Wead. Le backdrop et les lumieres changent selon les chansons comme sur « Mélissa » issue de son répertoire de Mercyful Fate. Il reprend également « Come To The Sabbath ». Une nouvelle mise en scène est présenté pour le concept d’Abigail qui sera joué en intégralité.

02:15 : Dernier concert sur la Temple du festival avec Deicide. Le groupe propose son death metal qui castagne les derniers survivants du dimanche soir. Un peu compliqué côté public de se réveiller pour cette dernière heure de concert mais par contre le groupe est en feu ! Les riffs bourrins déciment la totalité de l’audience. Pas de demi-mesure pour les Américains qui enchaînent les morceaux sur le même rythme. Un sacré concert pour un des plus grands groupes de death metal de tous les temps, tout simplement.

Pas évident de clore le fest sur la Warzone mais Refused le fait avec classe et probablement de manière mille fois plus survoltée que n’importe quel groupe ! Le chanteur Dennis Lyxzèn en costard rouge est à bloc et même si les jambes sont lourdes dans la fosse le public est concerné et entreprenant. Comme à son habitude, le combo évoque des sujets difficiles comme la montée de l’extrémisme avec « Rather Be Dead » ou encore l’égalite des sexes. Les Suedois livrent une prestation dantesque et fichtrement intense.

A voir également :

Fil rouge de la journée du vendredi.
Fil rouge de la journée du samedi.



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  • Amaury Blanc dit :

    Mise à jour du fil rouge avec les reports de Megadeth, Ghost et Refused. On continue à bosser sur le reste 😉

    [Reply]

  • Et Megadeth ? Et Gosht ?

    [Reply]

  • Pas de report de Ghost ? Oubli ou bien mise en valeur différemment ? Parce que franchement, dans l’irrévérence ça allait loin, et put… ce que c’était bien !

    [Reply]

    « une distribution de vins et d’hosties (puis de préservatifs 100% Ghost !) »

    Ben tiens, on est étonnés, c’est tellement novateur. Tu as raison : quelle « irrévérence »…

    Bartleby

    Fikmonskov, tu y étais ? Si non, as-tu regardé la vidéo ?
    Personnellement j’ai trouvé gonflé de faire chanter en boucle des mômes « Come together, together as a one Come together for Lucifer’s son »

    Je n’ai pas l’opinion universelle mais dans mon entourage on s’est tous fait cette réflexion.

  • Hello,
    Je viens de trouver cette… euh… phrase plutôt rigolote :
    « 14:05 : Death Alley accorche in medias res la foule »… certes, mais toi quoi vouloir dire ? ;o)))

    [Reply]

  • metalsushi dit :

    Galerie de photos de festivalier avec des commentaires affligeants … les clichés et la condescendance ont encore de beaux jours devant eux …
    http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/photo/20160619.OBS2919/photos-hellfest-2016-les-looks-les-plus-dejantes-du-festival.html

    [Reply]

    Le jour où les festivaliers arrêteront de se déguiser comme des cons, on arrêtera peut-être de se foutre d’eux, non ?

    metalsushi

    Pas faux …

    Pat

    entièrement d’accord avec Fikmonskov. On se croirait aux Vieilles Charrues et son public de premier de la classe qui se mets à déconner une fois les exams en poche . pas très Metal , tout ça .
    Heureusement , les Vikings sont là , voire les robes de bure à la Guillaume de Baskerville , plus raccord avec le concept .
    quant aux autres , clones d’Elvis et autre Borat en maillot de bain moule-bites à bretelles , j’ ai toujours pas compris . je dois être trop vieux .

    toussa

    Fikmonskov, si ils veulent se marrer et qu’ils se fichent que des inconnus les prennent pour des cons, qu’ils continuent, c’est toujours cool de voir des déguisements improbable. et d’ailleurs cette année y’en à eu moins que d’habitude.

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