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Hellfest 2019 : fil rouge de la journée du dimanche 23 juin


2019 ne déroge pas à la règle : une fois de plus, le staff de Radio Metal débarque en grande pompe au Hellfest Open Air armé de ses rangers, sa crème solaire et une bonne dose d’endurance pour vous faire vivre en direct ce rendez-vous incontournable pour tous les fans de metal de France et d’ailleurs. Black, death, thrash, hardcore, hard, prog, doom, sludge, folk, fusion… La recette du festival est comme à son habitude des plus variées et ajustée aux goûts de toutes et tous. De Kiss à Carcass en passant par Tool ou encore Gojira, notre équipe va tout faire pour vous retranscrire au mieux les faits marquants de ces dizaines de concerts et l’ambiance qui règne à Clisson Rock City.

Comme nous avons pu le faire ces dernières années, vous allez pouvoir suivre le festival en direct via ce fil rouge qui sera fréquemment mis à jour depuis l’ouverture des hostilités vers 10h30 jusqu’à la fin des derniers concerts vers 2h du matin. Si les dieux de la 4G s’avèrent cléments et nous laissent faire notre travail, vous trouverez la majorité des informations sur le site donc, mais vous pourrez également suivre les festivités sur notre galerie Instagram, notre compte Twitter et notre page Facebook. N’hésitez d’ailleurs pas à recharger fréquemment nos différentes plateformes afin de ne rien louper ! Enfin, sachez que ce fil rouge sera enrichi dès notre retour afin de corriger les éventuelles imprécisions et rajouter quelques détails plus ou moins croustillants.

Vous trouverez ici le compte-rendu de la journée de vendredi, ici celui de samedi, et celui du Knotfest de jeudi. Bonne lecture !

11h03 : C’est à coups de riffs metalcore et d’accélération thrash que les Néo-Zélandais d’Alien Weaponry amorcent cette dernière journée de festival. Le groupe fait honneur à ses racines maories en utilisant des paroles exclusivement dans la langue traditionnelle, ce qui confère un aspect tribal à leur musique. Circle pits, pogos, la Mainstage semble très réceptive à l’énergie juvénile dégagée, d’autant plus impressionnante lorsqu’on considère l’horaire peu clément pour des festivaliers usés. Une grande prouesse qui n’aidera pas les courbatures.

11h05 : Mais quel génie… c’est peut-être très dithyrambique comme approche, mais c’est la première chose qui nous vient à l’esprit quand on écoute DDENT pour la première fois. Cette dernière journée de Valley est ouverte par quatre hommes à la musique purement instrumentale, entre le doom et le post-metal. Tout ça est très hypnotique, intrigant et terriblement prenant. Un bassiste droit comme un i, ne lâchant jamais son sérieux, pendant que ses amis guitaristes se lâcheront bien plus, le regard vers leurs pédales ou admirant le public matinal qui est venu prendre sa baffe dominicale.

11h08 : C’est devant une petite poignée d’irréductibles lève-tôt qu’Embryonic Cells assoit son death rugueux et dramatique. Il faut dire que les trois précédents jours du festival (en comptant le Knotfest) laissent leurs marques et altèrent la fraîcheur des festivaliers. Ceci dit, les artistes français ne se démontent pas et redoublent d’efforts pour inviter l’audience à se plonger dans leur univers lovecraftien, à l’image de Max qui plante le décor de nombreux morceaux tel un conteur inquiétant. Côté sonore, l’ensemble manque d’équilibre : la guitare est trop noyée dans le magma déversé par le duo basse/batterie. Le clavier fait des merveilles lorsqu’il s’emploie à envelopper le tout dans une nappe éthérée, mais devient vite omniprésent lorsqu’il se rajoute au lead. Embryonic Cell conclut cette amorce de matinée en misant tout sur le frontman : le visage noirci, brandissant une épée en haranguant une foule qui ne boude pas son plaisir d’avoir côtoyé Azathoth pendant une trentaine de minutes.

11h37 : Cheap tunes et voix robotique pour s’introduire : Insanity Alert vient nous ravir de ses avis concernant le skate, la fête et la beuverie. Le thrash crossover des Autrichiens est bourrin au possible, quitte à se permettre des largesses quant à l’exécution technique. Le chanteur manque parfois de souffle, on lui pardonnera car tout, au final, réside dans sa perruque argentée. Il faut au moins ça pour faire pardonner le fait de mal jouer une mesure sur deux. S’en tenir à cette impression serait mal connaître l’essence du groupe de toute façon. Le dessein reste la fête inconsciente, à tout heure et à tout prix. À noter une question existentielle posée par le frontman : « Pourquoi David Guetta est encore vivant ? », le tout en montrant son portrait sur scène pour le conspuer. Vous avez deux heures pour y répondre, de toute façon Insanity Alert a déjà tranché : « fuck this shit ». Les gars se baladent avec des bédots géants en plastique et des pinces de crabe en vantant les mérites de danser nu avec une Nintendo dans le cul, donc…

11h42 : Les rangs se gonflent petit à petit alors que The Amsterdam Red Light District assène son premier morceau dans les gencives des festivaliers. L’exercice d’ouvrir le bal sanglant de la Warzone à 11h est loin d’être évident tant la fatigue semble commencer à peser sur le public. Mais les Lyonnais savent s’y prendre avec amour et commencent à tisser le lien avec l’audience grâce à un high five collectif, histoire de se mettre bien. Chacun s’emploie à être dans l’action par des tours de scène, voire des acrobaties. Si la prestation vocale d’Elio est impressionnante d’impact, c’est également son allégresse, son envie qui guide ses acolytes et fait également office de repère pour le public qui est sollicité sur chaque morceau : faire un circle pit, scander un bon gros « motherfucker » des familles. Tout. Y. Est. Le son que reçoit la Warzone en façade est incontestablement mordant et dense. Dommage que Maxime (guitare) voie sa performance ponctuée par des coupures de son intempestives sur plusieurs morceaux. Un réveil matinal plus que réussi pour The Amsterdam Red Light District qui remerciera longuement la foule pour sa ferveur.

11h54 : Soyons quelque peu chauvins. Groupe français, label français (Les Acteurs de l’Ombre), chant en français, public sûrement français : pour le moment Hyrgal semble avoir tout ce qu’il faut derrière lui. Tout le groupe est heureux d’être là pour déverser son black, classique mais sans bavure, sur la trogne du pit un brin fané.

12h11 : Après un court sample vocal introductif sur la disparition des classes et le respect entre êtres humains, les artistes de Rotterdam entament leur propos musical avec incision. Portés par un batterie résolument tribale, les trois guitaristes s’appliquent à densifier l’ambiance sombre et hypnotique sur laquelle Milena Eva vient déposer sa voix aérienne et sensuelle. La basse quant à elle s’offre une place de choix dans le mix et sculpte avec application les rythmes et ambiances de Gold. La dualité qui existe entre la masse instrumentale épaisse et le chant assez calme se révèle parfois périlleuse lorsque la voix, même appliquée, se trouve noyée ou attaquée par des larsens. De même, les trois guitares sont parfois brouillonnes lorsqu’elles partent chacune dans une direction différente. L’oreille n’a alors d’autre choix que de se laisser guider par la section rythmique qui garde une progression rassurante. Côté Valley, le public est tempéré mais attentif, en miroir de ce que dégage la frontwoman. Le titre éponyme du dernier album Why Aren’t You Laughing? développera cependant un refrain plus libéré et grisant tandis que le dernier morceau s’acharnera à nous hypnotiser avec sa rythmique implacable.

12h15 : Après les délires scabreux d’Insanity Alert, la Mainstage retrouve de l’élégance avec le duo anglais Nova Twins, fondateur du cyberpunk selon leurs dires. Les deux jeunes femmes extravagantes Amy Love et Georgia South arborent des costumes fluorescents et des ornements excentriques, partie intégrante de leur identité visuelle inspirée du cyberpunk. La musique du trio (les deux artistes sont accompagnées d’un batteur) oscille entre le hip-hop, le drum & bass et l’indus, toujours insérés dans une approche résolument punk. La force dégagée par Nova Twins laisse pantois : pas de claviers ou de programmations, tout est joué live avec un rôle prépondérant d’une basse protéiforme et omniprésente. Leur musique est une ode à la diversité, qui aurait pu subir de nombreux compromis : on imagine aisément une notoriété plus grande avec un son plus tamisé et pop pour leurs compositions. Amy et Georgia n’en veulent rien : il doit y avoir de la hargne, et cette demi-heure en a à revendre.

12h25 : Le meilleur groupe de death technique d’Océanie ! On ne prend peut-être pas trop de risque en disant ça… mais cela n’enlève en rien les immenses qualités de Psycroptic qui débarque bouillant sur la scène pour donner toutes ses tripes. Les notes fusent de partout, le riffing est lourd et pesant. Le son forme une masse violente qui écrase le public pas encore bien réveillé. Et les titres de leur récent album As The Kingdom Drowns sont de véritables leçons de violence en live. Si vous n’en avez pas vu assez ou que vous les avez loupés, vous pouvez encore les voir à Paris dans deux jours…

12h52 : Municipal Waste vient assommer les festivaliers les plus téméraires. Le thrash old school du groupe de Richmond se veut sans fioritures : vestes en jean déchiré et bandanas, l’apparence des musiciens est archétypale. Tony Foresta arbore fièrement son T-shirt « Hardcore True-Believer » : tout un symbole. Le soleil vicieux fait le tri parmi les spectateurs, ceux qui restent enchaînent les circle pits et les pogos, on se réjouit ainsi du pavement en béton qui évite les tornades de poussière. Municipal Waste reste fidèle à son credo : la vitesse du thrash et la nervosité du punk/hardcore. Exécution chirurgicale et rythme soutenu : les Américains n’ont cure des palabres, il s’agit de donner des grosses suées à une audience de plus en plus nombreuse. Aucune surprise, simplement de l’excellent travail. Ce qui, au final, est déjà amplement suffisant pour un groupe qui était dans l’avion trois quarts d’heure avant de monter sur scène ! Tony Foresta nous dira que c’était littéralement la première fois qu’il courait du tarmac jusqu’à la scène. Vous avez dit épique ?

12h54 : Ce trio belge est une petite pépite, hybride de hardcore et de rock alternatif. Et puis c’est pas tous les jours que l’on retrouve une batteuse au chant. Le set commence par certains de ses titres de l’album Nest comme Cemetary. Et chaque morceau qui suivra aura sa patte propre, son lot d’émotions. « Je t’aime, merci beaucoup ! » nous dira la chanteuse avec son petit accent dans une Warzone qui semble presque hors de contexte. Tout ce qui compte, c’est la beauté, l’émotion transmise d’une âme à une autre. Et malgré toute la violence transmise, cela fait un bien fou d’être devant Brutus.

13h01 : Têtes et corps ensanglantés sur scène, le public parsemé de la Temple ne détourne pas le regard, happé par l’accroche scénique de Bliss Of Flesh. Après un début de set planant, place au headbang dans une fosse de plus en plus noirâtre. L’herbe n’est plus, la poussière vole et se mêle à l’épaisse fumée ambiante qui entoure cette ode musicale à la destruction et au désespoir. Si le frontman attire les regards en crachant du feu, le batteur lui semble parfois à côté de ses pompes et de sa double, les solos des guitaristes manquent également un peu de tranchant. Fatigués de la veille ?

13h34 : C’est après un opening de guitares électriques que les Américains de Tesla campent sur la Mainstage et que Jeff Keith fait son entrée. Le premier morceau, l’énergique « Cumin’ Atcha Live », annonce d’emblée la couleur du show à l’américaine : on prend la pose pour exposer les soli, on dispose la brochette de guitaristes face public. La voix si caractéristique de Keith perce sans difficultés dans le mix global, une fois les péripéties de défaillance du micro dépassées. Le bassiste a également eu un regard interloqué vers la régie après quelques minutes de jeu. Les anciens de Sacramento prennent leur pied et ça se voit, à l’image de Frank Hannon qui est à deux doigts de dévorer sa guitare. En fond de scène, Troy Luccketta bastonne avec application tout en créant de la nuance sur les passages plus intimistes et bluesy qui font leur caractère. Le public de la Mainstage s’injecte plutôt docilement le précieux hard rock distillé par Tesla. Un petit intermède électro-acoustique avec Gibson et Epiphone vient ponctuer un set qui jusque-là fonçait plutôt tout droit. Mais les artistes n’en restent pas là, Frank Hannon apportant une seconde Epiphone double manche. Quand on vous dit qu’on est là pour faire du vrai rock, on ne vous a pas menti. Si « Love Will Find A Way », on peut garantir que Tesla a déjà trouvé son chemin il y a un bon moment !

13h37 : Comme ils le chantent, ils ne sont pas de ce monde. Encore plus quand Gene Hoglan, batteur mythique s’il en est, vient au micro pour dire au public qu’ils vont voir avec Revocation le meilleur groupe du monde. Quand même. « That Which Consumes All Things » ouvre le concert de la plus belle des manières avec un riffing tellement énergique. Une atmosphère abyssale nous cloue au sol. « Side to side ! Front to back ! » : le charismatique frontman David Davidson a envie de se la jouer hardcore sur le dernier break explosif du titre. Impressionnant et jouissif. Voir ces musiciens si énergiques se donner à fond fait plaisir à voir.

13h42 : Belle intro des musiciens de Messa, nous allons pénétrer dans un univers doom, aérien et profond. Malgré leurs débuts récents, 2014, on sent une belle cohésion au sein du quatuor italien. Ils sont jeunes, ils sont frais et ils nous font planer avec un doom très rock 70s sur certaines compos. La Gibson SG d’Alberto nous emporte, et quand il se met au clavier, il nous bouleverse avec des sonorités très jazzy. Le public est relax. Pourtant le scream de Rocco, batteur attitré, nous fait reprendre nos esprits. On est au Hellfest putain ! La foule se réveille sur des passages plus burnés, l’alternance entre metal lourd et passages très lancinants fait son effet. Une expérience noire et pourtant tellement remplie d’espérance.

14h16 : Pour tous ceux qui aiment le chaos dans sa définition la plus large, Employed To Serve est pour vous. Les Anglais et leur sludge rageur s’appuient beaucoup sur Justine qui hurle sa haine à en faire imploser ses cordes vocales. Sammy, « accessoirement » guitariste, la rejoint dans des grognements significatifs. Pas mal de nouveaux morceaux de leur nouvel album Eternal Forward Motion sont joués, plus stoner que leur précédent. Nous avons aussi droit à un morceau écrit il y a à peine un mois. Justine provoque la Warzone en parlant de circle pit mais tout le monde sait qu’il ne faut pas provoquer la Warzone… Chaos répandu, mission accomplie.

14h22 : Show haut en couleur ! Tous les musiciens arrivent maquillés de manière tribale, dotés de divers instruments à vent (ocarina par exemple). Cemican est un groupe mexicain au death metal classique et qui mise surtout sur une chose : son visuel. Des flammes ornent la scène, le chanteur porte un gigantesque masque maya, l’effort scénique accroche vraiment la rétine. L’aura quasi mystique du groupe est assez unique mais n’arrive pas à compenser totalement des compositions somme toute très classiques.

14h24 : L’Humanicide Tour de Death Angel fait un arrêt sur Clisson ce jour. Avec leurs riffs ravageurs et violents, le pit est en extase, les circle pits omniprésents. Les Californiens de la Bay Area prennent un sacré plaisir et n’hésitent pas à le partager. Leur interprétation, puissante, crée une jolie communion avec le public, chacun remerciant l’autre de sa présence. Quand on connaît Death Angel, on sait à quoi s’attendre, et pourtant, leur show reste toujours aussi surprenant de maîtrise et de technicité. « Voracious Souls » de leur tout premier opus The Ultra-Violence (1987), avec un son de basse bien badass, et « Father Of Lies » seront les points culminants de leur prestation. Mark Osegueda (chant) et sa troupe sont venus, ont vu, ont vaincu.

15h07 : Nouveau tremblement de terre détecté dans l’ouest de la France. Le set de Devourment vient de commencer et que c’est lourd, que c’est fort, que c’est gras… On ressent les basses comme jamais sous l’Altar, tout est décuplé et la lourdeur des riffs nous emporte. Les papas du slam death sont là pour détruire leurs fans (et les néophytes qui ne sont pas nombreux à rester) ; impossible face à ses riffs et la diversité des morceaux de ne pas ruer dans le pit. Le batteur dépasse tous les compteurs bpm, les Américains sont venus nous montrer qui étaient les patrons et qui jouaient le plus fort… en attendant Immolation.

15h24 : C’est avec un rock à la fois teinté de folk, de blues et de country que Blackberry Smoke monte sur la Mainstage 1. Charlie Starr (chant) et sa troupe sont assez démonstratifs sur scène. Ils se sentent bien, nous aussi. On retrouve dans leur setlist « Come Together » des Beatles qui, à la sauce Blackberry, vaut vraiment l’écoute. S’ensuit d’ailleurs un moment d’échanges assez fort avec le public. Brandon au clavier apporte par ailleurs une touche très jazzy sur certains titres. Et comme leur morceau « Flesh And Bone » (de l’album Find A light), nous pouvons dire: « Everything’s so good and so bad ». Bien. Mais court.

15h27 : C’est l’heure de se soulever l’estomac sévèrement sous la Valley. On ne présente plus Yob et son stoner/doom extra-gras. Ceux qui sont aujourd’hui une pointure dans leur branche ont offert avec Our Raw Heart une des plus grosses sorties doom de l’année 2018. Scheidt qui était cloué dans un lit d’hôpital il y a deux ans revient donc de loin. Devant une Valley bien peuplée et impatiente, le trio arrive et est en forme. Comme bien souvent à la Valley le son est très bon, même si l’ensemble manque un peu de basse… Non, on déconne, les basses sont tout simplement magistrales et scindent le sol de part en part. Les Orégonais jouent avec les vibrations avec un savoir-faire irréprochable. Dans leur musique abyssale, ils nous offrent parfois quelques aperçus de lumière avec des passages presque aériens dans un ensemble très épais. C’est gras, ça suinte et ça dégouline, Yob fait encore honneur à la Valley et le public de la Valley l’en remercie.

15h54 : C’est aux Grecs de Lucifer’s Child de terrasser la foule de la Temple en assénant son black metal implacable. Avec leur début in medias res, les musiciens ne laissent aucune chance aux badauds qui passent par là. À coups de croix renversée, de pentacles et d’un code vestimentaire légèrement axé sur les tons sombres (légèrement), l’ambiance est immédiatement palpable et le public résonne spontanément avec cet univers maléfique qu’il adore tant. La nappe instrumentale ciselée avec application par le trio basse/batterie/guitare est savamment complétée par les samples de chœurs masculins. Au milieu des blasts asphyxiants et des chevauchées haletantes, les Grecs ponctuent leurs compositions avec certaines mélodies et refrains hyper-accrocheurs qui offrent un contrepoint très intéressant et apportent du relief, à la manière d’un non moins connu Rotting Christ (que le guitariste George Emmanuel a justement quitté en début d’année). Marios Dupont assume la tâche de lead vocal avec charisme en vociférant allègrement ses paroles inquiétantes. Le public ne manque pas de congratuler leur champion de l’enfer avec sincérité et satisfaction. Tout comme les résidents de la Temple en ce milieu d’après-midi, c’est Satan qui doit être content.

15h58 : Trivium, le groupe aux multiples influences envahit la Mainstage 2 avec « The Sin And The Sentence ». Au fil des années, les Américains ont su créer leur propre style en mélangeant un thrash bien assaisonné avec un heavy plus aérien (non non, je n’ai pas écrit metalcore, si ?). Les riffs combinés à la double pédale ont un effet immédiat. Matt Heafy (chant) harangue la foule et n’hésite pas à dire qu’au Download c’était vraiment fou. Sauf qu’au Hellfest on ne plaisante pas avec ça et on lui montrera pourquoi ce festival est le meilleur d’Europe. Sur « Beyond Oblivion », où le bassiste, complètement possédé, n’arrête pas de sauter et sur « The Heart From Your Hate », les walls of death et circle pits furent énormes. Les « bougez-vous ! » de Matt (en début de show) ne servent plus à rien. Il manquera peut-être de fantaisie à ce set (un peu trop) propre, en tout cas le plaisir d’être ensemble est partagé.

16h04 : Que tout le monde range son panini-jambon et ses convictions sur l’utilité des gouvernements car Morning Again arrive pour dégueuler le système et porter haut l’étendard du végétalisme. Après plus de vingt piges d’existence, Kevin Byers et sa bande sont encore bien enragés et maîtrisent leurs gammes scéniques. Sous une température similaire à celle de leur Floride natale, les hardcoreux désormais poivre et sel mettent la fosse en vrac, notamment avec une reprise sepulturienne de « Chaos A.D. » En conclusion, le slam chanté de Kevin Byers, un bain de foule… On n’a vraiment pas envie de les quitter et que ce putain de lundi revienne… encore ! « Fuck the world, become a vegetalien pirate! »

16h41 : Nous pourrions nous demander s’il n’y a pas une programmation thématique sous la Valley avec pour nom « des musiciens qui ont été malades mais qui vont mieux ». En effet, après Yob, c’est au tour d’Årabrot, dont le fondateur Kjetil Nernes a survécu à une forme rare de cancer. L’expérience l’a inspiré dans sa musique qui prend l’aspect d’un rock hybride avec des influences noise puisant même parfois jusqu’aux atmosphères du metal extrême dans une certaine mesure… C’est avec des bretelles et un joli chapeau que le frontman vocaliste explore différentes facettes de sa voix semblant nous délivrer un véritable message. La musique des Norvégiens s’avère assez avant-gardiste (comme d’habitude avec la Norvège) et nous bascule dans une aventure rock assez expérimentale. Parfois prog et barrée, parfois plus carrée et pop rock, elle semble laisser entendre un peu de White Stripes mélangé à tout un tas d’autres influences. La vocaliste qui s’occupe de la machine à effets ne manque pas d’apporter une touche de psychédélisme et le public composé exclusivement de curieux semble assez attentif et réceptif. Finalement, leur musique semble avant tout conceptuelle et mérite qu’on s’y attarde pour la saisir. Et même si la Valley est loin d’être pleine, les spectateurs semblent assez reconnaissants envers le Hellfest d’avoir à nouveau déniché une petite pépite assez méconnue par chez nous…

16h54 : L’affluence atteint son point de rupture devant la Mainstage pour accueillir Clutch, en dépit d’un soleil extrêmement vicelard. Le contexte est adéquat, le show du quatuor s’annonce sulfureux et groovy comme à son habitude. Neil Fallon semble souffrir lui aussi de la chaleur, tirant la langue à plusieurs reprises. Rien qui ne l’empêche de faire honneur à sa réputation : avec ses yeux bleus magnétiques et sa gestuelle de narrateur transi, Clutch peut compter sur un des meilleurs frontmen (qui accessoirement contrebalance l’immobilisme de ses compères guitariste et bassiste). De là à avancer qu’il rend obsolètes certains brontosaures de la scène, il en faut vraiment peu.

16h59 : Il n’y a pas que le réseau mainstream qui fasse de fausses dernières tournée. En 2013 on nous annonçait la fin de Vomitory. En 2019 nous sommes sous l’Altar fêtant les trente ans du groupe. Tant mieux pour nous ! Il aurait été dommage de se séparer d’un tel bijou du death suédois. Le frontman n’a pas le sourire. Il est déterminé à exploser la face du public, par toutes les notes possibles. De l’autre, le second guitariste affiche un immense sourire sous ses longs cheveux, apparemment ravi d’être ici. Deux écoles, deux sentiments sur scène, pour le même résultat : un set réussi pour Vomitory. Quand on connaît la discographie du groupe, difficile de faire une mauvaise setlist. Vomitory délivre un set sans surprise mais très efficace. On aurait sûrement aimé plus de fantaisie, quelque chose pour se démarquer des autres. Car une chose est sûre : dimanche est la journée death metal !

17h37 : Liam Corner et ses acolytes de Cancer Bats montent sur scène avec leur punk hardcore chargé de testostérone. Comme le frontman l’indique à plusieurs reprises, il veut la guerre dans cette Warzone pleine à craquer. Dommage que le son du micro ne soit pas calibré pour lui. La musique, aussi violente soit-elle, enchaîne les morceaux au même titre qu’une mitraillette envoie les balles. Pas étonnant que la sécurité sorte les karchers (oui oui!) pour rafraîchir au mieux le pit. Pas de répit, enfin un seul où le frontman remerciera le public d’être là, alors que d’autres groupes jouent en même temps. « Vous êtes géniALS et gentils ! » Merci mec.

17h40 : Entendu au camping dans la bouche de jeunes festivaliers : « Mais Tool ça a 80 ans, une tête d’affiche qu’on connait pas c’est pas bon signe. Personne les connait. Moi je m’en fous, j’irai pas les voir. »

17h45 : Un festival sans Testament n’en est pas vraiment un, à croire que la formation emmenée par l’impérissable Chuck Billy a le don d’ubiquité. Gene Hoglan, Alex Skolnick, Eric Peterson, Steve DiGiorgio : le tout a une allure de réunion de famille, de celles auxquelles on assiste une fois par an, sans entrain ni mauvaise volonté. Et à chaque fois on se rappelle de l’importance et des bienfaits d’avoir des proches : Testament a une exécution sans faille et une aisance qui en devient risible. Les riffs massifs s’enchaînent à l’instar de « More Than Meets The Eye », ainsi que les leads heavy cavaliers comme « Disciples Of The Watch ». Tout le monde se retrouve dans ce set qui est désormais une routine millimétrée, avec pour seul impromptu l’anniversaire de Chuck Billy célébré par une foule à l’unisson. « Formation Of Damnation » et son outro grandiloquente viennent clore une prestation qui a des goûts de redite, ce sempiternel plat familial dont on se ressert tout de même inlassablement.

17h48 : Wiegedood est un side project avec des membres d’Oathbreaker et d’Amenra mené par Levy Seynaeve, le bassiste d’Amenra, qui occupe le poste de chanteur-guitariste dans ce trio. Et rien que la proximité avec la Church of Ra est un indicateur que le concert sera intense… Le groupe évolue dans un black metal aux inspirations atmosphériques, et si le son peut paraître assez rude en studio, sa déclinaison sur scène est tout autre. Dans la veine du black qui étend de vastes plaines sonores avec de longues compositions qui invitent les auditeurs à l’introspection, Wiegedood excelle et n’a pas besoin d’artifices pour appuyer son propos, juste de ses trois compositeurs et d’un son qui se perfectionnera après le premier morceau. Ceux qui apprécient les ambiances de Winterfylleth, Mgła, ou de Burzum qui en son temps avait lancé le mouvement, seront conquis par les mélodies planantes et ténébreuses des Belges. La Temple remue les vertèbres au rythme de Wiegedood qui prouve que les contemplations du black atmosphérique ne se font pas uniquement sur album mais s’appliquent également à la scène…

18h34 : Avec une bonne arrivée plug and play des familles, Acid King déchausse les quenottes des habitants de la Valley squattant la tente depuis un bon moment pour ne rien louper du show. On a droit à une formation classique as fuck : basse, batterie, guitare. Et à en juger par la vibration que le public reçoit sur chaque pulsation du trio, le groupe n’est clairement pas en sous-régime. Quelques interventions vocales menées par la frontwoman Lori S. viennent légèrement soulever la chape de plomb sonore qu’Acid King s’emplique à appliquer sur l’audience. Porté par des riffs poilus et hypnotiques à la manière d’un Kyuss, chacun se fera son trip intérieur. Certains ferment les yeux en levant la tête vers le plafond, d’autres oscillent docilement en étant bercés par un jeu de batterie ample. Sur scène, les Californiens et la Californienne sont à l’image de leur musique : sereins et chaloupés. Ici, le côté statique n’est pas un problème puisqu’il fait écho aux mouvements lents des compositions. Du coup, on apprécie ce stoner embarqué dans un rouleau compresseur qui, décidément, prend bien son temps pour distiller son set. Je parie deux paninis qu’on n’a pas dépassé les 75 bpm durant le show d’Acid King.

18h42 : Stone Temple Pilots en a bavé, entre les décès de Scott Weiland et de Chester Bennington, mais il est toujours debout et fier. Les Californiens sont plus que jamais dans le coup avec l’ex-chanteur de Dry Cell, Jeff Gutt, qui impose une présence charismatique et dont la voix colle parfois énormément avec celle de Weiland. Nous sommes de nouveau plongés dans les 90s, les deux frères s’éclatent comme au premier jour, Dean DeLeo raffole de guitare à grosse distorsion quand son frère Robert continue de puiser dans ses influences rhythm and blues. Pour le quatrième morceau, un magnifique plan séquence sur les écrans géants immortalise les trois légendes originelles. Émouvant. Malgré sa qualité, le groupe a fait le choix de quelque peu délaisser son dernier album pour mettre l’accent sur ses hits d’antan, qu’une partie du public chante d’une même voix, et en particulier sur son premier album ; en même temps, comment résister à un « Wicked Garden », « Dead & Bloated » ou autre « Sex Type Thing » ? La fusion et la magie opèrent encore une fois, cette légèreté dans les mélodies et la basse endiablée de Robert DeLeo sont un délice. C’est le sourire aux lèvres et le regard enjoué que nous quittons ces grands messieurs du rock.

18h47 : En voilà du death fait avec le cœur et bourrin comme il faut. Car ils sont bien gentils avec leur scène thrash en Mainstage, mais c’est journée death à l’Altar ! Après Devourment, Vomitory, voilà les légendes new-yorkaises : Immolation ! Qui vaut le coup d’œil pour deux choses : la première, le guitariste soliste. Intenable, une pile électrique tout le temps les dents serrées et qui fait voler sa guitare de droite à gauche à chaque riff ! Et évidemment : Ross Dolan, le chanteur et bassiste, écrasant de sa prestance et de sa voix, abyssale à souhait. Un véritable charisme, une masse, et ses deux mètres de chevelure qu’il fera s’envoler lors des parties les plus lourdes des morceaux. Désormais, on va attendre Deicide pour savoir qui gagne la palme death de la soirée.

19h34 : La Warzone est bien remplie. Pour faire patienter (ou pour provoquer ?), la régie lance un morceau de PNL. En tout cas, les deux sont réussis. La foule se prête au jeu des sectaires musicaux et lance sifflements et doigts d’honneur vers les maîtres de la console avec un grand sourire sur le visage. Un festivalier renchérit et hurle « du Juuuul !« . Oui non mais quand même. L’auto-tune c’est sympa cinq minutes mais on est surtout là pour se prendre du beatdown dans les cages à miel. Ça tombe bien parce que c’est ce que se proposent d’asséner les Belges de Nasty. Autant vous dire que les dix premiers rangs ne sont pas assis en tailleur avec une herbe qui fait rire dans le bec. La frénésie mécanique du quatuor est immédiate et déclenche slam et circle pit. Le chanteur ne cesse d’exiger que le public se rapproche le plus près possible de la scène comme avant le début de « Look At Me And Fuck You ». Le son de Nasty est évidemment brutal et rugueux, tant sur le plan instrumental que vocal. La guitare souffre pourtant de chutes de son assez pénalisantes quand on voit l’énergie qu’ils s’efforcent de déployer morceau après morceau. Le chant aboyé est à l’honneur et suit avec précision les rythmiques acérées du duo basse/batterie. Le frontman a confié au cours du show qu’il s’agissait de la plus grosse date du groupe depuis sa genèse. Une première date colossale fondamentalement réussie, donc.

19h42 : C’était à prévoir, la Temple est archi-blindée comme rarement elle ne l’a été. Et pour cause, elle accueille le collectif Skald qui propose une musique d’inspiration viking. L’affluence s’explique d’abord parce que le groupe a bénéficié d’une bonne exposition ces derniers mois et même de grands médias traditionnels (comme TMC par exemple, ce qui est pas mal pour la promo d’un premier album). Ensuite, la dark folk a toujours eu un énorme succès sur la Temple, Heilung ou Wardruna les dernières années en étaient de bons exemples. Une fois l’ambiance embouteillage du périph passée, une fois entrés sous la tente, qui est le seul lieu qui permet d’avoir un son audible vu que derrière l’écran c’est un peu compliqué, nous pouvons pleinement entrer en phase avec les musiciens. C’est une véritable communion que propose Skald et un voyage dans un autre temps avec scénographie de rigueur et instruments traditionnels. Les chants ésotériques des vocalistes touchent profondément et permettent aussi de voir à quel point Pierrick Valence, qui commençait déjà à s’exercer dans le style de Phazm, a considérablement évolué, et a bien sûr approfondi sa passion pour les temps anciens auxquels il trouve un sens particulier. Ce dernier demandera : « Est-ce qu’il y a des Vikings au Hellfest ? » et fera régulièrement participer le public, appuyant cette idée de cérémonie collective et partagée. La France a elle aussi son Wardruna avec Skald qui nous a proposé un moment solennel, riche en musique et en ressenti… Cependant on a hâte de voir le collectif en salle, permettant peut-être ainsi d’esquiver les relous de passage qui feraient exploser un éthylotest.

19h45 : Avec une setlist qui débute par « Caught In A Mosh », Anthrax pose les bases des cinquante prochaines minutes. Les New-Yorkais insufflent une énergie débordante et malgré la chaleur accablante les circle pits démarrent de suite. Comme à son habitude, Joey Belladonna communique beaucoup avec le public, sourit, blague, montre du doigt des membres de l’assistance, tout en arpentant la scène de long en large. Ce dernier n’en demandait pas tant : les réactions sont immédiates. Le son du bassiste, Franck Bello, qui pourtant se démène dans tous les sens, est quelque peu délaissé contrairement à celui de Scott Ian, toujours aussi fougueux et juste. La performance réunit une grande partie des festivaliers, les deux pits sont denses et les places valent cher ! Après avoir levé nos « horns » en l’air, Joey nous baptise alors que Scott nous confesse, en toute simplicité : « Hellfest is my favorite and the best festival all over the world. » « Antisocial » repris par l’ensemble de l’auditoire, tel un seul homme, mettra tout le monde au même diapason. Quelle communion. Seul bémol : une rixe éclate dans le moshpit entre (au moins) deux individus, l’un apeuré étant coursé par l’autre. Heureusement, la sécurité prévenue y mettra rapidement fin (l’individu coursé, qui avait perdu ses deux chaussures et quasiment une chaussette, aura droit à une fouille au corps…).

20h43 : Place aux vétérans du rock sudiste… Lynyrd Skynyrd. « Workin’ For MCA », « Skynyrd Nation », « What’s Your Name », « That Smell », « Gimme Back My Bullets » : les tubes plus ou moins anciens s’enchaînent d’emblée et font même réapparaître le soleil (eh merde). Les influences blues et country transpirent par toutes les baffles, ce qui donnerait presque l’envie de partir direction Jacksonville avec sa gratte et son couteau. Le jovial Peter Keys, lui, c’est carrément en se trimbalant un magnifique piano à queue blanc qu’il est venu à Clisson… « Simple Man », « Sweet Home Alabama » (en hommage au guitariste Ed King qui nous a quittés en août dernier) puis enfin « Free Bird » en clôture, avec les noms des victimes du terrible crash, ainsi que des vidéos de Ronnie en live chantant les paroles au même moment que son frère (ou l’inverse). L’hommage est grandiose.

21h50 : Mais que c’est facile. La description du Hellfest ne mentait pas, le metalcore de Beartooth emmené par l’ancien Attack Attack! Caleb Shomo (sosie de l’acteur Tom Hardy) cherche à tout prix l’efficacité, quitte à donner dans l’archi-convenu. Le propos est limpide : une intro burnée, une montée mélodique, un break hardcore jumpy et on reprend le refrain. Le tout multiplié par le nombre de fois dont vous avez besoin, de quoi tenir un set d’une heure. Seulement, donner dans le simple est paradoxalement complexe et à ce petit jeu Beartooth est aguerri. Il peut en outre compter sur une Warzone extrêmement volontaire, prompte à répondre à chaque exhortation jusqu’à faire dire au chanteur que oui, le Hellfest est l’une des scènes les plus folles du monde. L’audience se prend au jeu de la mélodie cliché et du riffing téléphoné avec un immense plaisir. Caleb, dominateur, n’a pas presque pas besoin de gouverner : la Warzone n’a pas besoin de maître. Beartooth prend alors la forme d’un plaisir coupable, on peut conspuer le groupe pour se donner de la contenance, on finira de toute façon dans le pit.

21h53 : Randy Blythe  arrive sur scène avec ses comparses pour balancer leur groove metal sans fioritures ; du noir, du blanc, on va a l´essentiel. Les Américains ne sont pas venus enfiler des perles, ça va cogner sévère. Le premier morceau de Lamb Of God a débuté depuis moins d’une minute que la fosse part dans tous les sens. Avec des guitaristes poussant leurs instruments au maximum et un batteur frappant aussi fort que possible ses fûts, nous sommes dans le dur. « Now You’ve Got Something To Die For » met tout le monde d’accord. On subit mais quel plaisir. Les screams de Randy sortis du plus profond de son être nous transportent littéralement. La poussière mélangée à la fumée de la scène donne une touche bien sale au tableau. Qu’importe ! « 512 » de l’album Sturm Und Drang possède un groove assez tranchant. Certains relèvent la tête, d’autres non, surtout avec un solo (trop) aigu. Dommage que le statisme des guitaristes ne se brisent pas sous les (lourds) coups de batterie. Il faut attendre « Redneck », soit le dernier morceau, pour que le joyeux foutoir installé dans la fosse contamine l’ensemble du groupe. Randy nous prévient à la fin du show : « Slayer will put hell in Hellfest, so be ready… » Nous le sommes.

22h53 : C’est l’heure de Cannibal Corpse sous l’Altar. Même si la veine old school, pure et grasse, semble un peu moins tendance ces dernières années au vu de la différence d’affluence entre les groupes de death moderne et melodeath, il y a encore du monde pour les tontons du death dont la notoriété traverse les genres. Côté scénographie, le combo ne cherche pas l’innovation : un gros backdrop avec leur logo et des lumières rouges. Pour le jeu de scène, c’est la même, nous avons le légendaire Fisher qui headbang frénétiquement devant nous, un pied sur les baffles retour, et qui nous suffit comme distraction visuelle. Car la force de Cannibal Corpse consiste à conserver son groove en toute circonstance, et malgré leur constance discographique jusqu’à leur dernier album Red Before Black, ça marche toujours. Corpsegrinder provoquera le public en distinguant les winners et les losers et demandera à ce qu’on garde le même rythme de headbang que lui sur I Cum Blood, auquel cas nous serions des winners. Mais le pari était difficile à relever, le public préfère lui répondre avec un énorme wall of death bien violent. Les cheveux volent au vent et c’est la bagarre devant.La baffe ne change pas mais reste aussi sèche.

22h57 : On se croirait le matin. Pas à cause de la lumière, mais parce qu’il n’y a presque personne. La Valley est à moitié vide. Et pourtant ce n’est pas n’importe quel groupe devant nous, mais bien The Youngs Gods. Cela fait trente-cinq ans que le groupe existe et influence la scène mais peine à rameuter les foules. Est-ce l’effet Slash ? Ou Cannibal Corpse ? Ou encore plus en avance : Slayer ? Difficile pour un groupe avec si peu de marketing de s’imposer face aux mastodontes du festival. Le trio suisse impose par son mysticisme et ses mélodies enivrantes, hypnotiques, répétitives jusqu’à la transe. L’aspect lancinant des morceaux n’est d’ailleurs pas sans rappeler Massive Attack. Le jeu de lumière est parfait et plutôt singulier, les projecteurs partent dans tous les sens tandis qu’une faible lumière éclaire le claviériste et le chanteur. Deux membres qui seront très posés, calmes, classes. A l’opposé le batteur sera très mis en valeur et sera le plus démonstratif du set avec diverses grimaces. Pour beaucoup le combat du meilleur concert de la Valley se fait entre Envy et Cult Of Luna. On garde tout de même une belle place pour The Youngs Gods qu’on s’empressera d’aller voir lors de leur tournée en fin d’année. Malgré les années, rien n’a vieilli, la maîtrise est restée.

23h07 : Place à Slash, Myles Kennedy et The Conspirators. La guitar legend arrive, converse aux pieds, chapeau typique, Gibson Les Paul, ampli Marshall, un doigté à en faire pâlir plus d’un(e). Il ne manque plus que sa clope au bec et quelques kilos en moins… mais vraiment pour être tatillon. Todd Kerns, le bassiste prend le micro pour interpréter Doctor Alibi (Slash feat. Lemmy à l’origine), donnant une tournure plus rock à partir de ce moment. S’en suit Bad Rain puis Anastasia du premier album. Les morceaux et les solos se suivent mais ne se ressemblent pas. Il fallait être là…

00h34 : Slayer entame son show par un « Repentless » tout droit sorti des Enfers. La voix de Tom Araya, travaillée avec un certain écho, apporte une touche bien profonde et satanique à l’ensemble. « World Painted Blood », où les projecteurs rouges associés aux différents effets pyrotechniques, prend une dimension impressionnante. Tom s’arrête quelques instants pour remercier le public venu si massif (au détriment de Deicide qui jouait au même moment) et promet qu’avec la suite qu’il nous réserve, l’enfer va s’installer sur Terre car il est indissociable du Hellfest. On se régale mais on regarde quand même si ça craque sous nos pieds. Méfiance. Le son déployé est juste parfait, le dosage de puissance entre chaque instrument est très équilibré. « War Ensemble », titre indéboulonnable depuis de nombreuses années, est toujours aussi prenant. Tom a encore un sacré coffre et le démontre aisément. Les festivaliers dans le pit sont incontrôlables, les circle pits sont de plus en plus grands et, telle une danse vaudou, cela ne s’arrête pas. Comme un symbole, au treizième morceau, « Seasons In The Abyss », durant lequel (et longuement) de puissantes colonnes de feu forment deux croix chrétiennes à l’envers, une fine pluie s’invite à la fête. Est-ce une divinité qui essaie d’éteindre les flammes déployées par Slayer ? L’image reste forte. Mais pas de temps à perdre. Comme à leur habitude les membres ne sont pas très bavards (selon Kerry King on vient les voir jouer, non pas faire la causette avec eux) mais on décèle très nettement l’émotion de Tom Araya devant son ultime audience hexagonale, « vous allez me manquer »… Les titres s’enchaînent à une vitesse vertigineuse (une vingtaine au total). A coups de double pédale, la batterie nous fracasse une dernière fois le cerveau sur le titre ô combien sulfureux « Angel Of Death », avec toujours ce déluge de flammes : rarement on aura vu autant de feu littéralement jaillir d’une scène que lors de ce show ; on a bien failli croire que la Mainstage 2 allait finir en cendres ! Oui les Américains ne sont pas venus boire l’eau des pâtes mais bien, pour la dernière fois avant un repos bien mérité, confirmer leur statut de divinités du thrash en bottant des culs.

23h57 : Pour un groupe qu’on pensait mort il y a quelques années, Refused revient pour la troisième fois au Hellfest. Et les Suédois qui ont innové avec leur punk hardcore inspiré sont bien en forme, puisque Dennis Lyxzén est déjà dans la foule dès le premier morceau « Rather Be Dead », entouré de gens bien ivres, ce qui est un peu le comble pour un straight edge. Leur set se différenciera de leur dernière prestation en faisant bien évidemment une bonne part de leur album culte The Shape Of Punk To Come (avec le retour de « Liberation Frequency » bien venu) mais aussi deux nouveaux morceaux nous signifiant donc qu’ils vont bientôt sortir du neuf… Leur retour au Hellfest n’est donc pas totalement innocent. Alors qu’ils jouent pendant le dernier concert de Slayer, ils n’hésiteront pas à faire un petit clin d’œil en interprétant brièvement un extrait de « Raining Blood », en réclamant un circle pit. Évidemment Refused est un groupe profondément engagé, Dennis prendra quelques minutes de son set pour s’exprimer sur leur combat en partant de son histoire personnelle et en expliquant comment le punk et le hardcore l’ont personnellement influencé dans sa façon de penser. Puis il affirmera que faire un tel concert est un acte politique en soi et que nous sommes en train d’en faire un avec lui indirectement. Lutte contre le système capitaliste et le patriarcat, tels ont toujours été les mots d’ordre du groupe. Évidemment la Warzone surtout réceptive à sa musique s’agitera davantage sur les titres emblématiques et notamment sur le riffing assassin de « Worms Of The Senses / Faculties Of The Skull ». Avant de nous dire au revoir, le groupe a bien sûr un dernier morceau en réserve et il nous annonce une reprise de… Shaka Ponk. Dennis est un petit plaisantin car c’est bien sûr leur hymne « New Noise » qui va retourner une dernière fois le public.

01h04 : Dur, dur de passer en même temps que les têtes d’affiche… Deicide attaque son set alors que Slayer n’a pas fini le sien, et par conséquent, l’Altar fait un peu peine à voir. En plus d’être peu suivi, le gros death qui tache des Américains est desservi par un son trop saturé qui empêche de l’apprécier à sa juste valeur. La prestation est carrée et techniquement très convaincante, mais le groupe semble manquer de l’enthousiasme que n’importe quel autre créneau horaire aurait sans doute pu apporter. Les rares interventions de Glen Benton trahissent d’ailleurs une certaine résignation. Deicide n’aura pas eu de chance ce soir.

02h13 : C’est dimanche soir et vous avez atteint les limites de votre endurance après quatre jours de musique non-stop et trop peu de sommeil ? Le frontman d’Enter Shikari va se charger de vous donner un regain d’énergie. Non content de sauter d’un bout à l’autre de la scène et d’escalader les miradors de la War Zone, le garçon aborde avec ses comparses des sujets qui fâchent, comme la négation du changement climatique, dans un style à mi-chemin entre le rock électro et le death gentillet. Les autres musiciens ne sont pas en reste et participent à l’ambiance survoltée et au chauffage de « salle ». Le public répond positivement, au point que même un festivalier en fauteuil roulant se met à slamer. Mettant son message de communauté et de partage en pratique, le chanteur s’offre un petit bain de foule en fin de set et exprime une gratitude qu’on sent sincère. Conclure un festival nécessite l’art et la manière, et Enter Shikari a clairement ce qu’il faut.

02h09 : « It’s fucking good to play those tracks after 30 years. » Attila est content, et il a bien raison. Tormentor, l’un de ses premiers projets, est de passage au Hellfest après une première date française au Garmonbozia Fest en octobre dernier. Projet obscur (pourtant culte de la scène black) et Tool n’aidant pas, ce beau monde joue devant une foule quelque peu éparpillée. Mais les musiciens ne bouderont pas leur plaisir et arrivent plus motivés que jamais, corpse paint au poil et tous plus charismatiques les uns que les autres. De sa cape rouge vêtu, le chanteur de Mayhem débarque sur scène le sourire aux lèvres et la folie bien en place pour accompagner les guitares qui ont déjà commencé le set. Un magnifique moment de musique pour nous chanceux, car Tormentor est bien plus que du simple black metal, nous assistons également à un set de rock progressif singulier, aux teintes presque blues country par moments. Une ambiance mystique pour une fin de festival parfaite. Attila, habité par le démon, accompagné de ses musiciens, redonne son sens au terme : Hellfest.

02h19 : Depuis le Knotfest on entend parler de Tool en se baladant ici et là. C’est indéniablement le groupe qui suscite le plus d’attente, y compris pour Ben Barbaud, lui qui a cherché à les faire venir à Clisson depuis des années. Seul le chanteur Maynard James Keenan avait foulé les terres du Hellfest avec son groupe d’electro/pop/rock Puscifer en 2016 et A Perfect Circle en 2018. Tool, c’est treize ans d’attente pour le successeur de 10 000 Days (2006), presque autant d’années sans se produire en France. Tool au Hellfest était, il y a encore peu, une chimère. Celle de voir se produire dans les conditions du festival l’un des groupes les plus influents de ces dernières décennies, et ce bien au-delà de la sphère du metal progressif. Il suffit d’entendre la plupart des artistes qui se sont produits lors de cette édition mentionner leur rapport à Tool : eux aussi, pour le temps d’un concert, seront de simples festivaliers impatients. Alors certes, le quatuor n’est ni AC/DC, ni Black Sabbath, Iron Maiden ou Metallica. Il n’a pas cette accessibilité et ne peut encore prétendre à la même longévité. Tool n’a jamais cherché à fédérer, que ce soit musicalement ou médiatiquement, ce qui fait que tenir un discours élitiste visant les personnes étrangères à son univers n’a pas lieu d’être. Tout comme le refus du statut du groupe sans même y accorder de l’attention. Tool a une aura hors du commun, un héritage pléthorique et l’écoute de sa musique prend chez certaines personnes un aspect hiératique. Il suffit de constater le silence lorsque les lumières s’éteignent. Le riff d' »Aenema » résonne et il a fallu littéralement dix secondes pour dissiper les doutes : la crainte de trop en attendre et de se sentir trahi n’a pas lieu d’être. Le son atteint une perfection rarement égalée compte tenu de la logistique de la mainstage. Tout, du moindre effet jusqu’aux mélodies de Maynard James Keenan (l’a capella de l’introduction de « The Pot » est majestueuse), est discernable et assimilable. Le frontman se distingue à peine, placé au fond de la scène : Tool met évidemment la musique au premier plan, les écrans géants ne diffuseront que les clips et visuels et aucune image des musiciens (seulement éclairés pendant « Part Of Me »), conséquence logique de la politique du groupe en matière d’événements live. L’attention de l’auditeur est une nécessité, pas une option. Elle est davantage sollicitée sur les deux nouveaux morceaux, « Descending » et « Invincible », épopées de plus de dix minutes orchestrées dans les moindres détails, sans accrocs, appuyées par des jeux de lumière complètement synchrones avec la structure rythmique. Lorsqu’on connaît la teneur d’une setlist de Tool, le naturel avec lequel ces deux morceaux s’intègrent jusqu’à devenir des pièces maîtresses du concert est déconcertant. Le groupe n’accuse aucune transition abrupte, on passe de périodes de repos, de transe (le pont de « Schism », inénarrable), de concentration à de purs moments d’exaltation, portés par les rythmiques tribales de « Jambi » et « Vicarious » ou la lourdeur du classique « Stinkfist ». Tool en live dépasse le studio et offre de nouvelles perspectives à des compositions qui n’en manquaient aucunement. Le groupe l’a toujours affirmé : il faut venir le vivre et la vidéo serait un intermédiaire indésirable. Au terme de « Stinkfist », qui marquait en outre le terme du festival, il y eut un moment de quiétude éphémère, une sorte de constatation mêlée à la fatigue des trois jours, une pseudo-béatitude. Les festivaliers sont rentrés, sans parler, jusqu’à ce que les langues se délient progressivement en marchant pour exprimer un ravissement ou un émerveillement. Tool, que le groupe ait jalonné notre vie ou qu’il ne soit qu’un nom dont on avait juste eu vent, était au-dessus de tout. Pas en soi, car c’est un autre débat, mais au moins pendant cette heure et demie où il a été permis aux festivaliers de cette édition 2019 une chose unique : accéder un temps à l’intouchable.



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  • Ridestevor dit :

    Pas de retour sur Emperor ? 🙁

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  • Pas de Slash? Bon je le fais! Attention pas objectif, les Guns m’ont converti au Rock en 91 avec la déferlante « Use your Illusion », j’avais 13 ans (y’avait aussi cette année là, le black album de Metallica, le Nevermind de Nirvana et le Blood Sugar de RHCP … Putain mais quelle année !!!! )
    Bon Slash! C’était pas mal du tout, ils étaient en forme avec une belle énergie, on sent que c’est un vrai groupe, qu’ils se connaissent bien maintenant et qu’ils sont contents d’être là. Le son était bon! En tout cas devant !
    Avec maintenant 4 albums à son actif et son retour dans Guns n’ Roses, Slash fait du Slash et on aura donc droit qu’a un seul morceau de GNR, Nightrain (celui qu’il joue le plus, on remarquera d’ailleurs que sur ce morceau, Frank Sidoris joue vraiment toute la partie de Izzy Stradlin’)
    Myles on ne le présente plus, c’est propre, c’est carré, ça chante bien! ça avait bien commencé avec des morceaux comme Halo et surtout Back from Cali, mais le fait de ne jouer que du Slash a fait un peu baisser l’énergie (en même temps j’avais besoin d’un peu de repos après avoir fait mon cardio pendant Lamb of God !) Jusqu’à ce que Todd Kerns reprenne le rôle de Lemmy pour un Doctor Alibi qui reveillera tout le monde. Reste plus qu’a finaliser pour rester dans l’énergie avec You re a lie, Nightrain (qui rallume encore plus la sauce), le fabuleux Anastasia, et un World on Fire qui achevera un moment rock n roll bien sympathique. Au final, tout le monde aura passé un bon moment! Enfin ce sont mes impressions hein! 😉 Bisous!

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  • WhoDoYouThinkIAm dit :

    Aucun problème ! Je taquinais sans méchanceté en mode troll (désolè. Je m’autopunis en allant passer une saison dans les abysses) ! Je sais ce que c’est et le travail fourni est dantesque ! D’ailleurs le compte-rendu de Slayer donne bien envie !

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    WhoDoYouThinkIAm

    (en réponse à la réponse de Spaceman)

  • Petite erreur, ce n’est pas Cancer Beat mais Cancer Bats 😉

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  • WhoDoYouThinkIAm dit :

    Sérieux ? Slayer et Tool et on attend le retour des uns et des autres pour avoir les compte-rendus ? WTF !!??!!!

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    Spaceman

    Heu, c’est si dur d’attendre deux ou trois jours pour les comptes rendus manquants ? Pour être tout à fait transparent : ces reports on été gérés directement sur place, la salle de presse fermant à 23h, il n’était plus possible d’alimenter le fil rouge à partir de cette heure-ci. Lundi, retour à 22h à Lyon après 11h de route (merci les embouteillages), et je pense qu’aujourd’hui, Alex, notre rédacteur (et conducteur) qui réceptionnait tous les compte rendus méritait bien une petite pause après avoir cravaché pendant 4 jours non-stop pour offrir (c’est le bon terme) ce quasi direct, non ? Décidément, l’impatience de la génération internet…

  • Curieux d’avoir fait l’impasse sur Tool et Slayer…

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    Spaceman

    L’impasse n’a pas été faite sur Tool et Slayer, c’est juste que les reports n’ont pas pu encore être ajoutés. Ils le seront lorsque les reporters en charge de ces groupes seront rentrés et remis de leur voyage retour 🙂

    Tom

    « les reporters en charge de ces groupes seront rentrés et remis de leur voyage retour » … genre le voyage retour est pire que le fest! 🙂 😉

    Tiphaine

    @Tom : oui, parce qu’il y a la déprime inhérente au retour à la vraie vie. 😉

    Tom

    @Tiphaine: Je sais, je suis encore dedans 🙂

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