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Hellfest 2019 : fil rouge de la journée du samedi 22 juin


2019 ne déroge pas à la règle : une fois de plus, le staff de Radio Metal débarque en grande pompe au Hellfest Open Air armé de ses rangers, sa crème solaire et une bonne dose d’endurance pour vous faire vivre en direct ce rendez-vous incontournable pour tous les fans de metal de France et d’ailleurs. Black, death, thrash, hardcore, hard, prog, doom, sludge, folk, fusion… La recette du festival est comme à son habitude des plus variées et ajustée aux goûts de toutes et tous. De Kiss à Carcass en passant par Tool ou encore Gojira, notre équipe va tout faire pour vous retranscrire au mieux les faits marquants de ces dizaines de concerts et l’ambiance qui règne à Clisson Rock City.

Comme nous avons pu le faire ces dernières années, vous allez pouvoir suivre le festival en direct via ce fil rouge qui sera fréquemment mis à jour depuis l’ouverture des hostilités vers 10h30 jusqu’à la fin des derniers concerts vers 2h du matin. Si les dieux de la 4G s’avèrent cléments et nous laissent faire notre travail, vous trouverez la majorité des informations sur le site donc, mais vous pourrez également suivre les festivités sur notre galerie Instagram, notre compte Twitter et notre page Facebook. N’hésitez d’ailleurs pas à recharger fréquemment nos différentes plateformes afin de ne rien louper ! Enfin, sachez que ce fil rouge sera enrichi dès notre retour afin de corriger les éventuelles imprécisions et rajouter quelques détails plus ou moins croustillants.

Vous trouverez ici le compte-rendu de la journée de vendredi, et celui du Knotfest de jeudi. Bonne lecture !

10h37 : Nous apprenons l’annulation de Myrkur pour des raisons liées à la grossesse de la Danoise.

11h04 : Ce sont les Néo-Zélandais de Like A Storm qui ouvrent cette journée du samedi sur la Mainstage. Le groupe gratifie les festivaliers d’introduction atmosphérique au didgeridoo avant de délivrer un metalcore aux parentés heavy. La formation lorgne du côté de Nothing More dans ses penchants les plus agressifs, en privilégiant toutefois un cachet old-school aux accents pop. Convenu mais accrocheur, ce qu’il faut pour ne pas brusquer les chevelus encore endormis. Like A Storm rend d’ailleurs hommage à Chester Bennington de Linkin Park en reprenant « Crawling » façon ballade.

11h07 : Pour les matinaux ayant eu le courage de se réunir sous la Valley pour les premières hostilités, Coilguns a tout prévu. Sur un riff de guitare torturé et lancinant, les Suisses dorlotent leur public avec une distribution de croissants à la volée : la recette « du pain et des jeux » mise en pratique. La suite des événements est cependant beaucoup plus malsaine et violente, mais tout en restant attentionnée. Le frontman au T-shirt rouge se convulse au sol dès les amorces hargneuses du batteur. Avec son chant éraillé et décomplexé, il se cogne dans tous les coins possibles de la scène et se paye une cavalcade anarchique au sein du public à même pas 10h45 du matin, énergie dont certains groupes devraient s’inspirer. Côté musical, le quatuor ne fait pas dans la dentelle et délivre un metal burné, dérangé. Impossible de jouir du set sans remarquer la performance massive de l’ancien batteur de The Ocean. Coilguns a clairement su s’emparer de la Valley en faisant parler son impact et sa folie, mais aussi en tissant une complicité instantanée avec son public, et ce en moins de 30 minutes. Et je dis ça alors que je n’ai même pas pu choper une moitié de croissant…

11h10 : Séance matinale de death mélo avec Dawn Of Disease. Malgré un son un peu brouillon, les solos, mélodies et riffs tranchants font le travail efficacement et sortent la fosse de son état léthargique. En tout cas les musiciens sont bien réveillés et enchaînent headbang sur headbang. Baignant dans une lumière épileptique, le chanteur (très communicatif) et les zicos accomplissent leur mission de réveil collectif avec brio.

C’est donc ça avoir le poireau matinal.

11h37 : L’Australie s’invite une fois encore au Hellfest avec Koritni. Le groupe emmené par le frontman éponyme donne dans le hard & heavy avec quelques échappées blues. Le combo se montre d’une efficacité redoutable avec un set très condensé, dynamique. Lex Koritni en impose, bien conscient qu’il n’a pas une minute à perdre s’il veut convaincre son audience. Avec autant d’entrain, Koritni mérite un détour plus approfondi. Il y a le cachet roots sans l’odeur de décrépi. Ça sent bon l’odeur du sable et de la mine de pierre précieuse sous un soleil de plomb. Comment ça cliché ?

11h42 : Les Français de Banane Metalik inaugurent la warzone avec leur punk/rock cannibale. Très vite, « Nice To Meat You », et sa gamme orientale, fait la part belle à la ligne de la contrebasse et à la double pédale de la batterie. Le trip horrifique n’est pas loin d’être à son paroxysme : entre les costumes de clowns ensanglantés, les backdrops à l’effigie du mafioso macabre et le jeu de lumière alternant entre vert et violet, le public sait qu’il n’est pas parti pour une promenade en douceur. Bien que le style garage puisse en partie l’expliquer, Banane Metalik développe un son parfois cradingue, notamment concernant les guitares. En revanche, la contrebasse est très bien mise en valeur, la technique du musicien se rapprochant presque de celle d’un percussionniste avec son jeu au doigt qui se mélange bien avec la batterie. Le frénétique « Rock And Shot » emmène le public dans les derniers retranchements de sa gesticulation et le combo français finira de soulever les premiers rangs de la Warzone avec le thème du Parrain version punk. Long live Gore ‘N Roll since 1993 !

11h44 : « Je suis le Shaârghot et maintenant, vous êtes mes ombres. » Il est peut-être inutile de présenter Shaârghot sur la scène française, le monde présent sous la Temple le prouve bien. Tous de suie maquillés, ces hommes et femmes en noir font partie des groupes indus français incontournables. Et en live tout cela a une tout autre saveur. En plus des costumes et du maquillage, plusieurs personnages entrent en scène, comme des hommes à chapeau jetant des billets dans la foule ou des créatures étranges montées sur des échasses (les Shadows, dans l’univers de Shaârghot), le guitariste fait même sortir des étincelles de sa guitare. Sans compter l’énergumène chargé de séparer la foule en deux pour le wall of death. En espérant les voir de nuit la prochaine fois pour de meilleurs jeux de lumière et surtout une atmosphère plus immersive. En tout cas, Shaârghot a déjà un univers très travaillé bien à lui qui promet pour l’avenir.

« Je suis le Shaarghot et maintenant, vous êtes mes ombres »

12h13 : C’est en émergeant péniblement du bois qui sépare la Warzone du reste du site que le son froid et mécanique de Cypecore, qui a déjà commencé à tabasser son audience, se fait entendre. Ancrés dans la thématique post-apo-cyborg où l’humanité assure sa survie comme elle peut avec l’implantation d’éléments robotiques, les Allemands ont pris le temps de transposer cet univers dans leur scénographie : lasers rouges, plastrons lumineux orange, costumes noirs et batterie chromée. Le Terminator traverserait la scène d’un air placide que ça ne choquerait personne. La qualité sonore de Cypecore est sculptée avec d’une part ses riffs rouleaux compresseurs asphyxiants et de l’autre ses refrains plus mélodiques et presque aériens que le chanteur s’applique à impulser avec une émotion non dissimulée qui ne manque pas de faire dresser les poils du public. Le tout est agrémenté de samples robotiques évoquant clairement une ère future qui ne vous veut pas que du bien.

12h25 : Voilà donc la première partie de Tool sur sa tournée européenne : Fiend, groupe français aux parties instrumentales puissantes et aux longs morceaux stoner/doom à tendance psyché. On ne sait jamais où va nous emmener la prochaine phrase musicale, où le morceau va finir. Une expérience auditive très prenante, dommage que plus de curieux ne soient pas venus assister au set.

12h27 : C’est sur une intro plutôt originale (générique de Star Wars à la sauce raggaeton) que le groupe anglais Skindred fait son apparition sur la Mainstage. Benji Webbe (chant) et son groupe offrent pour leur troisième venue au Hellfest un show très groovy. Les interactions avec le public (de plus en plus dense) sont nombreuses et le groupe s’en nourrit pour envoyer son ragga-metal toujours plus lourd. Les « fuck you » pleuvent du début à la fin, comme par exemple pour lancer un « Kill The Power » d’une puissance incroyable. « The heavy metal is for life! » hurlera Benji sous les riffs survoltés de son gratteux. Trente minutes de folie anglo-saxonne à l’état pur.

12h45 : Le public est beaucoup plus clairsemé que pour Skindred lorsque les vétérans de FM prennent possession de la Mainstage 2 pour un court set de 30 minutes. De si bon matin (il est midi passé, autant dire l’aube), le bon vieux rock radio-friendly des familles que délivre le quartet n’est peut-être pas ce dont le festivalier a besoin pour se réveiller. Ceci étant dit, les Anglais sont d’un professionnalisme exemplaire et enchaînent les chansons pas prises de tête avec une maîtrise issue de l’expérience. On peut seulement déplorer l’absence totale de communication avec le public avant le dernier titre, « Killed By Love », où le frontman invite les moins apathiques à taper des mains et à reprendre en chœur ses « yeah yeah yeah ». Un set qui privilégie la bonne musique facile d’accès plutôt que le blabla inutile, en somme.

12h46 : Creepshow est un groupe de punk rock canadien inspiré des films d’horreur des années 70-80. Le groupe emprunte une esthétique gothique et a comme particularité d’intégrer une contrebasse et des samples d’accordéon. La formation peut compter sur sa frontwoman omniprésente et très avenante Kenda « Twisted » Legaspi. Cette dernière alterne timbre pop suave et accents punk sans sourciller. Creepshow doit malheureusement accuser quelques problèmes techniques, tels qu’une panne de micro et des larsens intempestifs. Pas de quoi briser le charme de la prestation et la pléthore de mélodies entraînantes de la formation cependant, un temps émule de Dropkick Murphys puis se muant en musiciens de saloon. Et puis jouer de la contrebasse dans le dos fait toujours mouche.

12h52 : Wolfheart est de retour devant ses fans. Vous les avez peut-être déjà vus en première partie d’Omnium Gatherum, Ensiferum, Insomnium, Carach Angren… Wolfheart mérite pourtant bien plus que d’être une première partie tant sa discographie est de qualité. Pourtant les Finlandais ne font peut-être pas toujours les meilleurs choix de setlist, avec une concentration d’anciens titres, plutôt que des nouveaux. Le son est plutôt bon et les claviers sont très bien mis en valeur. Contre toute attente, le groupe remplit sa fosse.

13:29 : Clairement, entre aller se chercher un panini ou rejoindre l’Altar le plus vite possible pour ne pas louper le début du show de Trepalium, les festivaliers n’ont pas eu à faire un choix cornélien. Certains n’ont d’ailleurs pas d’autres solutions que de suivre le spectacle sur le grand écran à l’entrée du dôme. La recette des Français est axée autour d’une pierre angulaire qui peut paraître banale mais qui (re)prend tout son sens quand on est face à un « Moonshine Limbo » : le GROOVE. Tout transpire le groove dans leur propos musical, et ils savent se montrer débridés et très incisifs sans avoir besoin de chauffe pour survolter l’audience. À l’instar d’une fanfare de cirque désarticulée et macabre sous amphétamines, Trepalium nous offre deux nouveaux morceaux qui verront le jour avec leur prochain album courant 2019 : le public répond avec un enthousiasme tout aussi électrique. La relève vocale assurée par Renato est charismatique et immédiate sur le tout neuf « Everything’s Supposed To Be O.K. » avec son ultime riff implacable. Sur les instructions du frontman, l’Altar vivra un éphémère wall of death sur le début du très dansant « Moonshine Limbo » et les Français concluront leur frénésie groovy en interprétant « Vesania » du fond de leurs tripes.

13h35 : Will Haven, c’est une sorte de croisement furieusement conçu entre Deftones et toute une frange de la scène hardcore. Un enfant déséquilibré, talentueux mais intransigeant et violent. Le groupe de Sacramento emmené par Grady Avenell ne souffre d’aucun temps mort. Il y a une sorte de condition tacite qui est de ne pratiquement jamais lever le pied. Le formation alterne riffing neo du début des années 90 avec des plages hardcore à rompre les nuques. Seul bémol : une caisse claire qui déchausse un peu trop les dents et qui peine à être corrigée par la production. De même, la grosse caisse tasse violemment la street food ingérée par les festivaliers. Un show viscéral en tous points, proche de l’épreuve physique.

13h39 : Avec son backdrop écarlate et inquisiteur (oui, il y a un gros œil dessus, comme sur la pochette), Whitechapel débarque, Phil Bozman en tête. Le frontman est toujours aussi à l’aise avec ses vocalises gutturales, soutenu par le reste du groupe qui arrive sans problème à accrocher le regard et les esgourdes. Le deathcore balancé sur la mainstage déclenche slams, circle pits et tutti quanti. Phil veut que ça bouge, peu importe que ça soit devant, derrière, sur les côtés, l’engagement est de rigueur.

14h16 : Changement d’ambiance sous la Temple avec le phœnix né des cendres de The Devil’s Blood : Dool. Avec son dark rock, les Hollandais arrivent à poser une ambiance planante et obscure. Le panel vocal de l’atypique Ryanne Van Dorst est impressionnant et s’appuie sur des mélodies lancinantes bénéficiant d’un très bon son. Le public amassé semble captivé par une performance organique et sincère. Une belle découverte pour beaucoup d’amateurs de rock alternatif/mélancolique.

14h22 : C’est parti, le bat signal est lancé, mais avec ce soleil cuisant, difficile de le voir. Pourtant, Batmobile est bel et bien au rendez-vous. A l’origine, le groupe de psychobilly néerlandais jouait uniquement des reprises de groupes ou artistes tels que Elvis Presley, Gene Vincent, Chuck Berry, ou Johnny Burnette, mais revenons à notre concert d’aujourd’hui. La telecaster hurlante de Jereon Haamers tranche ce bon vieux rock, accompagnée à la contrebasse zébrée par Eric Haamers (les deux musiciens échangeront d’ailleurs leurs instruments à un moment) et Johnny Zuidhof à la batterie. La Warzone assommée par la chaleur reprend son souffle, et rend hommage à ces darons du punk aux tonalités blues et rock. Le public conquis, danse, danse et danse encore et encore…

14h27 : Richie Kotzen et ses deux acolytes arrivent devant un parterre visiblement peu familier de leur musique et en manque de fraîcheur à l’heure où le soleil est au plus haut. Clairement, le point fort du trio réside dans les envolées guitaristiques du frontman qui ne s’embarrasse même pas d’un médiator et dans son timbre vocal chaud qui sied à merveille au hard bluesy délivré. La complicité crève l’écran et se propage dans le public qui s’anime de plus en plus. Un show aussi humble que subtil.

15h04 : Alors que le staff technique n’a pas encore fini son œuvre, le chanteur encapuchonné de The Fever 333 s’installe l’air de rien sur scène, immobile face au pit. Bizarre vous avez dit bizarre ? Heureusement, le reste de la bande arrive et les compos acérées du groupe brisent rapidement la glace avec le public qui se laisse entraîner par les invectives quasi activistes de Jason (Aalon Butter) qui fait les cent pas sur scène telle une bête en cage. Ses « wake-up !» et ses slams sauvages en compagnie du guitariste font exulter la foule qui s’implique encore un peu plus face à des morceaux engagés tel qu’un « Made in America » plus que jamais d’actualité. Histoire que le message rentre bien dans les caboches, le batteur martyrise ses toms en compagnie du délicat frontmnan. Ce dernier quittera d’ailleurs l’audience après avoir proprement éclaté une peau de fût d’un coup de tête rageur. Pourquoi pas.

15h07 : La prestation d’Allegaeon était soumise à un impératif : une production capable de rendre justice au death ultra-technique des Américains. De ce point de vue, l’Altar n’a rempli qu’une partie du contrat. Trop souvent, le florilège de notes de Greg Burgess et celui de ses acolytes se sont entremêlés. Lorsqu’on discerne mieux le riffing, Allegaeon est un véritable rouleau compresseur. Si le son ne rend pas justice à la virtuosité des musiciens, la présence de ces derniers rattrape le tout, surtout celle de Riley McShane, que ce soit sur voix claire, growl ou scream. La déferlante technique a tout de même emporté l’Altar et on se plaît à imaginer le même show sans un son inégal.

15h09 : « On est en retard, mais on n’est pas Manowar alors on est juste en retard, let’s get fucked up, this is Mantar ! On est venus vous réveiller et vous renvoyer dormir ! » Rares sont les groupes de cette trempe. Ils ont affronté la maladie en montant sur scène, ont fait passer Kadavar au second plan en ouvrant pour eux, ont affronté la mainstage des Metaldays seuls. Deux amis d’enfance qui sillonnent le monde, à la recherche d’une ville qui n’a pas encore implosé sous leurs coups. Un batteur frappant ses caisses comme dans un punching-ball qu’il faut exploser, un chanteur à fleur de peau communiquant avec le public sans filtre, sans texte formaté. Juste du pur ressenti de l’instant présent. Peu importe où il est, devant qui il joue, Mantar pillonne son public avec la même folie. La voix est inhumaine, le son gras, les basses fortes, les riffs destructeurs. Qui peut rester impassible ? La météorite Mantar vous clouera au sol. « Hellfest je sais qu’il est tôt, mais vous vous en battez les couilles, non ?! » Oui.

15h55 : C’est sans intro ni fioritures que The Living End fait son apparition sur la scène de la Warzone. Les Australiens nous proposent là un punk rock très rafraîchissant mené par un Chris Cheney (chant) qui donne le tempo tout le long du set. Mention spéciale au violoncelliste qui malgré un son peu flatteur se démène au maximum pour tirer le meilleur de son instrument. Les zicos s’amusent, chacun aura d’ailleurs droit à son petit solo. Caché derrière ses lunettes noires et vêtu d’un T-shirt Dirty Deeds (quand on vous dit qu’ils sont australiens), Chris s’arrête uniquement pour boire la bière qu’il a réclamée aux roadies d’un franc « Give me some drink ! » Dommage que les interactions soient si minimalistes (quoique un peu moins sur la fin), il y avait de quoi faire dans une Warzone aussi remplie.

15h59 : A défaut d’avoir Rammstein, voici Esbreicher ! Oui le raccourci est facile mais ils l’ont un peu cherché, non ? Mêmes inspirations, même riffing… Ceci dit les Bavarois sont bien plus communicatifs que leur aînés. Avec un frontman qui n’hésite pas à se lâcher, à informer le public qu’il a chaud, qu’il a soif, qu’il ne voit pas très bien, qu’il est content d’être là et qu’il nous entend très très bien crier. Car l’indus d’Esbreicher est clair, efficace, bourrin et très divertissant. De plus, le fait que le groupe joue sur l’ancienne scène de Kiss, avec ses tuyaux pointus et sa sobriété très relative, lui rajoute un cachet particulier sans qu’il ait rien à faire.

16h42 : … … … Oui. Beaucoup de spectateurs n’ont su quoi dire ou quoi faire. Les plus téméraires sont restés, les autres n’ont pas supporté, sont restés interdits ou sont partis et les amateurs ont eu un orgasme. Sumac, c’est l’un des autres projets d’Aaron Turner, ancienne tête pensante d’Isis. C’est aussi l’une de ses œuvres les plus sombres et inaccessibles, une sorte de transe sonore décharnée et ultra-violente avec, à peine, quelques éclaircies. Aaron est accompagné de Bryan Cook, bassiste de Russian Circles, et de Nick Yacyshyn. Le trio arrive sur scène avec désinvolture : seule compte l’expérience sonore. Une forme de catharsis à l’état pur : Nick Yacyshyn martèle ses fûts comme une brute avec une créativité louable, le son de basse de Brian Cook renvoie nombre de bassistes aspirants à leurs études, le tout au service du jeu de guitare schizophrène d’Aaron. La production sonore est tout bonnement l’une des meilleures du festival, ce qui fait à ce jour la réputation de Sumac (avec ces guitares en aluminium que, surprise, Cult Of Luna utilise aussi). Si la foule perd quelques âmes refroidies logiquement par une prestation hermétique, le reste s’immerge, se défoule, sue avec le groupe. Sumac jouera à peine trois titres (les durées avoisinent les vingt minutes) et, au terme de l’exercice, tout le monde restera bouche bée, plaisir ou non. Monstrueux, dans tous les sens du terme.

16h45 : « On n’a pas eu le temps de balance qu’on voulait, alors on se casse… non je déconne, on n’est pas Manowar ! » Manowar, ou le running gag de l’édition 2019. Les Canadiens d’Archspire sont devenus une grande référence de la scène brutal death technique. Chaque musicien est un maître incontesté de son instrument. Des morceaux qui évoluent tout le temps avec des tonnes de solos tous différents, une basse énorme appuyant le tout… Et une machine de guerre derrière la batterie. Sans oublier évidemment le chanteur, véritable mitraillette chantant à 350bpm avec une voix qui n’a peur d’aucune note, mais allant surtout vers le bas… très très bas. Et quand il ne chante pas, il trolle ses petits camarades en leur inventant d’immenses gastro ou autres insultes. That’s the spirit.

16h52 : Kevin Russell et son groupe Bohose Onkelz proposent un set assez calibré sur la Mainstage 2. Réformés en 2014 (après une séparation en 2005) pour sortir l’album Memento deux ans plus tard, les Allemands n’ont rien perdu de leur fougue et réussissent à faire la lever la foule avec leur punk hard rock rageur. Ecrits dans la langue de Goethe, les textes s’intègrent parfaitement aux riffs, traitant de sujets divers comme par exemple les médias avec le morceau « Fahrt Zur Hölle » et son refrain « die presse stinkt » (la presse pue). Hé… ho.

17h35 : La nuance ? On repassera avec Mad Sin. Puisqu’on vous dit qu’on n’est pas là pour regarder pousser les pâquerettes. On veut du rock furieux et qui va droit au but et tant pis pour les mous du bulbe. Fallait camper à la Valley si tu voulais du trip sous acide avec de la réverb, point. Ici, c’est le territoire du swing accouplé au palm mute, le tout saupoudré de chœurs scandés et d’un growl qui vient d’en bas. Genre bien d’en bas. On entendrait presque ce qu’a mangé le chanteur à midi. En attendant, l’entêtant « I Shot The Sheriff » assoit sans conteste l’entraînant groove festif de Mad Sin. Mention spéciale à la contrebasse qui offre un complément rythmique intéressant à la batterie dans son aspect percussif.

17h42 : Connus pour leurs prestations théâtrales et leur alliage de metal extrême et de mélodies symphoniques, les Hollandais de Carach Angren s’invitent pour la seconde fois au Hellfest. Venus pour entendre des histoires d’horreur sous la Temple, les festivaliers ne s’attendent pas à un concert classique. En effet, tout repose sur le jeu de scène très travaillé des membres du groupe avec des mimiques bien pensées et des petits détails comme le clavier sur le bras mécanique du plus bel effet. C’est évidemment le chanteur qui incarne à la perfection son rôle de conteur qui porte la prestation. Celui-ci s’amuse de manière bien glauque en égorgeant une poupée déjà bien amochée pour lui lécher le sang sur le corps avant de lancer « Blood Queen », nous demandant au passage si nous sommes prêts pour du sexe et du sang (et personne n’appelle la police ?). Seuls bémols, classiques pour le style : il se repose un peu trop sur les samples et le son est légèrement étouffé. Mais cela ne perturbe pas l’audience qui savoure ce show parfois bien chelou.

17h54 : Très peu de monde cet après-midi en Mainstage : c’est vrai, Deadland Ritual ne parle pas à grand monde. Mais quand sur la scène monte Geezer Butler de Black Sabbath, Steve Stevens de Billy Idol, Matt Sorum de Guns N’ Roses et Franky Perez d’Apocalyptica… on comprend mieux pourquoi on fait le déplacement. Et quand le concert ouvre avec « Symptom Of The Universe », on comprend encore mieux pourquoi ce concert sera génial, surtout quand ils enchaînent avec « Neon Knights ». S’ensuivront des reprises de Velvet Revolver ou Billy Idol. Et le reste sera formé de compositions originales. Quant au dernier morceau… « War Pigs ». Grand moment avec monsieur Geezer à la basse.

18h33 : Le combo éclot en 1995, influencé principalement à l’époque par des groupes comme Converge. On parle ici de Cave In et de son hardcore new-school, puis de son virage à 180 degrés vers l’emo-rock « aérien ». Des émotions, de la violence, un hommage à Caleb Scofield, bassiste et chanteur décédé l’an passé. Les anciens leaders du hardcore moderne mettent la Valley en transe avec même des sonorités orientales très bien travaillées. Certains accrochent, d’autre quittent la Valley… Nos Bostoniens enchaînent et oscillent vraiment entre Radiohead et hardcore/rock/post rock/punk, oui, punk… impossible de tous les énumérer. Cela est dû aussi aux tessitures de voix différentes des deux chanteurs. Cave In a su synthétiser les multiples styles musicaux auxquels il touche depuis ses débuts pour un résultat aussi bien dark que planant, le tout avec une énergie bien dosée. Un beau voyage.

18h39 : Quand on dit metal et Portugal, tout le monde ou presque répond Moonspell. Effectivement, le combo est devenu un incontournable et le représentant de son pays à l’international. Avec le temps, difficile d’attacher une étiquette au groupe, celui-ci ayant su évoluer, en particulier avec 1755 qui oscillait entre metal gothique et death sympho. C’est d’ailleurs l’occasion pour eux de présenter des titres de l’opus paru en 2017, particulièrement salué par la critique, au public du Hellfest venu les voir sous l’Altar bien bondée pour les recevoir. Comme nous pouvions nous y attendre, des titres comme « In Tremor Dei » gagnent toute leur grandeur par l’épreuve du live. Les breaks de « Ruins » sont également ravageurs et le très « hymnesque » « Todos Os Santos » embarque tout le public avec lui. L’occasion justement de montrer qu’il y a plusieurs Moonspell puisque la différence de vision artistique se fait vraiment ressentir sur le vieux répertoire duquel les Portugais nous offriront quelques morceaux. Le son n’excelle pas toujours mais le public, lui, répond à l’unisson devant le combo.

18h50 : Par où commencer… Eagles Of Death Metal en France : évidemment, le concert qui va suivre sera spécial. Déjà parce qu’il commence avec une musique de fond : « Born On The Bayou » de Creedance Cleerwater Revival, signe de bon goût. C’est rempli d’amour que Jesse Hugues arrive sur la seconde Mainstage. Prêt à donner ce qu’il connaît le mieux : le rock n’ roll. Car même si le groupe est tristement célèbre, il ne faut pas l’oublier : c’est un excellent groupe. Un groupe de redneck avec des instruments qu’ils savent parfaitement manier, résonnant aux doux sons des amplis Orange. Malheureusement, on n’aura pas Josh Homme à la batterie – c’était à prévoir – mais on aura la belle Jennie Vee à la basse et son look délicieusement rétro fifties. La curiosité est si grande autour du groupe que l’on pourrait presque avoir l’impression d’assister à un concert de commémoration. « Je me sens chez moi, là ! » nous crie Jesse. Et ainsi vont s’enchaîner dans la joie et la fête des titres tels que « I Only Want You », « Complexity », puis des hommages à David Bowie et Lemmy… et à l’image de sa discographie, c’est dansant, jouissif, bourré d’énergie. Du pur rock sous un soleil brûlant.

19h37 : Après Punish Yourself et Eisbrecher, l’indus continue d’être dignement représenté ce samedi avec Combichrist. Allons donc danser auprès de ceux qui se sont fait connaître auprès du public français il y a dix ans en ouvrant pour Rammstein et qui viennent pour leur première fois à Clisson avec pas mal de matière puisque leur nouvel album est fraîchement paru dans les bacs. Un sample tiré de « Making Monsters » se lance et ça commence déjà à danser sous la Temple. Les percussionnistes débarquent et la fête commence. Ces derniers démontreront d’ailleurs qu’il n’y a pas que chez Slipknot que des grands tarés peuvent être derrière des fûts. Côté public, au pire on se trémousse et au mieux c’est carrément le bordel. Pas besoin d’insister plus que ça pour avoir un gros circle pit, le leader l’obtiendra facilement. Les Norvégiens ont d’ailleurs la bonne recette fédératrice, et s’il y a fort à parier qu’il y avait déjà pas mal de connaisseurs du groupe avant le concert, tout le monde chante sur l’emblématique « What The Fuck Is Wrong With You? ». Le frontman réclame le feu, il l’obtiendra de l’audience et le combo le mettra sur scène (pas au sens propre, hein). Une première qui confirme encore que le public du Hellfest est prêt à recevoir plus d’indus.

19h43 : Plus punk tu meurs : ils sont anglais, le chanteur ressemble à Mick Jagger, ils ont un gros accent, ils sont vieux et reprennent du Iggy Pop. C’est dire ! Place à Sham69 ! Quelques fans sont présents au premier rang pour chanter avec le groupe et ils ne seront sûrement pas déçus car le son est très bon. Ça ne bouge pas forcément beaucoup du côté des musiciens mais le chanteur se fait plaisir, arpente toute la scène avec ses mimiques bien particulières. Il se fera même plaisir durant la reprise de « I Wanna Be Your Dog » en se mettant torse nu et en imitant les pauses de monsieur Iggy Pop.

20h03 : Retour sur la Mainstage 1 avec Whitesnake qui bénéficie d’un son excellent. Les musiciens, n’en parlons pas ! Reb Beach et son acolyte Joel Hoekstra nous régalent avec un petit combat de soli de guitares endiablé. Les maîtres du genre, au sommet de leur art, nous emportent très loin. Toutes les générations sont réunies pour célébrer le hard rock des Anglais. Tommy Aldridge nous en met plein les dents et martèle le rythme des tubes interstellaires qui s’enchaînent. Ballades et envolées groovy s’entrelacent, servies par David Coverdale qui donne une master class de justesse. Il lance souvent au public un large sourire, visiblement profondément heureux d’être là. « Give Me All Your Love », « Here I Go Again », « Is This Love », « Still Of The Night », mais aussi mettant à l’honneur l’album Slide It In qui fête ses 35 ans, ainsi que deux titres du nouvel opus Flesh & Blood… La fosse plane et frissonne. Difficile de se débarrasser de ses frissons après un tel putain de spectacle ! Tout y était ! Un grand merci au serpent blanc qui nous aura mordus et empoisonnés à tout jamais.

20h42 : Une leçon de dynamique. C’est ce qu’on retiendra du live de The Ocean à la Valley. Inutile de rappeler que la notoriété de la formation de Robin Staps s’accroît de jour en jour, il suffit d’observer que l’audience ne laisse aucun espace disponible. The Ocean fait la part belle à son dernier album Phanerozoic I : Palaeozoic sorti chez Metal Blade, ce qui correspond évidemment à ses changements de line-up récents. Dès le tout premier riff, les spectateurs sont ravis : le son est parfait. Les guitares forment un mur qui écrase le premier rang, les mélodies sont claires et s’enchaînent avec une fluidité exemplaire : tout est organique. Loïc Rossetti, le frontman, alterne chants clair et hurlé avec une aisance déconcertante, tout en se démenant sur scène. Il terminera d’ailleurs le set en se jetant dans la foule, les surplombant et ralliant tout le monde à sa cause. « Permian : The Great Dying » restera dans la tête de tous les festivaliers avec une conclusion épique, tout juste supplanté par le riff gargantuesque de « Benthic : The Origin Of Our Wishes ». Que ce soit dans ses aspects les plus agressifs ou les plus ténus, The Ocean dévoile une maîtrise qui sied aux plus grands. Une leçon.

20h45 : On ne présente plus Candlemass tellement ce groupe culte a apporté à la scène metal et plus précisément au doom. Les festivaliers ne s’y trompent pas : l’Altar est surchargée ! Durant ce set carré, les hits doom s’enchaînent (« Mirror Mirror », « Solitude », etc.), tandis que le dernier album The Doors To Doom sera mis en valeur par deux titres (dont le déjà classique « Astorolus – The Great Octopus »), c’était un minimum : avec le retour de Johann Längqvist au chant, Candlemass renaît tel le phœnix. La voix de celui-ci n’a pas bougé depuis toutes ces années. Le son déployé sous la tente permet à chacun d’apprécier les tessitures du frontman et les lumières ses gestuelles particulières. Les guitaristes parviennent à canaliser le pit grâce à toute leur technicité et leur énergie. En somme, on assiste à une véritable démonstration, l’audience est conquise et remercie par une grosse ovation les cinq artistes.

21h04 : Seul et unique groupe à frontwoman à avoir une place de choix sur une mainstage cette année, Within Temptation envahit la scène avec sa production soignée sur le coup de 19h30. Passée en quelques années de chanteuse éthérée à pure metalleuse envoyant des cornes à tout va, Sharon Den Adel semble épanouie et très à l’aise dans ce « nouveau » rôle. Le groupe a décidément fini la mue engagée il y a quelques années et pioche dans sa discographie récente, plus pêchue qu’épique, la phase symphonique n’étant représentée que par trois titres en une heure de set. En chauffeuse de salle expérimentée, souvent perchée sur une plateforme centrale complétant une scénographie travaillée et encadré par des jets de flammes, Den Adel gagne les faveurs du public, aidée en cela par l’énergie des autres musiciens. Finalement, tout n’était peut-être pas mieux avant !

21h48 : C’est donc au pied levé que l’artiste londonienne Jo Quail remplace Myrkur en ce début de soirée sous la Temple. De prime abord elle semble bien isolée sur scène, avec son violoncelle électrique pour seul compagnon. Mais au fur et à mesure qu’elle sculpte son premier morceau en empilant ses samples, on comprend qu’elle va rapidement sonner comme un orchestre à elle toute seule. Elle torture son instrument de manière à le faire sonner comme une percussion, puis bascule sur un lead rythmique, le tout soigneusement enregistré et restitué aussitôt via un système de looper (boucleur dans la langue de Molière) qu’elle commande au pied. Dès le deuxième titre, le concert prend irrémédiablement des allures de bande originale de film où se côtoient tension, contemplation et résolution. Oui, tout ça. Quelques mouvements bruitistes évoquent King Crimson dans le côté expérimental. Mais la structuration de ces paysages sonores demande du temps pour l’artiste, et de la patience pour le public. Patience qui fera défaut à un certain nombre de festivaliers qui iront satisfaire leurs désirs musicaux vers d’autres contrées après un petit quart d’heure (coucou la Warzone ?). Pour le reste de l’audience, tout est question d’écoute attentive et de ressenti silencieux. A travers son propos musical sensible et sa personnalité désarmante de simplicité, on a le sentiment que Jo Quail est parvenue à transformer la Temple en un lieu intimiste. Pour son dernier morceau, la violoncelliste est rejointe par le batteur de Cult Of Luna (si si, c’est un ami) qui se produira sous la Valley plus tard dans la soirée. Et ce qui ressemblait jusque-là à du Agnès Obel électrique vient de se muer en péplum épique digne d’une bande originale de Halo dans des grandes heures. Improvisant à moitié, le duo fait parler sa maîtrise et son écoute mutuelle pour atteindre le climax d’une performance aussi inattendue que couronnée de succès.

21h45 : T-shirt blanc floqué « collabo » sous chemise rose à petits cœurs noirs : Didier Wampas est bien à la Warzone. Le bougre, dès la fin du premier morceau, se retrouve non pas sur scène mais slammant au premier rang qui lui demande de l’amour. Fidèle à lui-même et à son air nonchalant, l’ancien électricien à la RATP fait son p’tit bonhomme de chemin déglingué en ce début de set. Sa voix, légèrement fatiguée, ne gâche en rien la fête. Notre leader tombe la chemise et joue littéralement des maracas avec son micro et le sol de la scène, et le tout à quatre pattes. Technique brevetée. Son groupe de zicos derrière lui assure et n’est pas avare en énergie (même si, heureusement, ils sont plus sages). Un concert pour et avec les fans où les thèmes habituels, amour, politique, société, injustices, pleuvent sur la fosse. Didier nous fait sourire en proposant de faire le plus grand wall of death du Hellfest. Le morceau se termine, il est déçu… Du coup la fosse se prépare de nouveau et, honnêtement, cette fois-ci ça a de la gueule.

22h54 : Les maîtres du melodeath à la suédoise fêtent leur trente ans de carrière cette année. Dark Tranquillity vient une nouvelle fois au Hellfest mais plus tard cette fois-ci, permettant un set plus conséquent. Ils sont une valeur sûre en live ne serait-ce que pour la sympathie légendaire de Mr Stanne. Qu’est-ce qui pourrait l’empêcher de le rendre souriant face ce parterre rempli ? Et bien que le groupe ne puisse pas jouer avec son matériel. En effet, le groupe a eu quelques soucis logistiques et jouent avec les instruments de Moonspell et Candlemass. Malheureusement, cela s’entend car le son présente de nombreux pépins (batterie qui surplombe le tout, guitares inégales)… Dark Tranquility fait le show comme si de rien n’était avec la même pêche habituelle. Le frontman sera toujours locace et proche de son public en se mêlant à la foule et venant accueillir la spectatrice slammeuse en fauteuil lui même, cette dernière portant un t-shirt à l’effigie du groupe. Malgré ces quelques péripéties, Dark Tranquillity n’est donc pas du genre à annuler (n’est-ce pas ?) et conserve son énergie en servant à ses fans des morceaux d’Atoma, dernier album en date, mais aussi des classiques avec notamment Terminus toujours redoutable. Quelles que soient les circonstances, DT reste intègre et passionné par la scène et son public, et rien que pour ça : respect. Les fans adresseront d’ailleurs ce message en faisant une immense ovation qui ne manquera pas d’émouvoir le groupe juste avant Misery Crown qui conclura le set. L’image est belle à voir et nous sommes pas loin d’y aller de notre petite larme.

23h30 : Que peut-on encore dire sur ZZ Top, un demi-siècle après leur création ? La place n’est plus à la surprise ou à l’innovation, mais au constat qu’une recette qui marche toujours autant est forcément de très grande qualité. Le public n’est plus le même (ou alors bien plus vieux) mais le groove est toujours là, dès « Got Me Under Pressure », la chorégraphie mythique également. Si les guibolles de Billy Gibbons et Dusty Hill n’ont plus le même appui, les doigts eux ont encore quelque agilité à revendre. Le public danse tout du long et fond un fusible sur « La Grange », naturellement, mais n’oublions pas non plus les tubes « Gimme All Your Lovin' » et autre « Sharp Dressed Man ». Indémodable et éternel.

23h53 : C’est à The Adicts de secouer la Warzone en grande pompe avec son punk grandiloquent. Tous de blanc vêtus à la manière de Faith No More, les Anglais sont fiers de distiller leur musique depuis les années 1980 et ils le font savoir sans détours. Monkey au chant harangue la foule avec aplomb tandis que Kid Davinson avoine campé sec derrière ses fûts. Le duo de guitares se mélange suffisamment bien pour donner un son homogène qui est puissant sans être criard ou trop agressif malgré leur frénésie. Les refrains de « Horroshow » agrémentés de chœurs sont très efficaces et emportent l’adhésion du public qui commence à déserter les escaliers arrière pour se rapprocher des Britanniques qui s’efforcent de maintenir la pression au fur et à mesure du set, même si celui-ci peine à ne pas sembler linéaire de par la similitude des progressions. Malgré la nécessité pour les musiciens de rester près de leurs micros respectifs, les membres de The Adicts s’efforcent d’être dynamiques et communicatifs. Tout sauf avares, ils témoignent facilement de leur allégresse qui fait écho à celle du public, qui apprécie son shoot de riffs effrénés sous speed.

23h57 : Si nous disions que les amis de Dark Tranquillity sont une valeur sûre pour le live, les Anglais de Cradle Of Filth le sont eux nettement moins. La réputation du mauvais son leur colle à la peau. Mais quoi qu’on en dise et malgré les moqueries (c’est désormais un plaisir coupable de leur casser du sucre sur le dos, avouons-le), Cradle est une référence. Ceux qui sont des invités très réguliers du Hellfest remplissent invariablement la scène sur laquelle ils jouent. Et pour l’édition 2019 c’est à nouveau le cas, le public de la Temple débordant jusqu’à la Valley… Alors qu’en est-il du son ? Ce n’est pas si pire, comme on dit. L’équilibre des instruments est correct mis à part la grosse caisse un peu trop forte en début de set, et le son est globalement bon. Le chant de Dany Filth se fait entendre, et il continue à démontrer l’étendue de son panel vocal… Mais son chant aigu saccadé, lui, peut être légèrement agaçant à la longue, donnant une redondance aux compositions tout en étant quasi inintelligible (que celui qui dit « c’est normal c’est du chant black » sorte immédiatement). Pour le reste, le jeu de lumière sert bien l’univers gothique propre au groupe et suit la logique des compositions dans une bonne alchimie, les musiciens dans leurs accoutrements se donnent à fond, y compris le leader qui ne manquera pas de prestance et sera démonstratif dans son art… Objectivement, le show tient la route et contente les fans. Mais pour les cris de Dany, il faut s’y faire, même quand on est fan de black. Dans son ensemble, on peut le dire, Cradle of Filth se porte bien et son leader n’a manifestement pas d’angine.

01h05 : Les légendaires musiciens américains de Kiss entrent en scène. Maquillage, strass et talons compensés sont au rendez-vous. Il s’agit là du dernier concert en France : leur tournée End Of The Road, commencée le 31 janvier au Canada, se poursuit et seuls les festivaliers du Hellfest auront le privilège d’y assister dans l’Hexagone. Le groupe entame son set par « Detroit Rock City » suivi par « Shout It Out Loud ». La communication avec la Kiss Army est dense (bien que semblant moins nombreuse que lors du précédent passage à Clisson de Kiss, surement le résultat d’un festival ayant vendu la majorité de ses billets avant-même que le groupe ait été annoncé). À chaque nouveau morceau, Paul Stanley prend la parole et fait participer activement ses protégés. On assiste à un véritable show à la sauce américaine avec supplément canons à confettis, fumées et artifices pyrotechniques. Avec les écrans géants (de fond de scène et sur les côtés), mais aussi grâce aux feux utilisés, le titre « Heaven’s On Fire » prend tout son sens. Une mention particulière à Éric Singer à la batterie pour son solo à cinq mètres du sol (si ce n’est davantage) et pour son interprétation au piano de « Beth ». Que l’on soit petit ou grand, on a tous une musique de Kiss dans la tête. Leur carrière, exceptionnelle, impose un certain respect… même quand Gene abuse de pitreries bien lourdasses. L’énergie déployée le long de ces deux heures dix de spectacle (on a eu droit à 20 titres!) est incroyable. Paul finit en cassant sa guitare sur le sol, RIP. Bref, certains diront playback, d’autres diront génies… Pour leur dernière, nous ne voulons pas le savoir.

01h04 : Il fait rouge de partout, on entend une mouche voler (littéralement : un bruit de mouche est diffusé) et sur les premières percussions de la batterie démarre « Fleischman », le premier titre du dernier-né de Bloodbath, avant d’enchaîner sur « Let The Stillborn Come To Me ». Alors sortez les HM-2 et laissez-vous prendre au jeu. Un son de guitare typiquement suédois, dégoulinant de gras, appuyé par la voix magique de Nick Holmes (est-il nécessaire de présenter le chanteur de Paradis Lost ?), notre croque-mitaine pour la soirée. Évidemment, ce n’est pas le seul, car il est accompagné du bassiste et du guitariste de Katatonia, et derrière les fûts, du batteur d’Opeth. Beau line-up donc. « So You Die », « Chainsaw Lullaby », « Like Fire », « Bloodicide », « Cancer Of The Soul »… : tant de haine, de violence et de rage dans ces morceaux. Des riffs qui nous lacèrent comme une tronçonneuse rouillée… Il est toujours drôle d’entendre Nick Holmes sortir « We are Bloodbath from Stockholm, Sweden » avec son fort accent anglais. La quintessence du death suédois, chanté par un Anglais. C’est beau la diversité avec du sang dessus.

01h08 : En tête d’affiche de la Valley, voilà la place contemporaine de Culf Of Luna. Une place amplement méritée et qui s’inscrit dans une journée où se sont succédés, entre autre, The Ocean et Sumac, autres protagonistes du mouvement post-metal. Un indicateur simple : la Valley est déjà largement occupée une bonne heure avant l’arrivée des artistes, ce qui représente de manière univoque l’attention et l’enthousiasme que leur porte leur future audience. Mais il est futile de les qualifier par des styles à rallonge, leur seul nom suffit désormais à évoquer leur univers et l’influence qu’ils ont eu sur la scène. Après quelques larsens introductifs rejoints par la première batterie de Thomas Hedlund, Cult Of Luna entame le tout nouveau « The Silent Man », fer de lance du futur album qui devrait voir le jour fin 2019. Le premier refrain passé, c’est la seconde batterie, jusque là en retrait, qui se greffe au magma sonore déjà dense. C’est à ce moment précis que leur configuration rythmique, presque démesurée, délivre la pleine puissance et profondeur sonore des suédois en live, déjà impressionnante en studio. Le premier péplum terminé, les scandinaves enchaînent avec plusieurs anciens morceaux, dont les célèbres « Finland » et « Ghost Trail », avant d’atterrir sur ce qui semble être un deuxième nouveau titre, à en juger par les échanges dans le public et les visages interrogatifs. L’exécution du set est maîtrisée mais on perçoit qu’elle reste périlleuse, et avant tout humaine, quand on voit à quel point les membres s’impliquent dans leur interprétation, à l’image du frontman Johannes Persson. Avec un jeu de lumières chaudes, les spectateurs assistent à une expérience où les sept musiciens ne sont plus que des ombres, où la musique aux multiples dimensions prend le pas sur les individus qui la façonnent. Dans la fosse chacun est transcendé à sa manière par les élans atmosphériques que prennent leurs compositions. Mais la foule est vite rattrapée par la rugosité vocale et la lourdeur des riffs, comme si la réalité ramenait à la terre ferme celui qui s’était évadé dans ses pensées. Le son est impeccable et le rendu est hypnotique. En guise de conclusion, la pièce maîtresse de Vertikal avec « In Awe Of » et son final cathartique. Avec cette performance les suédois montrent qu’ils proposent sans doute ce qui se fait de plus brillant sur la scène actuelle.

02h01 : L’ascension d’Architects a été fulgurante. Il a fallu un album, Holy Hell, pour le faire passer du statut de ténor de la scène metalcore à celui de tête d’affiche au Hellfest. Paradoxalement, Architects avait encaissé un coup dur avec le décès de son guitariste Tom Searle, le frère du batteur Dan, remplacé par Josh Middleton de Sylosis. Ce soir est avant tout l’histoire d’une résilience qui a mené les Anglais devant des milliers de festivaliers, avec tout l’arsenal de la Mainstage (visuels blanc/noir et jeux de reflets donnent le tournis aux plus éméchés). Holy Hell a évidemment la part belle, avec ses hits tels que « Royal Beggars » ou justement « Holy Hell ». Architects est une machine extrêmement produite, qui commence tout juste à occuper les plus grandes scènes aux meilleurs créneaux. Le frontman Sam Carter tient à le rappeler (entre deux laïus sur la maladie mentale ou la reconnaissance) : le groupe sait qu’il vit quelque chose d’exceptionnel. Architects ne dévie justement pas d’un pouce de sa formule, le son est une imitation de l’album, assez froide au démarrage. La puissance du set doit beaucoup à Sam Carter, qui livre une partition sans failles dans tous les registres vocaux. Le reste du groupe se tient en retrait, bon élève. Un hommage à Tom Searle sera évidemment de mise avec « Gone With The Wind », lui qui évoquait sa volonté de pousser Architects au sommet. « Doomsday » clôture le set en apothéose, une fin qui sied à un show blockbuster extrêmement convenu.

02h04 : Peu de groupes peuvent se targuer d’attirer les foules sans avoir sorti un album en presque trente ans, mais Sisters Of Mercy est de ceux-là. La Temple est clairement acquise à la cause et un noyau dur de fans reprend en chœur la moindre chanson. Chansons d’ailleurs très répétitives qui donnent une étrange impression de boucle sans fin (il est 1h du matin au troisième jour du festival, la fatigue ne doit pas aider) ; on se délectera tout de même des hits que sont « More » ou « Lucretia My Reflection ». Un jeu de lumière à déconseiller aux épileptiques accompagne le rock gothique des Anglais et le tout se fait sans un mot pour le public. Un exercice très académique (à l’exception des déambulations d’Andrew Eldritch, souvent accroupi par-dessus les retours) avec à peu près autant d’âme que le programme informatique qui remplace la batterie.

02h07 : Salut à toi la Warzone ! Que la fête commence, le Bal Des Enragés est ouvert ! Si vous avez réussi à vous frayer un chemin dans la fosse ultra bondée, vous avez pu assister à un excellent show. Pour les trois du fond de la Warzone qui n’ont rien vu, ce projet est la réunion tous les trois ans de figures majeures/potes du metal/punk français qui viennent chanter des standards du punk, du rock et du metal ; bref, un gros melting-pot explosif à souhait. Dans le désordre, vous trouvez des têtes comme Stéphane Buriez de Loudblast, Poun de Black Bomb A, Kemar de No One Is Innocent et la liste est encore très longue… Un groupe composé d’environ vingt membres, se passant le micro ou criant dans le même. Au programme, « Salut à toi » des Béruriers Noirs, « Bullet In The Head » de RATM, ou encore du Nirvana… La fête est vraiment incontrôlable et c’est un véritable chaos dans la fosse. Et sur scène aussi où il y a au moins huit musiciens en même temps, sans oublier la gente dame qui se fait vrombir une scie circulaire sur le torse (protégé)…



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