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Chronique   

Helloween – Helloween


Plus on est de fous… Helloween a décidé d’entreprendre une nouvelle fois un changement majeur dans une carrière désormais longue de trente-sept ans. L’une des figures cultes du heavy-speed allemand a traversé tous les états et sa survie a parfois relevé du miracle. Le groupe, déjà mis à mal par le départ de Kai Hansen en 1989, aurait pu tout simplement cesser d’exister après celui de Michael Kiske en 1993 suite à un Chameleon mal reçu. Helloween a eu l’intelligence de se recentrer sur la musique qui a fait sa force, tout en se renouvelant plutôt qu’en imitant, profitant de l’arrivée d’Andi Deris et d’un Master Of The Rings (1994) salvateur. Helloween a traversé les années en redéfinissant constamment son orientation sonore sans oublier son essence, atteignant certains extrêmes, à l’instar de The Dark Ride (2000). Lorsque le groupe annonce en 2016 la tournée Pumpkins United et la réintégration de deux membres clés de l’ère Keeper Of The Seven Keys (1987-1988), Kai Hansen et Michael Kiske, c’est la concrétisation d’un fantasme. Celui de voir se produire un Helloween de toutes les époques, au-dessus des conflits d’ego qui ont failli le détruire. Symboliquement, la tournée a résulté en un seizième opus intitulé Helloween. Encore un nouveau départ, peut-être le plus ambitieux.

Helloween compte désormais sept membres dont trois chanteurs et trois guitaristes, avec toutes les complications que cela engendre. Une sorte de « chaos créatif » où tout le monde apporte des idées et où la lourde tâche de sélection et de tri devient un processus fastidieux, plus long que la composition elle-même. Tous les compositeurs ont mis la main à la pâte, à l’exception de Michael Kiske. Andi Deris est le plus prolifique en signant pas moins de cinq morceaux, tandis que Kai Hansen s’est concentré sur la réalisation du monument « Skyfall ». Le dessein du groupe était de traduire musicalement cette convergence des époques et, en particulier, de s’inspirer de l’ère légendaire des Keepers et du heavy des eighties. Le groupe a eu recours à l’enregistrement analogique à plusieurs niveaux, particulièrement pour la batterie jouée sur le vieux kit d’Ingo Schwichtenberg, ancien membre fondateur décédé en 1995 – un autre symbole. Le speed metal joyeux d’« Out For The Glory » joue le rôle d’entrée en matière et lorgne d’emblée du côté de l’âge d’or d’Helloween. Les guitares profitent de ce cachet « daté » qui s’accorde avec un son de batterie d’un autre temps, dans son acception positive. « Out For The Glory » met à l’honneur le chant au timbre haut perché de Michael Kiske, avec quelques interventions plus hargneuses de Kai Hansen, plus en adéquation avec l’inspiration résolument old school du morceau. « Fear Of The Fallen » se rapproche davantage de l’énergie d’un Judas Priest avec ces guitares cavalières. Le morceau révèle la méthodologie de chant : Michael Kiske et Andi Deris se répartissent les parties en fonction de leur aisance. Helloween prend toujours soin de ciseler des refrains complètement dédiés à la mélodie, qui ne sont surpassés en intensité que par les soli de guitare (là aussi distribués équitablement entre chaque musicien). « Mass Pollution » emprunte quant à lui un vocabulaire propre au power-rock/glam des années 80, avec son riffing foncièrement hard, et s’impose comme un hymne live aux côtés du heavy « Indestructible ».

Helloween profite d’un line-up étoffé pour embrasser toutes les périodes de son existence, n’en reniant aucune. Seule une ballade manque à l’appel : pas le temps de souffler. Le groupe se prête au jeu du single accrocheur par excellence via « Best Time », véritable réminiscence des tueurs d’ondes d’il y a trente ans. « Best Time » incarne le penchant ludique de la réunion, Helloween n’hésitant pas à pratiquement caricaturer les recettes des succès d’antan (le placement des accroches de chant est un exemple en la matière) sans appauvrir sa qualité d’écriture. « Angels » choisit en revanche d’assombrir son propos qui en devient plus théâtral et dramatique, notamment par sa structure et ses arrangements. La prouesse de l’album réside dans cette capacité à faire fusionner le Helloween des origines avec son visage plus récent : « Down In The Dumps » fait cohabiter des guitares au son alourdi et les envolées enjouées. « Cyanide », chanté intégralement par Andi Deris, montre le visage plus moderne et amer d’Helloween, il appartient pourtant à la même famille qu’« Out For The Glory » dont il est presque le négatif. Surtout, Helloween choisit de conclure son trajet par l’épique « Skyfall », précédé de son intro cosmique « Orbit » : douze minutes de leads langoureux, de prouesses guitaristiques, de breaks abrupts, d’élancées progressives et de phrasés grandiloquents, le final cathartique en prime, à écouter et réécouter pour en saisir tous les mouvements. Helloween à l’unisson comme personne n’osait le rêver.

Helloween ne cesse de renaître et sa dernière forme ravirait Akira Toriyama. Sa longévité est due à son intelligence. Il en fait à nouveau l’exercice en réintégrant deux membres iconiques qui complètent l’essence de ce qu’est Helloween aujourd’hui : un groupe de heavy à l’aura titanesque qui ne s’est jamais emprisonné et qui embrasse tous les talents qui le composent pour donner le meilleur de lui-même. Il est un exemple : savoir pardonner est un gage de pérennité.

Lyric vidéo de la chanson « Fear Of The Fallen » :

Clip vidéo de la chanson « Skyfall » :

Album Helloween, sortie le 18 juin 2021 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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  • Soyons sérieux !

    C’est Keepers of the seven Keys part III !

    Il y a plein de son qui y ressemble et en plus le kepers avec les 7 clé sur la pôchette !

    Rien à dire ! juste un des meilleurs albums d ‘helloween !

    [Reply]

    Dypso

    je pense pas, keepers of the seven keys est peut-être plus pensé comme la partie III, et celui-là n’a pas tellement eu la volonté d’être comme les keepers, mais alors, j’approuve pour dire que le retour de kiske et certaines musiques sont tellement keepers compatible ! le premier et dernier titre en tête, sans parler de l’enregistrement global, ni même du son de la batterie, qui est juste, la même.

    Maiiiss… mass polution, et de manière générale les musiques composées par deris sonnent vraiment époque déris (normal hummm). Parfois certains titres me font plus penser à gambling with de devil, ou 7 sinners par exemple.
    D’autres font vraiment mélange époque deris/époque kiske (comme robot king).

    Sinon, moi j’y ai à redire, indestructible sonne faible hummm. Mais alors, mass pollution et le putain Halloween part II (oups, skyfall pardon) sont tellement folles.

    sinon, ouai, meilleurs album depuis … longtemps ahah ^^

  • Oh qu’elle donne envie, cette chronique !

    On va aller écouter ça attentivement 🙂

    [Reply]

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