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Metalanalyse   

Helloween revient éclairé des enfers


En musique il arrive souvent que les créations suivent les courbes lunatiques des humeurs de leurs créateurs. Il arrive très régulièrement qu’une œuvre se fasse, consciemment ou pas, en réaction à une chose qui s’est produite dans la vie de l’artiste. Et parfois cette chose, c’est une autre œuvre du même artiste. En ce qui concerne Helloween ça avait été le cas de leur album de 2010, 7 Sinners, qui, avec une musique hargneuse et plutôt sombre ainsi qu’une pochette exhibant un arsenal d’armes tranchantes, s’érigeait en radical opposé de l’album Unarmed (cf. interview de Sascha Gerstner en 2010). Ce dernier avait, en effet, vu les citrouilles s’adonner à des ré-arrangements acoustiques, et pour le moins étonnants, de certaines de leurs chansons. Helloween a compensé un album particulièrement ouvert et léger par un autre, lui, résolument metal. Une manière d’équilibrer les comptes en somme, au sens figuré comme au sens propre puisqu’un album comme 7 Sinner s’est vu plus facilement accueilli par le public metal que le relativement incompris Unarmed.

Et il se pourrait bien que, Straight Out Of Hell, la nouvelle pousse dans le déjà bien fourni champ de citrouilles, soit lui-même une réaction à son prédécesseur de part un positivisme musical plus prononcé. Pour établir ce constat, il suffit d’écouter les rapides et guillerets refrains de « World Of War » et « Make Fire Catch The Fly », « Live Now! » avec ses riffs massifs à la wah wah et son refrain qui transpire la bonne humeur, les sautillants « Far From The Stars », « Straight Out Of Hell » et « Years » aux mélodies particulièrement joviales, le très accrocheur « Waiting For The Thunder » et son thème de piano, la réconfortante balade « Hold Me In Your Arms », etc. Voici comment le chanteur Andy Deris l’explique, non sans humour : « C’était surtout une idée de Charlie [Bauerfeind], notre producteur. Il a écouté les démos et il a dit : « On a 26 ou 27 idées, et certaines chansons ne sont pas vraiment positives. Comme l’album sortira après 2012, ce serait une bonne idée de sortir un album positif, pour célébrer le fait d’avoir survécu à 2012 ! » (rires) C’est l’une des anecdotes derrière cette décision de faire un album plus positif.[…] Quand on a du succès, comme ça a été le cas avec 7 Sinners, il n’y a aucune raison d’être déprimé ! Tout le monde était sans doute très heureux et s’est dit : « Faisons à nouveau de la musique plus légère ». »

Helloween revient sur ce « happy metal » qui a fait sa réputation. Face à ce terme, certains y comprendront « metal kitsch ». Or, c’est bien mal connaître les citrouilles qui se sont toujours amusé du kitsch et des clichés, là où ses disciples ont souvent eu tendance à les subir. Le rapport clair / obscur de Straight Out Of Hell avec son prédécesseur est, en quelques sorte, comparable à celui qu’entretien Rabbit Don’t Come Easy avec son sombre grand frère The Dark Ride. Et pour cause, l’album de 2003 avait vu le line-up des Allemands considérablement renouvelé avec les départs de Roland Grapow (guitare) et Uli Kusch (batterie) pour de fortes divergences sur l’avenir musical du combo (selon une des versions des faits) et l’intégration de l’ex-Freedom Call (tiens quand on parlait de disciples…) Sascha Gerstner. Cet album avait été ouvertement conçu en opposition à son prédécesseur, le groupe ayant réalisé que ce dernier avait dévoilé un Helloween bien trop dénaturé et il avait donc souhaité se recentrer sur sa vraie nature.

C’est ce dont il est également question avec Straight Out Of Hell, bien que, cette fois-ci, l’orientation n’est sans doute pas tant préméditée, comme semblait nous le suggérer Deris, et l’écart peut-être pas aussi large. L’album conserve, d’ailleurs, quelques zones d’ombres, tout comme 7 Sinner avait lui-même ses rayons de lumière. A titre d’exemple, « Nabataea », puissant titre d’ouverture et premier single, se montre plus ténébreux, tout comme le couplet de « World Of War » et ses riff heavy à souhait qui s’opposent radicalement à son refrain ou ce chant que Andi Deris force sur « Burning Sun » quasi à saturation, quasi à la caricature. Sans compter qu’en contraste avec la musique de la plupart des titres, les paroles, elles, traitent de sujets nettement moins réjouissants. Ce que nous confirme le chanteur « je dois souligner que les paroles ne sont pas du tout positives, elles reflètent des moments sombres » avant de tout de même nuancer « mais nous sommes des gens optimistes, nous pensons qu’il y a toujours une lumière au bout du tunnel, même quand les problèmes sont graves. »

Et c’est bien ce genre d’approche qui fait de Helloween un groupe de heavy metal réputé et bien à part. D’une part son optimisme le place en marge d’un genre davantage connu pour son pessimisme. D’autre part, le fait de traiter de sujets sérieux, voire difficiles, sur fond de musique positive, est une autre manière d’attirer l’attention et mettre en lumière ce type de sujets. L’humour, par exemple, n’est pas toujours là pour la dérision mais aussi pour interpeller et ça, Helloween l’à toujours bien compris. C’est ainsi qu’un titre comme « Asshole » (« Trou du cul » en français) et son refrain prononcé avec légèreté prête forcément à sourire. Un titre adressé à ceux qui se prennent pour dieu. Ces derniers étant également évoqués dans le titre « Wanna Be God » comme ce « groupe d’abrutis qui veut presser la dernière goute d’orange sans partager » et fait de l’argent « la nouvelle religion mondiale » pendant que, face à elle, « la vieille église [catholique] s’effondre », sujet du titre « When The Church Breaks Down ». De manière globale, selon Andi Deris, « tout l’album tourne autour du même thème », à savoir « des gens qui rendent la vie un peu plus compliquée. »

Mais ce qui fait aussi, encore aujourd’hui avec Straight Out Of Hell, de Helloween un groupe bien à part, ce sont ces petites touches originales ici et là qui surprennent l’auditeur et son sens de l’arrangement. En commençant par « Wanna Be God » court titre caractérisé par le chant qui déclame sur un tapis de percussions tribales avant que la guitare n’entre sur la fin. Une structure qui immédiatement rappelle celle du « We Will Rock You » de Queen, un clin d’oeil/hommage confirmé par le chanteur. Des percussions que l’on peut retrouver via quelques arrangements sur des breaks, renforçant la puissance du jeu de Daniel Löble. Notons également ces violons qui, sur « Burning Sun » par exemple, donnent une hauteur aux riffs sulfureux. Ensuite il y a cet orgue et chœurs d’église, très à propos en introduction de « When The Curch Breaks Down », chœurs que l’on retrouve vers le milieu accompagné d’un piano mortuaire. Ou encore ce passage très « relax », presque rêveur, avant le dernier refrain de « Live Now! ». Tout ceci sont les marques d’un album plus généralement riche et varié, résultat de quatre compositeurs très actifs – fait assez rare pour être appuyé.

Straight Out Of Hell est Helloween dans toute sa splendeur. Son heavy/speed metal à la fois musclé et élaboré. Son caractère jovial qui reprend le dessus. Sa légèreté apparente qui trompe, à peine, sa maturité.

Album Straight Out Of Hell : sortie le 18 janvier 2012 chez Sony Music



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