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Interview   

Hellyeah fait sa déclaration


Tom Maxwell - HellyeahHellyeah est inarrêtable, telle une machine de guerre aux rouages réglés comme une pendule, le groupe américain avance sans temps mort, enchaînant tournées et passages en studio pour produire un nouvel opus tous les deux ans et ne jamais se faire oublier. Ce qui n’est pas sans inconvénient comme nous l’explique le guitariste Tom Maxwell qui avoue avoir abordé l’écriture du nouvel album Unden!able avec une certaine amertume, en raison de cette cadence infernale. Mais comme souvent, les frustrations nourrissent l’oeuvre de l’artiste et peut-être que si les choses avaient été autrement, l’opus n’aurait pas eu la même poigne voire la même fraîcheur.

Une fraîcheur certainement, en partie, apporté par le bassiste Kyle Sanders et le guitariste Christian Brady qui inaugurent leur premier album avec Hellyeah, mais aussi et surtout Kevin Churko, reconduit au poste de producteur, qui a visiblement beaucoup fait pour pousser le groupe sur de nouveaux terrains et inspirer le noyau dur constitué du légendaire batteur Vinnie Paul, du chanteur Chad Gray et donc de Tom Maxwell qui nous explique tout ceci ci-après.

Hellyeah

« C’est très dur pour un musicien de sortir de ses habitudes et prendre du recul sur ce qu’il fait. Et lorsque tu as un bon producteur comme Kevin qui arrive avec une paire d’oreilles neuves et un paquet d’idées fraîches, ça peut vraiment aider à amener notre musique plus loin. »

Radio Metal : Unden!able est le premier album de Hellyeah avec le bassiste Kyle Sanders et le guitariste Christian Brady. Comment est la dynamique de groupe maintenant avec eux ?

Tom Maxwell (guitare) : Je vais te dire, ils ont apporté beaucoup de leur personnalité dans cet album sur lequel ils jouent. Le style de jeu de basse de Kyle est à la fois tonitruant et vif. Il a écrit des parties de basse vraiment excellentes pour cet album. Christian, pour sa part, est arrivé et a joué d’incroyables solos et de savoureux petits leads ici et là. Sur Blood For Blood, nous avons fait l’album à trois – moi, Chad et Vinnie. Le noyau est resté plus ou moins le même mais l’ajout de Kyle et Christian nous a vraiment amené, ainsi que la musique, à un autre niveau.

Unden!able est déjà le cinquième album de Hellyeah. Vous sortez vos albums avec une impressionnante régularité. Est-ce important pour le groupe de conserver cette cadence d’un album tous les deux ans ?

Ouais, je le pense. En fait, tu ne veux pas perdre trop de temps. J’imagine que, sous certaines circonstances, tu pourrais te tirer de n’importe quelle situation mais, d’une certaine façon, avec la manière dont les choses évoluent dans l’industrie musicale de nos jours, tu es un peu obligé de sortir un album tous les deux ans. Tu dois pouvoir continuer à tourner. Ce n’est pas comme si les groupes se faisaient encore une tonne d’argent sur les ventes d’albums, donc tu dois maîtriser les choses. La fenêtre d’opportunité est très petite pour la plupart des groupes. Plein de groupes apparaissent et puis simplement disparaissent, tu sais. Tu dois maintenir l’élan, continuer à creuser et écrire de la nouvelle musique.

Tu as dit dans une interview que tu étais « assez amer, après dix-huit mois sur la route, d’avoir dû aller directement en studio. » Pourquoi est-ce que ça t’as rendu amer ?

Bon, ok. [Il réfléchit] Est-ce que tu as une famille ? C’est une question personnelle… Quand tu as une famille et que tu passes autant de temps loin d’eux, pour ma part, j’ai besoin de rentrer chez moi et être avec ma famille pendant plus de quatorze jours, plus de deux semaines. Et j’étais un peu amer par rapport à ça, ouais, je voulais rentrer à la maison, je voulais rester chez moi avec ma famille, pour simplement me détendre, décompresser et me redonner un peu d’énergie avant de me remettre à écrire un nouvel album. Voilà donc ce que je voulais dire, ce que je pointais du doigt. Je voulais juste rentrer à la maison plus longtemps que deux semaines avant de resauter directement sur un autre album mais… Tu sais, ça ne s’est pas trop mal goupillé, ça m’a permis d’alimenter de la musique bien furieuse et des chansons bien désespérées, et je me suis retrouvé en avance sur le planning et du coup j’ai pu rentrer chez moi pendant deux à trois mois et j’ai finalement pu avoir ce temps dont j’avais tant besoin avant de repartir en tournée. Voilà ce que je voulais dire en disant que j’étais amer.

Et n’as-tu pas l’intention à l’avenir de prendre un peu plus de temps entre les albums ?

Oh, j’aimerais bien ! Mais c’est un peu en dehors de mon contrôle, le groupe, le business et tout. Le groupe a un peu sa propre vie et tu dois… Je ne suis qu’une personne, tu sais. Mais j’aimerais avoir plus de temps mais, encore une fois, il faudra attendre dix-huit mois avant que la question ne se pose à nouveau [petits rires]. Tout le cycle de tournée s’apprête tout juste à démarrer et je ne le vois pas se terminer avant probablement la fin de l’année prochaine.

Tu dirais que ceci a impacté la façon dont tu as abordé l’album ?

Pour ma part, ouais. En fait, j’écris à partir d’émotions pures basées sur ce qui se passe dans ma vie et comment je me sens. Je ne peux pas me poser et simplement réfléchir au type de chanson que je veux écrire et ensuite m’y mettre. J’écris strictement à partir d’émotions et de comment je me sens et ce qui m’entoure, ce qui se passe, que ce soit de la colère, de la tristesse ou autre. C’est ainsi que je fonctionne.

Hellyeah - Unden!able

« C’est incroyable : quelque chose qu[e Dimebag Darrell] a enregistré il y a tellement d’années est aujourd’hui dépoussiéré et prend une nouvelle vie. Et puis, bon sang ! C’est énorme ! J’ai un album avec Dimebag dessus ! »

Unden!able propose de nouveaux éléments qu’on n’a pas forcément entendus chez Hellyeah auparavant. La dernière fois que nous avons parlé à Vinnie Paul, il a dit qu’avec Blood For Blood vous avez « vraiment capturé l’essence de Hellyeah. » Du coup, est-ce que le but cette fois-ci était d’étendre ça, de voir quelles nouvelles directions l’essence de Hellyeah pouvait emprunter ?

Je crois, principalement, que nous voulions simplement recréer ce que nous faisons et avoir une continuité dans ce que nous faisons mais en abordant les choses avec une mentalité un peu différente ici et là, avec différents grooves, différentes types de rythmes de batterie, différentes structures… C’est là que le producteur Kevin Churko intervient. En fait, c’est très dur pour un musicien de sortir de ses habitudes et prendre du recul sur ce qu’il fait. Et lorsque tu as un bon producteur comme Kevin qui arrive avec une paire d’oreilles neuves et un paquet d’idées fraîches, ça peut vraiment aider à amener notre musique plus loin, et c’est effectivement ce qui s’est passé. La chanson « Be Unden!able », c’est un type de chanson différent pour nous, nous n’avions jamais eu quoi que ce soit avec ce genre de rythme go-go. Mais encore une fois, c’est vraiment simplement une question de creuser profondément. En fait, tu n’es qu’aussi bon que les chansons que tu créés. On peut composer des riffs toute la journée et écrire le même genre de chanson indéfiniment mais pour écrire des chansons qui inspire vraiment le reste du groupe et inspire ton équipe de professionnels, par exemple, et tes fans, tu dois vraiment continuer à créer, essayer de trouver de nouvelles choses.

D’ailleurs, la chanson « Be Unden!able » a un côté un peu industriel. Elle aurait presque pu être une chanson de Rob Zombie…

Ouais, je vois ce que tu dis ! Ouais. Je veux dire que ce genre de batterie go-go qui pulse avec un paquet de différents rythmes atmosphériques en toile de fond, ouais, je peux complètement le comprendre. C’est nouveau pour nous ! C’était palpitant à faire. Je veux dire nous n’avions pas prévu de faire une chanson comme ça en particulier. Elle s’est faite et s’est mise en place comme ça.

Est-ce que ce pourrait être quelque chose que Kevin a apporté à Hellyeah, dans la mesure où il a travaillé avec Rob Zombie il y a trois ans justement ?

Eh bien, je vais être honnête avec toi. Ce qui s’est passé avec cette chanson, c’est que j’essayais de trouver une manière de faire fonctionner une partie et Kevin a dit : « Peut-être que ceci t’aidera en t’accompagnant. » Il a ce logiciel qui a tous ces rythmes différents, toutes ces polyrythmies, tous ces patterns et ça a influencé le riff. Et ensuite, ce que nous avons fait, c’est que nous avons construit la chanson autour de ces différents rythmes qui tournaient en fond. Nous n’avions pas l’intention de le garder, je ne le pense pas, mais lorsque nous l’avons retiré, ça sonnait assez vide, donc nous l’avons remis [petits rires]. Mais, tu sais, il ne l’a pas amené intentionnellement, il a en fait amené cette technologie, ce rythme simplement pour m’aider à influencer des riffs.

A propos de Kevin, tu as déclaré qu’il vous traite différemment par rapport à la façon dont il traite les autres groupes. Qu’est-ce que tu veux dire par là ?

Je pense que ce qu’il fait avec les autres groupes, c’est qu’il a sa formule et qu’il s’en sert pour travailler avec eux. Alors qu’avec nous, c’est un peu plus sauvage, c’est une musique un petit peu plus indomptée et surtout par rapport à Chad. Chad est très insistant lorsqu’il s’agit de faire ressortir ce qu’il veut, comment il le veut, comment il veut que ses chansons soient représentées. Et je pense que Kevin nous donne plus de liberté pour faire ce que nous voulons contrairement à si nous étions dans un groupe qui écrit avec pour objectif de passer à la radio ou d’entretenir un certain son. Il est très ouvert pour nous laisser être nous-mêmes.

Votre reprise du « I Don’t Care Anymore » de Phil Collins est assez intéressante avec ces parties de batterie tribales massives. Peux-tu nous raconter comment vous avez arrangé cette chanson ?

Je dois être honnête avec toi : ça, c’est plus un arrangement de Kevin Churko et Vinnie Paul, avec la façon dont ils ont fait les batteries. Tout l’agencement et l’arrangement de la chanson était un peu leur idée et leur direction. Et je trouve qu’ils ont fait un merveilleux travail. Ils ont rendu la chanson différente. Ils l’ont faite notre. Nous sommes restés sur la structure qu’avait faite Phil Collins mais je trouve que nous avons monté la puissance de dix crans et l’avons rendu plus heavy. Mais, encore une fois, pour revenir à ce que tu demandais, toute la direction de cette chanson, c’était grosso-modo Vinnie et Kevin qui l’ont mise en place.

Hellyeah

« Vinnie [Paul] est une icône. Il vient de putain de Pantera ! Il a sauvé le metal ! »

Et comment vous êtes-vous retrouvés à reprendre cette chanson à l’origine ?

Christian, notre guitariste, nous a suggéré l’idée de la faire. J’aimais la chanson et tout le monde était partant. Au niveau des paroles, ça colle complètement à Chad, il adore la chanson, il s’identifie un peu avec ce qu’elle raconte. Et je pense qu’une fois que nous nous sommes décidés à la faire, Vinnie est arrivé et a dit qu’il l’avait enregistrée il y a des années. C’est un peu comme ça que nous en sommes venus à la faire. Nous étions tous d’accord pour dire que ce serait une super chanson à reprendre avec le groupe.

Apparemment ce morceau contient des parties de Dimebag Darrell. Peux-tu nous raconter l’histoire derrière ça ?

Une fois que nous nous sommes décidés à faire la chanson, Vinnie était là : « Attendez une minute ! » Il nous a dit que lui et Dime l’avaient enregistré il y a quinze ans, ou peu importe il y combien de temps, lorsqu’ils étaient dans Damageplan. Ils ont dû aller rechercher les fichiers et enregistrements, les extraire et nous avons fait en sorte que ça fonctionne en les intégrant. Nous trouvions que ce serait fantastique de donner vie à ces trucs qu’il a fait et les mettre sur l’album. Et le résultat est putain de génial ! Je veux dire que c’est incroyable : quelque chose qu’il a enregistré il y a tellement d’années est aujourd’hui dépoussiéré et prend une nouvelle vie. Et puis, bon sang ! C’est énorme ! J’ai un album avec Dimebag dessus ! C’est plutôt cool !

Ayant ce point d’exclamation sur l’illustration et dans le titre-même de l’album, cherchiez-vous à faire une déclaration forte avec cet album ?

C’est exactement ce que ça veut dire. Nous voulions juste faire une déclaration forte et faire genre « boom » ! Le voilà ! C’est délibéré et amené avec autorité. Je ne peux pas exactement l’expliquer avec des mots mais tu comprends bien ce qu’est un point d’exclamation. A la fin d’une déclaration, tu mets un point d’exclamation si tu es excité ou si tu es en rogne… Tu veux faire passer quelque chose d’intense et c’est exactement ce que ça veut dire. Tu as bien mis le doigt dessus : nous voulions faire une déclaration. Un point d’exclamation, c’est la meilleure façon de le faire.

Penses-tu que vous ayez réussi à vous détacher de l’image du « nouveau groupe de Vinnie Paul », ce que ça a été pendant plusieurs années aux yeux du public et des médias ?

Je ne crois pas que nous ayons jamais vraiment eu cette image. Ouais, Vinnie Paul est dans le groupe mais ce n’est pas son groupe, c’est notre groupe, c’est comme ça que nous fonctionnons. Mais je peux le comprendre. Vinnie est une icône. Il vient de putain de Pantera ! Il a sauvé le metal ! Et bien sûr il sera mis en avant et ça ne me pose aucun problème. Je préférerais d’ailleurs qu’il fasse toute la presse, ou bien Chad, tu sais. Je veux dire qu’il raconte les meilleures histoires, il assure ! Mais nous sommes tous unis dans ce groupe, nous sommes une grande famille.

Et quelle impression ça t’avais fait au départ de monter un groupe avec lui ?

Evidemment, j’étais un peu intimidé au départ, lorsque je m’apprêtais à jouer de la guitare avec un homme avec qui je n’aurais jamais oser imaginer jouer de la guitare et dont j’ai vénéré le groupe pendant des années. Donc ouais, il y avait un grand facteur intimidation. Je veux dire que je ne suis même pas la moitié du guitariste que Dime était, personne ne l’est. Et lui, il se fiche de ça. Il nous fait tous confiance en tant que musiciens pour faire notre truc et ne pas essayer d’être à la hauteur de ou nous faire passer pour quelque chose que nous ne sommes pas. Mais ça, c’était au début. Aujourd’hui, nous sommes tous au même niveau, nous sommes tous frères. Il n’y a strictement aucune intimidation.

Interview réalisée par téléphone le 1er juin 2016 par Nicolas Grirourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Grirourt.

Site Officiel de Hellyeah : hellyeahband.com



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