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Nouvelles Du Front   

Henry Rollins rengaine sa lame musicale


Henry Rollins annonce très officiellement qu’il arrête ses activités musicales. « Et alors? » doivent se dire les fans du personnage, pas dans le sens où il n’ont cure de l’arrêt des activités musicales de l’ex-frontman de Black Flag, mais plutôt parce que ceux-ci pensent sûrement que Rollins aura largement de quoi s’occuper. Pourquoi ? Parce que loin de limiter sa carrière à celle de chanteur ou musicien, le natif de Washington a tour à tour été écrivain, journaliste, acteur, animateur radio et activiste de tout poil. De MTV à Black Flag, des théâtres d’opération de l’armée américaine aux revendications pro-mariage gay, Henry Rollins est de toutes les batailles avec une constante : l’acharnement à faire de sa vie un combat souvent utile, revendicatif et avec une vision forte de l’intégrité.

Déjà, depuis 2006, on savait que Rollins en avait plus ou moins fini avec la musique. S’il évoquait clairement qu’il se pouvait qu’il ne fasse plus jamais de musique, en 2011, il réitéra sa volonté d’en terminer avec cette facette de son personnage, même si cela lui manquait terriblement. Son problème, c’est qu’il ne voyait pas bien comment faire quelque chose de différent et de nouveau, comment faire évoluer son propos vers quelque chose de neuf, ce qu’il a toujours essayé de faire tout au long de sa carrière. Son premier groupe, State Of Alert, avec qui il sortit un album et fît une douzaine de date, le voyait imposer une attitude punk, voire résolument hardcore, et gagner une réputation de bagarreur sur scène, qui ne le quittera pas pendant longtemps. Cette image l’accompagnera quand il deviendra le chanteur de Black Flag, de manière plutôt originale. Grand fan du groupe, il suivait les Black Flag pendant toute leur tournée sur la côte Est américaine, jusqu’à être invité à chanter un titre avec eux sur scène, un soir où il avait fait cinq heures de route pour les voir et devait retourner travailler juste après. Quand Dez Cadena, le guitariste de Black Flag, décida de se concentrer sur la guitare et qu’ils se mirent en quête d’un nouveau chanteur, ils lui demandèrent de prendre sa place.

Et il devint le chanteur de l’une des formations les plus marquantes du punk/hardcore des années 80. Greg Gin, l’un des fondateurs du groupe, l’avait choisi spécialement pour sa forte personnalité et son goût pour des styles très variés de musique, de façon à faire évoluer leur punk vers de nouvelles sphères. L’attitude franchement agressive d’Henry Rollins sur scène devient une marque de fabrique, même si les shows du groupe sont ponctués d’incidents et de bagarres avec les membres du public. Mais la volonté du groupe et de son leader charismatique est d’innover : en 1984, ils décident de ralentir le tempo de la musique pour laisser place aux expérimentations et de d’inclure un chant plus crié, voire growlé, ce qui fait que l’album My War devient l’un des premiers albums punk-metal, fortement teinté heavy et thrash. Et comme si cela ne suffisait pas à perturber les fans punk-hardcore du groupe, les Black Flag se laissent pousser les cheveux comme les musiciens thrash de l’époque. Pour achever de modeler son image, Rollins se façonne un corps d’athlète, une façon de pousser son corps plus loin et d’impressionner encore plus sur scène.

Mais en 1986, l’aventure Black Flag prend fin. Peu importe, Rollins a déjà démarré sa carrière solo en tant que chanteur ou plutôt d’orateur sur de la musique. Rollins a été en quelque sorte un précurseur du slam version punk, puisque son style se développe autour d’une alternance de chant punk agressif et de longs textes déblatérés tel un prédicateur, allant d’une introspection poussée à des questions sur l’intégrité personnelle. Il sortira deux albums solo en 1987, puis rassemblera une bande de musiciens autour de lui dans un ensemble qu’il appellera Rollins Band. Le groupe connaîtra le succès au début des années 90, se produisant au festival Lollapalooza ou au Woodstock version 1994, et sortant même un album (Weight) qui se classera dans le top 40 des charts américains, un petit exploit compte tenu de l’aspect non-traditionnel et peu accessible de la musique qu’il produit. Il est même élu « homme de l’année » par le magazine américain Details, dont il deviendra un des éditorialistes de l’époque.

C’est l’heure pour Henry Rollins de diversifier ses activités. Il profite de l’exposition que lui donne son groupe pour apparaître dans des shows à la télévision. C’est l’époque de la grande expansion de MTV et des chaînes musicales, il y apparaît donc dans divers émissions telles que MTV Sports ou Alternative Nation sur VH1, son physique travaillé l’aidant bien évidemment dans sa conquête du petit écran. Il présentera même une émission à son nom, le Henry Rollins Show, sur une chaîne de films indépendants. Les années 2000 le verront apparaître dans diverses sitcoms, dans Jackass ou dans un épisode de la série avec David Duchovny, Californication. Mais son apparition la plus marquante fût son rôle dans la deuxième saison de Sons Of Anarchy, où il interprète un chef de gang prêchant la suprématie de la race blanche. Le grand écran lui a également fait les yeux doux depuis le début des années 1990, autant dans des films à gros budgets que dans des documentaires ou des films de genre : Heat avec Pacino et De Niro, Lost Highway de David Lynch, les deux Jackass, ou les documentaires Dogtown et William Shatner’s Gonzo Ballet… La filmographie de Henry Rollins est plutôt impressionnante tant au niveau des réalisateurs que des acteurs côtoyés.

La télévision et le cinéma ne sont pas ses seuls terrains d’expression médiatiques : la radio, où il a animé diverses émissions dans les années 2000, en est un autre, ainsi que le Web, où il contribua au blog « Politics & Power » sur la version en ligne de Vanity Fair, et publia divers articles pour The Huffington Post et Alterative News, entre autres. Il tient par ailleurs toujours une rubrique musicale dans l’hebdomadaire LA Weekly. Comme tout éminent homme de lettre, il écrit également une grande variété de livres sur des sujets divers, introspectifs, sociétaux ou fictionnels. Son plus grand fait d’arme reste son autobiographie, Get In The Van, sorti sous forme de livre audio en 1995, qui lui valut de gagner un Grammy Award. Il découvrira également le stand-up, qu’il pratique lors de tournée ces dernières années.

Néanmoins, la vie d’Henry Rollins s’est toujours illustrée par des actes d’engagement, et ce depuis State Of Alert et Black Flag, ses deux premiers groupes desquels émergeait un fort message revendicatif. S’exprimant souvent sur la justice sociale, il devint un porte-drapeau pro-mariage gay, et surtout se rend auprès des troupes américaines sur les terrains d’opérations du monde entier : Irak, Koweït, Afghanistan, Égypte, Corée… Rollins traverse le monde pour aller soutenir les GIs, afin que ceux-ci restent connectés avec le reste du monde, surtout d’un point de vue culturel. La cause des West Memphis Three, qu’Eddie Vedder (Pearl Jam) avait également soutenu, est aussi un sujet pour lequel il se bat : il chantera à cette occasion en compagnie de Chuck D (Public Enemy) le titre de Black Flag « Rise Above », la première fois qu’il interprétera un titre de Black Flag en public depuis 1986.

Alors pas d’inquiétude, si Henry Rollins arrête la musique, il aura très sûrement de quoi s’occuper. Il ne veut pas faire l’album ou le projet de trop, et ne veut surtout pas ressembler à ces artistes qui continuent à faire de la musique alors qu’ils ne sont plus dans le coup. C’est le sens de son annonce dans la presse californienne, où il explique que chanter est pour lui un vrai combat physique, ce qui est compréhensible au vu de l’intensité qu’il met dans son chant, et que c’est une expérience qu’il n’a plus besoin de vivre, surtout à 52 ans. Et on ne le mettra pas dans une case dans laquelle il ne veut pas apparaître: « Certains de mes pairs, pour une raison ou une autre, ne se retirent pas alors qu’évidemment leur temps est passé. C’est leur vie, la mienne est très occupée. Je ne suis pas encore mort à ce point. […] Je n’ai pas besoin d’avoir à nouveau 18 ans. » Et surtout, Henry Rollins a bien d’autres moyens d’expressions que la musique pour véhiculer son message engagé, et trouver un terrain artistique approprié pour sa créativité. Le respectueux samouraï, comme il se décrit lui-même, « doit rengainer sa lame et se retirer ».



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  • Game-system dit :

    Oh mais je me rappelle très bien de son groupe The Rollins Band avec le clip de la chanson Liar!!

    Aaaah souvenirs…

    [Reply]

  • Gras_Double dit :

    C’est tellement choquant le contraste entre son personnage dans la superbe série qu’est Sons of Anarchy et le mec dans la réalité.

    Le « respectueux samouraï » n’a pas à pratiquer le hara kiri, sa tâche est accomplie ! 🙂

    [Reply]

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