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Metalanalyse   

Hord progresse dans la puissance et l’émotion


« Du metal moderne », c’est ainsi que Hord définit sa musique en interview. Un terme suffisamment générique pour y fourrer toutes les influences qui passent dans les oreilles et entre les doigts de ces musiciens originaires de Montpellier. Sur leur premier opus Reborn From Chaos, le tout jeune groupe débordait d’idées et d’influences – un melting-pot de death metal au son un peu cru et à l’énergie brutale vite affublé des qualificatifs « prog » et « cyber » en raison des samples électroniques et de la complexité technique de ces morceaux.

La véritable naissance du groupe Hord sur la scène métal française arrive avec leur deuxième album The Waste Land en 2010. Séparé de leur chanteur principal Styx, le groupe se réorganise et franchit un cap musical : à côté des progrès en termes d’enregistrement et de mixage, The Waste Land est un album incontestablement plus cadré. Hord y rassemble ses idées musicales éparses pour s’enfoncer avec aplomb dans un metal sombre et massif, couplant chant clair et chant hurlé dans une démarche mélodique enfouie sous la densité et la technicité des morceaux.

La musique de Hord se double d’une dimension conceptuelle, fil conducteur de ses albums. Lourdement inspiré par le poète britannique T.S. Eliot et en particulier par l’un de ses poèmes intitulé « The Waste Land », le groupe se place au front d’un monde apocalyptique dont il transcrit la violence et la noirceur en musique. Une thématique somme toute classique que viennent éclairer de nombreuses références à des poètes et artistes moins fréquemment sollicités tels que Bruegel (« Landscape With The Fall of Icarus ») ou bien sûr T.S Eliot.

Avec la composition de son troisième album The Book Of Eliot, Hord progresse encore dans cet univers qu’il a posé sur pied. Ce nouvel album est la suite conceptuelle de The Waste Land : toujours aussi sombre, peut-être même plus immersif, The Book Of Eliot reprend l’histoire du narrateur qui était le centre d’attention de The Waste Land. C’est par son journal – The Book Of Eliot – que se raconte et s’illustre la décadence et la chute d’une société qui sombre dans la destruction.

Sur The Waste Land, Hord avait restructuré sa musique. Avec The Book Of Eliot, le groupe commence à l’épurer. Tout en élaguant les ornements techniques et les rafales de blasts, Hord ralentit sensiblement le tempo. Il suffit d’écouter le début de « Concession » et de comparer avec son homologue « Unreal City » sur The Waste Land pour saisir le changement de ton. Plus posé, le groupe a gagné en intention et en intensité.

Si les sonorités électroniques, discrètes, sont en recul par rapport aux albums précédents, les passages mélodiques respirent plus librement sur l’ensemble de l’album. The Book Of Eliot compte d’ailleurs davantage de morceaux calmes que son prédécesseur. « The Burial Of The Dead » optait pour un acoustique sur The Waste Land. Sur The Book Of Eliot, le groupe se tourne vers un shoegaze qui rappelle les atmosphères éthérées d’Alcest avec « The Sleepless Journey » et joue un crescendo typiquement post-rock sur « On Collision Course ». « What The Thunder Said » met en musique une citation de T.S Eliot et conclut l’album sur une note pensive et mélancolique.

Des rotations internes ont eu lieu à la fonction chant. Sur The Waste Land, après le départ de Styx, le guitariste Jonathan Devaux s’occupait du chant. Désormais, Hadrien Tourrenc (samples, machines) se charge des parties hurlées tandis que Jonathan Devaux se concentre sur le chant clair uniquement. Les implications en termes de composition et de performances scéniques pour les musiciens ne sont sans doute pas étrangères au fait que le jeu d’alternance entre chant clair et hurlé se soit affiné sur The Book Of Eliot.

La transition entre Reborn From Chaos et The Waste Land avait constitué le cadre musical dans lequel allait évoluer Hord. The Book Of Eliot succède logiquement à The Waste Land et propose une version mûrissante de la musique du groupe. Cette évolution est à mettre en perspective avec les déclarations des musiciens lorsqu’ils étaient les invités de notre émission Anarchy X en avril dernier. Les musiciens y exprimaient leur détachement progressif d’une musique purement technique et agressive où la performance conduit les compositions à la place du ressenti et des émotions transmises. Assurément, The Book Of Eliot n’est que la première étape de la transformation qui s’annonce.

Album The Book Of Eliot, sorti le 22 avril 2013, via Send The Wood Music.



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  • A noter que le bateur est aussi membre de l’excellentissime mais trop peu connu groupe de prog Lazuli!

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