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Metalanalyse   

How To Destroy Angels, la délicate attention de Reznor


Alors que Trent Reznor vient d’annoncer le retour de Nine Inch Nails avec un line-up des plus prestigieux, inclaunt des membres de Jane’s Addiction et King Crimson en plus d’Alessandro Cortini et Ilan Rubin, ce retour à ces premiers amours correspond étrangement, au niveau du timing, à la sortie du premier album de How To Destroy Angels.

Ce projet qui l’a quelque peu occupé ces dernières années en compagnie de sa femme Mariqueen Maandig au chant et de ses proches collaborateurs Atticus Ross et Rob Sheridan, voit une première concrétisation, sous forme d’un album complet de treize titres, alors que, un peu à l’image de Puscifer, le groupe s’était pour le moment cantonné à deux EP et des singles. Il faut souligner qu’entre temps, Reznor s’est vu affublé d’un Oscar pour sa bande originale du film de son ami David Fincher, The Social Network, et qu’il s’est également occupé de celle de The Girl With The Dragoon Tattoo, l’adaptation cinématographique du premier tome de la trilogie à succès du regretté Stieg Larsson. Entre deux, il a donc façonné des titres à fortes consonances électroniques proches d’un univers Trip-hop à la Massive Attack, laissant la part belle à la voix cristalline de sa bienheureuse épouse. Et comme son compère Atticus Ross (ex-Nine Inch Nails) n’était pas loin, puisqu’il a travaillé sur les BO des films de Fincher avec lui, il l’a choisi pour l’accompagner dans cette aventure, tout comme le directeur artistique de Nine Inch Nails, Rob Sheridan, auteur du volet visuel, aspect primordial dans How To Destroy Angels comme il l’était dans Nine Inch Nails.

En 2009, Mariqueen Maandig se fiance avec Trent Reznor et quitte son groupe de l’époque, West Indian Girl. Depuis 2008, Nine Inch Nails est en sommeil. Les projets cinématographiques avec David Fincher sont en gestation, et le dernier travail avec Nine Inch Nails est un album ambiant instrumental décliné en quatre disques, Ghosts I-IV. How To Destroy Angels est la continuité naturelle de ces deux travaux. En dehors de donner un espace à la belle voix de l’ex-chanteuse de West Indian Girl, Reznor continue dans la voie entrevue sur Ghosts et qui ressortira sur les deux bandes originales sur lesquelles il travaille dans une période de deux ans. Un monde bien sûr toujours très synthétique, planant mais corrosif, cinglant mais délicat, rempli des mixtures et nappes complexes dont Ghosts est rempli.

Dans How To Destroy Angels, Reznor ne met pas du tout en avant sa voix, tout juste soutient-il par moment la voix féminine principale à l’occasion de quelques refrains ou backings. Les beats se veulent oppressants, parfois légers, souvent profondément ancrés dans les basses, arrosés des escapades de sons saturés qui garnissaient les derniers travaux de Nine Inch Nails avant le hiatus de 2008. Les instruments utilisés sont surtout des vieux synthés et orgues analogiques que Reznor a acquis au fur et à mesure des années, et qu’il prend un plaisir fou à triturer et utiliser dans des contextes particuliers pour un son résolument moderne, profitant de la profondeur de son offerte par ces objets intransportables mais possédant un grain unique. Il ne faut pas oublier que Reznor était adepte des studios de Sound City (dont Dave Grohl a récemment fait un documentaire) en raison de la présence de la fameuse table analogique Neve 8028 dont il était un fan absolu.

L’album vogue ainsi entre des arrangements électroniques assez légers créant une atmosphère planante autour de la voix de Mariqueen (« On The Wing », par exemple), et titres aux basses plus lourdes, aux rythmiques plus sombres et breakées qui sont plus familières des contrées habituellement empruntées par Reznor (« And The Sky Began To Scream », « Too Late, All Gone »). Il laisse également libre cours à ses envies New ou Cold Wave, avec quelques beats et nappes évocateurs des années 80, saupoudrés de refrains accrocheurs (« How Long »), ou encore de l’Electronica ambiante pure qu’on pourrait aller plus naturellement chercher chez des DJs anglais tels qu’Orbital ou les Chemical Brothers, et que Reznor s’approprie (« Recursive Self-Improvement », « The Loop Closes »). Beaucoup d’éléments se retrouvent à la fois dans la BO de The Social Network, ainsi que dans celle de The Girl With The Dragon Tattoo, notamment les boîtes à rythmes tantôt claires et énergiques, tantôt noires et progressives. Et l’album contient évidemment l’hypnotique et indéfinissable « Ice Age », joué sur un étrange Banjo tiré par Reznor lui-même, à la fois entêtant et attirant, aux mélodies de voix très efficaces qui attise la curiosité par sa composition peu orthodoxe.

Ce Welcome Oblivion peut donc se déguster à plusieurs titres : celui d’un album ambiant apprécié comme tel, une prolongation des derniers travaux instrumentaux de Reznor sur Ghosts ou sur les BO qu’il a réalisé pour David Fincher, ou enfin comme un substitut en attendant le retour de Nine Inch Nails. Dans tous les cas de figure, un large auditoire pourra s’intéresser à cet opus. Et les expérimentations de Reznor s’avèrent bien moins confidentielles qu’elles ne pourraient paraître. S’il a fait un beau cadeau à sa bien-aimée avec cet album, il a en outre élégamment mélangé pérégrinations électroniques et chansons accessibles au plus grand nombre. « Mr. Self-Destuct » est désormais bien loin, mais qui donc y a perdu au change?

Album Welcome Oblivion, sortie le 5 mars 2013 chez Columbia Records



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