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Carnet De Route   

Humilité et horreur à Lillehammer



Artiste : Ulver
Lieux : Maihaugsalen (Lillehammer, Norvège) – Queen Elizabeth Hall (Londres, UK)
Dates : 30/05/2009 – 09/10/2009


Arrivée à Oslo : Shadows of the Sun…

Me voilà donc à l’aéroport d’Oslo passé minuit, avec deux bonnes heures de retard et un mauvais pressentiment… De fait, mon auberge de jeunesse est tout ce qu’il y a de plus fermé à cette heure ci. C’est donc dans le sillage d’un clochard connaissant le code de la porte que je parviens à y rentrer pour m’installer sur un canapé moisi. Las, mon sauveur n’apprécie pas la compagnie et s’applique à ruiner ma nuit en allumant la télévision que je passerai mon temps à éteindre à chaque fois qu’il quittera la salle.



Avec un soulagement notable, je monte le lendemain matin dans le train pour Lillehammer. Petite pensée pour Ram-Zet en passant en gare de Hamar (écoutez-les, c’est du bon!)… Une fois arrivé, il faut se rendre à l’évidence: un concert d’Ulver dans une ville de 25 000 habitants, ça se remarque. Une petite troupe d’enteeshirtés dressed in black se regroupe à la bibliothèque municipale où Cornelius Jakhelln (Solefald) ouvre les hostilités avec un étrange exposé sur Ulver, allant d’un thème à l’autre en suivant la tracklist de Blood Inside. Analyses de citations, envolées biblico-conceptuelles et lamas berlinois, j’en sors quelque peu médusé, mais mon hôte s’empresse de me changer les idées avec un bon saucisson d’élan à l’ail.

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Ulver
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L’après midi passe très vite et toute la troupe converge vers la salle. Pour le coup, on est servis : c’est une superbe salle de concert classique à gradins, en plein milieu d’une reconstitution de village traditionnel norvégien. Le merchandising suit le mouvement et arbore fièrement une bâtisse de rondins en or sur fond noir : au moins c’est original. La salle est vite pleine et l’ambiance promet. Un hurlement primaire d’extase collective accompagne l’extinction des lumières et la clameur s’amplifie à l’arrivée des artistes. Ce soir-là, certains l’attendaient depuis 15 ans et ça s’entend.


15 ans d’attente vont s’achever ici

Ils sont nombreux sur scène, Kristoffer Rygg, en bleu de travail, est visiblement ému et semble se diriger vers son exécution, faisant écho à un immense « FORGIVE US » projetté au mur. La tension dans la salle est palpable : this is it!

On commence donc par un morceau d’A Quick Fix For Melancholy sur des images de Leni Riefenstahl (NDLR : cinéaste, danseuse, photographe allemande accusée et condamnée pour sympathie et propagande nazie); la partie vidéo accompagnera d’ailleurs tout le concert. Premier constat, c’est pas mal, même si le son n’a pas grand chose à voir avec les enregistrements studio. Les morceaux s’enchaînent et on arrive à l’album Shadows of the Sun, dernier opus en date. Bigre, c’est émouvant ! J’en verse une larme sur un « Let The Children Go » accompagné d’une vidéo dans le genre « la chasse de la lionne » du National Geographic, quand le montage fort à propos fait périr la gazelle sur les paroles « […] and innocence dies ». Cet album est sans conteste celui qui passe le mieux en live, et la prestation quasi-magique de Pamelia Kurstin au theremin n’y est pas pour rien. Quelques morceaux plus loin, le choc : je réagis dès les premières mesures : bon Dieu mais c’est Perdition City ! Tristesse, les « Scars Of Cold Kisses » sont méconnaissables, jouées à un tempo trop rapide avec un batteur déchaîné qui tient plus de Nicko McBrain (ou de Metalo’phil après qu’il ait bu un Black Velvet) que des délicates percussions de l’album, et qui, au final, noie complètement le reste.


Ulver au Maihaugsalen (Lillehammer)

Le reste du concert passe très vite : au bout d’une heure à peine, c’est déjà fini. Le public se lève en une standing ovation et réclame un bis qui ne viendra jamais : « Sorry folks, but… that’s all », annonce piteusement Garm. Les australiens, américains et autres russes qui ont fait le déplacement viennent sans doute de passer les 60 minutes les plus chères de leur vie, mais c’est sans regrets tant l’impression d’avoir vécu quelque chose d’unique est forte.


Un bilan scénique mitigé

Quatre mois plus tard, me voilà devant le Queen Elizabeth Hall à Londres pour un second concert. Là encore, le groupe a tenu à jouer dans une salle de concert classique, et pas des moindres. On est en plein centre de Londres et Big Ben se reflète dans la Tamise toute proche. Le concert commence sur une première partie de Mothlite que Krystoffer Rygg nous encourage à applaudir. Cela dit, nos amis anglais ne savent pas trop se tenir : on subira tout au long du spectacle un va-et-vient incessant d’individus souhaitant se ravitailler en bière et faisant ainsi se lever les rangées.

L’ambiance de ce second concert s’avère très différente et l’émotion unique de Lillehammer fait cruellement défaut. Le show en lui même reste en tous points semblable au premier, mis à part quelques images vidéo un peu plus crues. Même set-list d’une heure, toujours pas de bis, et on retrouve malheureusement la problématique de ce jeu de batterie hors sujet et de ces voix hésitantes. Si l’absence de bis et le format court sont justifiables, faisant partie d’une stratégie qui fait de cette tournée une création en soi plus qu’une rétrospective fourre-tout (d’où le choix des salles, des visuels et l’impasse faite sur la période Black), on ne peut que regretter qu’un pareil soin n’ait pas été appliqué au rendu sonore du live. Étrange attitude d’un groupe qui nous avait habitués au perfectionnisme et qui, sur scène, semble avoir oublié la délicatesse de sa musique… comme si le groupe n’assumait soudain plus la rupture pourtant consommée avec ses premiers albums et tentait de réintégrer les schémas habituels du concert de métal.

On en vient à se demander s’ils n’avaient pas eu raison de redouter l’exercice… ou bien peut-être s’ils n’auraient pas dû s’y mettre plus tôt?

Cela dit, Ulver reste Ulver, alors… we forgive you!

Compte Rendu réalisé par Damien.

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