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Chronique   

Hypno5e – Alba – Les Ombres Errantes


À l’occasion de la sortie du film Alba – Les Ombres Errantes, Hypno5e nous livre l’album du même nom qui offre une deuxième interprétation. Un album acoustique à l’image de ce que le groupe compose lorsqu’il s’incarne dans la formation A Backward Glance On A Travel Road. Hypno5e et le cinéma, c’est une relation présente dès l’origine, en témoigne la variété de samples que le groupe intègre à sa musique. Ce disque acoustique n’est pourtant pas seulement la bande originale du film qu’il accompagne. C’est une entreprise musicale à part entière, l’occasion pour le frontman Emmanuel Jessua de redéfinir son rapport à la violence et au dynamisme dans l’écriture.

Alba – Les Ombres Errantes évoque l’histoire d’un homme qui contemple la perte définitive de son enfance. C’est une histoire de mémoire et de souvenirs qui laissent une trace indélébile, des « ombres » qui nous environnent et qui ne disparaissent jamais vraiment. Une nouvelle fois, le registre d’Hypno5e est empreint de mélancolie et par extension de l’attachement qu’éprouve Emmanuel Jessua pour la Bolivie où il a passé une partie de son enfance, lieu de tournage du film. Des paysages vastes, rudes et qui incitent à la contemplation et la méditation. Shores Of The Abstract Line faisait déjà de la mélancolie et de la création d’atmosphères contemplatives un dessein au premier plan de la musique d’Hypno5e. On trouve justement des passerelles évidentes entre Shores et Alba – Les Ombres Errantes, tel le titre « Central Shore : Tio » et son chant espagnol. Emmanuel Jessua considère d’ailleurs Alba comme la face B de Shores. Alba est empreint d’une culture latine, de l’arpège le plus simple aux paroles, à l’image de « Cuarto Del Alba » et « Ojos Azules ». Il n’est pas question de distorsions ou de chant hurlé. Pourtant, malgré une différence radicale dans la production, on ne se sent jamais dépaysé. Il y a une similitude de langage malgré les apparences. Même le très éthéré « L’Ombre Errante », constitué de quelque notes de piano éparses et d’un « scintillement » en fond ne jure pas avec ce que l’on connaît d’Hypno5e. En réalité, le groupe cultive toujours cette volonté de trouver la catharsis. Si Alba est effectivement entièrement acoustique, il n’est pas pour autant minimaliste.

Les dix minutes de « Night On The Petrified Sea » débutent avec des arpèges tout justes soutenus par une voix féminine avant d’exploser dans un refrain très rock progressif classique à la batterie cavalière. Hypno5e exerce toujours sa science du break inattendu et tranchant, avec ses enchevêtrements d’arpèges qui surviennent sur le fil portés par des arrangements de cordes très discrets. « Los Heraldos Negros » aurait pu bénéficier d’un traitement plus « agressif » sans déteindre. La légère distorsion de la basse et les enchaînements d’accords martelés avec fougue laissent imaginer sans peine ce titre sous un aspect plus « metal », sauf qu’il n’en a pas besoin. Cette tension et ce dynamisme, on le retrouve tout au long d’Alba, que ce soit sur le pseudo-refrain de « Who Wakes Up From This Dream Does Not Bear My Name » ou la rythmique pesante de « Calling » et des arrangements synthétiques proches des cuivres qui rappellent Nordic Giants. Hypno5e arpente même des terres définitivement progressives avec le décharné « Light Of Desert And The Shadows Inside » et ses breaks saccadés, proche de l’aspect « djent » de la musique metal du groupe, la mélodie en plus. Le chant clair d’Emmanuel Jessua semble s’être épaissi, à tel point qu’il nous fait oublier qu’habituellement il exprime son énergie principalement par le chant hurlé. Il module son timbre avec une nouvelle aisance, en témoigne l’introduction très suave de « Light Of Desert And The Shadows Inside » qui a des légers airs de Maynard James Keenan avec Puscifer.

Ce qui marque au fer rouge l’auditeur, c’est le travail de minutie sur la pléthore d’arrangements de cet album. Cordes minimalistes enchevêtrées à divers arpèges à la conclusion de « Light Of Desert And The Shadows Inside », violons « hollywoodiens » larmoyants sur « The Wandering Shadows », plaintifs sur « Light Of Desert And The Shadows Inside », voix lyriques féminines qui renforcent l’intensité de « Who Wakes Up From This Dream Does Not Bear My Name », nappes de synthé industriel qui tapissent subtilement « Calling », traitement de la batterie presque rachitique sur « The Wandering Shadows » : Hypno5e a fait d’Alba un album foisonnant de détails qui dépassent la simple intégration de samples et trop nombreux pour être appréhendés en une dizaine d’écoutes. Les deux pistes instrumentales, « L’Ombre Errante » et « Agua » confirment qu’Hypno5e ne laisse rien au hasard dans l’agencement des titres. Les deux interludes servent la narration inhérente à Alba, le font parler.

Alba est acoustique, pourtant il a le même « impact » qu’un Shores Of The Abstract Line. L’absence de distorsion n’est jamais un manque. Au contraire, il permet de constater que ce qui importe, ce sont les manières d’agencer les multiples formes d’expression que prend Hypno5e. Comme le disait le frontman, c’est l’assemblage de deux choses, de la dissonance, qui crée de la tension, à l’image d’un silence avant une partie appuyée. Le médium acoustique d’Alba – Les Ombres Errantes ne l’empêche pas de regorger de moments enivrants, exaltants ou simplement apaisants. Même lorsque l’image du film est absente, l’album ne perd rien en éloquence. Il en crée de nouvelles, les nôtres, qu’il se contente de guider. Alba – Les Ombres Errantes est une immersion totale, parfois aride et triste, parfois galvanisante, toujours belle.

L’album en écoute intégrale :

Album Alba – Les Ombres Errantes, sorti le 6 avril 2018 via Pelagic Records. Disponible à l’achat ici



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