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Interview   

Hypno5e poursuit son ascension


C’est fatigué mais de toute évidence satisfait qu’Emmanuel Jessua, chanteur compositeur et guitariste d’Hypno5e s’installe pour répondre à nos questions. Et pour cause, quelques heures plus tôt l’artiste suait sang et eau avec ses petits camarades sur la scène altarienne du Hellfest, devant un parterre matinal déjà conséquent et acquis à leur cause. Il faut dire que ce concert parachevait trois années de tournée et que depuis la sortie de l’album Acid Mist Tomorrow, le groupe a clairement gagné en notoriété, en France comme à l’international.

Actuellement en préparation de leur prochain opus financé avec succès par une campagne KissKissBankBank, le combo semble résolu à poursuivre son ascension tout en gardant son identité toute particulière.

(A propos de la campagne KissKissBankBank) « Quand on a vu qu’en cinq jours on avait atteint les 100% et qu’ensuite on a réussi à doubler la mise, plus de 213% je crois… C’était inattendu ! »

Radio Metal : Première question à chaud, comment s’est déroulé votre concert de ce matin sur la scène de l’Altar ?

Emmanuel Jessua (chant/guitare) : C’est super on s’est régalé, on avait un peu l’appréhension de jouer dimanche matin à 10h30, on s’était dit que ce serait un peu difficile pour les gens de se réveiller à cette heure-là… Mais en fait dès le début il y avait du monde, ça s’est rempli assez vite, les gens étaient bien dedans donc ça nous a donné pas mal d’énergie, c’était un putain de concert. C’est le point final de la tournée Acid Mist Tomorrow, finir là-dessus c’était vraiment super.

La campagne de financement de votre prochain album a très vite fonctionné, attendiez-vous un tel engouement de la part des fans du groupe ?

Non, franchement si on s’était attendu à ça on aurait demandé plus ! (rires) On avait mis cette somme-là en se disant qu’on allait peut-être y arriver mais en plus de temps. Quand on a vu qu’en cinq jours on avait atteint les 100% et qu’ensuite on a réussi à doubler la mise, plus de 213% je crois… C’était inattendu ! On savait qu’Acid Mist Tomorrow avait pas mal circulé, qu’on avait fait beaucoup de dates, avec Gojira ce qui nous avait ramené du public mais aussi en tête d’affiche qui étaient bien blindées, il y avait du monde derrière nous, mais une réaction aussi rapide et massive on ne s’y attendait pas du tout. C’est encore plus encourageant, grâce à ça on a pu aller dans un studio professionnel, ce que nous n’aurions pas pu faire sans autant de moyens.

Est-ce que cette attente et cette confiance des fans ne vous mettent pas encore plus la pression ?

Oui c’est sûr. Ce n’est pas comme si on sortait un premier album où personne ne nous attendrait au tournant. On avait déjà un peu la pression sur Acid Mist Tomorrow. Moi dans tous les cas j’ai la pression, dès que je dois sortir un album il faut vite qu’il sorte sinon je vais passer mon temps à le retravailler, à réenregistrer… On a tout réenregistré deux fois sur cet album-là, on est toujours en processus de création, d’autant plus depuis Acid Mist Tomorrow, on a hâte de sortir le nouvel album, que les gens puissent l’écouter et qu’on puisse le jouer en live.

Acid Mist Tomorrow était plus fouillé et plus travaillé que l’album précédent, continuez-vous dans cette voie ?

Oui, c’est un peu la même directive, la même ligne. Après c’est un peu une synthèse des deux albums. Il y a des gens qui ont déjà écouté l’album et qui nous disent qu’ils retrouvent quelque chose qu’il y avait dans Des Deux L’Une Est L’Autre, surtout sur les parties claires et les ambiances qu’on a travaillées différemment. Après dans la manière de structurer les riffs, c’est encore plus poussé et plus technique qu’Acid Mist Tomorrow. On a voulu creuser les contrastes encore plus, pour se permettre d’aller encore plus loin dans les extrêmes, calmes ou violents. On a essayé de développer ce côté-là, après la ligne musicale reste la même, c’est la patte du groupe, même si quelques parties vont dans des directions que nous n’avions pas encore prises avant.

« Dès que je dois sortir un album il faut vite qu’il sorte sinon je vais passer mon temps à le retravailler, à réenregistrer… »

Est-ce que l’arrivée de votre nouveau batteur (Théo Begue) a changé beaucoup de choses dans votre façon de composer ?

Ça a changé beaucoup de choses. Thibault (Lamy) était un membre fondateur, on composait tous les albums ensemble en studio. Je compose chez moi tous les riffs, j’arrive en studio avec une multitudes de matière et ensemble on assemble le tout. Je faisais ça avant avec Thibault, pour le dernier album je l’ai fait avec Jonathan (Maurois), notre guitariste, et Théo a apporté une patte peut-être plus live, avec un jeu peut-être un peu plus énergique. Ce sont deux jeux différents, en live Théo fait les parties de Thibault mais sur le nouveau on voit vraiment ses parties. Je pense que les gens qui ne le connaissent pas vont voir la différence.

On retrouvera une nouvelle fois des samples sur le nouvel album ?

Oui, ça reste notre patte. Après c’est moins cinéma qu’avant, moins de littérature française, plus de littérature américaine et peu de cinéma suédois et grec. Après il y a des petits featurings récurrents comme Antonin Artaud qui ont un petit mot à dire aussi. On continue à suivre cette ligne car ça nous intéresse de créer ce dialogue avec des samples qu’on fait communiquer entre eux, c’est le truc qui est à la base du projet aussi.

Cela ne te semble pas possible de sortir un album d’Hypno5e sans cette ligne directrice ?

Euh, je n’ai jamais essayé d’imaginer. Après il y a un morceau assez différent des autres dans cet album où il n’y a pas de sample, ce qui n’était pas arrivé avant. Il y a des ports d’attache dans lesquels on ira toujours s’amarrer, dans la manière de faire des contrastes, de structurer les choses, même si à chaque fois on expérimente, on sait qu’on a des points de chute et les samples font partie de ça. On les utilise comme élément déclencheur pour restructurer une chanson, c’est un instrument à part entière en fait, comme peut l’être la voix. On pourrait même avoir un acteur qui lit les samples, ce que l’on ne ferait pas car ce serait trop théâtral et un peu ringard…

En fait cela vous sert un peu à faire votre puzzle ?

En général on met les samples une fois que le morceau est déjà composé, mais il arrive que l’on soit sur une impasse dans des structures de morceaux comme c’était le cas sur « Acid Mist Tomorrow » avec le sample de Camus qui a déterminé la fin du morceau.

Tu mentionnais tout à l’heure la présence de la littérature américaine dans le nouvel album, as-tu des noms d’auteurs ?

Il y a pas mal de William S. Burroughs, Charles Bukowski et de Frank O’Hara aussi.

Le côté cinématographique est assez présent dans Hypno5e, avez-vous déjà pensé à faire à une bande originale de film ?

Personnellement je fais de la musique pour beaucoup de documentaires. J’ai fini mon premier film il y a quelques semaines, j’ai fait la b.o et il y a un peu d’Hypno5e dedans. Mais oui on adorerait collaborer avec des metteurs en scène et faire une b.o avec Hypno5e. On va participer à un court métrage là, mais qu’on nous donne les manettes pour faire une bande originale, ou même faire un ciné-concert, ce sont des choses qui nous intéressent.

hypno5e

« On utilise les samples comme élément déclencheur pour restructurer une chanson, c’est un instrument à part entière en fait, comme peut l’être la voix. »

Vous êtes un groupe qui a énormément tourné ces dernières années en France et à l’étranger, est-ce que tu as constaté des différences de perception et d’accueil de votre musique ?

Oui. En France on a déjà fait notre route depuis un moment, ce n’est pas qu’on n’a plus rien à prouver mais on est sur un terrain où les gens qui viennent nous voir savent à quoi s’attendre, ce qui nous permet de faire des parties calmes et longues plus facilement. En Europe les gens sont curieux, disponibles, à l’écoute. Après la première fois que l’on a tourné aux Etats-Unis, personne n’avait entendu parler de nous, on jouait dans les clubs où il n’y avait personne, mais on y est retourné deux, trois fois et petit à petit ça grandit. Après les endroits moins bien, ça dépend plus de notre prestation sur le coup, je sais pas, je me souviens plus des bons concerts, je fais le tri, c’est sélectif. Les mauvais souvenirs sont surtout au début de Hypno5e, avant la sortie d’Acid Mist Tomorrow, mais depuis on se régale à peu près tout le temps.

A propos du déchaînement de violence sur vos instruments en fin de concert, ça ne te fait pas un peu mal au moment où tu lances ta guitare ?

Non ça va, on est chez Schecter, c’est ultra solide, c’est pas de la pub hein ! Je n’avais jamais réussi à la casser et aujourd’hui j’ai réussi à la casser. J’ai même pas essayé, je l’ai juste lancée sans réfléchir. On ne se pose pas trop de questions, c’est le défouloir. Là c’était juste trente-cinq minutes, mais pour des sets d’une heure et quart où ça doit être très carré, la fin c’est l’exutoire complet. Il y aussi souvent de la casse chez les gens, Joe a fini un concert il s’était ouvert ici, moi je me suis fait deux points de suture ici, c’est bon quoi !

Votre guitariste était tombé de scène une fois, non ?

Ouais c’est Jonathan ! Tu tapes « Hypno5e Fail » dans Google ! (rires) C’est même passé sur un truc de vidéo gag, mais on a eu peur pour lui, il s’est vraiment rétamé de manière assez violente, il aurait pu se faire mal. Au final il a pu le vendre à un truc de video gag et se faire un peu de thunes ! (rires)

La postérité quoi.

Ouais c’est ça ! J’espère qu’on ne retiendra pas que ça de nous ! (rires)

Dans une interview vous disiez ne pas écouter plus que ça de metal, lorsque vous venez dans un festival tel que le Hellfest vous allez tout de même voir quelques groupes ?

On n’a pas eu beaucoup le temps. Vu que je ne suis pas très connaisseur je suis allé voir les trucs mainstream sur la mainstage, Manson, Faith No More. C’est pas très original Manson mais je me suis pris une petite claque, j’ai trouvé ça vraiment pas mal. Gredin est beaucoup plus connaisseur, il est allé voir Ahab, il paraît que c’était vachement bien aussi, Envy aussi. Je voulais voir Russian Circles mais je n’ai pas pu. Généralement dès qu’on a fini on va voir un peu ce qui se passe.

Interview réalisée en face à face le dimanche 21 juin 2015 par Thibaud Bétencourt et Alexandre Covalciuc
Retranscription : Alexandre Covalciuc.
Introduction : Alexandre Covalciuc.

Site officiel d’Hypno5e: hypno5e.music.free.fr.



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