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Chronique   

Hypocrisy – Worship


Entre son activité de producteur et sa carrière de musicien au sein de multiples projets, dire que Peter Tägtgren est un homme très occupé relève quasiment du pléonasme. Ces dernières années, il ne s’était peut-être pas tant illustré dans les musiques extrêmes que dans les expérimentations metal indus avec son projet Pain et sa collaboration avec Till Lindemann de Rammstein – projet auquel il a mis un terme après deux albums studio, malgré leur succès. Son enfant maléfique Hypocrisy avait simplement été mis entre parenthèses après End Of Disclosure (2013), revenant pour quelques tournées fin 2018 et en 2019, en parallèle de l’écriture d’un nouvel album. Fin de la trêve et retour aux racines pour Peter : Worship démontre qu’Hypocrisy a encore des choses à hurler sur notre monde moderne.

Le plus remarquable à l’écoute de la discographie d’Hypocrisy est sans conteste son évolution musicale, passant d’un brutal death viscéral et blasphématoire au début des années 90 à un death metal mélodique froid, mélangeant science-fiction et critique sociétale. Sa singularité, il la doit en partie à la production massive et écrasante du riffing de guitare. Une caractéristique conservée sur Worship, comme en atteste la chanson éponyme qui ouvre l’opus en mode rouleau compresseur, après quelques accords acoustiques et une intro ronflante. Les derniers concerts du combo confirment également une chose : Tägtgren passe du nouveau répertoire à l’ancien en un claquement de doigts. C’est à se demander, huit ans après, pour quelle voie il avait opté, soit poursuivre dans le mélodique, soit revenir vers un son plus rude. En vérité, Hypocrisy emprunte le chemin du milieu. Si des titres comme « We’re The Walking Dead » ou « Children Of The Grey » – qui bénéficie des variations de growl dont seul Peter a le secret – pourraient facilement figurer sur End Of Disclosure, en raison de leur tonalité mélancolique à coups de leads mélodiques, Worship tend à s’inscrire presque davantage dans le rang des opus de la fin des années 90 (Abducted, The Final Chapter et Hypocrisy).

« Chemical Whore », « We’re The Walking Dead » et « Bug In The Net » appliquent la formule mid-tempo ayant engendré certains tubes passés (« Fractured Millenium » ou « Eraser »). De la même manière, le dynamique « They Will Arrive », et son côté quasi orchestral, s’appuie sur l’efficacité d’un bon refrain entêtant – il s’agit là, peut-être, de la pièce la plus colorée de l’album. Mais ce qui fait de Worship une œuvre plutôt rude, c’est un retrait des leads de guitare au profit de riffs plus simples, sans être répétitifs, avec une absence quasi totale du chant clair. « Dead World » – seul titre qui n’a paradoxalement pas été composé par Peter mais par son fils Sebastian – illustre une tendance d’écriture, à l’instar d’autres morceaux tels que « Brotherhood Of The Serpent » ou « Another Day » : obscure, glaciale et percutante. Que ce soit dans l’esthétique ou les thématiques, entre l’arrivée des extraterrestres et les dérives sociétales d’un futur proche (l’addiction aux médicaments évoquée sur « Chemical Whore », par exemple), Hypocrisy reste finalement fidèle à ses fondations.

Sans totalement oublier ses aspects mélodiques, Worship arbore une approche plus directe que ses prédécesseurs immédiats. Après huit ans d’absence discographique et des expérimentations dans des styles relativement éloignés, le risque était de tomber dans des poncifs dont le public pourrait se lasser. Hypocrisy a su éviter cet écueil. Faisant écho aux succès passés tout en ayant un son résolument actuel – puisque Peter Tägtgren, en tant que producteur, fait aussi partie de ceux qui le façonnent –, avec son lot de riffs et une apparente facilité d’écriture, Worship incarne (vénère ?) l’essence d’Hypocrisy. De quoi captiver les fans, toutes époques confondues.

Clip vidéo de la chanson « Children Of The Gray » :

Clip vidéo de la chanson « Dead World » :

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Clip vidéo de la chanson « Chemical Whore » :

Album Worship, sortie le 26 novembre 2021 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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