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Interview   

Hyrgal : son règne et ses démons


Au travers des propos de Clément Flandrois, le message est on ne peut plus explicite : le black metal est une nécessité qui coule dans ses veines. C’est cette réalité qui, de nombreuses années auparavant, le poussa à engendrer le projet solo Hyrgal. Une création suscitée afin d’extérioriser ce qui se tapissait en lui et de se libérer des démons qui l’habitaient, hors des sentiers de Svart Crown au sein duquel il officie également. Si de l’extérieur, et pour les non-initiés, ce langage paraît être un folklore propre à l’univers stylistique, notre discussion avec le musicien illustre parfaitement le sérieux de cet affect qui dépasse largement la simple exécution musicale. Sa conception et sa pensée singulières de la création artistique, considérée en tant que telle, le démontrent d’ailleurs nettement.

Aussi, l’exercice cathartique qui découle du black metal explique sans doute la tranquillité et la sérénité d’esprit qui caractérisaient l’artiste lors de notre entretien, mené à l’occasion de la sortie du deuxième album Fin De Règne. Nous sommes revenus ensemble sur la genèse en pleine période de confinement de ce nouveau méfait et, plus généralement, sur ce qu’Hyrgal représente pour lui. Cela a été par ailleurs l’occasion de revenir sur son retour dans Svart Crown et d’évoquer ses multiples nouveaux projets, du dark ambiant au black doom en passant par le troisième album d’Hyrgal d’ores et déjà en gestation…

« Ces années où je suis parti de Svart Crown m’ont beaucoup aidé à élaborer l’esprit d’Hyrgal, le remettre un peu sur pied, lui donner une âme et y mettre tout ce que j’avais à y mettre dedans. […] Quand je suis parti de Svart Crown, il fallait vraiment que je m’en aille, que je breake de Svart Crown, que je n’en entende plus parler, il fallait que je m’en libère un petit peu. »

Radio Metal : Notre première question est presque cynique, mais tu as sorti un album avec Svart Crown en début d’année 2020, tu as pu faire quelques concerts dans des conditions particulières puis tu reviens avec un album d’Hyrgal en cette fin d’année, un album produit et composé pendant le confinement, essentiellement. Finalement, pour une année blanche, 2020 a été plutôt productive pour toi ?

Clément Flandrois (chant & guitare) : Complètement ! Ça a été une assez bonne année finalement [rires], hormis le Covid-19 et le fait que nous l’ayons choppé en tournée avec Svart Crown durant février – nous avons dégusté avec ce foutu virus ! Mais oui, c’était une année assez productive avec le nouveau Svart Crown qui est un super album – JB [Le Bail] avait déjà composé énormément de belles choses et le fait de revenir dans le groupe ça a insufflé vraiment une belle énergie, ça a été un super moment – et le nouveau Hyrgal qui nous a demandé pas mal de boulot, puisque c’est du fait maison à cent pour cent, il fallait tout entreprendre, etc. Nous en avons fait quelques concerts au mois d’octobre, sur Montbéliard et Metz, et c’est vrai que les concerts assis avec ces protocoles, c’est un petit peu compliqué, on a parfois du mal à s’y retrouver, mais ça fait quand même plaisir de pouvoir s’exprimer sur scène. Donc oui, ça a été une très belle année, y compris à titre personnel. Je n’ai pas trop à me plaindre !

Ça fait plaisir à entendre parce que c’est rarement ce que nous disent les groupes…

Après, c’est évident qu’on est tous dans un beau merdier. On est dans l’attente, on ne sait pas trop à quelle sauce on va être bouffés… Est-ce que les groupes vont résister à cette vague Covid-19 et ces interdictions pour pouvoir se produire ? J’ose espérer que des gens ont tellement la flamme dans le cœur que ça va continuer. A titre personnel, je ne vois pas pourquoi j’arrêterais parce qu’on est confinés ou parce qu’il y a une problématique à notre époque, mais je peux comprendre que ça décontenance pas mal de monde. C’est un vrai bordel au niveau purement logistique, et il y a toutes ces entreprises qui se cassent la gueule, avec tous ces gens qui font partie de ce milieu et les différents intervenants. Je suis intermittent du spectacle, donc je suis aux premières loges de ces interdictions et du boulot qui manque, malheureusement, mais que voulez-vous ? Avons-nous réellement le choix ? Je pense que l’objectif, c’est d’essayer de faire avec, d’être le plus créatif possible, de profiter de ces périodes de confinement. Je l’avais fait lors de la première période pour composer le nouvel Hyrgal. C’est bien parti pour que sur cette deuxième période j’embraye le troisième Hyrgal. Je ne vois pas pourquoi je m’arrêterais en si bon chemin, donc j’ai déjà attaqué. Il y a donc déjà un troisième album en cours et il y a aussi d’autres projets musicaux qui vont arriver, divers et variés. On en reparlera peut-être mais il y a pas mal de choses qui vont arriver.

Hyrgal était un vieux projet qui date de la fin des années 2000 et que tu as réanimé en 2016 avec un nouveau line-up, avant de sortir le premier album Serpentine en 2017. Entre-temps, tu as quitté Svart Crown, puis tu y es revenu. Est-ce que tu avais un besoin de partir de Svart Crown pour te focaliser sur ce qu’allait devenir Hyrgal et sa composition ?

Il y a un peu de ça, oui. Avec Svart Crown, nous tournions beaucoup. Sur Profane nous avions vraiment beaucoup tourné, c’était un mode de vie particulier. A titre personnel, j’étais un peu dans des entre-deux financiers et de vie, nous bougions beaucoup, je n’arrivais pas forcément à me stabiliser. Le groupe me demandait beaucoup financièrement et humainement, et je pense qu’artistiquement j’avais besoin de refaire vivre ce projet-là, puisque je l’avais arrêté en 2007 justement pour entrer dans Svart Crown et tout de suite tout s’est beaucoup enchaîné. J’ai monté Hyrgal à Bordeaux, je suis parti de Bordeaux, nous avons attaqué Svart Crown à temps plein, Mach 12, donc le cerveau était vraiment focalisé sur Svart Crown, sur les sorties des albums et sur les tournées. Donc oui, j’avais besoin de me recentrer artistiquement.

J’aime beaucoup le black metal, c’est vraiment mon style de cœur depuis très longtemps. Je n’en faisais pas beaucoup à l’époque de Svart Crown quand nous étions dans le feu de l’action, donc j’avais ce besoin-là de m’exprimer, de faire un disque, de me prouver aussi à moi-même que j’étais capable de le faire, d’explorer d’autres univers… J’ai pris cette pause qui a vraiment été salvatrice pour moi, à tout point de vue, et qui fait que je suis revenu dans Svart Crown les idées claires après avoir fait quelques tris et soigné quelques vieux démons. C’est vraiment très positif. Un premier album ça demande toujours beaucoup de temps, on ne sait pas trop par quel bout commencer et je ne voulais pas non plus bâcler la chose, donc ces années où je suis parti de Svart Crown m’ont beaucoup aidé à élaborer l’esprit d’Hyrgal, le remettre un peu sur pied, lui donner une âme et y mettre tout ce que j’avais à y mettre dedans. Maintenant, ce qui est bien, c’est que c’est une entité qui est bien solide et qui n’est pas près de s’arrêter.

Dans ta tête, c’était plus un break, ce n’était pas une rupture franche avec Svart Crown ?

Oui et non. Quand je suis parti de Svart Crown, il fallait vraiment que je m’en aille, que je breake de Svart Crown, que je n’en entende plus parler, il fallait que je m’en libère un petit peu. Mais étant donné que JB, le leader de Svart Crown, est l’un de mes meilleurs amis, peut-être même mon meilleur ami, depuis tellement longtemps… Mon départ de Svart Crown a affecté un petit peu ça mais nous nous sommes très vite revus, nous avons très vite ré-échangé, il me faisait écouter des choses d’Abreaction pendant qu’il était en travail pour me demander ce que j’en pensais. J’étais toujours plus ou moins avec lui et il y avait toujours Svart Crown qui était autour de moi. J’avais donc besoin de faire cette fracture, sans vraiment la faire, parce JB étant mon ami, j’aurais suivi Svart Crown de toute façon ; même si je n’étais pas revenu, j’aurais quand même suivi le groupe.

« Ce style de musique qui nous est très cher, qui nous parle et nous émeut énormément, quand nous ferons le bilan dans notre vie, nous nous dirons que nous l’aurons fait de la manière la plus honnête et fidèle possible. »

Après, il y a une adéquation artistique musicale depuis tellement d’années avec JB, nous nous entendons très bien, et quand il m’a reproposé de revenir, j’y ai réfléchi… A la base ça devait juste être pour faire le nouvel album et je devais juste être sur l’album et ne pas le promouvoir live parce que j’avais d’autres choses en tête, mais après discussion et réflexion, et puis moi en me sondant un petit peu, en ayant combattu certains démons, en ayant un peu fait le vide dans ma vie, je me suis dit que c’était peut-être le bon moment pour revenir et refaire des concerts. La scène et la musique de Svart Crown me manquaient aussi beaucoup, puisque c’est un groupe que j’aimais déjà avant de jouer dedans et que j’aime toujours. Le fait qu’il me propose de revenir tombait bien, ça a été assez clair, en fait. Nous avons ré-embrayé comme un vieux couple [rires]. Et comme les vieux couples nous avons les bases, nous savons comment ça marche, donc ça roule très vite.

Même si les deux projets sont ancrés dans le metal extrême, tu l’as dit : Hyrgal se distingue par son côté plus black voire black old school, viscéral, peut-être même plus obscur que les premiers albums de Svart Crown. Comment expliques-tu ton envie de revenir vers un black plus cru et racinaire ?

Déjà, parce que c’est la musique que j’écoute la majeure partie du temps. J’écoute énormément de styles de musique différents mais le black metal, c’est quelque chose qui me suit depuis que j’ai treize piges. Je ne sais pas trop comment expliquer ça… Ça me paraît normal que j’en fasse parce que c’est le style que j’ingère le plus. Je ne fais pas de comparaison avec Svart Crown, mais j’exprime dans Hyrgal beaucoup plus de choses personnelles et artistiquement, ça me ressemble plus. Même si dans Svart Crown j’ai une collaboration qui est très forte – avec JB nous collaborons beaucoup, il me demande beaucoup mon avis, je participe aussi par moments à la composition –, ça reste l’œuvre de JB. C’est vraiment ce que j’ai de plus ancré qui ressort dans Hyrgal. C’est déjà mon style de cœur, c’est un style que j’aime par-dessus tout. C’est aussi le style dans lequel je suis le plus à l’aise à jouer à la guitare. L’écriture en français, c’est simple pour moi, ça me parait logique. Je ne suis pas quelqu’un de très littéraire. Les textes d’Hyrgal, c’est moi avec un papier, un stylo, et puis on écrit ce qui nous passe par la tête, et surtout ce qui nous passe par le cœur ou les tripes. Hyrgal, c’est très simple, c’est très limpide, c’est très fluide. Ça me paraissait normal de le faire ressurgir. En tant qu’artiste, au bout d’un moment, on a aussi besoin de s’exprimer personnellement et Hyrgal était le meilleur médium pour ça.

Ce côté plus essentiel, le fait que ce soit plus près de ton style de cœur, quelque chose qui vient plus des tripes, est-ce lié au fait que tu aies choisi d’enregistrer avec une production plus organique, on va dire « maison s», au Studio du Pénitent de ton batteur Nicolas Muller ?

Ça fait partie du truc, oui. Pour moi, Hyrgal c’est un tout. Je synthétise dedans tout ce qui est ma vision du black metal, donc bien sûr la prod est quelque chose d’important. Au travers de ce groupe, il me semblait important de mettre un pied dedans, de regarder comment ça se passe, de regarder comment ça marche, de le faire par soi-même, peu importe le résultat. Ça rentre aussi dans une certaine vision que j’ai du black metal et de son essence. On part sur un niveau plus spirituel, mais il s’agit de faire les choses pour soi et par soi-même, d’apprendre l’érudition, la connaissance, avec le résultat qui en est. Il y a des gens qui pourront dire que les prods sont pourries ou sont trop comme ci ou trop comme ça, en tout cas elles sont faites avec le cœur et le plus d’honnêteté possible. C’est-à-dire qu’on va dans une salle, on branche les amplis, on branche les micros et on voit ce qui ressort de cette espèce de synergie de quelques personnes dans un studio et de cette espèce d’essence un peu occulte, un peu cachée, qui me paraissent importantes.

Même si j’écoute des groupes de black avec des très grosses prods, des trucs qui avoinent, faits dans des gros studios, j’ai quand même des préférences et j’ai une sensibilité à chaque fois sur des productions peut-être parfois un peu plus crues mais faites de manière un peu plus artisanale. J’aime l’artisanat et donc j’aime aussi quand il est dans la musique, ce qui peut paraître un petit peu contradictoire étant donné la prod du dernier Svart Crown [rires], qui est très léchée, très professionnelle, très studio, mais c’est normal. C’est aussi l’entité Svart Crown et le groupe qui veulent ça. Dans ma musique, j’ai d’autres projets à côté qui s’affilient plus au black metal et qui sont encore secrets mais qui sortiront bientôt, et qui sont toujours dans cette dynamique de production, faite main, avec du matos à nous, etc. Il s’agit d’apprendre à connaître les armes qu’on a entre les mains et d’essayer de s’exprimer du mieux possible avec ça, et le studio en fait partie. Nous nous sommes posé la question : est-ce que nous faisons des belles batteries dans un beau studio, est-ce que nous essayons d’aller voir des professionnels pour rendre grâce aux morceaux ou est-ce que nous tentons le challenge de nous poser à trois ou quatre dans un local, dans un studio, et d’essayer de le faire ? Je pense que c’est aussi un beau challenge et un beau pari de le faire. J’en suis très content. J’ai appris énormément de choses par ce process. Ça me semble important par rapport au black metal et à l’esthétique que veut ce style-là.

On a eu Hreidmarr (ex-Anorexia Nervosa, Glaciation, Bâ’a) en interview il n’y a pas si longtemps. Il disait que, pour lui, il fallait que les compositions vivent, d’où ce retour à la compo à l’ancienne. On a l’impression que vous êtes dans le même esprit, que finalement c’est une histoire de nostalgiques du black metal d’une certaine époque et qui veulent sonner dans cette veine-là pour perpétuer l’héritage…

Possible, oui. Il y a peut-être de ça. Justement, quand tu parles de Hreidmarr avec Bâ’a, je connais très bien le compositeur de Bâ’a, Max [Brigliadori], qui est à la base de cette entité et qui joue avec moi dans Hyrgal en live. Le connaissant un petit peu, il a aussi cet état d’esprit de ce black metal-là. C’est quelqu’un qui a une vision propre à lui de cette esthétique, de faire tout soi-même. Il y a des choses qui se dégagent de sa vision et qui sont très parallèles avec la mienne. Je pense qu’il y a quelques personnes aujourd’hui qui ont envie de revenir à des choses qu’on nous proposait à l’époque. Alors, est-ce que ce n’est pas aussi une question de génération ? Est-ce des gars qui ont vingt, vingt-deux ans, qui arrivent aujourd’hui, qui ont tous les outils numériques… Tout le monde a un ordinateur avec des méga-enceintes, des méga-logiciels, des méga-plugins, c’est à la portée de tout le monde aujourd’hui de faire un disque très bien produit. L’expérience de partir dans un studio, transbahuter du matos, voir comment ça marche, travailler un peu à l’ancienne, c’est peut-être aussi générationnel, je ne sais pas. Je ne suis pas si vieux que ça, je suis un gamin des années 2000, mais en tout cas, ces vieilles prods et faire les choses de manière un petit peu artisanale, ça m’a toujours paru essentiel dans l’expression de ce style de musique qu’est le black metal. Donc oui, c’est peut-être un héritage. Quand tu parles d’héritage, c’est une notion sur laquelle je suis assez sensible, donc je pense que ça s’inscrit aussi là-dedans. Ce style de musique qui nous est très cher, qui nous parle et nous émeut énormément, quand nous ferons le bilan dans notre vie, nous nous dirons que nous l’aurons fait de la manière la plus honnête et fidèle possible, à nos yeux bien sûr – ce sera peut-être une hérésie selon certains. Je pense que c’est le constat final qui est le plus important, au-delà de tout le reste.

« Des fois, je fais des morceaux et c’est super, et puis je les efface deux-trois jours après parce que ça ne me correspond plus. […] Avant Serpentine, par exemple, il y avait un album complet de composé, entre la démo et Serpentine, et il s’est tellement passé de choses au sein du groupe, avec Svart Crown, etc. que j’ai effacé l’album, et je me suis dit que j’en recomposerais un autre à un moment donné. »

Au moment de l’enregistrement, tu as dit que Serpentine résonnait plus brumeux, plus onirique et que vous partiez avec Fin De Règne sur quelque chose de plus franc et plus violent. Pourtant, en tant que simples auditeurs, au ressenti, on a peut-être l’effet inverse : Serpentine serait plutôt direct et Fin de Règne comme insistant plus sur les ambiances. C’est peut-être aussi dû à toutes ses couches de guitares… Est-ce que ça t’étonne qu’on te dise ça ou est-ce qu’au niveau de la production vous avez changé quelque chose qui fait qu’on a cette impression-là ?

Écoute, je suis un peu étonné, je vais ne pas te le cacher, même si l’impression vous est propre et que je la comprends et la respecte complètement. Serpentine nous l’avons vraiment fait en mode « roots » dans une baraque, quatre micros achetés à la va-vite, très peu de savoir-faire mais nous l’avons fait. Mon pote Déhà nous avait mixé l’album et avait rajouté la petite couche dessus qui fait que c’est un album très black metal dans le son, pour le coup. Pour Fin De Règne, nous avions cette envie d’être plus rentre-dedans. Un morceau comme « Colère Noire » ou « Héritier Mort-Né » sont des morceaux qui sont très rentre-dedans et avec un spectre sonore, du moins dans la prod, que nous n’avions pas sur Serpentine. Il y a des petites bidouilles que nous avons faites sur Fin De Règne qu’il n’y avait pas sur Serpentine, notamment en termes de prod, sur des coupes bas, des traitements de guitares, etc. C’est vrai que c’est un album qui est – ça va paraître con – un peu plus produit que Serpentine, mais c’est ce qu’il fallait pour les morceaux. Parce que si nous avions utilisé la prod de Serpentine sur ces nouveaux morceaux, ça n’aurait pas du tout marché, on n’aurait rien compris et il n’y aurait pas eu l’impact désiré. En tout cas, la prod retranscrit bien l’atmosphère que j’ai voulu donner aux morceaux et surtout ce que j’ai voulu en faire ressortir. Comme je disais, c’est un condensé des trois ou quatre dernières années de ma vie, donc ça représente bien ça et je suis très content. Le prochain aura encore une prod différente, j’en suis sûr.

On comprend que tout s’est fait rapidement, entre la composition, la production, par rapport à cette volonté de tout faire à la main. Est-ce que c’était aussi le cas pour Serpentine, est-ce que c’était allé aussi vite ?

Serpentine est un album qui a été fait très rapidement en termes de composition, comme pour Fin De Règne. C’est un album qui a dû être fait en un mois ou deux, pas plus, du moins les pré-prods. Mon batteur de l’époque habitait sur Nancy et il y avait pas mal de problèmes de distance pour répéter et élaborer l’album. Il était en plein changement de vie, il revenait dans le Sud, il se rapprochait de ma localisation pour justement pouvoir bosser là-dessus. Entre la fin de compo et l’enregistrement sur Serpentine, il y a peut-être eu six à sept mois. Là, sur Fin De Règne, c’est allé plus rapidement. Nous nous sommes fait arrêter en tournée avec Svart Crown, je suis rentré chez moi, je suis tombé malade, donc j’ai quand même eu un bon mois où ça été compliqué physiquement avec la maladie. En sortant de ça, on était sur le mois d’avril et j’ai dit que c’était le moment ou jamais de faire le truc. J’en avais envie, j’avais déjà pas mal de riffs qui tournaient, donc en un mois j’ai fait tout l’album. Après, nous avons appelé les gars et nous avons justement voulu le faire beaucoup plus rapidement. Nous ne voulions pas réitérer ce que nous avions fait sur Serpentine. Nous avons voulu enchaîner très vite entre la fin des pré-prods et l’entrée au studio. Ca s’est fait en l’espace de quatre ou cinq mois, entre avril et juillet. Ça va toujours très vite. Après, je mets du temps pour faire des albums, c’est-à-dire que je n’en sors pas un tous les ans, mais quand je décide de m’y mettre, généralement j’envoie pas mal et je me concentre là-dessus à temps plein.

Il y a une volonté de garder une dynamique dans la création…

Oui. J’ai beaucoup de mal à faire des morceaux et revenir des mois après. C’est quelque chose que je n’arrive pas à faire. J’ai toujours créé comme ça, j’ai toujours composé comme ça, je suis un peu quelqu’un de l’instant. Des fois, je fais des morceaux et c’est super, et puis je les efface deux-trois jours après parce que ça ne me correspond plus. Je ne dirais pas que j’ai beaucoup de déchets, mais je passe très vite sur les choses. Avant Serpentine, par exemple, il y avait un album complet de composé, entre la démo et Serpentine, et il s’est tellement passé de choses au sein du groupe, avec Svart Crown, etc. que j’ai effacé l’album, et je me suis dit que j’en recomposerais un autre à un moment donné. C’est vrai que j’aime garder une continuité, un instant, un moment où quand je me mets dessus, ça retranscrit, ça synthétise des choses. Je n’ai pas envie de m’éparpiller trop longtemps. J’aime bien faire ça et après passer à autre chose, car j’aime explorer différents horizons musicaux.

Ce n’est pas violent, pour un artiste, d’effacer tout un album comme ça et de se dire qu’on repart de zéro, comme si tout ça n’existait pas ?

Après, ça dépend comment on voit la création et comment on voit l’expression artistique. Il y a peut-être des gens qui font de la musique à des buts et à des fins biens précis – je pense que tout le monde le fait à des fins bien précises, il y en a peut-être pour qui c’est pécuniaire et d’autres qui ont un autre état d’esprit, peu importe, je ne juge pas. Pour moi, l’expression artistique est aussi un peu dédiée à quelque chose qui nous dépasse, qui transcende l’industrie musicale. Les gens diront peut-être que c’est un peu trop intello ou je ne sais pas, mais en tout cas, c’est ma vision. Des fois, la musique transcende le mouvement musical, le communautarisme musical, l’esthétique musicale, etc. Quand je fais de la musique, c’est que premièrement j’ai besoin d’en faire, sinon je n’en ferais pas, et pour moi, créer n’est pas une finalité en soi. Je vais créer de la musique tout le long de ma vie, donc ce n’est pas grave d’effacer des choses, on en refera d’autres après. Je ne suis pas assez égocentrique pour être centré sur mon œuvre et dire : « Oh, mon œuvre, j’ai fait un album, du fond, du truc, du machin, oh là là ! » comme quoi j’aurais versé des larmes de sang pour chaque mot écrit. Il y a un moment donné où la création transcende tout ça, on crée, on fait de la musique. Le black metal est en moi, je le joue parce que j’en ai besoin, parce que j’ai besoin de le sortir, parce que j’ai besoin d’exprimer des choses, parce que ça me parle, parce qu’en plus de ça j’essaye maintenant de lier mon quotidien à ça. Je me suis isolé, je vis dans un bled, c’est la montagne… Enfin, j’essaye d’être dans cette esthétique à temps plein et la création fait partie de ça. La création doit aussi être éphémère, elle doit être destinée à quelque chose qui nous dépasse et qui nous transcende, qui des fois n’est pas palpable. Il s’agit juste de créer comme ça. Il s’agit de se stimuler soi-même et de stimuler des choses qui nous dépassent, au niveau onde, au niveau énergie.

« La création doit aussi être éphémère, elle doit être destinée à quelque chose qui nous dépasse et qui nous transcende, qui des fois n’est pas palpable. Il s’agit juste de créer comme ça. Il s’agit de se stimuler soi-même et de stimuler des choses qui nous dépassent, au niveau onde, au niveau énergie. »

C’est ma vision de la chose, donc j’ai moins ce rapport à l’œuvre et en effaçant des titres ou des albums, je ne suis pas tant chagriné que ça, parce que peut-être que ça devait être comme ça et que ça devait être fait. D’ailleurs, avec des musiciens d’Hyrgal, nous avions fait un groupe de doom avec plein de styles différents dedans qui s’appelait Oorthian. Nous faisions des morceaux qui duraient une vingtaine ou une trentaine de minutes. Nous avions fait un live avec juste un morceau de trente minutes que nous n’avions pas enregistré. Nous ne l’avons plus jamais joué, c’était juste histoire de le faire une fois, de créer, d’évacuer. En fait, ça me stimule plus que ça me chagrine : je crée, je travaille, j’évolue, je cherche comme dans un travail d’érudition dans toute cette esthétique musicale et artistique. C’est ma vision de la création musicale, tandis que d’autres te diront : « Non, on fait les choses, on fait les albums, il faut tout sortir, il faut tout faire. » Je connais pas mal de gens qui ont des fois des morceaux qui remontent à quatre, cinq, six, dix ans et qui les sortent encore maintenant… C’est quelque chose que je ne pourrais jamais faire ! Il y a dix ans, je composais des choses et je n’ai pas envie d’exprimer les mêmes choses aujourd’hui. Je n’en vois pas l’intérêt, en fait. A titre personnel, je suis déjà quelqu’un qui est beaucoup trop ancré dans le passé, donc j’espère qu’artistiquement j’essaye de voir un peu plus loin, de ne pas regarder trop derrière moi.

Tu chantes et tu écris en français, et même si tu disais que tu écrivais sur un bout de papier ce qui te passait par la tête, tu as une plume assez distinguée. Est-ce que dans ce Hyrgal, le texte est aussi important que la musique ?

Oui, le texte est important, tout comme le chant, c’est pour ça que sur les albums, j’essaye d’avoir la meilleure diction possible. J’essaye d’articuler mon chant autour de ça. J’aime bien qu’on comprenne les choses. Attention, j’écoute énormément de groupes où on ne comprend rien. Je suis un grand fan de Maniac, de Mayhem, de ce genre de trucs où on ne comprend pas forcément tout, et je trouve ça formidable ! Mais dans Hyrgal, j’aime bien que les textes soient compris et soient entendus. Enfin, c’est un bien grand mot, car on ne comprend pas forcément tout, tout le temps, mais en majeure partie j’aime bien que les textes soient distinguables, que les gens puissent les entendre et les comprendre au moment où la musique se joue. C’est peut-être même pour ça que je suis en train de réfléchir pour le prochain Hyrgal, pourquoi ne pas mettre un peu plus de chant comme j’en avais dans Pillars, des chants un peu plus clairs où on entend encore mieux les choses, je vais voir. Pour moi, la voix et le chant, ça fait vraiment partie des instruments, donc je n’essaye pas de les sous-mixer, ce n’est pas quelque chose à mettre de côté. Le chant, la guitare, la basse, la batterie, le mix, etc. tous ces éléments doivent être calibrés pour avoir le rendu le plus optimal, donc le chant n’est jamais mis de côté et encore moins les textes. Après, le chant en français en fait partie parce que j’ai aussi envie qu’on me comprenne dans ma langue. L’anglais c’est très compliqué à utiliser. Quand on veut entrer dans l’argot, les métaphores, etc. c’est quelque chose qu’il faut savoir maîtriser en anglais et que moi je ne maîtrise pas forcément. J’écris quelques textes en anglais mais pour moi ce n’est pas forcément au niveau. Or dans la musique d’Hyrgal, j’aime quand même que ça soit fait avec le plus de pertinence possible. J’ai donc choisi le français pour ça, parce que ça me paraissait normal de chanter dans un groupe de black français en français, pour pouvoir exprimer les idées le plus clairement possible.

Quelles sont tes influences sur la façon de poser le chant ? Est-ce quelque chose que tu travailles tout seul quand tu veux te rendre intelligible ?

Oui, je travaille tout seul. Je n’ai pas forcément de modèle en termes de chanteur. Je suis un grand fan d’Alan [Averill] de Primordial. Tout le monde le sait dans mon entourage, je suis un fan inconditionnel de Primordial. Je trouve que c’est un groupe exceptionnel et le chanteur Alan est un vocaliste et un écrivain formidable. J’aime aussi beaucoup Glenn Danzig, mais ce ne sont pas des chants qui ressortent beaucoup d’Hyrgal. Dans Hyrgal, j’écris la musique, je me pose, je ne me donne pas forcément de marche à suivre au niveau du chant. Je l’exprime comme j’ai vraiment envie de l’exprimer. Si j’ai envie d’en mettre des tartines, j’en mets des tartines. Si j’ai envie de mettre du chant clair, je mets du chant clair. Si j’ai envie d’écrire trois phrases, j’écris trois phrases. Il y a d’ailleurs sur l’album le morceau « Sépulcre » qui est très spécial, y compris dans la manière dont est fait le chant. C’est un titre de doom avec un chant un peu déclamé et un traitement de voix bizarre. Je ne me donne pas forcément de limites et je ne prends pas forcément de modèles à droite à gauche pour pouvoir poser mon chant, ça vient vraiment avec la musique, avec les riffs. Vu que je compose tout, c’est assez facile, les riffs sont assez innés, c’est assez instinctif. On peut trouver des manières différentes de poser le chant dessus. Je travaille vraiment tout ça dans mon coin, tout seul, et ça donne ce qu’il y a sur l’album.

Par rapport aux textes, tu fais beaucoup de références mythologiques et littéraires. Comment allies-tu toutes ces références dans ces textes ? D’ailleurs, les textes sont à la première personne, est-ce que c’est une posture ou une adresse ?

Il y a une double lecture dans les textes, surtout sur Fin De Règne. J’ai essayé de faire quelque chose… Parfois c’est peut-être très maladroit parce que, comme je disais, je n’ai pas du tout de formation littéraire. J’ai découvert l’écriture de textes en français avec Hyrgal, donc quand j’ai refait Serpentine, c’est la première fois de ma vie que je prenais une feuille avec un crayon et que je disais : « Maintenant, il faut que t’écrives des trucs. » Ecrire en français, la prose, les principes grammaticaux, d’orthographe, etc. c’est encore tout frais chez moi. Après, j’ai des métaphores qui viennent de ma culture personnelle. Les textes de Fin De Règne, c’est beaucoup de métaphores et d’images. L’imagerie est très importante dans mes textes. Il y a deux choses que j’aime bien : que ce soit très imagé et que ce ne soit pas vulgaire. Et j’essaye de mettre ces références au service de sentiments que j’ai envie de retranscrire. La double lecture elle est peut-être un peu égoïste, car il n’y a peut-être que moi qui la comprend par moments, surtout sur Fin De Règne, mais il y a l’image du roi déchu – en lisant les textes, on comprend un peu plus. Il y a cette phase-là très imagée, pleine de références, mythologiques, littéraires, etc. et puis il y a l’autre phase qui est juste mes sentiments et qui veut dire finalement des choses très simples. Mettre ça dans un monde imaginaire, c’est plus une manière de couvrir des sentiments très simples et très violents à exprimer, et de le faire de manière plus fluide. Ce n’est pas totalement imaginaire, mais ça me permet de diluer mes sentiments dedans.

« Hyrgal c’est un peu un thème global : un nihilisme, la fin de tout, le néant, la tristesse, la nostalgie, etc. Un passé aussi, et peut-être une esthétique d’un passé qui aujourd’hui n’est plus et qui me rend un peu triste. »

On a l’impression que thématiquement, il y a une philosophie nihiliste où il est beaucoup question de la finitude des choses. Pas de la mort en soi mais de ce qui y amène progressivement avec pour seule conséquence le néant. Pour toi, quel est le fil rouge de Fin De Règne voire plus généralement d’Hyrgal ? Car le message de Fin De Règne a l’air d’être assez proche de celui de Serpentine.

Tu as très bien dit le fil rouge ! Tu l’as très bien exprimé. Je ne parlerais pas de « concept » parce que je n’aime pas ce mot, ce sont des choses un peu plus poussées, mais je dirais que la thématique abordée dans Fin De Règne, c’est de parfois vouer sa vie à des choses très occultes, d’en arriver à quelque chose de très noir – comme tu dis, au néant – et finalement d’être plus triste que plein d’érudition. Il y a donc un côté très nihiliste et très pessimiste sur « la Fin », et aussi sur le déroulement des choses. Ce fil rouge dont tu parles fait écho à des choses très personnelles. Ça fait partie de l’âme d’Hyrgal, on le retrouve effectivement dans les textes de Serpentine. Après, c’est moi qui écris les textes, donc il y a forcément ma patte.

Je n’élabore pas forcément de concepts pour mes albums. Il y a des mecs qui font ça et qui te disent : « Sur cet album, je vais parler de ça, je vais parler d’une thématique bien précise. » Ce n’est pas ce que je fais. Hyrgal c’est un peu un thème global et c’est celui que tu viens de dire : un nihilisme, la fin de tout, le néant, la tristesse, la nostalgie, etc. Un passé aussi, et peut-être une esthétique d’un passé qui aujourd’hui n’est plus et qui me rend un peu triste. Il y a beaucoup de colère aussi. Il y a beaucoup de constats sur des choses qui sont faites. « Ennemi(e)s », le premier morceau qui a été diffusé, tout est dans le titre, il y avait besoin d’une purge de quelque chose. Ce désir de vengeance, d’amener la mort, d’aller jusqu’au bout, est-ce qu’au final on en retire du positif ou pas ? La question est un peu plus délicate. Je pense qu’on se détruit beaucoup en avançant dans cet état d’esprit là, mais j’ai envie de te dire que c’est comme ça que ma vie est réglée depuis des années. J’exprime ce que j’ai sur le cœur, comment je vois le truc. Après, sur Fin De Règne, c’est un peu plus dilué dans une espèce de métaphore avec le Roi, le royaume déchu, tout qui se barre en couilles, et puis un mec qui reste solo dans la mort, défraîchi et qui crève. Parce que même si tu as cru bon de prendre la voie des forces occultes, tu finis au même résultat. C’est un peu plus déguisé mais…

Je ne sais pas trop comment expliquer les textes. C’est vrai que c’est des questions qui sont très difficiles pour moi, je m’embrouille un peu, mais les textes c’est vraiment une chose un peu spéciale, c’est personnel, j’écris un peu de manière instinctive. Je ne me pose pas forcément la question, en fait. Je ne suis pas quelqu’un qui réfléchit forcément beaucoup ses textes. Je réfléchis la manière de poser le chant sur la musique, je réfléchis la manière de tourner mes phrases parce que j’aime une certaine esthétique dans mon chant, mais le fond est très instinctif. J’ai besoin de dire ça, je le dis. Il s’agit de savoir comment je peux le tourner, notamment pour pas que ça fasse trop naze ou trop vulgaire, parce que je n’aime pas ça. J’aime aussi le tourner avec une esthétique qui va avec la musique et qui me correspond dans mon quotidien. Je suis aussi un gros fan de Lovecraft, donc ce côté un peu érudition, livre, l’occultisme, ce sont des choses qui me parlent, donc j’ai essayé de les mettre un petit peu dans Fin De Règne.

Et ce côté toujours français… Mais ça ne parle pas trop d’histoire de France, par exemple. Les gens pourraient dire : « Tu parles d’un groupe français, tu parles d’un roi, tu parles d’une période bien précise », pas du tout. C’est des textes qui sont au final très personnels, et j’invite les gens à essayer d’avoir une double lecture et peut-être de les lire à titre personnel, sans forcément m’identifier au travers de tout ça. Ça n’a pas d’intérêt de m’identifier au travers de ces textes. J’ai encore beaucoup de mal à le faire, mais j’aimerais de plus en plus écrire comme ça, c’est-à-dire en réussissant à ne plus m’identifier, en faisant abstraction du concept d’ego au sein d’une entité qu’est Hyrgal et en proposant un texte qui est lisible par tout le monde et surtout par le soi de chacun. Je pense que c’est ça qui est important.

Finalement le terme « règne » est à prendre au pluriel…

Oui. Si on veut [rires]. C’est le mien, l’album d’Hyrgal n’a pas de « s », mais oui tu peux.

Tu fais référence à la mythologie grecque, à la mythologie antique, à la mythologie nordique, etc. On sent par ce biais cette volonté d’universaliser le propos…

Oui. Après, ça fait partie aussi de ma culture. Je suis quelqu’un qui aime beaucoup l’histoire, la mythologie, les différentes cultures, et bien sûr la mienne en premier, la culture française, la culture celte, etc. C’est quelque chose qui n’est pas nouveau, surtout chez Hyrgal. Ce sont des thèmes que j’ai envie de développer. Il y avait peut-être au tout départ d’Hyrgal une volonté d’être très polythéiste, avec une esthétique très celte française comme pouvaient l’avoir les premiers Himinbjorg, qui est un groupe que j’aimais beaucoup à l’époque. Sur le nouvel album je n’ai pas forcément voulu faire ça. Comme je t’ai dit, c’est un album qui donne des choses beaucoup plus personnelles. Déjà parce que j’ai fait cet album tout seul de A à Z. Pas dans la production et l’exécution, mais dans la composition et l’élaboration, j’ai été seul maître à bord, ce qui n’était pas forcément le cas sur Serpentine. J’avais eu l’aide de mon ancien batteur, qui est parti entre-temps, donc ça m’a beaucoup chamboulé en termes d’expression artistique. J’ai dû faire un peu comme JB avec Svart Crown pour Abreaction quand je suis parti du groupe ; il a dû travailler beaucoup de choses tout seul et c’est extrêmement éprouvant. Ça fait des albums très personnels et c’est très bien. C’est ce qui s’est passé sur Fin De Règne. Donc les thèmes dans l’écriture, j’ai peut-être mis plus de choses provenant de ma culture perso, et c’est divers et varié. Comme tu dis, ça va de la mythologie celte, antique, viking, française, à la littérature anglaise par moments, les héros byroniens, etc. Il y a donc plein de choses qui sont plus dans le personnel que dans un délire celte, païen ou français qui était un peu plus revendiqué sur Serpentine.

« J’aimerais de plus en plus écrire comme ça, c’est-à-dire en réussissant à ne plus m’identifier, en faisant abstraction du concept d’ego au sein d’une entité qu’est Hyrgal et en proposant un texte qui est lisible par tout le monde et surtout par le soi de chacun. »

Le choix de l’artwork se voulait aussi très personnel ? Parce que qu’il est très sobre avec des couleurs qui dénotent par rapport à la multiplicité de la musique…

Oui, complètement. C’était un choix que je voulais. J’aime bien les artworks très épurés. En tant qu’amateur et collectionneur de disques et de vinyles, ce sont des choses que j’aime bien. Je voulais représenter quelque chose de très sobre. J’aime bien la sobriété, c’est vraiment ce que j’essaye d’injecter dans Hyrgal. C’est vraiment ce délire d’honnêteté, de sobriété, de simplicité… Je ne suis pas là pour péter plus haut que mon cul et dire que je révolutionne un style. Je suis là pour m’exprimer et le faire de la manière la plus honnête possible, et ça passe aussi par l’artwork. Je pense que cet artwork est quand même assez élaboré, parce qu’il paraît simple de prime abord mais en fait, il est extrêmement complexe. J’invite les gens à regarder le digipack et ce qui a été fait dans le livret. Dans le vinyle, il y a tous des inlays qui se superposent et l’intérieur est certes très sobre, avec le vinyle blanc et cette fleur de lys qui crame… Mais le digipack a encore un autre artwork. Dans l’intérieur du digipack, il y a des choses qui sont un peu plus fouillis, qui nous ont demandé beaucoup de travail parce que, pareil, c’est un travail qui a été fait en interne. J’ai fait appel à quelqu’un qui est très proche. Tout s’est fait vraiment en interne et l’élaboration a demandé beaucoup de boulot. Guillaume, qui bosse à LADLO (Les Acteurs De L’Ombre, NDLR), nous a filé un super coup de main. Ils ont fait un super boulot pour tout ça, je les en remercie. Ça paraît sobre, mais c’est bien plus complexe que ça en a l’air au niveau de l’artwork. Finalement, c’est pareil pour la musique : elle paraît très simple, mais quand on l’écoute plusieurs fois, j’ai l’impression qu’on y décèle différentes choses.

Symboliquement, justement, cette fleur de lys qui brûle, ça représente quoi pour toi ?

Beaucoup de choses ! Ça représente certaines désillusions, ça représente beaucoup de chagrin, beaucoup de tristesse, beaucoup de colère, beaucoup d’amertume, beaucoup de nostalgie… Ça représente tout ça. Je ne peux pas en dire plus.

Tu as déjà un concert de prévu pour le LADLO Fest. Est-ce que tu vas reconstituer un line-up live ou reprendre celui que tu avais déjà pour le Hellfest ? Et avec toutes les couches de guitares, comment vas-tu gérer tout ça en live ?

C’est un gros bordel, je ne vais pas te le cacher. Il y a une partie de l’équipe qui était au Hellfest qui sera là, notamment à la batterie il y aura Nico qui a fait l’album avec nous. Il y aura aussi Alexi [Chiambretto] à la basse qui a fait l’album avec moi, et je suis en train de recruter des gens pour deux autres guitares, parce que je suis guitare-chant et il faut deux autres guitares. C’est un groupe qui se joue à trois guitares, donc c’est compliqué. C’est compliqué de savoir qui fait quoi, de tout bien répartir en termes de tâches, de leads, de matos, etc. D’ailleurs, j’ai recruté un guitariste avec qui je suis en train de travailler, un mec qui joue en live dans Gorgon, un vieux groupe de black metal de Nice avec Chris [Christophe Chatelet], qui est là depuis le début des années 90 et qui continue encore. Je suis en train de voir pour un troisième guitariste et peut-être un quatrième, car j’aimerais vraiment me concentrer sur le chant pour le live. Nous sommes en train d’établir des possibilités, des line-up différents, de voir comment nous allons pouvoir rendre le truc le mieux possible, puisque nous allons interpréter tout l’album. C’est quand même un album compliqué à exécuter, il est très dur à jouer et à chanter, donc nous avons beaucoup de boulot ! On verra aussi ce qui peut être fait avec ce Covid-19. Est-ce que cette date sera maintenue ? Dans quelles conditions ? Il y a tellement d’incertitudes… Nous sommes aussi en train de réfléchir à peut-être faire des concerts d’une autre manière. On verra bien. Nous essayons de continuer à vivre aussi avec ce style de musique. Le jouer est très important. Nous allons voir ce qu’on peut nous proposer, mais pour l’instant la seule date, c’est celle au LADLO Fest, comme nous l’avions fait pour Serpentine, parce que c’est un bel événement et ça permet de remercier toute l’équipe de LADLO qui est vraiment une équipe de tueurs à gages. Ils sont super forts, ils sont super sympas, ils sont dévoués, donc nous nous devons d’être là pour eux quand il le faut. Mais c’est vrai que c’est galère à mettre en place !

D’ailleurs, sur vos vidéos studio que LADLO a repartagées, tu as dit que Gérald (Milani, le gérant du label, NDLR) t’a fait confiance à l’aveugle, c’est-à-dire que vous n’avez pas envoyé les pré-prods. Finalement, qu’a-t-il pensé de cet album ?

Il me semble qu’il a bien aimé, j’espère [rires]. Non, je crois qu’il a bien aimé, sinon il ne l’aurait pas sorti, j’ose espérer ! Cette manière de faire le truc n’était pas vraiment volontaire non plus, mais je n’aime pas trop envoyer des pré-prods. Ce n’est pas un truc qui me convient, d’envoyer de la musique en plein travail… Quand tu es en train de travailler sur un morceau, il n’est pas vraiment élaboré… J’ai du mal à envoyer ça à des gens pour leur dire : « Voilà, faites-vous une idée du truc. » Je préfère leur envoyer un produit fini et leur dire : « Voilà. C’est ça. » Après, il m’a fait confiance. Je n’allais pas non plus lui pondre un disque de zouk avec des rythmes afro-caribéens tout du long, en lui disant : « Voilà, ça c’est le nouveau Hyrgal ! » Ça aurait été très drôle, pari osé, mais qui sait ? Peut-être pour le prochain, on ne sait pas ! En tout cas, il savait très bien qu’il allait avoir un album. En fait, je lui avais déjà fait écouter des pré-prods de morceaux que j’avais, un été quand il est descendu. Il y avait une version de « Colère Noire » dessus, qui est le premier titre de l’album, et deux autres titres. Il s’est passé des choses entre-temps avec des musiciens de mon groupe, ça s’est un peu splitté, ça s’est un peu compliqué, et vu que j’aime bien travailler avec l’énergie et les émotions du moment, j’ai effacé ces morceaux et j’ai recomposé complètement autre chose. La seule chose que j’ai gardée des morceaux, c’est le premier riff d’« Ennemi(e)s ». Gérald est vraiment arrivé en me disant : « Alors, l’album va être bien ? » Je lui disais : « Ouais, mais ça va être différent. » Donc il était un petit peu inquiet, il cherchait quand même à écouter, mais je pense au final lui avoir fait un bel album, et qu’il est content. Je lui promets que pour le prochain, je lui enverrai des trucs un petit peu plus en amont [rires].

Tu as parlé de plusieurs projets à venir, est-ce que tu peux nous en dire plus ou est-ce que pour l’instant c’est classé « secret défense » ?

Non, il n’y a rien de classé « secret défense » ! Je suis un assez gros amateur de dark ambient, donc je suis en train de faire mon premier disque dans ce style. Je reconnais que ce n’est pas un style forcément écoutable par tous mais j’en suis tombé amoureux depuis quelques années, j’en écoute beaucoup et j’essaye d’en faire d’une manière – pareil – artisanale, c’est-à-dire en utilisant vraiment des instruments : une guitare, un violoncelle, des percussions, en essayant de le faire d’une manière organique plus qu’avec un synthétiseur et des logiciels sur un PC. Ça demande beaucoup de boulot et d’expérimentation. C’est un groupe qui s’appelle Kaosmose et que j’aimerais faire. Je pense que je vais profiter de tous ces moments de réclusion pour pouvoir mettre ça à jour. J’ai d’autres projets avec Alexi, qui est le bassiste d’Hyrgal. Nous avons un groupe doom/black qui s’appelle Barathre, qui est pour l’instant un duo. Il est batteur dans Deveikuth, un groupe de funeral doom de Marseille, donc il fait la batterie et moi, je branche beaucoup d’amplis et je fais beaucoup de bruit. Je suis en train de composer là-dessus et nous aimerions sortir un EP. Nous faisons des répétitions mais il est sur Marseille et moi maintenant j’habite dans le 04, je suis un peu plus loin, donc ça met beaucoup plus de temps pour se voir et ça demande une plus grosse logistique. Il y a aussi le troisième Hyrgal que j’aimerais faire d’une manière bien particulière. Il y a le nouvel EP de Svart Crown sur lequel nous travaillons. J’ai un autre projet qui reste un peu plus secret avec des gens, mais là c’est plus compliqué, parce nous galérons un peu plus à nous voir et c’est un truc quand même assez live. Ça sortira quand ça devra sortir. En tout cas, il y a beaucoup de choses sur le feu. Je ne m’arrête pas beaucoup !

Interview réalisée par téléphone le 16 novembre 2020 par Jean-Florian Garel & Eric Melkiahn.
Retranscription : Jean-Florian Garel & Eric Melkiahn.

Facebook officiel d’Hyrgal : www.facebook.com/Hyrgal

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