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Interview   

Iced Earth : « Nous sommes une famille ! »


Peut-on dire que l’on a atteint le stade ultime de la camaraderie lorsqu’à 45 et 35 ans on se retrouve à sauter comme des gosses sur un lit ? Car c’est bien en s’excusant de l’état du lit de la chambre d’hôtel sur lequel ils auraient sauté que notre entretien avec le guitariste Jon Schaffer et le chanteur Stu Block a débuté. Exercice d’ailleurs réédité à la fin de notre interview (cf. photo). Et à entendre les deux compères dans Iced Earth, il n’y a aucun doute, la camaraderie est une composante essentielle à la réussite du groupe. Ils rient sans arrêt, démontrent être sur la même longueur d’onde et avouent se manquer les uns les autres après à peine deux jours alors qu’ils venaient tout juste de terminer une tournée d’un an et demi ensemble. Voilà pourquoi ils n’hésitent pas à parler de famille pour se qualifier.

A partir de là, que son nouvel album Plagues Of Babylon soit à notre goût ou pas, que peut-on reprocher à Iced Earth ? Un groupe qui, de toute évidence, fait ce qu’il fait pour d’on ne peut meilleures raisons, qui sont, outre bien entendu d’en vivre, la passion de cette musique – l’enthousiasme affiché par les deux musiciens est vraiment débordant – et le plaisir d’être ensemble comme de vrais copains. Et comme d’habitude, le plaisir est aussi pour nous de parler de tout ceci avec eux…

« Si je n’ai pas une épaule sur laquelle pleurer, m’appuyer, rire ou dégueuler, qu’est-ce que j’ai ? »

Radio Metal : Dystopia était le premier album d’Iced Earth avec Stu au chant. Comment cela s’est-il passé ? As-tu été surpris par le fait que Stu ait été si facilement accepté par les fans ?

Jon Schaffer (guitare) : Je ne peux pas dire que j’ai vraiment été surpris.

Stu Block (chant) : Moi, je l’ai été ! (rires)

Jon : Non, je savais que ce gars-là était le bon. Quoi que nous ayons pu faire par le passé, ce garçon a sa place parmi nous. Il y a évidemment des fans qui ne sont pas contents, mais j’entends ça depuis le premier changement de chanteur. Crois-le ou non, mais les gens aimaient sa voix. C’était un bon frontman, il avait du charisme, il était cool, mais ça ne fonctionnait tout simplement pas. Au final, quels que soient les changements que nous ayons entrepris, c’est comme ça que les choses devaient être, c’est limpide. Certaines personnes n’arrivent pas à tourner la page, mais ceux-là peuvent toujours écouter les vieux disques. Nous, nous avançons. Le public nous voit sur scène, il voit l’amitié, la fraternité, il comprend que c’est un putain de groupe, et il était temps que ce soit le cas. C’est cool.

Stu : Je suis heureux que tout ça soit arrivé, je suis juste heureux d’être là. Je l’ai déjà dit, je bosse avec mes meilleurs potes, des putains de mecs géniaux. Nous créons de la musique géniale ensemble, nous visitons des parties du monde démentes ensemble, et nous sautons sur les lits ensemble ! (rires) Nous faisons des trucs dingues et nous jouons devant des fans géniaux. C’est du tout bon. Je ne changerais ça pour rien au monde, c’est super.

Lors de notre dernière interview, Jon, tu nous disais que, étant donné l’état de l’industrie de la musique, le groupe devait jouer live beaucoup plus souvent. C’est ce que vous avez fait : vous avez donné plus de concerts que jamais par le passé. La stratégie est-elle concluante ?

Jon : En fait, c’est aussi… Oui, c’est effectivement une stratégie. Mais c’est aussi dû au fait d’avoir les gars qu’il faut pour faire le boulot, avoir envie de faire le boulot, être là pour les bonnes raisons, et nous hisser à un niveau que nous n’avons jamais connu. J’espère que nous le pourrons – je pense que c’est le cas. Le monde est différent de ce qu’il était il y a cinq ou dix ans, et l’industrie elle-même a beaucoup changé. Mais je pense que le public est plus conscient de l’existence d’Iced Earth qu’il ne l’a jamais été. Ça ne se traduit pas forcément en dollars sonnants et trébuchants pour le groupe, mais ça signifie beaucoup. Nous sommes allés en Chine pour la première fois, nous avons joué en Australie… Nous avons visité le monde entier ! Et nous devons d’ailleurs repartir bientôt, la tournée reprend en janvier. Nous tournons avec Volbeat, ce qui est un sacré cadeau de la part de Michael [Poulsen], qui est un fan et un frère loyal. Son agent et son management ne voulaient pas de nous sur la tournée, mais il a dit : « Je leur ai fait une promesse ». Effectivement, il y a quelques années, il nous a dit : « Je veux vous emmener en tournée ». Pour lui, nous devrions avoir le même succès que Metallica ou Maiden. Il a acheté le premier album le jour de sa sortie, et il est fan depuis cette époque. C’est un vrai frère. Nous offrir une telle opportunité… Beaucoup de nos fans se sont dit : « Hein ? C’est quoi, ce délire ? » Mais il faut bien comprendre que pour nous, c’est énorme. C’est une telle couverture, pour nous ! Nous commençons une tournée des stades dans dix jours. Ce sont d’énormes concerts en ouverture de Volbeat. Nous sommes déjà passés par l’Espagne, le Royaume-Uni, la France… La première partie de la tournée était la plus petite. La prochaine doit commencer à Berlin, devant 17 000 personnes. C’est énorme, et Michael est notre ami. Les gars de Volbeat sont des frères, et je pense que le public le voit. Ça se voit sur scène, ça se sent. Je discutais avec leur ingénieur lumières l’autre soir, à propos du groupe HIM qui a fait leur première partie aux USA, et leurs fans respectifs se battaient entre eux. Ça n’a pas marché, il n’y avait pas cette alchimie. Mais l’amitié entre Volbeat et nous est devenue quasiment légendaire ! (rires) Les gens voient bien à quel point on s’éclate ensemble, et ça joue beaucoup. Mais oui, tourner davantage… Je veux que ce groupe ait le succès qu’il mérite. Le seul moyen de l’obtenir, c’est de jouer. Nous n’avons pas des finances mirobolantes derrière nous, nous n’avons pas de carnet d’adresses. La seule raison pour laquelle nous participons à cette tournée, c’est parce que Michael et moi sommes des frères. Il nous donne un coup de main.

Un groupe comme Twisted Sister a adopté une stratégie opposée : en tournant moins, ils font augmenter la demande, ce qui leur permet de jouer moins pour plus d’argent…

Twisted Sister était au sommet il y a 20 ans, donc c’est complètement différent. Pour eux, l’apogée a été Stay Hungry, il y a même plus de 20 ans, en fait. Ils ont établi leur marque et atteint leur potentiel maximum depuis longtemps. En ce qui nous concerne, nous n’avons pas encore atteint notre potentiel maximum. Nous nous battons toujours pour y arriver. Mais la collaboration artistique entre Stu et moi s’est développée, notre amitié est solide, et c’est tout ce qui compte. Nous avons encore des montagnes à escalader et des défis à relever avant d’y arriver. Nous allons conduire ce groupe là où il aurait dû arriver, et nous allons le faire tout seul, de façon indépendante. Nous avons des objectifs, vous verrez !

La composition de Dystopia avait commencé avant que Stu rejoigne le groupe. Quelle différence cela a-t-il fait d’avoir Stu dans le groupe pour composer Plagues Of Babylon ? Comment s’est passée votre relation de travail, cette fois ?

C’était la même chose, en fait. Il n’y avait pas beaucoup de choses de composées pour Dystopie quand tu es arrivé. Il y avait quelques fichiers, et c’était à peu près pareil cette fois-ci. Je dois m’occuper de la musique et des arrangements avant qu’il puisse les écouter, s’en imprégner et travailler sur les mélodies, ce genre de choses. Ensuite, on embraye là-dessus. Nous avons utilisé la même formule. Je travaille dans un coin, lui dans un autre, puis on se retrouve pour mettre nos idées en pratique et faire du brainstorming. Ensuite on enregistre, on fait des démos… C’est vraiment la même chose.

Stu : Sur Dystopia, nous étions à l’aise pour composer tous les deux, mais pour cet album, je crois que nous l’étions encore plus.

Jon : Ouais, maintenant nous sommes bien installés. Nous avons quand même donné 150 concerts ensemble ! Nous avons traversé et fait pas mal de choses ensemble. Nous avons littéralement été en tournée pendant un an et demi, quelque chose comme ça. La plupart du temps, en tous cas. Et quand ça a été fini, il a commencé à me manquer au bout de deux jours ! Ce n’est pas normal ! (rires) Tu vois ce que je veux dire ? Je ne sais pas, je ne pense pas que ce soit normal. Il y a un truc spécial entre nous tous. L’absence des autres se fait sentir, on reste en contact.

Stu : Je l’ai déjà dit dans d’autres interviews aujourd’hui, mais Jon prend toujours soin de nous. Il nous traite comme si nous étions de la famille. Pour lui, nous ne sommes pas que des numéros, tu vois ? Nous sommes des êtres humains et nous nous occupons vraiment les uns des autres. On est là les uns pour les autres, c’est indispensable. Si je n’ai pas une épaule sur laquelle pleurer, m’appuyer, rire ou dégueuler, qu’est-ce que j’ai ? Nous sommes en tournée une bonne partie de l’année, c’est de la folie, et nous avons besoin de nous appuyer les uns sur les autres.

Jon : Nous sommes une famille.

Stu : Ouais. Jon prend soin de nous comme de sa propre famille. Nous nous considérons tous comme faisant partie d’une famille. Nous nous occupons les uns des autres, mais Jon, lui, s’arrange toujours pour trouver le temps de parler quand nous en avons besoin. C’est indispensable.

« On était complètement pétés sur la plage un soir… (rires) […] Il y avait un énorme orage, avec pluie et tonnerre, et nous au milieu à hurler « FUCK ! YOU ! » »

Stu, quand tu as rejoint le groupe, Jon nous a dit que tu ne savais même pas que tu possédais une telle plage dynamique et que la façon dont tu chantais dans Iced Earth était totalement nouvelle pour toi. Tourner de façon intensive avec le groupe t’a-t-il aidé à te sentir plus à l’aise dans le style Iced Earth ?

Oh, ouais. Chaque concert est une expérience, où je vois à quel point je peux pousser ma voix, ce genre de choses. C’est pareil pendant l’enregistrement.

Jon : Ce n’est pas tout à fait vrai, il avait vraiment une voix dynamique. C’est d’ailleurs pour ça que nous avons pensé à faire appel à lui. Il était très bon pour les sons suraigus et les sons death metal, mais je voulais explorer sa plage intermédiaire.

Stu : Je ne savais pas que j’étais capable de ça. Nous avons exploré ça et c’est ce que j’ai exploité en tournée. Le catalogue d’Iced Earth est bourré de défis. « Dante’s Inferno », sans déconner ! Ça, c’est un défi à chanter. Absolument tout dans cette chanson est un défi. Beaucoup de titres présentaient un défi pour moi en tant que chanteur. « Ten Thousand Strong » est un autre exemple. Mon Dieu, mais comment je vais faire ça ?! Je ne savais même pas que j’en étais capable ! Ce qui est marrant, c’est qu’on a découvert ça en jammant. J’essayais de chanter plus bas, je n’avais pas suffisamment confiance en moi. Puis Jon s’est tourné vers moi et m’a dit : « Mec, putain, jette-toi à l’eau ! Vas-y ! » Et merde, d’accord ! Ça s’est fait et c’était super cool. Donc oui, tourner aide vraiment, et je découvre de nouveaux trucs. Je découvre toujours des nouvelles choses sur moi.

Jon : Je crois que c’est le cas pour tout le monde. Sinon, autant être mort !

En parlant de plage médiane, Jon a dû te coacher pour t’apprendre à utiliser cette partie de ta voix. Comment le décrirais-tu en tant que coach et partenaire vocal ?

Stu : Je dirais que je suis devenu 50 à 100 fois le chanteur que j’étais avant. Je suis bien meilleur maintenant en termes de contrôle. Avoir Jon en tant que coach vocal, me faire aider en studio – parce qu’il a bossé avec tellement de supers chanteurs… Je ne vais pas rester planté là à lui dire : « Non, tu as tort ! ». Pourquoi remettre ce qu’il me dit en question alors que ce type a travaillé avec certains des meilleurs chanteurs de heavy metal ? Pas moyen ! Je suis une éponge, j’écoute et j’apprends, et je vais tester de nouvelles choses. Je pense que ce côté expérimentation m’a vraiment aidé : « Essaie ceci, essaie cela, et si ça ne marche pas, on n’a rien à perdre ! » C’est là qu’on découvre des choses. Puis on part en tournée, et il faut apprendre à gérer ça. Je pense que ma voix a mûri, y compris ces trois dernières années, et je n’approche plus le chant de la même façon.

Jon : Tu as fait un super boulot.

Stu : En fait, Jon aborde ça de telle façon que tu n’as pas l’impression que les choses te sont imposées. Il fait ça de façon fraternelle. Il plante la confiance en toi. Tu savais déjà que tu l’avais, mais il plante cette graine et elle finit par grandir.

Il y a moins de vocaux suraigus à la Judas Priest dans Plagues Of Babylon par rapport à Dystopia. Était-ce intentionnel ?

C’est comme ça qu’a tourné l’album. Je ne pense pas que nous ayons quoi que ce soit à prouver dans ce domaine. Je fais ça pendant les concerts, tu vois ce que je veux dire ? Il y a toujours des passages très aigus, mais on n’aborde pas les chansons en se disant : « OK, il faut absolument qu’on case ça ! » Oui, nous voulions aussi explorer ce type de vocaux, mais selon moi, nous n’avons rien à prouver. Je n’ai pas besoin de faire ça. J’entends ce commentaire assez souvent. Vous entendrez ça en cascade pendant les concerts, et si vous voulez des sons aigus, vous pouvez écouter Dystopia. Et qui sait, peut-être que le prochain album contiendra des tonnes de passages aigus !

Jon : On ne sait jamais, ce sont les chansons qui décident. Après tout, on propose toujours ce genre de chose. Il n’y en a pas partout et c’est mixé de façon à ne pas être mis en avant, mais c’est bien là. Et ça tue.

Stu : Il y a eu d’autres albums avant mon arrivée où Iced Earth ne proposait pas des tas de passages aigus. Ça arrive.

Jon : Ce sont les chansons qui dictent ce dont elles ont besoin. La musique te dit où tu dois aller, parfois du point de vue des paroles et surtout au niveau de la mélodie. La chanson impose ses choix. Ce n’est pas étudié. Nous faisons ce que nous faisons et espérons que le public apprécie.

Stu : Mais en live, il y a énormément de ça. Nous allons faire une tournée en tête d’affiche avec beaucoup de chansons et beaucoup de vocaux suraigus. Vous y aurez droit. Mais j’adore ce que nous avons fait sur cet album. Nous avons essayé des choses différentes, c’était très cool.

Jon : Oui, il y a de nouvelles saveurs sur cet album. Et pour un groupe qui a sorti onze albums, ce n’est pas rien !

« C’est un risque d’ouvrir un album avec une chanson aussi longue et théâtrale. Mais nous avons sorti onze albums, donc merde, qu’est-ce qu’un risque ? »

Stu, je sais que Jon ne souhaite pas entendre de growls death metal dans Iced Earth, si ce n’est dans les arrangements, cachés par le mix. Les styles plus extrêmes ne te manquent pas ?

Stu : Tu sais, c’est cool à faire, mais… Je ne sais pas, ça ne me manque pas vraiment. Je fais tellement de trucs cool avec ma voix, aujourd’hui ! Le chant death, le chant aigu, je sais que je peux faire ça. Mais en ce moment, je fais des trucs vraiment cool que j’ai envie d’explorer.

Jon : S’il y avait eu une caméra dans le studio quand il a fait « Highwayman », on aurait pu me voir littéralement sauter en l’air. C’était tellement putain de génial ! C’était si beau, si spécial, comme si il canalisait tout l’esprit de la chanson en une prise. C’était là et c’était putain de bon. Vous ne pouvez pas avoir idée ! Voilà à quel point ce qu’on fait est spécial. C’est super cool. Nous avons fait un making of du CD, un documentaire. Mais le type n’était là que deux ou trois jours, ça ne suffit pas pour tout capturer. On n’y voit qu’une petite partie de ce qui s’est passé, mais il y a eu tellement de bons moments. Dans ce cas précis, je me disais : « Ah ! Ouais !! Là, ça le fait !!! » Entendre Stu chanter… Il y a énormément de mecs qui peuvent… [il imite des grunts] Quel intérêt ? Il a une voix, autant l’utiliser ! Poussons le potentiel jusqu’au bout ! Tout le monde peut s’identifier à une mélodie. Il peut faire ces machins death metal, mais il y a un millier d’autres types qui le font aussi.

Stu : Oui, ça me manque un peu. Mais dans le bus, nous écoutions du death metal, et Michael et moi faisions… [il fait semblant de grunter] Je fais tellement de trucs nouveaux en ce moment, c’est super excitant pour moi. Et au fond, on a quand même un peu utilisé ça. À la fin de « Plagues of Babylon », j’ai ajouté des vocaux death metal pour faire une transition dans la chanson, comme ce que j’avais fait sur « Dystopia ». Ça s’enquille bien, comme ça. Donc vous pourrez entendre ça en live.

Les chansons de cet album ont un côté plus épique que sur Dystopia et sont aussi beaucoup plus longues. Explorer le côté épique d’Iced Earth était-il votre intention dès le départ ?

Jon : Non, encore une fois, ça s’est juste passé comme ça. Pour commencer, on raconte une histoire sur les six premières chansons. « Plagues » est vraiment un titre épique, et je pense que quelque part, c’est un risque d’ouvrir un album avec une chanson aussi longue et théâtrale. Mais nous avons sorti onze albums, donc merde, qu’est-ce qu’un risque ? Nous allons faire ce que nos tripes nous disent de faire. Pendant que j’écrivais cette chansons, que j’assemblais la musique, je me disais : « Je ne sais pas si c’est assez rapide pour être mis en ouverture, mais écoute cette intro ! Ça, c’est un début de disque ! » C’est ce que c’est devenu. Mais quand on réfléchit au thème de l’histoire, l’apocalypse zombie, dans l’univers de Something Wicked, ces six premières chansons sont un bon coup de pied au cul. De façon générale, il y a un côté très épique, mais je pense que la deuxième moitié de l’album l’est aussi, quoique de façon différente. Il y a beaucoup de saveurs différentes. Il y a un titre comme « Peacemaker », qui est une chanson hard rock. C’est sans doute l’un des trucs les plus cool que nous ayons faits ensemble, et c’était un peu un heureux accident. Ça aurait très bien pu ne jamais devenir une chanson, si je ne l’avais pas fait écouter à des copains avant que Stu débarque. Ils avaient la chair de poule rien qu’à écouter la musique, et je me suis dit : « Il se passe quoi, là ? » Je n’étais même pas sûr que ça colle à Iced Earth. Je l’ai jouée à Stu, qui a dit : « Mec, j’imagine bien une ambiance western là-dessus ». Nous avons commencé à réfléchir au sujet de la chanson, et il a trouvé des paroles géniales dans la direction qu’il a prise, avec de supers mélodies vocales et une sacrée allure. Cette chanson a de l’allure, et c’est très nouveau pour Iced Earth. Il y a aussi « Chtulhu », qui n’est pas vraiment nouveau pour Iced Earth. C’est une chanson typique du groupe, un moment spécial sur l’album. C’est l’un de mes titres préférés sur le disque. Et puis il y a « Spirit Of The Times » et « Highwayman ». C’est une chanson country que nous avons transformée en chanson metal, avec la participation de nos meilleurs potes sur terre. Il y a Russell, Michael, Stu et moi, et c’est vraiment cool.

Lors de notre dernière interview, tu as déclaré que tu n’avais « aucun désir d’aller plus profond encore dans l’histoire de Something Wicked ». Tu l’as pourtant fait, avec les six premières chansons de Plagues Of Babylon. Qu’est-ce qui t’a poussé à dédier la moitié du disque à ce concept ?

Je ne pense pas avoir dit que je n’en avais pas envie. Là maintenant, je ne peux pas te dire à quoi ressemblera le nouvel album. Notre dernière interview a eu lieu alors que Dystopia venait de sortir, nous l’avions tout juste fini. Je ne savais pas ce qui allait se passer. Avais-je envie à ce moment-là d’écrire sur Something Wicked ? Non. Mais Stu est un grand fan de zombies et de films d’horreur, et nous avons commencé à discuter de la possibilité d’en faire une chanson. Je me suis mis à y penser vraiment : « On pourrait exploiter le concept de l’apocalypse zombie et en faire quelque chose de cool et de profond ». Ça ferait un bon scénario de film, tu vois ? Il y a pas mal conneries réelles là-dedans, ce qui rend les choses encore plus flippantes, selon moi. Nous avons simplement décidé de continuer dans cette voie. Il est impossible d’arrêter de raconter des histoires dans l’univers de Something Wicked. Tu peux prendre n’importe quelle étape de l’histoire humaine, ou quelque chose susceptible de se produire, et le mettre dans ce cadre pour obtenir une histoire vraiment cool. Mais je n’ai rien de prévu pour le prochain album, je ne sais pas ce qui va se passer.

L’album comporte une chanson intitulée « Chtulhu ». Le mythe de Chtulhu a été utilisé par beaucoup de groupes de metal, mais quelle est votre propre relation à l’œuvre de H.P. Lovecraft ?

Oh, on était complètement pétés sur la plage un soir… (rires)

Stu : En gros, c’est ça ! J’ai débarqué en Uruguay et on a fait la fête pendant trois jours. On ne s’était pas vus depuis longtemps et il fallait évacuer la pression. On était sur la plage à 5 heures du matin, en train de hurler, alors que l’océan faisait des rouleaux…

Jon : Il y avait un énorme orage, avec pluie et tonnerre, et nous au milieu à hurler « FUCK ! YOU ! »

Stu : On pétait un peu les plombs, parce qu’au fond, nous sommes un groupe de pirates Vikings primaires. On appelle ça des Virates, des Vikings pirates. (rires) Jon avait cette musique, et je lui ai dit : « J’ai envie d’écrire à propos de l’océan ». Il a commencé à y réfléchir, et il a dit : « Il faut parler de Chtulhu sortant de l’océan ». Si tu lis les paroles, je suis curieux de savoir comment tu interprètes ce que j’ai essayé de dire.

Jon : Il a écrit les paroles, elles sont géniales. Parmi les meilleures qu’il ait jamais écrites. Il a même lu le livre sur Internet.

Stu : Oui, je l’ai lu. Je n’étais pas tout à fait familier avec l’histoire, et j’ai adoré. Ça m’a vraiment encouragé à me l’approprier et à l’écrire à ma façon. Maintenant, je suis fan de H.P. Lovecraft. Il parle beaucoup de mythologie, c’est très cool. C’était un sujet sympa sur lequel écrire.

Jon : C’est la première chanson sur laquelle nous ayons travaillé pour cet album. La musique est bonne et le refrain est l’un de mes préférés d’Iced Earth. C’est parfait pour faire chanter le public. J’adore !

« L’important, c’est que l’esprit soit le bon. Quelle que soit la langue qu’on parle, quel que soit le pays dans lequel on vit, ce n’est pas un problème. »

Jon, tu t’inspires beaucoup de ce qui se passe dans le monde, de la politique, etc. Depuis la sortie de Dystopia, il s’est passé énormément de choses, comme le scandale de la NSA, la Syrie, etc. Certains de ces sujets se sont-ils retrouvés dans l’album d’une façon ou d’une autre ?

Tu devras poser la question à ma batterie d’avocats ! (rires) C’est juste, tu vois…

Stu : Lisez les paroles ! (rires)

Jon : Lisez les paroles et faites-vous votre propre idée. Je n’irai pas sur ce terrain-là, tu vois ce que je veux dire ? On est dans la merde ! Nos pays sont dans la merde, nos gouvernements sont dans la merde, ce sont des criminels. Il est temps que les gens s’en rendent compte. C’est tout ce que je peux dire.

Jon, tu es Américain, et toi, Stu, tu es Canadien ; Luke est Anglais et Raphael est né au Brésil et a été élevé en Italie. Iced Earth est devenu un groupe international ! Comment fonctionnez-vous en tant que groupe avec des musiciens venus des quatre coins du monde ?

Nous vivons un peu partout dans le monde, mais ça n’a pas vraiment d’importance. À nos débuts, nous vivions tous à Tampa. C’était notre camp de base, là où nous répétions quatre soirs par semaine. Ensuite, j’ai déménagé le groupe en Indiana, pour commencer à conquérir l’Amérique. J’ai mis en pratique la même stratégie que Kiss : partir du Midwest, jouer à Detroit, Cleveland ou Chicago le week-end, faire tout notre possible pour nous étendre à la côte. On l’a fait, ça a marché. À ce moment-là, il est devenu évident que, du moment que tout le monde continuait à s’entraîner, nous n’avions pas besoin de vivre au même endroit. Nous pouvions revenir à nos racines. L’objectif était d’aller en Indiana et de faire bouger les choses. Une fois qu’elles ont bougé, nous pouvions vivre où nous voulions. À l’époque, c’était dans différents États, et maintenant, c’est dans différents pays. Mais ce n’est pas un problème. On se retrouve pour répéter avant une tournée, pendant un mois, ou cinq ou six semaines. Stu et moi avons fait des démos très détaillées en Uruguay, puis le groupe s’est retrouvé pour passer les chansons en revue. Nous avons fait quelques changements au niveau des arrangements, ajouté des parties, ce genre de truc. Puis nous sommes entrés en studio pour enregistrer. Où nous vivons n’a aucune importance. L’important, c’est que l’esprit soit le bon. Quelle que soit la langue qu’on parle, quel que soit le pays dans lequel on vit, ce n’est pas un problème.

Comme tu l’as déjà dit, Michael Poulsen de Volbeat et Russell Allen de Symphony X chantent tous les deux sur la chanson finale, « Highwayman ». Comment s’est fait ce projet ?

Je voulais faire ça depuis quelques années – environ trois ans. Nous avons eu de la chance, car nos plannings respectifs nous ont permis de le faire. Michael traversait une période difficile, il travaillait comme un malade, c’était dingue. Mais il a pris une journée, sauté dans sa voiture, conduit quatre heures jusqu’au studio, chanté ses parties et fait le chemin inverse. Il est fier d’être impliqué et je suis vraiment très fier de l’avoir sur le disque. Je n’aurais pas voulu faire cette chanson sans l’un d’entre eux. Ça ne marcherait pas. Ce qui compte dans cette chanson, ce sont les paroles, le chant et la camaraderie. Si vous écoutez les paroles et si vous comprenez qui nous sommes vraiment, tous les quatre, en tant que personnes, alors vous aurez un aperçu de notre petit monde. C’est une question de camaraderie, tu vois ? Si Michael n’avait pas pu le faire cette fois-ci, je n’aurais pas sorti la chanson. Aucune chance. Pareil avec Russell et Stu. Nous avons tous notre place sur ce titre, tu vois ce que je veux dire ? C’est un truc spécial.

Hansi Kürsch de Blind Guardian a également participé aux chœurs sur plusieurs chansons de l’album. En avez-vous profité pour commencer à travailler sur le prochain album de Demon And Wizards, ou du moins pour le planifier ?

Non, aucune chance. Ça se fera un jour, mais c’est une question de temps. Je n’ai tout simplement pas le temps. Mon emploi du temps est dingue, et Hansi est un type très occupé, lui aussi. Ça se fera, mais je ne sais pas quand. Ça arrivera quand ça arrivera. Je sais que le public l’attend, ça a beaucoup de succès. On le sait bien, mais il faut le faire pour les bonnes raisons. Ce n’est pas une question d’argent. C’est l’histoire de deux amis qui, après des années d’amitié, se sont rendu compte qu’ils pouvaient écrire des chansons ensemble. Nous avons créé notre petit monstre de Frankenstein, c’est assez cool. Mais il faut que ça se fasse pour les bonnes raison, et de la bonne façon. Je ne veux pas caser ça dans mon planning sous prétexte qu’il faut le faire. Il faut que ça soit fait correctement, il faut que ce soit spécial.

L’artwork de Plagues Of Babylon marque la fin d’une longue collaboration avec Nathan Perry et Felipe Machado Franco. Qu’est-ce qui vous a motivé à changer de style graphique et à faire appel à Eliran Kantor cette fois-ci ?

Ce n’est pas exactement comme si c’était la fin de notre relation avec ces gars. Ils travailleront sans doute à nouveau pour nous dans le futur. Eliran m’a contacté via notre management, il voulait faire une pochette pour nous. J’ai jeté un œil à son style, et j’ai dit : « Wow, c’est très cool, mais il faut que je voie comment tu comptes faire Set ». C’était important, parce que je savais déjà quels devaient être le concept et le thème de la pochette. Nous avions toute une vision mise en place. Il a fait un portrait de Set et je me suis dit que ça pouvait le faire. Je voulais pousser ça au niveau supérieur. Son style est plus réaliste. La plupart des vieilles pochettes ont un style comic-book que j’apprécie toujours. Eliran travaille en numérique, mais ce qu’il fait ressemble à une peinture. On y voit presque des traces d’huile et de pastels. C’est très cool, et ça apporte un certain… Je trouve que c’est méchamment violent ! (rires) C’est une pochette très flippante et sombre, et je pense que c’était le bon album pour ça. Malgré les moments très cool comme « Highwaymen » et notre « Fuck you ! » à la fin, malgré le côté fun de ce qu’on fait, il y a des messages costauds, de vraies histoires et des moments très humains sur cet album. Je trouve que cette pochette correspond très bien.

Bonus, une photo prise au téléphone portable de nos deux énergumènes s’amusant comme des fous sur le lit de l’hôtel :

Interview réalisée en face à face le 26 octobre 2013 par Saff.
Questions et introduction : Spaceman.
Traduction et retranscription : Saff.

Site internet officiel de Iced Earth : www.icedearth.com

Album Plagues Of Babylon, sortie le 6 janvier 2014 chez Century Media Records



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