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Chronique   

Igorrr – Savage Sinusoid


Lorsqu’on demande à Gautier Serre, l’homme derrière Igorrr, quel est l’avenir du metal, il répond qu’il se meurt, et qu’il veut jouer ce qui pour lui sonne juste. Voilà depuis le début où a été le point d’ancrage de la musique de ce projet français. Depuis ses premiers projets solos son parcours à bien évolué. Il a été rejoint par plusieurs personnes pour approfondir sa musique et a signé chez un label indépendant de musique électronique française. Puis finalement, en 2013, sous le label Metal Blade Records, Gautier Serre et son équipe démarrent en studio l’enregistrement de son onzième projet et cinquième album : Savage Sinusoid. Un album démontrant encore une fois l’ingéniosité de ce Français dans son désir de mêler du black-death avec du trip hop ainsi que des sonorités baroques (un mélange grandiloquent). Après quatre ans d’un travail intensif nous apparaît la nouvelle pièce de l’édifice unique qu’Igorrr à toujours représenté. Reste à savoir si à vouloir trop approfondir la musique, on ne devient pas inaccessible.

Sur scène il porte un t-shirt Cannibal Corpse et on peut citer parmi ses influences Aphex Twin ainsi que Bach ou Rameau. Pas étonnant de trouver tant de diversité dans l’album et si bien arrangé par ses nombreuses machines. Dès les premiers instants de l’écoute, l’auditeur découvre la folie d’un genre unique. Le titre « Viande » démarre l’album avec les cris de Laurent Lunoir, l’un des principaux acteurs sur scène lors des performances live d’Igorrr. Chez lui s’incarne parfaitement ce terme de « sauvage », poussant des cris sans réelle distinction de texte, appuyés de riffs lourds et entraînants. Avant d’enchainer sur le titre « IeuD », bien plus baroque dans son approche, démarrant sur un clavecin et enfin accompagné du même chanteur prouvant ses qualités de baryton. Ainsi s’enchainent les onze titres de Savage Sinusoid. Passant de la douceur de « Problème D’Emotion » et ses sens mélancoliques, à « Spaghetti Forever » ou encore « Va Te Foutre » et son clavecin déchainé. On ressentirait presque de l’angoisse, voir du malaise sur l’album. Avec une forte impression d’être dans la tête d’une personne malade enfermée dans une camisole de force. Enchaînant les crises à base de Sitar, d’accordéon, de saxophone et ses nombreux sons électroniques dérangeants. La musique d’Igorrr ne fait pas seulement voyager dans les époques avec ses sons venus de tous âges, mais on se sent également transporté sur la planète. Soudainement à Paris puis en Inde, Savage Sinusoid puise sa force dans ses influences, dans son audace, mais également dans le talent indéniable des musiciens : la puissance de Sylvain Bouvier à la batterie et les envolées dignes de Soprano de Laure Le Prunenec ainsi que Nils Cheville (Pryapisme) à la guitare acoustique.

Lorsqu’on se penche sur la construction de l’album, on remarque tout cet aspect fait main. Un bricolage constant (tel que découper des cymbales), apportant, malgré l’aspect électronique de sa musique, ce fort côté organique. Tel Jean-Michel Jarre nous accueillant dans sa « cuisine », Igorrr nous montre les facettes de son garage où il bricole sa musique en compagnie de ses musiciens. La musique de Gautier Serre en sort éminemment humaine. Ne limitant son processus de création à aucune frontière, il décide de prendre tout ce qui lui plait dans la musique, même si à la première approche, rien ne peut les mélanger. Bien loin de la machine que l’on pourrait identifier à la musique électronique, Igorrr utilise un panel large d’instruments et de styles, mêlant des solos d’accordéons avec un blast de batterie derrière ou allant même jusqu’à s’offrir un solo de basse jumelé à des sonorités semblables à d’anciennes consoles de jeux vidéo. À juste titre car Gautier utilise une Comodore 64, une Nes ainsi qu’un aspirateur afin d’enregistrer leurs sons ! Il suffit de regarder les making of mis à disposition pour se rendre compte de l’implication de l’artiste dans son oeuvre.

Il aura fallu quatre ans de studio à Gautier Serre et son équipe pour créer Savage Sinusoid, le digne successeur d’Hallelujah sorti en 2012. Sans doute qu’aucun titre ne pourra toucher de la même manière que « Tout Petit Moineau », en revanche voilà son album le plus cohérent, construit, travaillé et varié. Nostalgique et futuriste, destructeur et mélancolique, rare sont les artistes pouvant bouleverser la musique comme le fait Igorrr. Un artiste unique et surprenant dans le paysage du metal et de l’électro, n’écoutant que ses goûts et sa folie.

Album en écoute intégrale :

 

Album Savage Sinudoid, sorti le 16 juin 2017 via Metal Blade Records. Disponible à l’achat ici



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  • Waltarigorrr dit :

    J’aime bien Igorrr, mais je ne comprends décidément pas pourquoi Radio Metal persiste à ignorer Waltari, qui est portant une référence de ce genre de cross-over extrèmes.

    Ils exploraient déjà la fusion techno-death-dance-metal-opera-pop(etc.) il y a plus de 20 ans.

    Leur Death Metal Symphony in deep C est complètement dingue, mais surtout c’értait la première fois qu’un groupe réussissait vraiment la fusion d’un vrai orchestre symphonique, d’une cantatrice, de growl, et et même d’electro.

    Mes premières claques dans ce genre :
    https://youtu.be/B8LcpAXn5k8
    https://www.youtube.com/watch?v=oMeYWXIwIEY
    https://www.youtube.com/watch?v=2ohEtjHvLhM

    Et avant, il y avait déjà eu So Fine! ou leur reprise du Vogue, de Madonna, et après : Get Stamped, Walking in the Neon, etc.

    Alors oui, j’aime bien Igorrr un peu pour les mêmes raisons que Waltari, mais niveau composition je ne trouve pas ça aussi abouti.

    [Reply]

    Waltarigorrr

    …et j’oublie préciser que Yli-Sirnio (Kreator) officie chez Waltari depuis bientôt 30 ans…

  • Ça fera probablement partie de ma prochaine fournée d’achats.
    Par contre, ils ont plein de dates et ils ne figurent pas encore dans l’agenda concerts de RM, on dirait ! Voir liste à droite : https://igorrr.bandcamp.com/album/savage-sinusoid

    [Reply]

  • Album totalement impressionnant.
    Après avoir entendu le titre « Spagheti forever » j’ai immédiatement commandé le CD.
    Il a même réussi à me faire aimer l’accordéon, c’est dire !

    [Reply]

  • j’ai écouter l’ album entièrement il y a quelque temps.Une grosse claque.
    énormément de choses à découvrir en terme d’associations d’instruments , d’arrangements et de structures musicales totalement nouvelles. Très intéressant à écouter. Il faut , bien entendu, ouvrir ses chakras à bloc. Le genre risque d’être forcément restrictif au niveau du public du fait de ce coté inhabituel et parfois too much. On n’écoutera pas Igorrr comme on écoute le dernier Metallica . L’interêt est surtout dans cette manière propre à pousser les limite artistiques si il en restent encore à faire tomber …
    Un internaute américain qui fait des reviews en live sur You Tube a regardé la vidéo « IeuD » tout en se filmant avec la webcam . A voir :
    https://www.youtube.com/watch?v=5c6LnPC_SR0
    son premier mot : Speechless !!!!!

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