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Chronique   

Igorrr – Spirituality And Distortion


Difficile de prévoir ce que Gautier Serre, l’homme derrière Igorrr, a en tête. Ce qui est certain, c’est que les conventions seront mises à mal. Igorrr se plaît à mélanger quantité de styles musicaux parfois pour le simple amour du contraste. L’extravagance n’est jamais un frein, elle est presque recherchée. Savage Sinusoid (2017) avait en quelque sorte validé cette formule, supportée par le label Metal Blade Records. Spirituality And Distortion entérine la démarche d’Igorrr qui ne supporte pas d’être figé dans un seul état d’âme et fuit toute musique monolithique. Spirituality And Distortion est un itinéraire sinueux, parfois tranquille, parfois abrupt.

À l’instar de Savage Sinusoid, Spirituality And Distortion opère une fusion entre éléments électroniques, guitare saturée et instruments traditionnels. Spirituality se montre assez ambitieux sur ce plan, accueillant plusieurs invités, que ce soit le violoniste Timba Harris, le bassiste Mike Leon, le pianiste Matt Lebofsky, le joueur d’oud Mehdi Haddab, l’accordéoniste Pierre Mussi, le joueur de Kanoun Fotini Kokkala et le joueur de clavecin Benjamin Bardiaux. Ces nouveaux arrivants rejoignent d’autres collaborateurs plus anciens d’Igorrr, notamment la chanteuse Laure Le Prunenec et Laurent Lunoir. Igorrr se réserve en outre quelques surprises, dont la plus notable reste la participation de George « Corpsegrinder » Fisher de Cannibal Corpse. Les influences orientales sont d’emblée mises en avant à travers l’introduction de « Downgrade Desert ». Igorrr joue sur les atmosphères mystérieuses et la tension produites par les instruments traditionnels avant de les supplanter par un riffing indus à la rythmique massive. La fusion entre les univers est opérée par le travail des chanteurs, qui crédibilise la conjugaison des styles. « Nervous Waltz » reprend quant à lui les inspirations classiques et baroques pour les faire dériver vers du black metal ou un solo de basse slappée trafiqué, haché et frénétique. En seulement deux titres, la palette d’émotions proposée par Igorrr a de quoi décontenancer. Le death de « Parpaing », porté par le growl de George Fisher, se transforme soudainement en musique 8 bits, jeu sur le contraste entre une musique technique et brutale et des arrangements minimalistes. « Musette Maximum » ira quant à elle jusqu’à créer un nouveau genre, une « dark-musette » incongrue. L’une des réussites d’Igorrr tient à ce que ces alliances improbables ne nous surprennent plus.

Il y a toutefois quelques écarts d’intensité entre les morceaux, comme si la diversité recherchée créait une sorte d’inégalité entre ces derniers, qui se ressent à l’écoute. Le très court et rythmiquement déluré « Very Noise » ou l’amusant « Musette Maximum » deviennent presque anecdotiques comparés à d’autres compositions plus ambitieuses telles que « Himalaya Massive Ritual » avec ses instruments tibétains, ses vocalises et son final dantesque où le couple guitare-batterie nous assène des coups de massue, ou encore « Paranoid Bulldozer Italiano », amalgame d’éléments indus, hardcore et baroques. Parfois, l’effort d’hybridation se veut presque trop forcé et moins délicat, à l’image de « Barocco Satani » et cette scission de deux registres trop évidente. Igorrr se veut plus efficace lorsqu’il s’attelle à ciseler des atmosphères inédites ou des accroches mélodiques plus marquées. Le post-metal de « Polyphonic Rust » abonde en ce sens et intègre savamment des influences de musique classique sans altérer la dynamique du morceau. Que les habitués d’Igorrr se rassurent, ce dernier conserve évidemment un certain sens de l’humour qu’il déploie dans « Kung-Fu Chèvre », composition timbrée alternant musique traditionnelle, beats débridés, vociférations et bêlements de chèvre.

Spirituality And Distortion s’inscrit dans la droite lignée de Savage Sinusoid et s’en distingue avec peut-être plus de recours aux musiques traditionnelles (orientales, méditerranéennes, balkaniques, etc.). Le dessein d’Igorrr reste similaire, un enthousiasme pour la recherche débridée d’émotions complexes et un refus catégorique de la rigidité. Les habitués s’y retrouveront aisément, s’amusant à nouveau de l’éclatement des barrières. Ceux qui utilisent Spirituality And Distortion comme porte d’entrée pourront adhérer au travail mélodique et atmosphérique de certaines compositions, avant d’embrasser les élans plus osés de Gautier Serre.

Clip vidéo de la chanson « Parpaing » avec George Fisher de CANNIBAL CORPSE :

Clip vidéo de la chanson « Very Noise » :

Album Spirituality And Distortion, sortie le 27 mars 2020 via Metal Blade Records. Disponible à l’achat ici



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  • Mr Claude dit :

    J adore ce côté « No Limit » du trip.

    Les 2 clips sont bien délirants, et CorpseGrinder en featuring, ça impose.
    Le gars pousse bien le bouchon, mais ça reste cohérent, un peu di c etait le Mr Bungle de l’extreme!

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