ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Ihsahn – Ámr


Difficile d’appréhender ce que va faire Ihsahn. On sait simplement que la qualité devrait être au rendez-vous, en témoigne son œuvre au sein d’Emperor ou l’accueil positif de ses disques solo. Ihsahn est devenu au fil du temps une icône, réputé pour sa volonté de sans cesse innover tout en conservant un attachement à la musique extrême. Arktis démontrait l’ouverture d’Ihsahn à divers horizons musicaux, avec quelques invités en prime. Il donnait en outre une image moins isolée de l’artiste, plus enclin à prôner l’accessibilité de sa musique (relativement parlant). Son dernier travail intitulé Ámr ne va pas dans le sens contraire. Il ne va pas non plus se reposer sur des acquis à peine approfondis.

Ihsahn a conservé des éléments probants, telle la présence de Tobias Ørnes Andersen (ex-Leprous) à la batterie. En revanche, Ámr ne compte pas autant de contributeurs que son prédécesseur, seule la présence de Fredrik Åkesson d’Opeth sur le solo d’ « Arcana Imperii » est à noter. Ihsahn conserve également une approche stylistique similaire à Arktis, à savoir une sorte de jonglage entre racines black, jazz moderne et dans une certaine mesure de l’électro vintage, le tout dans une atmosphère plus sombre et pesante, plus intimiste d’une certaine façon. L’album s’ouvre avec « Lend Me The Eyes Of The Millenia » et des nappes de clavier qui rappellent les bandes originales de John Carpenter. Ihsahn vient y apposer un growl tranchant porté par un jeu de guitare typique du black scandinave que les fans d’Emperor apprécieront. On passe ainsi d’une atmosphère presque synthwave a un titre sombre aux arrangements grandiloquents (les cuivres symphoniques ne sont pas en reste), exubérance que l’on ne retrouve qu’au sein de cette entrée en matière. Ámr n’a besoin que de quelques secondes pour marquer l’auditeur et laisser planer le doute quant aux orientations d’Ihsahn : on ne sait simplement pas ce qu’il va advenir. « Arcana Imperii » persiste d’ailleurs dans ce flair plus agressif, avec un entremêlement de chant clair et de growl qui précède un refrain très mélodique. Choisi pour être le single de l’album, on retrouve un condensé de ce que propose Ihsahn : un riffing progressif, des plans de batterie aux airs parfois d’acrobaties, des arrangements électro (ici très dilués) et surtout un travail vocal de haute volée. Si l’on connaît bien le timbre hurlé d’Ihsahn, force est de constater que les passages les plus poignants sont ceux où ce dernier exerce son chant clair, notamment sur les couplets suaves de « Samr ». La composition a des allures de ballade complètement assumées, au refrain très ampoulé, en cochant toutes les cases traditionnelles de l’exercice, à savoir les notes de piano en guise d’arrangements et le solo endiablé.

Ce titre a le mérite de souligner le point central d’Àmr : le chant et sa dichotomie. Il y a toujours une alternance entre des lignes vocales mélodiques sur un titre ou un passage, succédé par une approche plus rugueuse sur le suivant et vice-versa, à l’instar de « One Less Enemy » (et ses excellents enchevêtrements de guitare), lui-même suivi du très cinématographique « Where You Are Lost And I Belong » et ses percussions à la reverb soutenue. Un titre tout en tension où Ihsahn livre un chant presque à fleur de peau. Même le très progressif « In Rites Of Passage » prend le temps de construire un pont très calme au terme d’une alternance de riffs gras et plages électro malsaines. Cette bipolarité constante qu’a dessinée Ihsahn sur Àmr se synthétise sur « Marble Soul » via des allers-retours entre un riffing brutal au chant très sec et un refrain presque pop au rythme minimaliste. Surtout, Ihsahn nous gratifie d’une conclusion digne de ce nom grâce à « Wake » qui mêle savamment metal progressif et black metal frénétique. L’outro est une véritable montée en puissance avec un chant clair complètement débridé. Lorsqu’Ihsahn a décidé d’une direction musicale à suivre, rien n’est timoré.

Black, électro, metal progressif : Ihsahn persiste dans son exploration des genres (notamment ce rapport aux synthétiseurs analogiques). Si l’on considère cet aspect de sa musique, Ámr incarne une certaine continuité. Seulement, la continuité selon Ihsahn est une garantie de surprise. Il y a toujours cette difficulté à anticiper les évolutions de ses compositions. Pourtant, de manière subtile, il parvient à maintenir voire franchir un nouveau palier dans l’ « accessibilité » développé avec Arktis ; un paradoxe pour un album qui se veut plus claustrophobe, par opposition aux grands espaces de son prédécesseur. Un album aussi violent et âpre (méliorativement parlant) que nuancé, doux et ainsi entraînant, foulant même sans vergogne le terrain de la pop sirupeuse sur le refrain sautillant de « Twin Black Angels ». Ámr est finalement le disque d’un Ihsahn plus communicatif et intime qui a le sens de la mesure (quarante minutes qui suffisent amplement). Et on l’écoute sans sourciller, peut-être plus qu’à l’accoutumée.

Clip vidéo de la chanson « Arcana Imperii » :

Album Ámr, sortie le 4 mai 2018 via Candlelight/Spinefarm. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Hellfest - Altar - Jour 3
    Slider
  • 1/3