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Interview   

Ihsahn : explorateur de l’extrême


Ihsahn 2016Que de chemin parcouru par Ihsahn depuis ses débuts avec Thou Shall Suffer puis Emperor au début des années 90, parfois au grand dam de ceux qui auraient préféré le voir s’accrocher à ce black metal dont il est devenu une des figures historiques les plus incontournables. Mais Ihsahn est un invétéré curieux, explorateur de l’extrême qui avance sans arrêt à la découverte de nouveaux horizons et nouvelles façons de penser sa musique.

Il n’y a rien d’étonnant lorsqu’il se dit très inspiré par tous ceux qui ont le courage de tracer leur propre route en prenant des chemins de traverse, sans toujours savoir ce qui les attend. Ses expérimentations ont affiné l’artiste qu’il est, dévoilant de nouvelles facettes de sa personnalité, mais en aucun cas elles ne l’ont changé, fidèle qu’il est resté à un état d’esprit sans borne autre que sa propre sincérité. C’est ça, d’ailleurs, pour lui l’esprit black metal, estimant contradictoire que des adeptes de ce style veuille l’enfermer dans une boite, que ce soit sa musique en tant que telle ou les fréquentations qu’on y est censé ou pas avoir. « Heureusement, je viens du black metal, donc je m’en fiche ! » s’amuse-t-il pour balayer les reproches des conservateurs à son égard.

La conception de Das Seelenbrechen n’était pas encore terminée qu’il songeait déjà aux prochaines contrées musicales qu’il voudrait explorer. Chez Ihsahn, tout est lié et a une raison d’être. C’est ainsi qu’à la musique expérimentale, parfois improvisée, de l’album de 2013 succède cette année un Arktis aux chansons, au contraire, très structurées. Au-delà de son mode de pensée toujours emprunt de beaucoup d’intelligence, c’est donc ce nouvel opus que nous avons décortiqué avec lui, évoquant ses spécificités, ses paradoxes, ses inspirations, ses collaborations, etc.

Ihsahn 2016

« J’ai toujours admiré les compositeurs qui étaient capables de se cantonner à cette formule [de chanson pop rock plus standard] tout en faisant quelque chose de vraiment palpitant, bon et intéressant. »

Radio Metal : Au sujet d’Arktis, tu as déclaré que « le but pour cet album était d’écrire selon des structures de chansons plus traditionnelles tout en donnant à chacune d’entre elles une identité propre, que ce soit via la récurrence d’une mélodie, un refrain, un type de son ou un bon vieux riff de guitare. » Du coup, est-ce que cet album a été consciemment réalisé en réaction à Das Seelencrechen qui lui était très expérimental dans ses structures?

Ihsahn (chant & guitare) : Ouais, je dirais ça. C’est un peu le privilège qu’offre ma manière de travailler, en tant qu’artiste solo mais aussi dans mon propre environnement studio. J’imagine que ça a toujours été comme ça dans ma carrière solo. Pendant la période où j’écris un album, je vais trouver des idées pour la direction que prendra le suivant. Avec les paramètres particuliers que j’ai établi pour Das Seelenbrechen, qui était bien plus improvisé et ouvert, je trouvais intriguant l’idée que, pour le prochain album, je me concentrerais sur l’exact opposé, en essayant de lui conférer une forme plus stricte et en adoptant un savoir-faire plus traditionnel dans la composition. Donc, effectivement, la planification de l’album s’est produite pendant la conception de Das Seelenbrechen. J’en suis arrivé à une certaine routine qui fait qu’à chaque fois que je décide de faire un autre album, j’esquisse des idées, un cadre pour le type d’album que j’ai envie de faire avant même de commencer à écrire la moindre note. J’ai donc consigné tout ça dans un cahier contenant toutes mes notes pour chaque album solo que j’ai fait jusqu’à présent. Ça m’aide un peu d’un point de vue créatif parce qu’évidemment, dans cet environnement studio où je suis seul aux commandes, je peux plus ou moins faire ce que je veux. Il n’y a pas ces compromis naturels entre des individus d’un plus gros groupe. C’est donc très utile d’avoir une idée globale de l’album et du concept afin de rester focalisé sur les détails, d’un point de vue technique, et ne pas faire un album qui part dans tous les sens.

Sur Das Seelenbrechen, la chanson « Pulse » semblait être un peu à part en étant très accrocheuse, presque pop. Est-ce que cette chanson pourrait avoir été le point de départ pour développer le côté accrocheur de ce nouvel album ?

Je ne sais pas. J’imagine que c’est la part de subconscient. Evidemment, avec chaque nouvel album, tu fais de nouvelles expériences, tu élargis ta palette et tu agrandis ta boite à outils. Je crois que c’est naturel de réintroduire des choses qui m’ont donné l’impression de bien fonctionner sur certains albums. Das Seelenbrechen était le premier album où j’ai commencé à travailler de façon plus consciente avec des synthétiseurs générateurs d’enveloppe et ce genre de choses que j’ai encore davantage utilisés sur ce nouvel album. Le fait d’implémenter plus d’éléments électroniques dans la musique provient aussi de certains travaux effectués sur l’album précédent.

De nombreux musiciens nous disent que faire une musique structurée plus simplement et accrocheuse est plus difficile que faire une musique expérimentale et progressive. Que te dis ton expérience par rapport à ça ?

Oui et non. Je suppose que j’ai un passif pour ce qui est de faire une musique plus ou moins complexe qui s’éloigne des formes traditionnelles mais Das Seelenbrechen était un grand défi pour moi, dans le sens où la musique metal, telle que je l’ai pratiquée au cours d’une bonne partie de ma vie, est un processus plutôt contrôlé et organisé ; d’une certaine façon, il n’y a pas beaucoup de place pour l’improvisation. Et Das Seelenbrechen adoptait une approche plus ouverte où vraiment tout pouvait arriver. J’ai donc un peu réinitialisé mes propres paramètres. Mais, à la fois, j’ai une grande admiration pour… Tu sais, j’ai grandi dans les années quatre-vingt ! Donc mon rapport à cette formule de chanson pop rock plus standard est évidemment très fort et j’ai toujours admiré les compositeurs qui étaient capables de se cantonner à cette formule tout en faisant quelque chose de vraiment palpitant, bon et intéressant. Donc, absolument, ça peut représenter un défi parce que tu limites les choses mais j’aime aussi voir ça comme un processus de distillation, où tu supprimes tous les trucs qui n’ont pas besoin d’être là. Je pense que c’est une des pistes à suivre pour en arriver à une chanson réussie. Je ne parle pas de réussite commerciale mais pour que quelque chose fonctionne sous cette forme, tu as besoin d’une idée solide qui se tient d’elle-même et construire la chanson autour, et ne pas trop compliquer les choses ; tu purifies ton expression.

Tu l’as mentionné : tu utilises beaucoup de synthés organiques et d’électronique sur cet album, et c’est quelque chose qui a été introduit dans Das Seelenbrechen. Et des chansons comme « South Winds » et « Frail » vont sans doute en surprendre beaucoup à cet égard. Du coup, d’où vient cet amour des synthétiseurs qu’on n’avait pas encore tellement entendu auparavant de ta part ?

Pendant un moment j’ai été fasciné par d’autres sons [que ceux qu’on entend dans le metal]. Très probablement parce qu’encore une fois, j’ai pendant longtemps travaillé dans le metal et tu te retrouves à utiliser les mêmes motifs et sons, et bien sûr, j’adore le son des guitares distordues, d’une batterie lourde et tout. Mais lorsque j’écoute de la musique, je fais toujours preuve de curiosité envers certains sons qui sont très intéressants, indépendamment de l’émotion ou du contenu des chansons. Pendant des années j’ai écouté des choses comme Radiohead, qui a autant fait du rock que de la musique purement électronique tout en sonnant toujours comme Radiohead, l’intégrité de Radiohead étant au cœur de sa musique, et j’ai trouvé ça très inspirant. Ces dernières années, j’ai écouté beaucoup de choses comme James Blake, par exemple ; il expérimente énormément avec les sons. Donc ouais, j’ai voulu implémenter ça dans mon propre univers. Et aussi, bien sûr, c’est vraiment amusant de bidouiller des filtres et des oscillateurs ! En fait, il y a énormément de choses disponibles désormais sur le plan digital, avec ton ordinateur, mais travailler avec des générateurs d’enveloppe, c’est presque comme manipuler un ampli guitare parce que certains de ces trucs, tout du moins ceux que j’ai à disposition, n’ont pas de préréglages. Du coup, tu dois bidouiller les sons et faire des ajustements pour le régler ce qui te conviendra. Tout ce qui te stimule et t’inspire est bon pour la musique. Et c’est le cas avec ça parce que je trouve que c’est intéressant et amusant de travailler là-dessus [petits rires].

J’ai même totalement remplacé la basse avec un synthé Moog. C’est juste une expérimentation parce qu’une bonne part de la musique électronique à laquelle je me réfère et qui m’a fasciné possède des basses énormes et profondes, ce qui confère une très grande solidité et des fondations fermes à la musique. Ainsi, d’après mon expérience, tu peux réussir à en mettre bien plus par-dessus dans les arrangements parce que tu as une armature solide qui tient le tout. Et aussi, c’est très typique de mélanger des guitares distordues avec une basse ou une basse légèrement distordue, de les faire presque fusionner, mais à mon sens, il y a un côté rafraîchissant dans le fait d’expérimenter en remplissant le bas du spectre avec une texture différente. Aussi, j’utilise beaucoup les guitares huit cordes, ce qui fait que je déplace déjà les sons de la guitare vers ce registre, donc ça a du sens de remplir l’espace autrement.

Ihsahn 2016

« Les gens, les écrivains et autres qui ont eu [l]e genre de courage [qu’a eu l’explorateur Fridjof Nansen] et qui embrassent la vie d’une façon aussi neuve, en ne voulant pas sombrer dans la conformité, je les trouve très inspirants. »

C’est amusant comme tu as ce riff hard rock très années 80 sur « Until I Too Dissolve » dans le contexte d’une chanson qui, au bout du compte, n’a pas tant à voir avec le hard rock des années 80 en soi ! Est-ce le genre de paradoxe que tu aimes explorer avec ta musique ?

Ouais, c’est un des grands avantages de la musique, tu peux marier ces grands paradoxes et malgré tout, ça aura quand même du sens. Je veux dire qu’en l’occurrence, si tu prends la musique pop, avec des gens qui hurlent à gorge déployée avec de la réverbération, sonnant comme s’ils étaient au sommet d’une montagne, tout en déclarant un amour intime envers quelqu’un [petits rires], c’est un sacré contraste ! Je trouve que ça fait partie de la beauté de la musique, en tant qu’expression artistique ; c’est si abstrait que tu peux t’en sortir avec un large éventail de choses au sein d’une même œuvre. Bon, aussi, le truc sur les années 80… Ce n’est pas non plus complètement conscient. En fait, pendant une grande partie de ma carrière, j’ai fait des riffs qui dépendaient plus ou moins de deux guitares. C’est encore un peu le cas aujourd’hui mais j’ai toujours admiré ceux qui parvenaient à faire des riffs à une guitare qui sonnent des classiques. Donc, en gros, c’était une tentative de parvenir à ça, à créer un riff old school qui serait très reconnaissable et accrocheur. J’ai grandi dans les années 80 et j’ai un très fort lien avec ce type d’expression. C’était vraiment cool de m’y essayer moi-même [petits rires].

L’album s’appelle Arktis, ce qui signifie « arctique ». Qu’est-ce que cette partie du globe représente pour toi ?

Je dirais que ça représente une grande part de l’inspiration pour les thèmes des paroles sur cet album. Et ces thèmes prennent aussi racine dans un sentiment d’appartenance. Ayant eu le privilège de voyager un peu à travers le monde, de rencontrer des gens venant de différents endroits sur terre, en ayant vu les singularités et les différences au sein de différents groupes de personnes, ça m’a un peu fait prendre conscience des spécificités et aspects de ma propre personnalité et aussi de ma musique qui est sans doute très liée à ma position géographique sur terre, au fait que j’ai grandi ici. A la fois, c’est aussi, pour moi, une sorte d’inspiration… Peut-être que je pourrais être plus clair. En fait, c’est aussi pourquoi j’ai fini par utiliser les photographies de Fridjof Nansen sur tout l’artwork, car c’était l’un des plus grands explorateurs norvégiens. Il était le premier à tenter d’atteindre le Pôle Nord en ski. Et toute son attitude, son désir d’affronter ce paysage rude et désolé, avec une approche emprunte d’excitation et de curiosité, tout en ayant un but indéfini mais quand même avec cette grande volonté d’explorer quelque chose de nouveau, de tracer sa propre route, pour moi, c’est une énorme source d’inspiration. De même qu’artistiquement, j’imagine que ce scénario est quelque chose à laquelle je me suis identifié dès le départ.

Est-ce que tu t’identifies à lui en tant qu’explorateur musical ?

Non, je ne dirais pas ça mais les gens, les écrivains et autres qui ont eu ce genre de courage et qui embrassent la vie d’une façon aussi neuve, en ne voulant pas sombrer dans la conformité, je les trouve très inspirants. Et ceci est quelque chose que j’essaie de me rappeler à moi-même tous les jours et particulièrement dans ma musique. C’était cette excitation, cette curiosité et ce moteur pour m’exprimer et former ces nouveaux sons qui m’ont poussé à faire de la musique au départ. Evidemment, avec les années, tu acquiers plus d’expérience mais, à la fois, j’ai envie de conserver cette excitation enfantine vis-à-vis de tout ce qui est nouveau et d’essayer de me défier à faire de nouvelles choses. Je ne retomberais pas dans les mêmes motifs qu’avant.

L’album est très, très varié. Une chanson comme « South Winds » ne sonne en rien comme « Until I Too Dissolve », par exemple. Comment parviens-tu à mettre de la cohérence dans cette diversité ?

C’est difficile à dire. Bien sûr, venant de cette époque où les albums étaient encore importants, je pense que garder une cohérence dans un album est essentiel pour en faire l’expérience. Mais j’ai également toujours admiré les albums de pop qui contenaient des chansons où tu n’es pas limité à un ensemble particulier de sons. C’est typique dans la plupart des albums de metal : tu as un album et toutes les chansons ont les mêmes instruments et la même production, ce qui convient très bien à certains albums de metal et j’ai moi-même fait des albums ainsi. Mais j’ai toujours été fasciné par les albums qui mettaient la priorité sur le fait d’utiliser les instruments dont les chansons avaient besoin au lieu de faire un compromis général sur ce qui pourrait fonctionner sur toutes les chansons. C’est donc l’une des raisons mais, bien sûr, je pense que cette façon de procéder que j’ai eue m’a aidé à dessiner ou esquisser le type d’album que je voulais faire avant de commencer à composer. D’une certaine façon, ça maintient l’énergie et l’atmosphère générale très focalisées. Au bout du compte, suite à mon expérience, car ça fait longtemps que je fais ça, je fais confiance à cette manière de faire. Au final, si je me contente de m’y mettre de tout mon cœur lorsque je créé, avec cette idée générale derrière la tête, j’ai la possibilité d’aller plus loin musicalement avec différents instruments si j’ai une base et une idée solides.

Tu as déclaré que tu ne te souviens pas de t’être « autant amusé en faisant un album auparavant. » Pourquoi ? Qu’est-ce qui a fait la différence cette fois ?

Je pense que c’est à cause de la forme. C’est une forme tellement définie et c’est facile de s’y identifier, et aussi [parce que nous] éliminons toutes les options qui pourraient détourer de l’idée originale. En fait, une chanson de pop ou de rock sous cette forme est plutôt basée sur une accroche, il y a une chose identifiable, et tu peux construire toute la chanson autour de ça. J’imagine que c’est en partie ça qui était amusant, le fait d’explorer pour trouver ces idées. Et je pense que c’est assez distinct. Par exemple, « Until I Too Dissolve », ce riff est la base de cette chanson, donc j’ai construit la chanson autour de ce riff. Pareil pour la ligne de basse d’ouverture de « South Winds » qui parcourt toute la chanson. C’est ça l’idée générale, le fait de trouver une idée palpitante et ensuite tu construis autour de ça. C’est très typique, surtout chez les jeunes groupes de metal, ils apportent tous des riffs, les assemblent et ça a plus ou moins de sens, ça colle rythmiquement et au niveau de la tonalité, mais la façon dont je compose maintenant, je trouve qu’il est bien plus fascinant de partir sur des idées de base et façonner la musique à partir de ça plutôt que d’essayer de rapiécer des morceaux sans lien.

Ihsahn - Arktis

« Avec les années, tu acquiers plus d’expérience mais, à la fois, j’ai envie de conserver cette excitation enfantine vis-à-vis de tout ce qui est nouveau et d’essayer de me défier à faire de nouvelles choses. »

Musicalement, tu as beaucoup évolué depuis que tu as commencé avec Emperor. As-tu toujours le sentiment de faire de la musique dans le même état d’esprit que celui que tu avais à l’époque avec Emperor ?

Ouais, je le dirais. Je veux dire que les gens qualifient ma musique de pleine de choses différentes de nos jours mais, à mon sens, ce que je fais prend toujours plus ou moins racine dans le black metal. C’est un peu abstrait mais la raison qui me pousse à faire ça, c’est toujours la même. C’est presque un désir incontrôlable de créer de la musique que j’ai depuis que je suis très jeune, mais aussi, le type d’atmosphère que je veux obtenir lorsque je compose de la musique est, dans son essence, en presque tout point la même. Je dirais que chaque chanson et chaque album n’est qu’une tentative supplémentaire de me rapprocher de cette idée et de la développer. Étonnamment, je me sens également très privilégié, venant de Norvège et jouant l’une des formes musicales les plus extrêmes qui soit, d’avoir une carrière qui me permet de dépenser autant de temps et d’efforts à poursuivre cette passion que j’ai pour la musique. Je pense que je dois à moi-même et aux gens qui se sont investis, me suivent et écoutent ma musique le fait de pouvoir conserver le même état d’esprit, avec la même curiosité et tout.

Tu as étendu ta musique, injectant des influences provenant de plein de styles. Qu’est-ce qui fait que tu restes toujours attaché, malgré tout, à t’exprimer dans le cadre du metal, lorsque tu pourrais aller bien plus loin et vraiment faire tomber toutes les barrières stylistiques ?

Voilà le truc. En fait, comme je l’ai dit, dans le fond, d’une certaine façon, les inspirations sont très constantes. Aussi, il y a des thèmes récurrents dans mes paroles et des aspects récurrents dans ma musique. Le style de chant que je fais depuis que je suis très jeune, ce genre de cris typiquement black metal, ainsi que la guitare distordue, ce sont des choses que je pratique depuis si longtemps que c’est devenu comme une seconde nature pour moi ; c’est presque comme un langage en tant que tel. C’est donc très naturel pour moi de m’exprimer avec ces sons. Même si, comme je l’ai dit, j’ai décidé de faire un album sous une perspective de composition plus pop rock, je n’avais aucune intention d’essayer de sonner comme autre chose. Pour moi, ça fait une grande différence : l’approche, la technique et la forme, c’est une chose mais ce n’est pas mon intention d’essayer de sonner comme autre chose. J’essaie juste d’étendre ma manière de sonner. Et puisque je fais ceci depuis si longtemps, j’essaie au moins de faire confiance au processus. Ce qui fait que, même s’il se peut que j’aborde une chanson ou un album sous une perspective différente, au bout du compte, si je reste fidèle à mes goûts et à la façon dont je fais les choses, ça engendrera probablement un résultat qui sonnera comme moi-même et non comme une copie d’autre chose.

Il semblerait que le mot « extrême » en musique a, pour toi, une signification différente de celle qu’ont la plupart des gens. Qu’est-ce que « extrême » signifie pour toi ?

Je ne vois pas [ma musique] comme étant extrême. Tu sais, crier comme je le fais et tout, selon moi, ça n’implique pas forcément d’exprimer la colère. Ou le fait de jouer de la guitare distordue sur huit cordes, ce n’est pas aussi unidimensionnel que, selon moi, c’est perçu par ceux qui n’ont pas l’habitude de ce type de son. Un autre extrême serait la musique classique très, très expérimentale ou la musique bruitiste avant-gardiste ; ceux qui en ont l’habitude peuvent percevoir les nuances, alors que ceux qui sont confrontés à ce type de musique pour la première fois ont l’impression que c’est extrême et ne voient que l’arbre qui cache la forêt, comme on dit. Mais pour moi, il est tout aussi naturel d’avoir des rythmes rapides, des guitares lourdes et des cris que des parties douces. C’est juste que les parties agressives sont ce que je fais depuis le plus longtemps et donc apparaîssent comme une seconde nature [petits rires].

Une chanson expérimentale comme « Tacit II » sur Das Seelenbrechen pourrait être perçue comme étant pas mal extrême…

Ouais, en fait, c’est un peu comme revenir à la source. Cette chanson et aussi « Rec » étaient de pures improvisations. C’était un peu ma façon d’approcher la musique comme j’imagine Diamanda Galas approcherait un morceau de musique. Tu as une idée de paroles et une idée de base et tu y vas à fond, spontanément. C’était une expérience très, très intéressante.

Dirais-tu que les gens n’osent plus assez expérimenter de nos jours ?

Tout dépend. En fait, certaines personnes n’ont peut-être pas ce besoin mais si tu n’expérimentes pas par peur de ne pas obtenir de reconnaissance ou ne pas toucher le bon public ou décevoir ton public ou peu importe, je pense que, surtout dans le metal, tu te trompes peut-être de priorité. Ce n’est que mon avis. Je dirais que ceux qui sont attirés par le metal ou la musique extrême en tant que telle recherchent quelque chose d’authentique. Surtout moi, venant du black metal, si je me mettais à limiter mes options en fonction de ce que les gens pourrait aimer ou approuver ou pas, ce serait très étrange de ma part de faire ce type de musique en ayant ce genre d’attitude. Donc personnellement, j’essaie d’y aller à fond, avec honnêteté et une grande passion, peu importe où ça m’emmène, et ensuite, que les gens aiment ou pas, au moins ils obtiennent quelque chose d’authentique et honnête. Si j’essaie de simuler, que les gens en aient conscience ou pas, je pense qu’ils le sentiraient. Je crois donc qu’il est plus sûr de simplement suivre son cœur plutôt que d’essayer de trop faire le malin.

Et est-ce que la musique extrême, voire la musique en général, tendrait à devenir un peu trop codifiée selon toi ?

C’est vraiment difficile à dire. En fait, chaque sous-genre démarre avec ce genre de pensée libre et c’était le cas également avec le black metal. Ça commence avec quelqu’un qui se retrouve à faire une forme de musique un peu nouvelle et immédiatement après, on dirait que lorsque les gens s’y ouvrent, ils tentent de se focaliser dessus et on voit l’émergence d’une police du goût qui se met à dicter ce que c’est censé être et ne pas être [petits rires], ce qui revient à l’antithèse absolue de ce que l’idée d’origine était. Ce qui, bien sûr, est très triste. Prend Jimi Hendrix, par exemple, il branchait sa guitare dans une pédale de fuzz et puis directement dans la table de mixage, simplement parce qu’il aimait le son. Ce n’est complètement pas orthodoxe et personne ne ferait ça mais c’était un visionnaire et il voulait explorer. Et puis, vingt, trente, quarante ans plus tard, les gens essaient de le copier et de sonner exactement comme lui, ce qui est totalement contradictoire avec ce qu’il était en tant qu’artiste ! Avec lui, tout était une question de ne copier personne et de vraiment créer quelque chose de nouveau, et ensuite il y a tout un tas d’adeptes intégristes qui refusent que les choses changent.

Ihsahn 2016

« Je trouve contradictoire de voir des personnes attirées par cette liberté [à l’origine du black metal] participer à ce point à la limiter ! »

J’imagine qu’un autre bon exemple auquel je pense depuis son décès, c’est Lemmy de Motörhead, qui est devenu une icône dans l’histoire de la musique parce qu’il ne changeait absolument jamais, il a suivi les règles de son existence jusqu’à la dernière seconde [petits rires], il a grosso modo fait exactement la même chose tout au long de sa carrière et grâce à ça, il est devenu une icône. Mais à la fois, nous avons également récemment perdu David Bowie qui, je dirais, est aussi une icône de l’histoire du rock et de la musique pop mais pour les raisons tout à fait opposées ! Car il a été un caméléon, musicalement et artistiquement, pendant toute sa carrière mais tout en conservant l’intégrité de David Bowie en tant qu’artiste. Les deux sont des extrêmes et le facteur commun entre les deux était qu’ils étaient, l’un comme l’autre, tout aussi extrêmes et dévoués dans ce qu’ils faisaient, indépendamment du fait que ça signifiait être déterminé à constamment changer ou bien déterminé à rester sur une même ligne directrice. Tu sais, je suis un énorme fan de Radiohead qui a donné suite au succès d’OK Computer, un album de rock indé, avec un album d’électronique, tout en sonnant quand même comme Radiohead. Mais j’ai aussi de l’admiration pour AC/DC parce que ce qu’ils font fonctionne parfaitement pour ce qu’ils font [petits rires] !

Pourquoi, selon toi, les gens se sentent toujours obligés de se restreindre à quelque chose qu’ils connaissent ou à copier ?

C’est la mentalité de moutons des gens qui fait qu’ils se regroupent sur leurs propres idéaux et trouvent leur confort en tombant d’accord avec la majorité. J’estimais qu’aller rechercher la musique extrême et d’autres choses en dehors de cette conformité était plus fidèle à l’esprit originel de cette musique. Et c’est pourquoi je trouve contradictoire de voir des personnes attirées par cette liberté participer à ce point à la limiter ! C’est pour ça que j’aime rester chez moi, dans mon studio, et ne pas vraiment faire partie de tout ça [rires].

Tu t’inspires d’une large variété de musiques. Du coup, selon toi, quelles seraient les musiques que tu écoutes et qui t’inspirent auxquelles les gens s’attendraient le moins ?

Probablement que les gens sont un peu surpris que je sois fan de Prince, par exemple, mais ce n’est pas si étrange que ça ; je veux dire que c’est un musicien fantastique ! Mais aussi des trucs comme ABBA, FKA Twigs… Peut-être est-ce simplement que j’en suis arrivé à cet âge où je ne divise vraiment la musique qu’en deux catégories : la musique qui me plait, me procure quelque chose et me met dans un certain état ou la musique qui ne me fait rien du tout [petits rires].

Tu as une fois de plus fait appel à des invités. Et c’est vraiment plus qu’une question de mettre des noms sur l’album. La façon dont tu les utilises donne plus l’impression de couleurs sur ta palette que tu utilises lorsque tu as besoin d’une couleur particulière. Peux-tu nous en dire plus sur ton approche lorsque tu fais appels à ces invités ?

Merci, j’apprécie ta façon de voir ça parce que c’est courant dans l’industrie de la musique que, comme tu l’as dit, les invités se retrouvent à n’être que des noms. Je n’ai jamais cru là-dedans. Je trouve que c’est une combine trop facile [petits rires] pour attirer l’attention des gens. Pour ma part, c’est un peu à double tranchant parce que je suis du genre à vouloir tout régenter dans ma propre musique, et j’ai dû m’en rendre compte avec les années et c’est pourquoi je suis parti en solo [petits rires] ; peut-être que je ne suis pas la personne la plus facile avec laquelle travailler, je ne sais pas. Mais, bien sûr, même moi je peux me lasser de moi, de ma voix et de mon jeu [petits rires]. J’ai donc beaucoup de chance d’avoir à proximité des amis qui sont très, très talentueux. Lorsque je fais tout par moi-même, ça peut devenir difficile d’apprécier les chansons parce que tu sais bien ce que ça fait d’écouter sa propre voix enregistrée, n’est-ce pas ? Tu sais quoi dire mais, à la fois, ça peut être un peu gênant [petits rires] et c’est pareil avec la musique. Donc, lorsque je peux avoir des gens talentueux, comme ceux que j’ai sur cet album, pour qu’ils ajoutent leur propre couleur et fassent des choses que je ne pourrais pas faire moi-même, ça m’offre une sorte de distance par rapport à ma musique et mes chansons, de façon à ce que je puisse les apprécier différemment, de façon plus objective. Aussi, ça fait très longtemps que je me fie à Tobias Ørnes Andersen pour les parties de batterie, et que je fasse des structures de chansons traditionnelles comme ici ou un album d’improvisation comme le précédent, le fait d’avoir quelqu’un qui a son talent, par exemple, en tant que collègue et contributeur à ma musique, ça me donne de l’espace pour pousser ma musique encore plus loin parce que je sais que j’ai des gens avec qui je collabore qui peuvent assurer. Même avec Jens Bogren qui a mixé et masterisé l’album : il a mixé mes albums After et Eremita et il a aussi géré le mix, selon moi d’une façon parfaite, de Das Seelenbrechen qui était improvisé, et je savais qu’il pourrait se charger de mon approche plus traditionnelle avec cet album. Ça me donne encore plus de liberté, je trouve. Et évidemment, c’est un immense plaisir.

Einar [Solberg] de Leprous est un chanteur fantastique et il a une vraie classe dans son chant, c’est donc toujours merveilleux de l’avoir avec moi. C’est aussi très facile pour moi de lui demander ce genre de choses parce que c’est mon plus jeune beau-frère [petits rires], c’est donc la famille. Et bien sûr, Jørgen [Munkeby], avec son saxophone, selon moi… Dès la premières fois où nous avons travaillé ensemble [sur l’album After], le fait de l’entendre interpréter ma musique avec son instrument était une grande révélation pour moi. Pour les gens qui étaient attachés à mes albums précédents sur lesquels il a joué, je trouve qu’il prend presque le contre-pied des atmosphères de ces albums, rien qu’avec son phrasé sur cette seule chanson sur laquelle il apparaît dans cet album. Il y a une très, très forte identité dans son son. L’un des autres invités est Matt Heafy de Trivium, qui est devenu un bon ami ces dernières années. Il a ce genre de chant puissant typiquement américain que je ne pourrais jamais faire. Il était donc parfait pour ce genre de gros refrain sur « Mass Darkness ». J’ai aussi Nicolai [Tangen Svennæs] et Robin [Ognedal] de mon groupe live qui jouent des parties de clavier et de guitare sur « My Heart Is Of The North » parce que j’ai fait une expérience avec cette chanson en la jouant en concert avant de l’amener en studio. Ils ont leur propre façon de jouer leurs parties, donc j’ai pensé que ce serait très sympa d’amener ce côté live sur cette chanson en particulier.

A propos de Jørgen Munkeby, lorsque l’on écoute ce qu’il fait dans Shining, il est vraiment dingue avec son saxophone, ce qui n’est pas vraiment le cas sur ta chanson cette fois-ci où il a un parti pris plus émouvant. Etait-ce donc sa manière naturelle d’interpréter cette chanson ou bien as-tu dû le canaliser ?

Non, c’est sa manière naturelle d’interpréter le contexte de la chanson et c’est pourquoi j’ai trouvé ça si fascinant de travailler avec lui. Car même la première fois que nous nous sommes rencontrés en studio, lorsqu’il jouait sur After… C’était un souhait que j’avais depuis longtemps que d’utiliser un saxophone dans ma musique, car je suis très attaché à cet instrument de par les types de jazz que j’écoute. J’avais un peu une idée de ce que devait être cette chanson que nous étions sur le point d’enregistrer, et évidemment, c’est très abstrait parce qu’After renvoyait à des paysages désolés et sans vie, et il a fait une première prise, qui bien sûr était fantastique en soi mais n’était pas complètement en phase avec l’atmosphère que je recherchais, mais j’ai pu lui expliquer ces notions d’atmosphère abstraites et il les a comprises et joué. C’est le genre de musicien pour qui parler, bouger, écrire et jouer fait entièrement partie d’une seule et même chose. Son jeu n’est pas planifié, il est spontané. Il peut réagir musicalement comme il réagirait verbalement. A chaque fois qu’il a fait quelque chose pour mes chansons, il tapait en plein dans le mille !

Ihsahn 2016

« J’en suis arrivé à cet âge où je ne divise vraiment la musique qu’en deux catégories : la musique qui me plait, me procure quelque chose et me met dans un certain état ou la musique qui ne me fait rien du tout [petits rires]. »

Il y a aussi un titre bonus sur l’album avec une narration de l’écrivain Hans Herbjornsrud. Peux-tu nous en parler ?

C’est un auteur de coin mais c’est aussi un romancier d’histoires courtes reconnu, et il m’a approché pour faire de la musique parce qu’ici, il y a tous les ans un festival de littérature qui porte son nom, et puis nous avions des points communs. J’ai été inspiré par la poésie d’un poète qui s’appelle Tor Ulven par le passé et l’une des thématiques de l’édition de l’an dernier du festival était justement Tor Ulven. Il y avait donc des orateurs et commentateurs qui parlaient de lui et il était aussi prévu qu’il y ait une contribution musicale. Je me suis donc retrouvé à écrire ce morceau de musique. Et, en fait, ça renvoie à l’album précédent parce qu’il y a des idées mélodiques générales mais ça reste quand même un peu improvisé. J’ai fait la musique et Hans récitait de la poésie de Tor Ulven par-dessus. Tel que le morceau est présenté sur l’album, c’est plus ou moins ainsi que nous l’avons joué live pendant le festival Herbjornsrud. Le résultat est vraiment sympa et c’était une collaboration très fructueuse. J’ai trouvé que c’était parfait en tant que titre bonus pour cet album, dans la mesure où ça rappelle un peu Das Seelenbrechen.

Matt Heafy apparaît sur ton album mais avant ça, tu avais composé une intro orchestrale pour le dernier album de Trivium. Est-ce un aspect de la musique que tu aimerais développer ?

J’ai toujours été fasciné par les bandes originales de film et tous ces trucs, mais je sais pertinemment que c’est bien plus difficile lorsque tu dois relier ta musique à des films, des jeux vidéo ou tout ce qui a besoin d’une BO. Et j’ai vu ma femme faire une BO pour un film, je sais que ce n’est pas aussi facile que ça peut paraître. Mais c’est sûr que c’est quelque chose que j’ai considéré pour le futur. Le fait d’avoir eu l’occasion d’explorer cette facette pour quelque chose d’aussi court et concis que cette intro était vraiment amusant ! Et ça fait aussi partie des raisons pour lesquelles il est sur mon album. J’ai fait quelque chose pour son album et c’était cool de l’avoir sur le mien.

En parlant de BO, à l’époque d’Eremita, nous avions évoqué la façon dont pour chaque album tu étais inspiré par un schéma visuel. Est-ce que tu vois la musique comme la bande son d’une sorte de film imaginaire ?

Rien d’aussi concret que ça mais, évidemment, il y a plein d’images qui sont liées à mes paroles et mes chansons, mais c’est un peu abstrait. J’imagine que je joue de façon très visuelle dans ma tête mais rien d’aussi concret que le fait d’avoir un scénario ou quoi que ce soit. Ceci dit, dans le nouvel album, « Crooked Red Line », par exemple, possède évidement une part de récit et d’imagerie.

Trivium est un groupe qui rencontre beaucoup de succès mais essuie aussi beaucoup de critiques de la part de fans de metal conservateurs, et je sais que nombre d’entre eux ne comprendraient pas que quelqu’un comme toi, qui est l’une des figures principales du black metal norvégien, soit ami et collabore avec quelqu’un de ce groupe…

Je trouve très étrange lorsque tu es fan de black metal, qui est un genre de musique qui, dans les grandes lignes, embrasse la liberté individuelle, la liberté de choix et la liberté d’expression – faire tout ce qu’on veut, c’est ça l’idée de base -, que tu essais de limiter les autres à ne pas faire pareil, tu leur dit de choisir leurs amis parmi le groupe de personne auxquels tu appartiens. C’est tellement contradictoire ! Heureusement, je viens du black metal, donc je m’en fiche ! [Rires] Honnêtement, j’ai un peu la même attitude vis-à-vis des personnes que celle que j’ai avec la musique. Tu sais, soit j’aime la personne et la trouve intéressante, soit pas, peu importe d’où vient la personne.

Tu as mentionné plus tôt que tu n’étais peut-être pas la personne la plus facile avec laquelle travailler, et ça fait un moment maintenant que tu as lancé ta carrière solo. Tu sembles mieux t’épanouir dans ce contexte. Est-ce que ça signifie que tu n’es pas trop à l’aise lorsque tu es dans un groupe, en ayant à partager les décisions créatives et liées au business ?

Ça ne me dérange absolument pas de partager le côté business des choses [petits rires] parce que je ne suis pas très bon là-dedans, donc j’ai beaucoup de chance d’avoir des gens pour m’aider sur cet aspect. Et aussi d’un point de vue créatif, je veux dire que moi et ma femme, nous sommes tous les deux musiciens, donc bien sûr, il y a une part de collaboration dans tout ce que nous faisons, que ce soit ensemble ou séparément. Donc c’est sûr qu’à cet égard, je ne suis pas totalement renfermé sur moi-même. Je suppose que pour certaines personnes, ça fonctionne mieux lorsqu’ils travaillent en tant que groupe au complet. Il y a même cette idée romantique auprès du public qui voudrait que dans un groupe à cinq il y a cinq personnes qui tirent dans la même direction mais, d’après mon expérience et aussi en connaissant beaucoup d’autres groupes, je sais pertinemment que dans la plupart des cas, il y aura une ou deux personnes qui joueront un rôle moteur, aussi bien en pratique que sur le plan business mais aussi d’un point de vue créatif et musical. Donc, en substance, il y a seulement quelques personnes qui ont la vision et la force de faire ça et ensuite ils ont des sortes de collaborateurs. Je suppose que pour ma part, j’ai distillé ça pour en arriver au stade où c’est moi qui gère les choses sur le plan musical, tout en ayant le privilège de ne pas être enfermé dans un type d’arrangement parce que je n’aurais qu’une certaine quantité de personnes dans mon groupe qui jouent des instruments spécifiques.

C’est aussi pourquoi Leprous me servait de groupe et que nous étions six. Mais, dans la mesure où Leprous a maintenant beaucoup de succès de lui-même et est un groupe très occupé à tourner, c’est devenu très incommode de continuer comme ça. Maintenant, j’ai un nouveau groupe live avec plutôt des musiciens de sessions individuels, et nous sommes un quatuor mais j’ai aussi des « roues de secours » pour chaque poste. Et évidement, j’ai le luxe et le privilège de travailler avec des musiciens très talentueux et j’espère continuer ainsi, mais les musiciens talentueux sont également demandés, donc même pour les quelques concerts que j’ai donné l’année dernière, il y avait presque toujours des sortes de mélanges dans la constellation de musiciens qui se retrouvent sur scène ; il y avait Tobias, le batteur habituel, à la batterie ou Kenneth Kapstad de Motorpsycho qui le remplaçait. Là encore, c’est intéressant parce que ça signifie que mon set live, même s’il est constitué des mêmes chansons sur toute la saison, pour les gens qui viennent voir plusieurs dates, il y aura toujours quelque chose de spécial dans un concert donné parce que, par exemple, si tu prends deux batteurs, même s’ils jouent la même chanson, ils ne l’interpréteront pas de la même façon. Il y a toujours cette part de surprise qui évite la routine et que ça soit ennuyeux. Ca maintient la fraîcheur et l’excitation. Et surtout de nos jours, je trouve que c’est important, maintenant que le côté live a pris bien plus d’importance que les albums, car ce scénario a énormément changé dans le business de la musique.

Interview réalisée par téléphone le 10 février 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.

Site internet officiel d’Ihsahn : www.ihsahn.com



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